IL
DU RÉGIME rERBE.
Ferbes régissant un autre verbe à Vinfinitif sans le secours d une
préposition,
. Premièrement. — Un verbe peut restreindre ou déterminer la signiflcation d'un autre verbe à l'infinitif «aiw le secours d'une préposition. Tels sont les verbes :
Aimer mieux :
Qaof qu'à peine i mes maux je paisse résister, J*aime mieux les êouffrir qoe de les mériter.
^Corneille, les Horaees, acte!» se. 3.)
« 11 n'y a rien que les hommes aiment mieux conserver ^ et qu'ils « ménagent moins que leur propre vie. » (La Brutâre.) J'aime mieux voir en compagnie exquise Mon fils au bal qu'en maotalse à l'église.
(J.-B. homstesn, AlUgories, Ut. II.)
ALLER, se mettre en mouvement pour faire quelque chose, ou bcrvant à marquer les choses qui doivent ou qui peuvent arriver :
Je ne condamne plus un courroux légitime; Et l'on vous va, seigneur^ livrer Yotre Tlctime.
(Racine, Andremaq^Sy acte II« se* 4.)
Et le Rhin de ses flots ira grossir la Loire, Avant que tes faveurs sortent de ma mémoire.
(Bolleau, le Lutrin, cbanl U.)
Compter. Quelques écrivains (Montesquieu, Le Sage, Voltaire,
600 VERBES RÉGISSAIIT UN ACTAE VERBE A L'iNFlNITlF
madame de Sévigné) ont fait usage de la préposition de avec ce vo^be, et Féraud ne désapprouve pas ce régime; mais l'Académie (son mciUm., édit. de 1798) dit positivement que compter, suivi d*an infinitif, s'emploie présentement sans préposition.
Dans leseos de m propoier^ croire^ le verbe eompUt ne prend plus de préposition. L'Académie, en 1836, donne poor seol eiemple: « n compte partir demain. » A. L.
Croire. Il a cru him faire est mieux dit que H a cru de bien faire, disent les éditeurs de Trévoux. Féraud ne se contente pas de dire e$t mieuœ, il blâme formellement l'emploi de cette préposition; et . en effet les meilleurs écrivains et Tusage y sont contraires. On lit dans Pascal : « Je croyais ne pouvoir prendre pour règle que l'Écri- « ture et la tradition. » — Dans Bossuet : « Elle croyait servir l'État; « elle croyait assurer au roi des serviteurs, en conservant à Dieu des « fidèles. » — Dans Massillon : « Les grands ne croîm^ être nés que « pour eux-mêmes. » — « Il croyait gagner son procès. » (Académie.)
Daigner :
Gallîope iamai ti ne daigna\em parler.
(Boileaa, Diseoun au Roi.) Daigne, daigne, mon Dieu, sar Malhan et sur elle Répandre cet esprit d'imprudence et d'erreur, De la chute des rois Tuneste avant-coureur.
(Racine, Athalie, actel, se. 2.)
Devoir : « Si la bonne foi était exilée de la terre, elle devrait se « retrouver dans le cœur des rois. » (Paroles du roi Jean.) — «Un seul « jour perdu devrait nous donner des regrets. » (Massillon.)
Un Toile ténébreux
Nous dérobe le jour qui doit nous rendre heureux.
(L. Racine, la Grâce, chant I.)
Nul doute que ce verbe, devant un infinitif, se met sans préposition ; cependant quelques écrivains ont fait usage de la préposition de. Par exemple, l'abbé Grosier, apostrophant Sénèque, a dit : < Tu « es un philosophe, tu appartiens à tous les peuples de la terre, et « tu leur dois de mettre en pratique tes préceptes sublimes; > mais alors il y a un régime de sous-entendu ; le bonheur, Vavantage.
Dans ce sens, la préposition devient nécessaire, car il y a tôqjoun dlipse d'un substanUr :
Je doU à sa mémoire
Oe vous montrer le bien que vous avez perdu.
(Voltaire, Uariamne^ acte V, ic dernière.)
Ainsi, à proprement parler le verbe devoir n'admet jamais la prépofition (le e&
8ANB LE SMOOBfl D*CHB PRÉFOfilTIOH. 601
régime, puisque dans ees locoUons d9 esl le régime d'an non soDS-entendii. Telle est U difldèrenee qal existe entre ces deux |>ûrases : Je doU vou$ eonnaUr$, et w M dot» devoui connaître. A. L.
Voycs plus loin (dans les Yeri>e8 réglk par mi antre verbe, A Kalde de la prép. de), p. 634, ce qae nous disons sur l'emploi du verbe pronominal êe devoir.
Entendre (dans le sens d'ouïr) :
J'entends déjà partout les charrettes eowir. Les maçons travailler, les boutiques i'ouvrir.
(Boileau, satire VI.) Le ciel dans tous leurs pleurs ne m'enfend point nommer.
(Racine, BrUannieue , acte lY, se. 8.) Cependant, ainsi que le fait observer Féraud, etUendrej en ce sens, n'a ce régime qu'à l'acUf : j'ai entendu dire^ il ne l'a pas au passif. Ainsi, au lieu de dire avec le P. Charlevoix : « Jh furent entendus « prononcer les saints noms de Jésus et de Marie; » dites on les ENTENDIT /prononcer, etc.
Espérer. Ce verbe, employé à un temps autre que l'infinitif, se met le plus souvent sans préposition, quand il est suivi lui-môme d'un verbe à l'infinitif : « Presque tous ceux qui prêchent la liberté « espérentavoir part iilsL tyrannie. » (Guichardin.)
.... Teepéraii y régner sans effroi :
Moines, abbés, prieurs, tout s'arme contre moi.
(Boileao, le Lutrin, cbant II.) II espère revivre en sa postérité.
(Racine, Eslker, acte II, se. 9.)
Cependant Voltaire dans Zaïre, Fénelon dans rdjémo^ue, Racine dans les Frères ennemis, et d'autres écrivains ont fait dans ce cas usage de la préposition de, et cela ne peut pas être regardé comme une faute; mais ce qui en serait une, ce sei'ait de ne pas s'en servir quand le verbe espérer est à l'infinitif, et que le verbe qui le suit immédiatement est aussi à l'infinitif, car alors cette préposition est impérieusement exigée. « Peut-on espérer de vous revoir aujour-
« d hui? » (L'Académie, Féraud, M. Lareatix et plusieurs Gramm. mod.)
— C'est sans doute pour éviter la dureté des deux infinitifs de suite que cette exception a été établie. Cependant l'Académie, dans son Dictionnaire, ne donne pas cette régie comme absolue : ce qui nous fait penser que si les deux infinitirs ne sont pas réunis, on peut très bien omettre la préposition. Ainsi nous croyons qu'on peut dire sans incorrection : « Loin d'espérer encore trouver le bonheur ; sans espérer jamais y parvenir, etc. » Il faut donc encore ici s'en rapporter à l'oreille etaugoftt, A. L«
aaS TBRBBI EiGMSAHT OR ÂITIM TBIkBI k L'mPIHITIP
Fairb 7 Calohas
Fera taire nos plears, fera parler les dieux.
(Racine, Ipkigénie, acte I, le. 1.) Je le fs nommer chef de vingt rois ses riraax,
(Le même, Êphiginie, acte 111, ic 6.)
Falloir. Ce Terbe neutre , qui ne s'emploie jamais qu'à la troi* sième personne, se met sans préposition devant nn infinitif : « II foui « ilre utile aux hommes pour être grand à leurs yeux. »
Quand oachoIsU on ewdre, U fimt le ehoiHr Men.
(Piron, i'Ami mystérietêx^ acte IT» fc. S.i
Laissbr. Ce verbe devant un infinitif se prend souvent dans k signification de permettre ; et alors il se met sans préposition.
Oa tateseï-mol périr, on laistex-mol régner.
(Corneille, Cinna, acte IV, se. 3.)
Je eède, et laisse aaz dieux opprimer l'innocence.
(Raciae, Ipkigénie, aete 1^ se 6.) Je te laisee trop voir mes bonteiues donlears.
(Le même, Phèdre, actel> se. 3. ) Voyez plus bas dans quel cai laisser prend à ou de.
Oser :
Moi que y ose opprimer et notreir l'innocence?
(Racine, Phèdre, acte III, se. 3.)
« Il est beau d'oser s'exposer à Tindignation du prince plutôt que <t de manquer à ses devoirs. » (bussiuod.)
Qui suis-je ponr oser murmurer de mon sort ?
(L. Racine, la Grâce, chant IV.) Penser (croire): '
Un discours trop sincère aUéroent nous outrage ; Chacun dans ce miroir pense voir son visage.
(Bolleao, SaUre VII.) (Espérer, se flatter) :
Il pense voir en pleurs dissiper cet orage.
(Racine, Andromaque, acte V, se. I .) Voyez plus loin, p. 614, quand ce verbe prend la préposition à.
Pouvoir. Dans le sens neutre ou dans le sens actif , ce verbe , devant im infinitif, se met sans préposition :
Wmà. ne peui prospérer sor des terres ingrates.
(L. Radne, la Créée, chanl !•).
Bt qai ptut immoUr m haine A sa pairie Lul|ioiffTa« bienaïuil sacrifier sa vie.
(Racine, lei Frèru ennemis^ acielllyic. ••)
Prétendre (avoir intention, avoir dessein) :
Je prHenâê vous traiter comme mon propre fils .
(Racine, Athaiiê, àHBlï, se. 7.) C'est lai que je prtf/endi honorer aujourd'hui.
(Le même, Eêther, acle II, se. 6.)
J.-B. Rousseau a donné à ce verbe la préposition de :
C'est par une humble fol, c'est par on amour tendre. Que rbomme peut prétendre D'honorer sesaulels. (Ode 16, llv. I.)
Mais ce régime n*çst pas exact.
Voyez plus bas, p. 616, remploi de prétendre à dans le sens d*aipirw.
Savoir (avoir le pouvoir, la force, l'adresse, l'habileté, le moyen) : ' Il n'appartient qu'aux héros et aux génies sublimes de savoir être '< simples et humains. » ( Massillon. ) — « Sainte Thérèse eût voulu « ne savùir écrire que pour publier ses défauts. » (Massillon. )
Sembler se construit avec l'in&nitif : « Plus on s'élève, plus la f&- « licite semble s'éloigner de nous. » (Musiiion.)
L'infortune d'aulrui semble nous satisfaire.
(L. Racine, Épître sur l'Homme.) Son front chargé d'ennui semble dire aui humains Que le repos du cœur est loin des souYerains.
(Voltaire^ Agathoele, acte II, se. 1 .)
Sentir (avoir le cœur touché, l'àme émue de quelque chose d*ex- • lérieur). Ce verbe se construit souvent avec un infinitif sans préposition.
.... La piété charmée Sent renaître la joie en son âme calmée .
(Bolleau, le Lutrin, chant VI.)
Je sens de jour en Jour dépérir mon génie.
fLc même, ÉpUre rill.) Je sentis tout mon corps et transir et brûler.
(Racine, Phèdre, acte f, se 3.^
S*iHA6iiŒR ( se figurer quelque chose sans fondement) : « Il s'ima-' f gine être un grand homme. » (L'Académie.) — « Ces lâches chré- « tiens qui sHmaginent avancer leur mort quand ils préparent leur « confession.)» (Bossuet \
tût TBIBES MiOlMAlIT DU AUTRE VEUX A L'IM riHITir
Souhaiter.
Voyez plut loin, dtni Ici teibet qui pramait en régime la prépoMem de, s. lonqae ce verbe est snlH d'un infinitif, il ei t permlf d'en faire um^ Mas piépotitlon.
Valoir mieux : t il y a beaucoup d'occasions où Q vaut mieux le t taire que de parler. » (L'Aeedémie.}
Venir.
Voyez la Remarque qai est A la fin de oc paragraphe sar venir de.
Voir : « Nous avons vu le règne le plus glorieux fitur par des re-
« vers. » (MasiiUoii.)
. . . . On ne voit goère
lies hommes en ce siècle accueillir la misère.
(Piron, la Mitrofnanie, wtAity , se. 4.) Vouloir régit, dans beaucoup d'acceptions, rinflniiif ncm accompagné de préposition :
F'oulex^vous dn public mériter les amours? Sans cesse enécriTant, variez vos diseoars.
(Boileau, r Art poétique, chant U'. , Chacun veut en sagesse ériger sa folie. Oui, grand DieQ, c*est en vain que Thumaine faiblesse Sans toi vetU se par^ du nom de la sagesse.
(L. Racine, la Grdce, chant I«<^.)
Ferbes régissant un autre verbe à V infinitif à Faide de la préposition à.
Secondement. — Un verbe peut restreindre ou déterminer la signification d'un autre verbe à l'infinitif, à l'aide de la préposition à Tels sont les verbes :
S'abaisser : « Faites bien concevoir à H. Despréaux combien vouf t êtes reconnaissant de la bonté qu'il a de s'abaisser d s'entretienir
< avec vous. » (Uttres de RaciM à son fiti.)
Et fait comme Je suis, au siècle d'aujourd'hui, Qui vOQdra ê'abaisser à me servir d'appui?
(Boileau, satire!.) ' Aboutir : « Cette vie si pénible, si sordide aboutit d grossir par
< de misérables épargnes un bien injuste. » (Boiie9ML) Ce verbe n'est point usité en poésie.
S'abuser. Comme verbe pronominal, abuser se dit le plus ordinairement sans régime. Toutefois, Pascal a dit : « Il n'est pas pos- « sible de s'abuser d prendre un homme pour un ressusi^. »
— Mais c'est une ellipse pour s* abuser Jusqu'à prendre, au point êe prendre : ee n'est pas là un vrai régime , comme nous l'avons déjà montré pour les adjectib p. 37S. A. L.
A L'AIBB m LA PB^rOSITlON à. 485
S'a€C0bder (être d'aceord) : < Les évangélistes s'aeeardeni tous â « nommer saint Pierre devant tons les ap6tres. » ( Bossuet. ) — « Ils « s^aecordaient tous d demander l'expulsion de Mazarin. »
(Voltaire. ) S'acharner : « Ils s'aekameni fort â diffamer cette harangue. » S'aguerrir : « n s'est agtéerri d mépriser tout ce que les sens of- « firent de plus cher. »
Aider.
Voyez aoi Remarquée ditachieê quel régime U faut donner k ce Yerbe suivi d'un infinitif ou d'un nom de perionne.
Aimer (prendre plaisir à) : « L'homme n'aime point â s'occuper de « son néant et de sa bassesse. » (Massuion.)
.... raffiMèvoir comme vons l'instruisez.
(Racine, Aihalie)
Animer :
.... Votre rigueur les condamne à cliérir Ceux que vous animez à les faire périr.
(Corneille, (Xnna, acte lY, se. 3.)
S'animer : « Elle s'animait à s'anéantir avec Jésus-Christ, à nattre « avec lui, à mourir et à ressusciter avec lui. » (Piécfaier.)
Je me crois des élus, je m'anime â les suivre .
(L. Racine, la Grâce, chant IV.;
S'appliquer : « Il s'applique à discerner la cause du juste d'avec
< celle du pécheur. » (Fléghier. ) — « Jppliquez-vous â multiplier « chez vous les richesses naturelles. » (Fénelon. )
L'honneur, la probité, le sens et la raison Demandent qu'on inappliqué avec attention A remplir ses devoirs, à ne nuire à personne.
(Voltaire, le Dépositaire, actel, se. 3.)
APPRENDRE : < La religion nous apprend â obéir aux puissances, « d respecter nos maîtres, d souffrir nos égaux, d être affables en-
< vers nos inférieurs , d aimer tous les hommes comme nous- « mêmes. » (Massiiioo.)
Qu'en vous aimant, vos fila apprennent à vous craindre.
(PIron, l'École des Pères, acte II, se. 6.)
Apprêter : « Ils font le pain, apprêtent k manger. » (péneion.)