REMARQUES SUR LA PR0N0I«CIAT10N
élevée, et celle de la réponse plus basse, afin de marquer le contraste; et même Taccent portera quelquefois sur la dernière syllabe, parce que, comme l'observe l'abbé Batteux, Tinterrogation, attirant la réponse, en prend pour appui les premières syllabes. En voici un exemple : € Est-ce assez ? Nenni. Wy voici donc ? Point du tout. »
Dans l'apostrophe, l'intonation s'élève tout à coup avec une espèce de transport : « Amour, tu perdis Troie! » Mais la voix baisse aussitôt pour tendre au repos.
Nous ne pousserons pas ce détail plus loin, parce que ce qui vient d'être dit suffit pour donner aux étrangers une idée de l'art si difficile de bien déclamer, et par conséquent leur montre la nécessité de se former de bonne heure à une exacte prosodie, à la connaissance de l'accent, et à l'intonation qui convient à chaque mouvement oratoire C'est aux guides qu'ils choisiront à leur faire appliquer à toutes le» figures les principes que nous venons d'établir; car chacune a son mionation, ses tenues, ses inflexions, ses précipitations, ses ralenussements, ses accents; en un mot, un caractère qui lui est propre. La seule attention qu'on doive avoir, en se livrant aux difiérents sentiments que l'on éprouve, c'est de ne pas confondre l'accent oratoire avec l'accent prosodique.
« Vaecent oratoire^ dit Duclos, influe moms sur cnaque syllabe d'un mot par rapport aux autres syllabes, que sur la phrase entière par rapport au sens et au sentiment : il modifie la substance même du discours, sans altérer sensiblement l'accent prosodique. La prosodie particulière des mots d'une phrase interrogative ne difiére pas de la prosodie d'une phrase affirmative, quoique l'accent oratoire soit très diflérent dans l'une et dans l'autre. Nous marquons dans récriture l'interrogation et la surprise; mais combien avons-nous de mouvements de l'ême, et par conséquent d'inflexions oratoires, qui n'ont point de signes écrits, et que l'intelligence et le sentiment peuvent seuls faire saisir! Telles sont les inflexions qui marquent la colère, le mépris, l'ironie, etc. L'accent oratoire est le principe et la base de la déclamation. »
Za prononciation de la lecture doit être bien moins marquée; mais elle doit l'être d'une manière sensible, parce que cette prononciation, étant lente, donne le temps à la réflexion d'apercevoir les fautes qu'on pourrait faire. On ne lit bien qu'en donnant à chaque syllabe sa véritable valeur, à chaque sentiment sa juste intonation. Quoique tout ce que nous avons dit sur la déclamation doive s'observer dans la lecture, U ne s'ensuit pas au'on doive lire comme ^^ déclame. Dans
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la déclamation on est hors de soi; on est tout au mouvement qu'on éprouve, et qu'on veut faire passer dans l'Âme des autres. Mais en lisant^ on est de sang froid, et, quoiqu'on éprouve des émotions, ces émotions ne vont pas jusqu'à nous le faire perdre. Déclamer en lisant, c'est donc mal lire, même en lisant une scène tragique. On doit se rappeler qu'on ne la joue pas, mais qu'on la lit. Un homme qui, en lisant les flireurs d'Oreste, paraîtrait agité par les Furies, n'exciterait que le rire ou la pitié des auditeurs : il n'est, ni ne doit âtre Oreste. I^ décomposition dans les traits, et les contorsions dans les membres, seraient aussi hors de saison que ridicules. Le ton de la lecture, en général, doit être soutenu, n ne doit avoir d'autre variation que celle que nécessite l'intonation propre à chaque figure, n d'autre inflexion que celle que produit l'accent oratoire. 11 iiautqae le passage du grave à l'aigu, ou de l'aigu au grave, ne soit marqué que par des demi-tons, et très souvent même par des quarts de ton Rien ne-choque comme d'entendre parcourir trois ou quatre tons de l'octave dans une même phrase, et c'est néanmoins ce qui est très ordinaire, surtout dans les pays étrangers. Bi^ lire en firançais et bien lire en anglais sont deux manières entièrement opposées; et cette opposition tient à la différence de la nature de l'accent prosodique dans les deux langues.
La pronaneiaiion de la eonvenaUon diffère des deux autres en ce que la plupart des syllabes y paraissent brèves; mais, si l'on y bit attention, il est aisé de s'apercevoir que la quantité est observée par les personnes qui parlent bien. Cette nrononciation n'a d'autre règle que le bon usage. On ne la saisira jamais, dans les pays étrangers, que par l'habitude de vivre avec des personnes bien élevées, ou par les soins d'un maître qui a vécu dans la bonne compagnie, et qui a cultivé son esprit et son langage. Mais, comme nous l'avons déjà dit, il faut éviter toute espèce d'affectation et de gêne, parce que, dit d'Olivet (Traité de Protodie^ page 55 j, la prononciation de la conversation souffre une infinité d'hiatus, pourvu qu'ils ne soient pas trop rudes; ils contribuent à donner au discours un air naturel; aussi la conversation des personnes qui ont vécu dans le grand monde estelle remplie d'hiatus volontaires qui sont tellement autorisés par l'usage, que si l'on parlait autrement, cela serait d'un pédant. Parmi ces personnes, folàirer et rire^ aimer à jouer, se prononcent, dans la conversation, fokUré et rire^ aimé d jouer. (Foy. p. 64.)
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