DU RÉGIME PRONOM
l>oit-on dire, en parlant d'un homme : « Je Tai vu faire Inen des (( sottises, » ou « je Im ai vu faire bien des sottises ; » et en parlant des animaux : « C'est la brutalité qui les fait suivre les mouvements « de leur colère, » ou « qui leur fait suivre les mouvements de leor « colère? »
Pour résoudre cette question, examinons quels sont les régimes que demandent les verbes voir et faire^ et, pour plus de £abdlité« substituons aux pronoms personnels les substantifs qu'ils remplacent : « J'ai vu cet homme Cure bien des sottises; » «^ « C'est la brua talité qui fait suivre aux animaux les mouvements de leur colère. > Dans la première phrase, cet homme est le régime direct du verbe voify et non pas l'in&nitif /atre, qui se rapporte, comme une espèce de modificatif, au mot homme^ et &it partie du régime direct; c*est comme s'il y avait : fai tni cet homue faisant bien des soÉiises. Dans la seconde phrase, suivre est le régime direct de faire, car c'est l'objet de l'action, et aux animaux en est le régime indirect. Si Ton remplace cet homme et aux animaux par des pronoms personnels, il est clair qu'il faudra se servir de le pour le substantif homme, et de leur pour le substantif animaux; et que conséquemment on dira : Je L'ai vu faire bien des sottises ,* c'est la brtUalUé qui leur fait suivre, etc.
I D'où il suit que toutes les fois qu'un verbe actif est suivi d'un j infinitif, on doit employer le, la, les, avant ce verbe actif, si l'infini- < tif n'est point régime direct, car alors il faut que le pronom soit i régime direct, puisqu'un verbe actif exige un régime de celte nature; j et qu'on doit employer lui^ leur, quand l'infinitif est le régime direet
DU «tous pmnoM, mt
da Terbe actif, un verbe actif ne pouvant pas avoir deux régimes (Hrecta*
Ainsi Molière ne s'exprime pas eorreotament quand il dit : «Une « certaine seène d'une petite ocmiédie que je leur ai vu essayer > (le Sicilien^ se. 3); puisque Ton dit : fat vu quelqu'un essayer une certaine scène, il devait dire : que je les ai vus essayer.
On ne dira pas non plus : « L'idée les a pris d*aller à la campagne; » on dit : « L'idée a pris à vos amis d'aller à la eampagne; » il fout donc se servir du pronom leur. Ici le verbe prendre est pris neutralement; il ne saurait avoir de régime direct.
Souvent le sens qu'on veut exprimer détermine l'emploi du pronom personnel, comme régime direct ou comme régime indirect. Ainsi, il y a une grande différence entre, « je lui ai vu donner un « souflDet, » et c je Tai vu donner un souCOet; » le premier a reçu le sooiDet, le second Fa donné.
n y a également une grande différence entre c les offres de ser- «( vices que je leur ai vu faire, » et « les oSlres de services que je « les ai vus faire; » *-< entre < les liqueurs que je ftur ai vu ver- « ser, > et € les liqueurs que je les ai vus verser; — entre « les ob- « jets que je leur ai vu prendre^ enlever, » et « les objets que je « les ai vus prendre, enlever; » — enfin entre « les choses que je leur « ai vu offrir, donner, refuser, » et < les choses que je /«« ai vus tf offrir, donner, refuser ; » cette différence est telle, qu'en confondant les deux régimes on exprimerait positivement le contraire de ce qu'on voudrait faire entendre.
Les régimes pronoms se placent ordinairement avant le verbe,* il y a cependant quelques exceptions : nous les avons données, lorsque nous avons parlé de la place des pronoms personnels en régime, pag. 316, 321, 329 et 388.
Toutefois, comme nous ne devons rien négliger de ce qui peut être utile à nos lecteurs, nous dirons avec H. Maugard, au risque de nous répéter un peu, que :
Quand un verbe à l'impératif a un pronom pour régime, soit direct, soit indirect, il faut le placer après le verbe avec un trait d'union, si la proposition est affirmative: Crois-MOi.-^Puni^-MOi. (Racine.) ~Z/^ez-vous un peu^ s'il vous plaît. (La FoNTAmE.)
AsMyez-votfj, ma mère, et voyez yotre fils.
(Voltaire, ia Comtette de Giwri, acte II, se 5.) Si la proposition est négative, il faut placer le pronom imm^ diatement avant le verbe : I^e me (rompez point. (Racine.)
'ttiS DIT RÉGm PRONOM.
!l«M«ri|ip«l« point QAe trop ébèra Idée.
(Le même^ BirMm, tcte Y, ac S.) If e wmi prépurtt point on nonveau repentir. (VoIMto. )
SI le régime direct d'un verbe à l'impératif est un pronom, et le régime indirect le pronom en, ou un nom, ou l'équivalent d'un nom, précédé d'une préposition, on place le régime indirect après le pronom :
lof tmiief-in'm de grAoe ; et. par yolre diacom,
Hâtez mon dèaeapoir, ou le bien de mei Jonra. (HoBère.)
Hier au soir Je croia qoll arriva,
Informe-fen. (Voltaire.)
Lorsque le verbe, qui est à l'impératif, a pour r^me direct un pronom, et pour régime indirect un autre pronom, il faut placer après le verbe le pronom régime direct, ensuite le régime indirect avec des traits d'union :
Là, regardez-moi là dorant cet entretien;
Et josqu'an moindre mot, imprimez-le-wms bien.
(Volière, VÊcoU d9$ Femmes, acte III, se. 3.)
« Mon innocence est le seul bien qui me reste, laissez-k-mot, « cruel. » (Marmontel.)
Si le régime indirect est un pronom, et le régime direct un nom ou un mot qui en soit l'équivalent, il faut placer le pronom régime indirect immédiatement après le verbe, avec un trait d'union.
Vivez^ et faites -votM an effort généreux •
(Racine, Bérénice y acte V, ac« dernière.) Ah, crael } par pitié montrez-moi moins d'amour.
(Le même, Béréniee, acte V, se. &.) Vase, redltes-mo» ces noms chers à la France.
(Voltalife, la Henriade, chant IV.;
Si l'impératif est suivi de deux pronoms, régimes indirects, il feut placer immédiatement après le verbe le pronom, régime indirect, qui est nécessaire pour l'expression de la pensée, et mettre à la seconde place celui qui n'exprime qu'une idée accessoire, ou qui n'est employé que pour donner plus d'énergie à l'expression, et qu'on pourrait en retrancher sans changer le sens : « Allons, monsieur, « faites le dû de votre charge, et dre8sez-/t*i-moi son procès comme « larron et comme suborneur. » (Molière, l'avare, act. V, se. 3.)
Lorsque deux propositions imnérati^es sont jointes par la con-
BU RÉGIIIK PROHOII. MS
Jonction ei, si les deax verbes sont à la même personne et au même nombre, onjpeiit placer, avant Timpératif, le pronom régime du ▼erbe de la seconde proposition : «Tenez, monsieur : battes-mot plu- € tôt, et me laissez rire tout mon saoul. » (HOLiàRE, le Baurgeais genUlhamme, act. IH, se. 2.)
Allez, Lafleur, troayez-/« jet iui portez Trois cenU louis, que Je crois bien comptés.
(Voltaire, la Prude, acte II, se. 1.)
< Monsieur Lysidas, prenez un siège vous-même, et vous mettez <f ià. > (Molière, la Critique de l'École des femmes, se. 6.)
Cependant Molière a dit : « Finissons auparavant votre affaire, et « me dites qui est celle que vous aimez. » (L'avare, act. J, se. 2.)
Laissons cela, Zépliire, et me dis si tes yeax Ne trouvent pas Psyché la plus belle du monde.
(PfycA^^ acte III, se. 1.)
Mais, à l'occasion de ces deux derniers exemples, Bret fait olvserver que, dans le premier, Texactitude demande, et dites-moi; et, dans le second, et dis-moi.
Toutefois, ce commentateur a négligé de donner les motifs de cette préférence. M. Maugard, plus judicieux critique, nous apprend que c'est parce que le verbe de la seconde proposition n'est pas à la même personne que celui de la première.
ARTICLE XV
DES TEMPS, DES MtDES ET DE LEUR EMPLOI.
On distingue dans les verbes, ainsi que nous l'avons dit, page 446, cinq modes ou manières de manifester l'afArmation, savoir : 17niieaUfy le Conditionnel, V Impératif , le Subjonctif et YinfiniHf.