ESTAMPE DE LA VIE DE LA VIERGE, GHAVURE EM ROIS PAR ALBERT DURER
OoO GRAMMAÏKK DKS AFITS DU DESSIN.
froides lettres de l'alplialjet qui doivent coinniciicer les divers chapitres du livre s'embellissent d'arabesques, fleurissent en jardins, s'animent en figures et se remuent. Sans sortir des dimensions microscopiques d une lettre, Holbein a su représenter le drame de la mort, vingt-quatre l'ois répété.
« Dans les sujets infiniment petits de ses alphabets, dit M. Renouvier, il semble ([ue rétrécissement du champ n'ait lait qu'aiguillonner l'artiste, tant il y montre de mouvement et d'expression. Voyez, dans l'Y de l'alphabet des Morts, ce squelette enjambant un berceau d'un mouvement superbe, soulevant des deux mains, et comme pour le faire jouer, l'enfant à côté de la mère terrifiée. La scène a vingt-deux millimètres carr(''s ; mais donnez un bloc de deux mètres à Michel-Ange, et il ne s'y montrera ni plus grand ni plus terrible. »
Après avoir exercé sa verve sur ce thème funèbre qui avait alimenté les terreurs du moyen âge, Ilolbein l a repris dans ses fameuses estampes de la Danse des morts^ qui sont avec les Figures de la Bible [Icônes Veteris Testamenti) les chefs-d'œuvre de la grav ure sur bois. Nous l'avons dit dans V Histoire des PeitUres : rien de plus émouvant, de plus vivant que ces images, toujours variées et toujours semblables, de la Mort triompliante. On pénètre avec elle, d'abord dans le paradis terrestre, où elle débute par le péché originel, mort morale du genre humain, ensuite dans les intérieurs les plus divers : dans le laboratoire de l'alchimiste, dans le cabinet de l'astrologue, dans le réduit de l'avare, dans l'alcôve d'une duchesse que réveille, pour un autre sommeil, 1 archet de la Mort. De cette manière, la tragédie se familiarise en tableau de genre et par cela même s'empare mieux du lecteur, le serre de plus près. Chose remarquable, la plupart des figures que la Mort vient surprendre se résignent à leur sort, je dis la plupart. En etl'et, le capitaine se défend encore pied à pied par un reste d'habitude. On voit aussi résister le moine uu^ndiant, le prince vêtu d'hermine, et l'abbesse et l'abbé. Celuici, repu et replet, Vitellius du cloître, repousse la Mort, qui, dansant et ricanant, s est coilïée de la mitre abbatiale et porte sur l'épaule la crosse du moribond.
Un trait saillant dans cette suite de compositions gravées, c'est le caractère malin, ironique, souvent même facétieux, imprimé à la Mort. Ici, elle frappe de ses baguettes sur le tambour de basque, précédant la marche de deux époux; là, elle prend le rôle d'une chambrière et passe au cou d'une jolie comtesse un collier d ossemeuts. Plus loin, elle arrête le mercier chargé de sa hotte, ou elle fait l'espièglerie de retirer son chapeau à un cardinal qui vend les indulgences. Sinistre en ses déguisements cariuivales(jues, tantôt elle revêt l'accoutrement de la Folie pour entraîner une reine; tantôt, convive inattendu, elle se travestit en échanson pour verser le breuvage mortel à un roi qui est François I".
Tantôt elle a mis letole du diacre pour intei-rompre le sermon d'un frère prêcheur; tantôt elle a pris le costume du sacristain, avec la somielte et la lanterne, pour mener le convoi d'un prêtre qui allait lui-même porter le viatique à un mourant, ou bien elle a remplacé le chien de l'aveugle, et l'aveugle, qui marche à tcàtons vers sa tombe, tremble encore de faire un faux pas! Cette fois, la Mort est sérieuse; elle n'a pas ce rictus qui fait horreur : elle voudrait avoir pitié. Mais que dire de la tristesse résignée
A D A M T n A V A I LL A ,N T A L A T E RR E. LE MKHCIIK.
(Estumpps de la danse des morts de lloUiein.)
(lu pauvre laboureur qui, poussant devant lui un soc traîné par quatre chevaux, se voit assisté tout à coup par un garçon de charrue qui est la Mort ? ( jomine elle est touchante, cette petite scène que la nature encadre de ses grâces naïves, et que le soleil éclaire en descendant à l'horizon, derrière le clocher du village!
Eh bien, tout cela est rendu par des traits qui ne sont jamais croisés; loutcela est gravé d'un burin délicat qui est varié dans ses allures, niais toujours élémentaire dans ses moyens, toujoui's laconique. Les rides de l'œil, les commissures de la bouche, les plis qu'engendre la peur et ceux (|ue la vie a creusés, le caractère des cheveux, l'embonpoint, la maigreur, sont indiqués par une taille juste, décisive, et, bien que radoucissement des transitions soit incompatible avec la petitesse du cadre, l'expression ne va jamais jusqu'à la grimace. Quant au paysage, aux fonds d'architecture, aux accessoires, le sentiment de la perspective linéaire dans la conduite des hachures et l'indication des distances par l'atténuation des travaux, siifliront pour y jeter un intc-rèl optique, de sorte que le
l)iirin de Holbeiii, (m |)liitôl du graveur à ses ordres, parait tour à tour riche dans les scènes de l Emperetir et du Pape. élolTé dans l'estampe de la Comtesse, ondoyant dans celle du Paradis, pittoresque dans celles du Charretier et du Labotireitr.
Une chose manque aux estampes xylographiques anciennes, c'est le perfectionnement qu'y ajouterait aujourd'hui l'imprimerie par les artifices de ce ([u'on nomme le décoapai/e. En découpant des papiers ou des cartons minces que l'on ai)plique sur certaines parties du tympan (jui doit transmettre la pression du l'onleau sur la i»lanche, on obtient cette pression plus ou moins forte à telle ]>lace A oulue. S'agit-il de faire avancer le premier plan d'une gravure, on le charge d'encre au moyen d'une hausse, c'est-à-dire d'un surcroît d'épaisseur donné à l'endroit qui correspond au premier plan. Veut-on laisser du vague au lointain, on découpe un A'ide qui, éloignant le rouleau, rend sur ce point la pression plus douce, l'encre moins al)ondante et conséquemment le ton plus légei-.
A l'aide de ces procéd(^s nouveaux qui font de l'imprimeur un artiste auxiliaire, la gravure en bois est maintenant en mesure de })roduire des merveilles. La France est le pays du monde où ce genre de gravure a le plus servi les intérêts de la pensée par l'ornement des livres. La profession d'imprimeur et celle de libraire-éditeur, qui souvent se confondaient, furent exercées dès le xv* siècle à Lyon, à Paris et dans quelques autres villes, Troyes, Nantes, Rouen, Abbeville, Toulouse, par des hommes de savoir et de goût dont les noms appartiennent maintenani à l'histoire de l'art. Dans le nombre, le lecteur doit connaître Simon Vostre, dont les livres d'heures ont des entourages si curieux ; Antoine Vérard qui employa la xylographie comme un fond destiM(î à recevoir des miniatures coloriées; Guyot Marchant, qui, avant llolbein, inqu'ima des danses macabres, et Geotîroy Tory, qui fut si distingué par l'universalité de ses connaissances et de ses talents.
Ce dernier importa le style italien de la Renaissance dans nos gravures en l)ois, où n'avaient paru jusijualors qu'un archaïsme gothique, ou bien l'esprit gaulois avec son tour familier, sa naïveté ironique et sa malice. Il faut se rappeler aussi les noms des Lyonnais Jean Dupré. Trechsel, Jean de Tournes, Bernard Salomon . Il faut savoir entiu que les marques de ces vieux imprimeurs sont aujourd'hui recherchées comme des œuvres d'art. Au sur[)lus, des artistes français ou italiens de premier ordre, connus ou anonymes, n'ont pas dédaigné d'écrire sur le bois les inventions qui devaient mettre en relief leur science et celle des autres. Di' même que Titien peignait à grands traits de plume les chefs-d'onivre que devait tailler Boldrini, de même que Jean de Calcar avait dessiné à Venise (le si magnifiques jtlanches pour V Analomie du célèbre Vésale, de même Jean Goujon illustrait le Vitruve traduit par Jean Martin, tandis que Philibert Delorme et Jean Gousin h'açiiient d'une main élégantt^ les gra-
vures en bois qui décorent leurs livres d'architecture et de perspective.
Notre siècle a a u refleurir parmi nous la gravure sur bois, déjà réhabilitée en France par le Traité liistorique de Papillon, et déjà relevée en Angleterre avi siècle drenier. Cette rénovation nous a valu, il y a vingt-cinq ans environ, les gi'acieuses et tendres vignettes de Tony Johannot, une très heureuse illustration de Paul et Virginie^ et ces croquis spirituels de Gigoux qui ouvrent à chaque page du Gil Blas une fenêtre sur la vie espagnole, ou, pour dire mieux, sur la vie humaine. Tous ces petits ouvrages, conçus et exécutés selon les lois de la xylographie, semblaient parler au lecteur un langage bref, inachevé, qu'il était charg*' de finir. A l'heure où nous écrivons, il n'en est plus de même. Traitant sa planche comme ime toile lavée et rehaussée de blanc, le dessinateur se plaît à couvrir le bois de teintes estompées, imitant les couches du lavis ou les profondeurs de la manière noire. On y voit souA^ent briller le clair au sein de la nuit, lucem in tenehvis. Mais, forcé de poursuivre le modelé des figures pour les mettre à l'unisson d'un paysage mystérieux ou d'un fond richement meublé et précieusement hni, le graveur est amené à sortir de sou domaine et à tenter l'impossible imitation de la taille-doiice. Toutefois, ce hardi renversement de l'ancienne nnitbode a produit certains effets d'une beauté imprévue quand il a fallu interpréter YEnfer du Dante ou dérouler aux yeux du lecteur ces saA anes, ces forêts vierges, qui, dans .4/fl'/«, sont mêlées au drame jus(ju"ày apparaître comme des personnages muets et passionnés. Trouvant sous leur burin une gamme inconnue de tons variés, d'insaisissables demi-teintes qui servent de transitions plus ou moins rapides entre le velouté d'un noir profond et le brillant pur du clair, les graveurs de Gustav e Doré ont rendu à nierveille les paysages de l'Amérique, les troupeaux de buffles ti-aversant le Meschacebé, les pins énormes dont les cadavres renversés servent de pont sur des abîmes, l'aurore se levant sur les Apalaches, et des ciels moirés, diaprés de uuages, qui semblent en changer, en remuer l'aspect, soit qu'ils accrochent au passage un rayon de soleil, soit que la lune les frange de sa lumière. Mais là où s'est trahie la faiblesse du système nouveau, c'est dans la repr(''sentation des scènes antiques, où l'homme tenait la première place, où l'idé'e dominait de toute sa hauteur le panthéisme du paysage. On a vu alors l'accessoire devenir le principal, l'encadrement de la pensée dchorer la pensée elle-mêuie, et les acteurs demeurer vaincus par la magnificence du décor.
Mieux A'aut donc, pour l'illustration des livres, reprendre les traditions de Ilolbein, de Calcar, de Jean Goujon, et pour les grandes planches, en revenir aux coupes fières, concises, d'Albert Durer et de Titien, ou bien au style de ce Gliristophe .legher, qui a été b^ Pii'anèse de la gravure en bois, et qui, enveloppant d'une taille superix" des formes qui palpitent sur le papier, y a fait vibrer et tlainboyer le g(''iiie de Rubens.
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