LE GLADIATEUR COMBATTANT
(Slalue d'Agasias, d'Ephèse.)
à leur art. » Il y a là pour les statuaires une excellente leçon. Oui, le mouvement d'une figure isolée devra être plus modéré, même dans l'action la plus vive, qu'il ne le serait si son animation était motivée par le concours ou l'opposition d'une autre figure. L'élan d'Hippomène à la poursuite d'Atalante ne fut pas le même assurément que dans le simple exercice de la course.
L'antiquité, il est vrai, nous offre quelques rares exemples d'un mouvement qui approche de la violence, et ici la figure si connue sous le nom de Gladiateur combattant se présentera sans doute à l'esprit du lecteur. Mais s'il est vrai que ce morceau admirable et tant admiré témoigne d'une connaissance profonde de l'anatomie et peut servir de modèle pour l'art d'exprimer avec énergie et vivacité le jeu des muscles, l'élasticité des membres et le frémissement de la vie, il faut reconnaître aussi que le mouvement en est excessif pour la statuaire, et contrasté avec effort. Le bras droit et la jambe gauche rejetés en arrière forment un contraste un peu forcé avec le bras gauche et la jambe droite portés en avant. L'élancement de la figure est tel, qu'il rend difficile le mouvement qui va suivre. Nous sera-t-il permis d'ajouter que la tension musculaire y est poussée jusqu'au point où elle inspire au spectateur un sentiment de fatigue? J'imagine qu'un Grec d'Athènes, un Grec du temps de Périclès, aurait hésité à éterniser dans le marbre une action aussi violente, une action qui, dans la vie même, n'a pu durer qu'un instant. Lorsqu'il modela cette statue, d'ailleurs si belle, et qui est probablement une statue iconique, c'est-à-dire le portrait de quelque vainqueur aux jeux sacrés, Agasias, d'Ephèse, florissant au me siècle avant notre ère, était déjà loin de cet âge incomparable où l'on savait être nerveux avec souplesse, vrai, vivant et remué, mais avec mesure et sans effort. Voyezle Discobole de Myron : il est représenté au moment où il va lancer le disque. Replié sur lui-même, on l'a comparé au serpent qui s'enroule pour s'élancer avec plus de vigueur, de sorte qu'au mouvement actuel de la figure l'imagination ajoute le mouvement qui va s'accomplir, Plus réservé encore que Myron, Naucydès, d'Argos, fit aussi une statue de Discobole, et il le présenta la tête inclinée, en observateur, le corps légèrement reculé, calculant la manière dont il lancera le disque. Rien de plus conforme aux lois de la sculpture que cette action retracée par une attitude qui promet le mouvement et qui le prépare. Et cependant le Discobole de Naucydès était une statue de bronze ; or, nous dirons plus tard comment les figures qui doivent être coulées en bronze donnent au sculpteur une grande latitude, en modifiant les conditions de l'équilibre, et lui permettent d'étendre les limites de son mouvement.
Condamné par les bornes de son art à ne saisir qu'un instant du mobile spectacle de la nature, le sculpteur, plus encore que le peintre, doit choisir cet unique instant de manière que notre pensée y ajoute facilement ce qui a précédé et ce qui doit suivre. Puisque tout personnage de la peinture ou de la statuaire est fatalement immobile et puisque la figure sculptée est encore plus immobile que la figure peinte, ne faut-il pas que notre imagination prête aux ouvrages de l'art le mouvement et la vie dont ils n'ont que l'apparence ? L'essentiel est donc pour l'artiste de mettre notre esprit en mouvement, de façon à nous faire voir par les yeux de la pensée ce que réellement nous ne voyons point.
Une nécessité qui s'impose au plus hardi statuaire en ce qu'elle est inhérente à l'emploi du marbre, c'est la nécessité de ces soutiens qu'on appelle des tenons. Les tenons, à proprement parler, sont des épaisseurs