TÉLAMON COLOSSAL DU TEMPLE D* AG R I G E NTK
faisant le tour de ces admirables statues, nous y retrouvions la solidité d'une colonne sous la grâce d'une figure humaine ; leurs draperies, légè-
1 Voy. plus loin les caryatides du temple de Pandrose, à la proposition VIII du second livre. Dans le neuvième de ses. Entretiens sur l'Architecture, M. Viollet-le-Duc a prouvé, par un de ces dessins qui parlent aux yeux, que si l'on changeait l'attitude des caryatides du Pandrosium, en fléchissant une jambe au lieu de l'autre, ou en montrant les figures hanchées dans un ordre alternatif, l'entablement perdrait aussitôt sa solidité apparente, et le petit édifice semblerait près de se disloquer.
rement rompues sur le devant par la jambe fléchie et par le balancement du corps, sont par derrière fermes, droites et à plis parallèles comme des cannelures ; sur la nuque de leur col puissant et sur leurs reins se dénoue une masse de cheveux qui rend la statue plus résistante et plus forte, et la verticale d'une colonne est rappelée par le péplum qui, recouvrant la tunique, tombe en ligne perpendiculaire jusqu'aux pieds. Les bras n'étaient point détachés du corps, autant qu'on peut en juger après les ravages du temps. Peut-être ces bras étaient-ils coupés au-dessus du coude, comme les a représentés Jean Goujon dans les belles caryatides qui décorent une salle des Antiques, au Louvre. Il est fort probable que Jean Goujon ignorait le Pandrosium d'Athènes et n'avait vu de caryatides que dans la description de Vitruve. C'est donc un trait de génie à ce grand artiste d'avoir résolument coupé les bras de ces statues-colonnes. Par là il substituait une signification symbolique à une vérité qui eût offensé les convenances. Il présentait comme des emblèmes ces figures élégantes et originales qui peuvent bien rappeler de loin le charme et les palpitations de la vie, mais qui, par la mutilation voulue de leurs bras, rentrent dans le domaine des pures images et se rattachent à la régularité imposante et solennelle de l'architecture.
Les Athéniens d'aujourd'hui appellent leurs caryarides corai (xépat), ce qui veut dire les jeunes filles, et c'est le nom qu'on leur donne aussi dans les inscriptions antiques conservées au British Muséum. Il est possible même que ce nom de corai soit la véritable étymologie du mot caryatides ou cariatides.
Quoi qu'il en soit, en sculptant les jeunes filles du Pandrosium, les figures persiques de Lacédémone et les télamons puniques d'Agrigente, les Grecs n'ont pas entendu créer un ordre caryatide, un ordre persique, dénominations impropres qui sont répétées dans les livres ; ils ont voulu seulement montrer par ces rares exceptions jusqu'où pouvait s'étendre la liberté d'un art si fatalement soumis, d'ailleurs, aux lois de la géométrie, de la statique et des nombres.
LE SEUL EMPLOI DES ORDRES ET DES NUANCES QUI LES SÉPARENT NE SUFFIT PAS