DES DEUX AUXILIAIRES AVOIR ET ÊTRE
Un grand nombre d'écrivains et TAcadémie ont consacre ces prindpes
Les orages
Ont eesté de gronder sar cet heureux riVagei.
(Voltaire, ÉriphiU, acte II, se. 3.)
< La goutte a cessé de le tourmenter. » (L'Académie.) — « 11 a < cessé de se plaindre. » (Dangeau.)
D'ailleurs, dans ces exemples, le verbe cesser est suivi d'un régime direct qui, annonçant que cesser est employé activement, exige l'auxiliaire avoir. Ce régime direct est exprimé par rinfinitif suivant; en effet, l'action de gronder^ l'action de iowrmenkr^ etc., sont l'objet, le r^ime de celle qu'exprime le verbe cesser
Voyez le chapitre qai traite da Bégime des Terbes.
Et SOUS l'autre point de vue, on dira : « La fièvre est cessée. » (L'Académie.) — t La peste est cessée. » (Dangeau.) — « Quand la « contagion fut cessée, saint Charles Borromée fit rendre à Dieu de « solennelles actions de grâces. » (Le P. Griffet.)
Et da Dieu d'IsraSI les fêtes sont cessées.
(Racine, Etther, acte l, fc. 1 .)
Demeurer. Si l'on veut faire entendre que le sujet n'est plus dans le lieu dont il est question , qu'il n'y était plus, ou qu'il n'y sera plus à l'époque dont il s'agit, on fera usage de l'auxiliaire avoir, parce que avoir été dans un lieu et n'y être plus suppose une action ; ainsi l'on dira : « Il a demeuré six mois à Madrid. » — « Il « a demeuré longtemps en chemin. » (L'Académie.) — « Il a de- « meure longtemps à Lyon. » (Beauzée, Th. Corneille, Dangeau, Waillt, Domergue et Sigard.) — «Ha demeuré quelque temps « en Italie pour apprendre la langue de ce pays. » (Restaut.)
Ha langue embarrassée
Dana ma boache vingt fois a demeuré glacée (321).
(Racine, Bérénice, acte II, se. 2.)
Avec Molière (le Mariage forcé, act. I, se. 2) : « Quel temps ava- <r vous demeuré en Angleterre? Sept mois. »
(321) Il faut KST demeurée glacée, d\i l'abbé d'Olivet. — Je Départage pu ioo opinion. En effet, Racine ne vonlalt pas exprimer que la langue de ntas est restée dans un silence permanent ; vingt fois elle a refusé d'articuler des mois, mais A la fin Titus a pu parler. Il y a passage d'un état A un autre ; il n'y a pas permanenoe , donc U faut t a detneuré glacée. (M. Cbapsal, Dictionnaire gramnuUicat.)
47D DB l'bmplol
Et avec Féneloii (TéUmaque) : « fai demeuré capUf ea £gyp\e « comme Phénicien (322). »
Hais 8i Ton veut exprimer que le sujet est encore au lieu dont il est question, qu'il y était encore ou qu'il y sera à Tépoque dont il s'agit, demeurer prendra l'auxiliaire êtrey parce que c'est un état et non une action que d'être dans un lieu ; on dira alors avec l'Académie : ^Hest demeuré en chemin; » ^-* avec Beauzée : c Mon frère « est demeuré à Paris pour y faire ses études; » — - d'Olivet : « Je « êuiê demeuré muet; » — Dangeau : « 11 est demeuré court en ha- « ranguant le roi; » ~ Rcstaut et Condillac mUesi demeuré à Pari^ « pour y suivre son procès; » — Wailly et Sicard mUesi demearv « deux mille hommes sur la place; » — Domergue : « Âiurès un long « combat la victoire nous est demeurée. »
Enfin avec Racine (parlant de Jfriiannicus) : « Les critiques se « sont évanouies, la pièce est demeurée. »
Et Molière (la Comtesse d'Escarbagnas) : « Nous sommes demeurés « d'accord sur cela. »
Empirer. L'Académie met ce verbe avec l'auxiliaire avoir et atee l'auxiliaire être. Elle dit dans son Dictionnaire en IdSd : sa maiadU a beaucoup empiré; est empirée. On dit qu'un mal a empiré^ pour marquer l'action qui a opéré le changement; et l'on dit : /e mal est empiréy pour marquer l'état, le degré où il se trouve après aroir empiré (323). (h. UTeaux.)
ÉCHOIR. Nombre de Grammairiens sont d'avis de toujours donner au participe de ce verbe l'auxiliaire être. Ils disent : Cet effet est échu, et non a échu; mais pourquoi n'appliquerait-on pas à échoir le principe que nous avons invoqué pour le participe des autre5 verbes neutres? Et pourquoi ne dirait-on pas qu'un billet a échu^
(322) Un GrammairieD prétend qu'il faut dire : fai été captif, La moindre réflexion fera sentir la différence qu'il y a entre /'at été captif ti j'ai demeuré captif. Le premier est vague et n'a aucan rapport à la durée de la captivité ; le fiecood marque cette dorée, quoique d'une manière îndéBnle. Celui qui a été captif ptul ne ravoir été qu'un Jour ; celui qui a demeuré captif Va été pendant an temps considérable. Le besoin d'exprimer ces nuances et l'exemple de Fénelon justifient donc cette expression. (M. La veaux.,
(823) Féraud reproche à J.-J. Roasseao d'avoir dit : Mon sort ne ssmrait Un empiré; il prétend qu'i^ fallait dire ne saurait empirer. Mais ces deax expressions ne venlent pas dire la même chose. La première signifie ne pent être dans on état pire que oelai où II est; et la seconde, ne saurait augmenter en mal.
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lorsqu'il a passé de l'état où le paiement n'en était pas exigible à l'état où ce paiement était exigible; et qu'un billet est échuy lorsqu'il est dans ce dernier état? Ce billet a échu le 30 du tnais dernier ^ et t7 y a un mois qu'il est échu, nous semblent des. phrjï^ très correctes.
^IAÇ*J!J!gLe toutçfoJg n'indigae qae TamUiaire être. A. L.
Geandie, Embellir, Rajeunir, Vieillir, Changer, Décamper et Déchoir prennent l'auxiliaire avoir^ si, comme le dit Marmontel, ces verbes sont pris dans le sens d'une action progressive: « Cet enfant a bien grandi en peu de temps. » (L'Académie.) — « Il a bien embelli pendant son voyage. » (Marmontel.) — « Il me <c semble que depuis un mois cet homme a rajeuni. » — «Il a vieilli
< en peu de temps. » (Marmontel.) — < Depuis ce moment il a
< déchu de jour en jour. » (L'Académie.) ~ Il a Mi l'action de déchoir.
Mais si l'on y attache l'idée d'un état actuel et passif, on doit, dit Marmontel, faire usage de l'auxiliaire être : « Vous iUs bien ff grandi. » -— « Comme elle est embellie. » ~ « On dirait qu'elle « est rajeunie. » — ^ < Je sens que je suis bien vieilli. » (Marmontel.) ~ « Il €«/ bien déchu de son autorité. » (L'Académie*) ~ « Il y a longtemps qu'ils sont déchus de leurs privilèges. » ^11 y a longtemps qu'ils sont dans un état qui résulte de l'action de déchoir.
On dira de môme, pour exprimer l'action : t Les troupes ont dé- « campé hier matin. » — « Cette personne a changé d'avis. » — « Cet homme a changé^de visage. » (L'Académie.)
Et pour exprimer Tétat : « Les troupes sont décampées. » — « Cette femme est bien changée depuis sa dernière maladie. » — « Cet homme est changé à ne pas le reconnaître. » (L'Académie.)
ÉCHAPPER. On dit : Le cerf a échappé aux chiens, pour dire que le cerf, par ses ruses, par ses détours, par la légèreté de sa course, en un mot par son action, a évité d'être pris ou saisi par les chiens.
Eile cerf EST échappé aux chiens^ pour dire que le cerf, par suite de l'action qui l'a soustrait à la poursuite des chiens, est dans un état où il ne craint plus cette poursuite.
On dirait dans 1^ même sens : « L'un des coupables a échappé k « la gendarmerie. » (L'Académie.) — « Ulysse! Ulysse 1 m'avez-
TOUS échappé pour jamais? » (Fénelon, TélémaquCf hv. ]LX1V«;