LA VICTOIRE AUX SANDALKS
(Fragment de la balustrade du temple de la Victoire Aptère, a Athènes.)
modèle soit debout et drapé. Si le modèle lève une jambe en pliant le genou, les plis verticaux que présentait l'étoffe se diviseront obliquement à droite et à gauche. Pour peu que la draperie soit souple, elle fera nettement sentir la convexité delacuisse et la saillie de la rotule, qui, en arrêtant la chute de l'étoffe, formera sur le côté un gonflement dont la pointe viendra expirer au genou. Les plis, qui se presseront latéralement, seront plus rares sur la surface frappée par la lumière. En allant rejoindre peu à
peu, sur la partie supérieure du corps, la verticale qui a été rompue, ces plis indiqueront à la fois le mouvement actuel de la jambe et la position qu'elle vient de quitter. De cette manière le spectateur devinera quelle était l'attitude avant l'action présente.
Il lui semblera qu'il voit s'accomplir le mouvement qui déjà s'est accompli. G est une convenance dans l'art de draper, que d'exprimer un reste de la situation précédente, en montrant, par la cassure des plis, que leur tendance à suivre une première direction a été contrariée par le mouvement de la figure, et qu'après avoir résisté à ce mouvement, ils ont été entraînés dans une direction différente. Voilà la part du contraste.
Un jour que nous visitions, sur l'Acropole d'Athènes, le petit temple de la Victoire Aptère, l'expression de ces nuances frappa nos regards. Récemment relevé de ses ruines, ce temple ionique, aux proporlions délicates, n'a pas recouvré sa toiture, et le soleil de la Grèce, pénétrant à flots dans son intérieur, en fait resplendir les parois de marbre. A ces parois sont appuyés les fragments que l'on voit ici gravés et dont il ne reste plus que les draperies.
La Victoire au taureau, un peu moins belle que l'autre Victoire (celle qui renoue ses sandales), agite pourtant avec beaucoup de richesse, d'élégance et de vivacité, les plis de la double tunique et de Yhimation. Partout où les membres sont en saillie, l'étoffe se moule sur eux et les plis deviennent rares; dans tous les vides, au contraire, ils s'enfoncent et se creusent, mais toujours ils ajoutent leur mouvement à celui de la figure, môme en le contrariant. On sent que la marche rapide de la Victoire a frappé l'air et y a trouvé une résistance qui a rejeté la draperie en sens contraire et l'a collée sur la jambe gauche. Cette réaction de l'air contre l'élan de la figure a chiffonné les parties bouffantes de la tunique. L'himation, glissant surla hanche droiteet soulevé par le bras gauche, forme des plis qui tout à l'heure étaient verticaux et qui maintenant suivent une ondulation motivée par le souffle du vent. Si l'on regarde enfin l'extrémité inférieure delà tunique, on voit en môme temps ce qu'elle était avant l'action et ce qu'elle sera dans le repos, car ce bout de tunique est encore en l'air; il n'a pas fini d'obéir au poids de l'étoffe qui va le faire tomber sur le talon du pied nu... N'est-il pas vrai que toutes les lois de la draperie sculpturale et remuée sont écrites, dans ces beaux marbres, en traits de lumière?
Flaxman a dit (Lectures on Sculpture) : « Le mouvement progressii d'une figure change en ondulations la ligne perpendiculaire des plis tombants, et cet effet est d'autant plus sensible que le mouvement est plus rapide. Mais le vent fait onduler toute draperie : s'il est modéré, l'ondulation est diagonale; s'il est violent, elle est hoiizontaie.
Appliquée à la sculpture, cette observation suppose que le sculpteur peut représenter des draperies soumises à toute la violence du vent. Mais les draperies volantes, celles qui onduleraient jusqu'à passer de la perpendiculaire à l'horizontale, ne sauraient convenir qu'à un bas-relief, où