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U SCULPTURE PEUT S'ÉLEVER AU SUBLIME

LORSQUE PAR DES FIGURES COLOSSALES ET CONFORMES AU GÉNIE DE L'AnCIIITECTURE,

ELLE ÉVEILLE L'iDÉE D'UNE DURÉE ÉTERNELLE ET LE SENTIMENT DE L'iNFINI.

L'enfance des peuples est toujours plus près du sublime que du beau, parce qu'elle est absorbée dans la contemplation du spectacle auquel appartient le sublime, qui est l'univers, et qu'elle n'a pas encore regardé de près à la forme humaine, qui est celle de la beauté par excellence. Partout les nations ont débuté par le colossal, et les plus anciens ouvrages des plus anciens pays de la terre, en matière de sculpture, présentent ce singulier phénomène, qu'ils ont le caractère de la grandeur, non seulement par les dimensions de l'œuvre, mais par l'expression morale qu'engendre une imitation abrégée, concise et d'autant plus imposante. C'est à l'origine des arts que se trouve à la fois ce qu'il y a de plus subtil dans l'idée et de plus massif dans la forme, le plus de matière et le moins de matérialisme. Au premier abord, il semblerait que les arts ne peuvent atteindre à ce genre d'éloquence qu'après être parvenus à leur maturité, presque à leur vieillesse ; or il se trouve, au contraire, que les commencements des nations antiques (si tant est que nous connaissions leurs commencements) nous montrent réunis le développement prodigieux du signe et la concentration mystérieuse de la chose signifiée.

En Egypte, ce rapprochement est frappant : les premières sculptures sont colossales et symboliques, elles expriment des idées obscures par des images simples dans lesquelles l'imitation, sobre et rudimentaire, paraît être l'effet d'une interprétation voulue, d'une convention acceptée ou commandée. Il ne faut pas croire en effet que cette manière abstraite et, pour ainsi dire, algébrique d'imiter les formes humaines ou animales, le Pharaon assis ou le lion couchant, ait sa cause dans l'inhabileté de l'artiste qui aurait été impuissant à modeler fidèlement ses colosses d'après nature; car nous possédons aujourd'hui des spéciments de l'art égyptien qui datent d'environ soixante siècles, et qui accusent un talent d'imitation prodigieux, une habileté qui nous surprend, qui nous confond. Les statues récemment découvertes par Mariette-Bey dans le temple du grand Sphinx, statues qui représentent le fameux Chéphren, fondateur de la seconde pyramide et roi de la quatrième dynastie, sont d'une beauté de travail que les Égyptiens n'ont guère dépassée, môme aux époques les plus florissantes. Elles annoncent une étude générale, il est vrai, mais attentive de la vérité, une simplicité forte et naïve tout ensemble, et l'aisance d'un ciseau énergique, que la durée de la matière

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