‹ Grammaire des arts du dessinChapitre 52 sur 79 · FIN DU SECOND LIVRE · texte numérisé non relu

FIN DU SECOND LIVRE

A N N E X E A U L 1 V RE D E U X l È M E

a la sculpture e.\ 1!as-relief se rattache la clyptiql'e, c'est-a-dire l'art de graver ex relief ou ex creux sur pierres fixes ou sur métaux.

Si l oii suppose que, par une iuvasi(ju de la Ijarltarie ou par un cataclysme, les monuments de l'histoire ont été détruits; que les traditions se sont rompues; que la notion du monde ancien s est effacée de la mémoire des hommes; que les livres ont péri, et que, dans ce naufrages des connaissances humaines, il n"a été sauvé qu'une collection entière de pieri'es gravées, de monnaies et de médailles, il suffira peut-être de la découverte de cet unique trésor pour restituer à la longue les monuments disparus, pour renouer les traditions, jtour refaire la science, pour recomposer l'histoire.

Les médailles, les monnaies, les camées, les intailles, sont en effet des li\res imprimés sur métal ou sur pierre dure : leurs descriptions sont parlantes; les hommes et les choses y sont figurés par des images pal])ables, patiemment creusées ou vivement sculptées en relief; les inscrij»tions qu'on y a burinées sont concises, mais claires, éloquentes et décisives ; leur témoignage, enfin, sans être irrécusable, doit paraître plus naïf et souvent plus authentique et plus sùr que celui de l'histoire écrite, ([uand on pense qu'un instant et un trait de plume suffisent pour écrire une erreur ou un mensonge, tandis qu il en coûte tant de jK'ine et tant de jours pour les graver.

La superstition, la prudence, le sentiment de la personnalité, sont les causes qui, aux époques les plus reculées, donnèrent naissance à la glyptique. A mesure qu'on remonte vers les origines connues de l'histoire on trouve en plus grand nombre et en plus grande vénération ces amulettes

([lie los ignorants et les barbares attachent à leurs vêtements ou suspendent à leur cou dans l'espoir d'écarter les maléfices, de prévenir les maladies et les calamités, de conjurer les esprits. Selon Pline, l'usage des aniu- [ettes était répandu dans tout l'Orient : de là les innombrables pierres gravées qui nous viennent de l'Inde, de la Chine, de l'Assyrie surtout et du territoire de Babylone, celles-ci consistant en cylindres de turquoise, <le jaspe, d'hématite, qui représentent les images des divinités chaldéennes ou des signes mystérieux, et qui sont perforées d'outre en outre dans le sens do la longueur, pour être portées au cou. A la possession de ces cylindres s'attachaient sans doute les ci'oyances superstitieuses de l'antiquitc;' touchant les veiius inhérentes aux pierres précieuses, croyances qui nous sont attestées par les noms mêmes conservés à quelques-unes de ces pierres. Le jade par exemple, est ainsi appelé du mot espagnol pietra hijada, pierre néphrétique, parce que les Chinois attribuaient à cette pierre une influence bienfaisante dans les maladies des reins. Le nom donné à ïcanéthysle signifie quelle est un préservatif contre l'ivresse, car il est composé de à privatif et de [j-eOuo), j'enivre. En Chine, les prêtres distribuaient dans les temples des espèces d'amulettes mar- (|uées de symboles auxquels se liaient des idées superstitieuses d'heur et de malheur. En Egypte et même en Ethiopie, le glyptique, très anciennement connue, taillait des scarabées en agate, en cornaline, en jaspe, en lapis-lazuli ; et ces images de l'insecte sacré qu'on trouve sur les momies, retenues aux cordons de la poitrine ou placées entre les bandages, y figurent bien évidemment comme des emblèmes.

Lu prudence, le gi'uie du commerce, la dignité personnelle, la jalousie, firent inventer ensuite les sceaux et les anneaux servant de cachet pour sceller l'entrée des magasins et des trésors, et pour cacheter les lettres, c'est-à-dire pour mettre une empreinte sur la bandelette de lin qui entourait les tablettes écrites. Le chaton de ces anneaux tenait lieu de signature. Il était la marque authenlique employée dans les transactions. Il représentait la personne humaine, et, dans (die, ce qu'il y a de plus fier, sa volonté, ce qu'il y a de plus respectable, sa parole

Aussi, par une loi de Solon, renouvehje sans doute de lois plus anciennes, était-il défendu aux graveurs de cachets, aux dactijlioglyphes, de conserver l'empreinte des anneaux qu ils avaient une fois vendus. Il ne faut donc pas s'étonner ([ue l'usage des cachets soit constaté dans la Bible et dans l'histoire des nations les plus industrieuses et les plus commerçantes, telles que les Phéniciens, les Babyloniens, les Perses, les Grecs.

A Babylone, suivant le témoignage d'Hérodote, chaque citoyen avait son cachet, et chez les Crées, l'usage des anneaux doit remonter jusqu'à !a guerre de Troie, s'il faut en croire Plutarque «b'crivant l'anneau d'Ulysse, sur lequel ce héros avait fait graver un Dauphin, en mémoire du poisson qui aviiit sauv('' Téh'jruKjue dans un naufrage.

GLYPTKJCK. 457

Le cachet affmuait aussi les commaiulements du souverain et la possession des jaloux. Neuf siècles avant notre ère, Jézabel, écrivajit une lettre au nom d'Achab. roi d'Israël, a soin d'y imprimer le cachet de ce prince afin que ses ordres soient obéis. Plus tard, Alexandre fait apposer le cachet de Darius sur les lettres destinées pour l'Asie. L'histoire a rendu fameuse l'émeraude que le tyran Polycrate jeta dans la mer, et qui, selon toute apparence, était gravée. Enfin, dajis une comédie d'Aristophane, les Thes}7iophorie!<, une Athénienne se plaint d'être retenue captive par un mari jaloux, qui a mis son cachet sur la seiTure de la chambre conjugale.

Le mot glyptique, dérivé du grec Y^'j'fî'v, graver, ciseler, sapplique à la gi'avure des monnaies et des médailles [Dictionnaire de V Académie) aussi bien qu'à la gravure en pierres fines, quoique ces deux branches, de la glyptique soient distinctes et qu elles obéissent à des lois ou plutôt à des convenances particulières, tout en suivant dune manière générale les [)i-incipes de la sculpture en bas-relief.

Page 1