ABC OUTRE-PASSE
les Arabes disposaient, il vaut mieux outre- passer l'arc que le surhausser. Dans l'un et l'autre cas, le cintre sera plus haut que la moitié de son diamètre ; mais si l'arc est outre-passé, le spectateur sera frappédu surhaussement, parce qu'il verra la surface des intrados dans toute son étendue. Si l'arc estsurhaussé, au contraire, comme il se termine alors pardeux lignes droites et parallèles, la saillie de l'imposte cache au regard le surhaussement qu'on a obtenu en prolongeant ces deuxlignes, de façon que l'artiste perd d'un côté par la perspective ce qu'il a gagné de l'autre par la construction. En ce qui touche la solidité de l'arc en fer à cheval, Quatremère de Quincy fait une observation qui ne nous paraît pas juste [Mores-
que architecture) : « Cette forme dit-il, serait vicieuse en pierre, parce que la charge perpendiculaire qui porterait sur de tels arcs manquerait, dans les parties inférieures d'un tel cintre, de la résistance nécessaire. » Quatremère auraitsans doute raison s'il parlait delà solidité apparente, mais il parle de la solidité réelle. Or il suffit de jeter les yeux sur les figures ci-dessus pour s'apercevoir que l'arc outre-passé n'est autre chose qu'un arc surhaussé dont le pied reste élargi, et que la partie inférieure, qu'on a laissé pleine, demeure étrangère à la solidité de l'arc, si tant est qu'elle n'y ajoute rien.
Adopté par les Arabes en Espagne, en Afrique, en Sicile, le système d'outre-passer l'arc plein-cintre et même l'arc ogive amène l'allongement du support par l'interposition d'un dé entre l'imposte et le chapiteau des colonnes. A Gordoue, une alternance de couleurs et de matériaux décore l'archivolte des arcades, qui, au lieu dese rattacher à des voûtes, supportent un plafond en charpente, rehaussé de peinture. Dix-neuf grandes nefs coupées à angles droits par trente-cinq nefs plus petites composent cette mosquée célèbre, véritable forêt de colonnes où l'œil s'égare, se retrouve et se perd encore, et qui, sous sa toiture horizontale, estremplie d'une sombre majesté. Aux approches du sanctuaire, l'artiste arabe découpe en festons ses archivoltes et s'ingénue aies superposer en les découpant encore, de manière à laisser passer l'air et lejour par des croissants multipliés.
Viennent ensuite les fantaisies d'un art plus raffiné qui se met au service du plaisir, obéit aux caprices de l'imagination et en exprime les rêves. Si la coupole byzantine sur plan carré et sur pendentifs reparaît dans les mosquées ou dans les palais arabes, elle n'a plus les dimensions hardies qui étonnent, qui imposent ; mais elle s'élève soutenue par des pendentifs d'un genre tout à fait singulier etinconnu. Ce sont desniches en miniature, demenues sections de coupoles, de petits triangles sphériques et des fragments de berceau, agencés, groupés dans un ordre merveilleux, et qui montent en encorbellement l'un sur l'autre, jusqu'à ce qu'ils finissent par regagner le plan circulaire sur lequel doit reposer la coupole. Chacun des triangles sphériques représente en petit la fonction que remplissent en grand tous les triangles et toutes les autres figures. Cette superposition de prismes verticaux qui se projettent en saillie, et qui, pour plus de légèreté, se creusent en alvéoles, ous'évident en niches, brisent la lumière comme ferait une cristallisation, et produisent à l'œil l'effet des stalactites naturelles. La voûte arabe, prenant alors l'aspect d'une grotte, procure à l'esprit l'idée de fraîcheur.
Souvent il arrive, comme à l'Alhambra, queles arcs et les voûtes arabes ne sont qu'un mensongedu constructeur. Lors mêmeque surles colonnes de marbre sont élevés des piliers de brique, reliés entre eux par des
pièces de bois horizontales, un arc fictif, qui n'a rien à porter, se dessine dans l'ouverture carréeformée par ces poutres et ces colonnes, et les tympans de l'arc, garnis de tuiles en diagonale, reçoiventles ornements de stuc qui y sont attachés avec des clous, des crochets, desroseaux noyés dans le plâtre, — frôle construction quia pourtant duré plusieurs siècles.