‹ Grammaire des grammairesChapitre 178 sur 203 · BUFFON · texte numérisé non relu

BUFFON

Observez que quand obliger ne marque qu'un devoir moral, U se dit des personnes et non pas des choses. Ainsi Ton dira avec Boileau

.... Un chrétien Est obligé d'aimer ToDique auteur du bieo. Le Dieu qui le nourrit, le Dieu qui le fit naître. (Épltre XIL)

Ou bien < l'on est obligé cTobéir aux lois divines et humaines. » — « On est obligé de travailler à réprimer ses passions. » Alors on ne dira pas : < La jeunesse est obligée cTavoir du respect pour les per- < sonnes Âgées, » mais la jeunesse doit avoir du respect, etc.; ou bien, un jeune homme est obligé, etc. — De même, au lieu de dire: c La critique est obligée d'être sévère , lorsqu'un livre contient des « maximes contraires à la morale; » dites, la critique doit être stfvirCf ou un critique est OBLIGÉ i>'étre, etc.

A l'aide DB la PRÉMMITIOM 4 ou DE LA PftiPOBmON de. 646

Oublier. On dit oublier à, quand on a perda l'usage, Tbahitade de faire une choise que Ton faisait ordinairement; et Ton dit oublier de y quand il s'agit d'un manque de mémoire. Ainsi, on oublie à danser y à lire^ en ne dansant pas, en ne lisant pas; et Ton oublie d'aller dans un endroit, parce qu'on ne s'en est pas ressouvenu.

Ces nuances délicates n'ont pas toujours été observées par les écrivains même les plus corrects; en efTet, on lit dans Boileau : c J'oubliais à vous dire que les libraires me pressent fort de donner < une nouvelle édition de mes œuvres ; » au lieu de : ^oubliais de vous dire, etc.

Risquer. Dans le sens de hasarder, mettre en danger, ce verbe, suivi d'un infinitif, demande la préposition de : « Vous risquez de •t tomber. » (L'Académie. ) — «Ils risquent de tout perdre pour Dure « périr un seul homme. » (Massillon.)

Dans le sens de courir des risques, et alors verbe actif, il demande la préposition à : < Vous risquez tout d prendre ce parti. »

A proprement parler, ce n*est pas li un régime^ comme noaa l'ayons déjà fait voir page 607, an mot s'avilir. A. L.

TÂCHER. Ce verbe prend à, quand il signifie visera; autrement dit, quand le sens a plus de rapport au but qu'aux efforts : « II tâche « à m'embarrasser. » (L'Académie.) — « L'un tâche â l'émouvoir par c des images affectées de sa misère, Tautre, etc. > (Fléchier.) Je m*excite contre elle, et tâche à la braver.

(Racine, Britannieus, acte II, se. 2.) Par ces mots étonnants (elle) tâche à la repousser. (Bollean.)

Quand il exprime les efforts que l'on fait pour venir à bout de quelque chose, ou, en d'autres termes, lorsqu'il indique plus particulièrement les efforts mêmes que le but auquel ils tendent, il prend de : « Je tâcherai de le satisfaire. Je tâcherai d'oublier cette iqure» » (L'Académie.)

Je tâche cependant cTobtenir qu'on diffère.

(Th. Corneille, h Comte d'Essex, acteV, se. 8.) Tâche* dans ce dessein d^ l'affermir vous-même.

(Racine, les Frères ennemis, actelll, se. 6.) Et sur les pieds en vain tâchant de se hausser.

(Boileau, l'uirt poétique, chant IV.)

Essayer. Dans le seps de viser â, ou bien dans le sens de faire ses efforts pour venir â bout de quelque chose ^ demande les mêmes régimes. Ainsi l'on dira avec M. Laveaux : c Ce musicien essaie â

6éB nMtm RÉffiMAMT m aotm vsuk a l'iupiuiti^

« jotier les morceaux les plus dUBeiles; » avec TAcadémie, « es- « Mqfes â marcher. »

ATec P. Corneille {Horaeey acte I, se. 1 ) : Eêmy0g sar ce point cl le ftire paitar.

El aiec Voltaire {Mahomet, acte V, se. dernière) : Tremble; ion bras s'tuaiê à Crapper sei TlcUmei, parce qae, dans ces phrases » le sens a plus de rapport an hut qu'aux efforts.

Mais aussi Ton dira : < Cet homme faible et valétudinaire a euayé « de se lever, de marcher. » (M. Làvbaux. ) — « On ei$aie de secouer < le joug de la foi » (Màssillon); parte que le sens indique plus particulièrement les efforts mêmes que le but auquel ils tendent.

Venir. Ce verbe régit TlnAnitif sans préposition, quand œt infinitif a rapport au lieu où Ton arrive :

Oui, Je oi«n# dans son lenple adorer rÉtemel.

(aadne, AUuUie, acu I, ac. l .) Que devant Troie en flamme, Hécube désolée Ne f}ienne pas fouseer une plainte ampoulée.

(BoUeau, Vjirtfyoéiique, cbant III.)

Et Tinfinitif avec la préposition de^ quand il se rapporte au Ijiui que l'on quitte ; quand il marque un temps passé depuis peu : c fi c ne vient que de partir. » — i « Nous ven(m$ de voir le r^e le plus « long et le plus glorieux de la monarchie finir par des revers. * (Hassillon.)

II Vivien m'embrassent de m'accepter pour gendre.

(Racine, Iphigénie^ acte Ili, se. S.)

En venir régit à avant les noms et avant les verbes : c ils en vm^ rent aux reproches. » — « Nous en vinmes enfin é discuter la graade c question. » (Féraud.)

f^erbes régissant un autre verbe à V infinitif à Vaide de la préposMan k ou de la préposition de, suivant que t oreille et le goût en pres^ crivent remploi.

CiNQUiiMEMENT. — Les vcrbes après lesquels Toreille et le goût prescrivent le choix des prépositions à ou de devant l'infinitif qui suit, sont : contraindre^ demander^ s'empresser et forcer.

Contraindre : < Deux horribles naufrages contraigniresU]» Rot mains d'abandonner l'empire de la mer aux Carthaginois, i (Bo»-

A l'aide DB la PRÉPOSITIM 4 00 BX LA PRÉPOSITION de. 647

suBT. ) — - < 11 a Mu une loi pour régler Texlérieur de TaTOcat» et le " wnirainire ainsi à être plus grave et plus respecté. »

Ellea. ....

Exigé qu'on époux ne la contraindrait point

 traîner après elle uu pompeux équipage. (Boiieau sattce X.)

Si ses exploits divers Ne me contraignaient pas de yoier à toute heure

Au l)out de l'univers.

(Racine, poésies diverses, la Renommée.)

Demander : c On ne vous demande pas de vous récrier : C'est un c chef-d'œuvre !» (La Brutêrb. ) — « Combira de fois demandant' « elle au ciel <f approcher sa fille du trône! etc. » (Fléchier. )

Ses yeux baignés de pleurs demandaient à vous voir.

(Racine, Bérénice, acte Y, se. 7.)

< Philodès demande au roi 4 se retirer dans une solitude. » (FÉ-

NBLON.)

S'empresser : c Tout s'empresse à leur persuader qu'ils sont^ tt etc. » (Massillon.)

Tout l'univers

S'empreuê à l'efliieer de votre souvenir.

(Racioe, BritannieuSt acte II, se. 3.)

Vos généreuses mains s'emipreêsent d'tOàcei

Les larmes que le ciel me condamne à vtrser.

(Voltaire, Mahomet, acte I, se. 2.) (380) S'ENGAGER.

Voyez plus haut, page 611.

Forcer : « Ce dernier jour où la mort nous/orcera de confesser . toutes nos erreurs. » (Bossuet.)

(380} Laveaux donne , pour le diûix qu'il y a à faire de la préposrllon à ou de la préposition de, un moUf qui doit aider beaucoup à le bien faire. On doit, dit ce grammairien, employer la préposition à lorsqu'U y a un but marqué hors de la pecsoDDcquî agit; et lorsque le but n'est pas marqué, c'est de la préposition de que Ton doit faire usage.

Ainsi Ton dira, je m'empresse de marcher, dPécrire, de répondre, parce qu'on ne vott pas un but marqué hors de la personne qui agit ; et Je m'empresse à le secourir, à le consoler, parce qu'ici le but est marqué hors de la personne qui agit ; on s'empcesse d'arriver à on but, savoir : 1$ secourir, le consoler.

646 DU RÉGIMK NOM.

....« Jii«|0*i 06 jour l'unlven en alarmei Me forçait d'admirer le bonheur de vos armes.

(Racine, Aleieandre-îe -Grand, acte V, se. 3.)

Cet ascendant malin qui yous force à rimer.

(Boileau, satire IX.)

.... Forcez TOtre père à révoquer ses vœux.

(Racine, Phidre, acte V, se. I.)

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