‹ Grammaire des grammairesChapitre 37 sur 203 · TÉNÈBRES · texte numérisé non relu

TÉNÈBRES

Thbeuqub. P^oy, les Rem. déL

TlOE.

Toussaint (U 3).

raison nous parait plus plausible que celle de Geoffiroi, qui veut voir dans ce masculin une intention du poëte. I^ mesure du vers est sans doute la seule cause qui a empêché de mettre Veût-elU tant effrayé, A. L.

(1 10) Primevère. Saint-Lambert, dans son poème des Saisom, a fait ce mot masculin :

L'odorant primevère élève sur la plaine

Ses grappes d'un or pâle ei sa tige incertaine. (Le PrinlMipi.)

MaisrAcadémie et tous les lexicographes le marquent féminin.

—L'Académie cependant indique le vieux mot primevère au masculhi dans le • sens de printemps; et alors il faudrait le tirer de l'expression latine prtmo vera. Mais Rabelais a dit (I, 4) en la prime vere-, et alors on le tire du féminin italien primavera. Ainsi, dans tous les cas, prtm^véra devra être féminin. A. L.

(Ul) Sahaabaque. Richelet fait ce mot maKulin ; mais 1* Académie, Trévoux, Wailly, Gattel, M. de Buiïon et Tusage actuel ne lui donnent que le féminin.

(113) Stalle. On faisait autrefois ce mot masculin au singulier et au pluriel i on l'a fait ensuite féminin, et quelques-uns ont continué de le faire masculin au pluriel. De U, quelques Grammairiens timides ou minutieux ont donné les deux genres a ce nombre, et ont converti la faute en règle. StaXl» est féminin au singulier et au pluriel.

(i 13) On dit la Toutêaint, et c'est manifestement l'ellipse qui autorise le genre

SvbêkmHft fimmini.

Tnunin.

UiBAHiTB, poUteMe que donne l'usêge do monde.

UwB, Y8se anllque.

Usm, loot éUblIssement dans lequel on emploie des machines pour allé-

ger la faligae des travailleoii, et pour diminoer la maln-d'oeavre»

Usure, Intérêt iUégal de l'argenl. -~ Dépérissement qui arrive aux bardes, aux meubles par le long nsage.

Vl?XRX.

ARTICLE II

Les noms communs qui conviennent à chaque individu, à chaque chose d'une m^me espèce, peuvent être pris en diverses façons.

On peut les appliquer à un des individus, à une des choses auxquelles ils conviennent;

Ou bien les appliquer à plusieurs individus ou à plusieurs choses.

Pour distinguer ces deux sortes de manières de signifier, on a inventé les deux nombres : le singulier et le pluriel.

Le nom propre, n'étant qu'un nom de famille, un nom qui distingue un homme des autres hommes, une chose des autres choses, ne peut être susceptible de l'idée accessoire de pluralité.

Si l'on trouve des exemples où le nom propre soit mis comme le nom appellatif avec le s, lettre caractéristique du pluriel, c'est, ou parce que ce nom n'est plus le nom propre d'un individu, mais le nom propre d'une classe d'individus; ou bien, parce que ce nom est un nom propre employé par Antonomase (114), c'est-à-dire, pour un nom commun ou appellatif, à l'eiTet de désigner des individus semblables à ceux dont on emploie le nom propre.

Dans le premier cas, si on dit les HenriSy les Bourbons, les Stuarts, les douze CésarSy c'est par la même raison que celle qui fait dire les

féminin ; l'esprit la remplit ainsi : la lète de tous les sainU» de TouisainU Ce^i donc à eause du mol fête que le sabslanUf prend TarUcle féminin. On dit de même la IV^oël, la Saint-Jean, quoique I^oël et Saint-Jean soient du maseolln. Jlais faut -il dire : la Toussaint est pasié ou passée -, je vous paierai k la Saint-Jean pro' chainou prochaine? Regnard dit: k la Saint- Jean prochain. Cependant pro-^ chainnt modifiant pas Saint-Jean, mais la fête, on doit dire : Je vous paierai A la Saint^ean prochaine; et par conséquent : la Toussaint est passée. Bans tous les exemples de cette nature, e'est la fête que l'esprit considère; c'est donc an mot fête que doivent se rapporter tous les modiflcalifs. (Domergue, p. S3 de son Manuel) (114) VAntonomase est une figure de rbétorique par laquelle on emploie un

Français^ les JlkmandSy les Champenoiiy lesBawrguignani; diacun des noms Henri, Bùurbony Sinart, César n'est plus le nom propre d'un individa, il est devenu le nom propre d'une classe d'individus : ce sont des classes dont tous les individus ont un nom commun. Les Romains disaient au pluriel Julii, AtUoniiy Scipiones, tout comme ils disaient au pluriel Bomaniy Afri, Arcades, Ce sont des noms propres de collections que nous rendons aussi en français par le pluriel quand nous les traduisons.

Dans le second cas, si Beauzée a dit et écrit : Les Corneilles sont rares;

Massillon (sermon du dimanche des Rameaux) :

« Donnez-moi des Datids et des Pharaons, amis du peuple de « Dieu, et ils pourront avoir des Nalhans et des Josèphs pour leurs « ministres; »

Boileau (Discours au roi) :

Ouf» je sais qu'eatre ceux qa! t'tdrecsent leon veUles , Parmi les i'^/lalieri on compte des Corneilles;

Le même (ÉpUre au roî) :

Un Auguste aisément peat faire des Firgilees L. Racine (Poème de la religion, chant YI) :

C'est par eui (les chrétiens) qu'on apprend i respecter les rois,

Et qae même «ax JYirons on doit Tobélssance;

nom common ou appeDatif k la place d'un nom propre , ou bien un nom propre i la place d'un nom commun ou appellatif.

Exemple d'un nom eommun pour un nom propre : • Les mois philosophe, orateur, poète, pire sont des noms commuas ; TAntonoroase en fait des noms particnllen qui équivalent i des noms propres.

Ainsi, les Lalins disaient le PhiUuophe, pour Aristole ; V Orateur, pour doéron , le PoUte, pour Virgile ; le Carthaginois, pour AnnibaU

La Ligue disait le Béarnais, pour Henri lY.

Et nous, nous disons le Père de la tragédie française, pour Gomeille; le Fa^ buliste français, pour La Fontaine ; le Cygne de Cambrai, pour Fénélon ; r^^ gle de Jîeaux, pour Bossuet.

Exemple d'un nom propre pour un nom commun : Néron, Mécène, Gaton, Zolle» Aristarque sont des noms propres; i' Antonomase en fait des noms communs.

C'est ainsi qu'on appelle un prince cruel, un JVéron ; un homme puissant qui protège les lettres, un Mécène; un homme sage et vertueux, un Caton ; un critique passionné et Jaloux, un Z<file ,• le modèle des critiques» on Aristarque.

Le même (chant VI) :

L'exemple des Catons ett trop facile A soJTre j LActae qai ?eat moarir, coarageaxqui peat ?1vre;

Voltaire (Épitre à Boileau) •

Aux siècles des Midas on ne yoU point ^*Chrpkies: Le même (Préface d^ Œdipe) :

« Je placerai nos Despréaux et nos J?actn«s à côté de Virgile pour ( le mérite de la versification ; »

Le même (Farianieê sur les événements de 1744^ :

Louis fit des Boileauw, Anguste des FirgUu; Le même (Discours sur la tragédie de D. Pèdre^ édition de Kehl) : « Ceux qui ont écrit l'histoire en France et en Espagne n'étaient « pas des Tacites; »

Delille (É^tre à M. Laurent) :

Loofs de ses regards récompensait lears veilles : Un coopd'œU de Loois enfantait des Corneilles -,

l>orat ("poème de la Déclamation^ chant II) :

Qa'on Molière s*élève, il naîtra des Barons s

C'est parce que tous ces noms propres sont employés flgurément : les Corneilles pour de grands poètes; les Davids^ les Pharaons pour de grands rois; les JSathans^ les Josephs pour des ministres intègres, éclairés; les Pelletiers pour de mauvais poètes, etc. , etc. , et qu'alors ces noms propres, ainsi employés pour des dénominations communes ou appellatives qui sont susceptibles d'êtres mises au pluriel, ont dû en prendre la marque caractéristique.

Ainsi, à l'exception de ces deux cas, de ces deux motifs, tant qu'un nom reste nom propre, il ne peut, comme nous l'avons déjà dit, prendre la marque du pluriel, quand bien même ri désignerait plusieurs personnes portant le même nom.

Hais s'il n'est pas permis de donner au nom propre la marque du pluriel, l'usage est de la donner à tout ce qui y a rapport. On écrira donc :

« Les deux ComeUie se sont distingués dans la république des < lettres; les deux Cieéron (115) ne se sont pas également illustrés. »

Cette phrase, qui est de Beaozée, se troure ainsi ortliographiée dans VEncyclopi'

(115) M« Lemare (pag. 17 de son Coure tkéor.^ etc.) roudrait que l'on écrivit, âfee la lettre caractéristique du pluriel, les deux Tar^uine, les deux Cakms, le$

diê méthodique; et MM. BoioTiUleri, Maagard, Gaminide» GhafiMl, Jteqoaiiird, Isàitêfa, RoufMl de Benrille, Domairon et d'iutret Grammelrieof moderaei l'ont citée i rappui de leur opinion i ar It manière d'écrire lea noms propres an pluriel.

« YoaBaYes pour vous les vœux des trois Guillaume. »

(L. de G. Badée à Érasme, rapportée dans VBistoke ie Fronçait I«.)

« M. Tabbé Le Bœaf a distingué deux u^totfiy runévèqued'Auxerre; ' l'autre religieux de Citeaux. >

(GaUlard, HUloire de FtmçoU K L Y, page 20.) Quatre Mathusalem bout à iMut ne pourraient Mettre à fin oe qn'an seul désire.

(La Fontaine, Fable des deux Chiens et l'Ane fMrl.)

c Les voyages me mirent à portée de foire quelques connaissances;

« celle des deux Barilloty etc. » (j.^. Hoatëem,Con fessions^ une V.)

« L*Ëspagne s'honore d'avoir produit les deux Sénèque^ Lucain, < PomponiuSy Columelie, Martial, Silius Italiens, Hygîn, etc. »

(M. RajDouard, OHgine et formation de la kmgueiromane.)

c Jamais les deux cdton n'ont autrement voyagé, ni seuls ni avec « leurs armées. »

(J.-J. Rousseau, lettre à d'Alembert sur son article Genève, page is>, éditkn de Didot, 1817.)

deux Racines, les deux Corneilles, les deux Montmoreneis; parce que, seloa lai, les mots Tarquins, Càtons, etc.» quoique d'one même famille, quoique da même nom, serrent à désigner plusieurs individus dont le nom doit^ par cela seoli être pluralisé.

Mais il nous semble que cette opinion n'est pas fondée ; dans ces phrases, le nom ne doit pas prendre le s, marque caraetérisUque du pluriel, parce que ee nom n'y est employé ni par emphase ni flgurément; et alors il ne cesse pas d'être nom propre. C'est un nom de famille qu'on ne peut pas défigurer. Tar^in et Tarquit^. Coton et Cotons ne sont pas les noms d'une même famille ; conséquemment, quoiqu'on parle de plusieun Tarquin, de plusieurs Caton, on doit écrire.* les deux Tarquin, les deux Caton, etc., sans le signe du pluriel.

Ajoutons k ces motifs ceux que donne Laveaux. Ces noms propres sont appliqués à plusieurs individus, mais chaque nom représente par lui-même chaque homme auquel on ne l'applique que comme un seul individu. Quand on dit lee deux Corneille, les deux Scipion, il y a ellipse; c'est comme si l'on disait les deux hoTO' mes, les deux indlTidns qui portent chacun le nom propre de ComeiUe, de Sdpion; et alors le pluriel tombe sur le mot homme ou sur le mot individu, ei nullement sur le mot Corneille on sur le mot Scipion, qui, par conséquent, ne doivent point prendre le signe caractéristique du pluriel.

Cette opinion est d'autant plus fondée qu'elle se trouve entièrement conforme à celle de Beaozée, de Wailly, de M. Jacquemard, de H. Boniface, de plusieurs aatres Grammairiens, et, comme on l'a vu, à celle de Voltaire, de M. Raynouard^ de J.-J. Rousseau, de Marmonlel, etc.

« Rodr. Orgognès conseilla à Almagro de fiiire moirir les deux 1 Pixarre qu*il avait entre les mains. »

(Sun, iruiolM eâmêrkpÊê^ L TI, pifeMl.) Hélai! c'est pour Jnger de qadqaei noureaax alra, Oa des deux Poinsinet leqael fait mieux les Ten . (Rnlhières.) Des deux Richelieu sut la terre Les exploiu seront admirés. (Voltaire, £p, au due de Richelieu.)

«.1^ f^iseontû ducs de Milan, portaient une givre dans lenrs ar-

« mes. » (L'Académie, an moi Givre.)

Parce qu'aucun des noms propres n'est, dans ces phrases, employé figurément ; que chacun d'eux rappelle l'idée de plusieurs personnes, mais de plusieurs personnes portant le même nom, et qu'enfin, cha^ cun de ces noms restant nom propre, on n'a pas dû en changer la forme.

Il arrive quelquefois que les poëtes et les orateurs font précéder de Tarlicle {es les noms propres qui ne désignent qu'un seul individu. C'est une irrégularité ou du moins une licence qui a besoin, pour être tolérée, d'un mouvement oratoire, où le génie de l'écrivain, pour ainsi dire hors de lui-même, croit s'exprimer avec plus de force, en employant le signe du pluriel, lors même qu'il ne s'agit que d'une seule personne, comme dans cette phrase de Voltaire aux auteurs des Neuvainei du Pamasêe :

« Jl manque à Campistron, d'ailleurs judicieux et tendre, cesbeau- « lés de délaii, ces expressions heureuses qui font l'Âme de la poésie « et le mérite des Homère^ des FirgUe^ des Tasse, des MiUony des « Pape^ des Corneille^ des Racine^ des Baileau. »

Une licence qui fait naître une beauté se pardonne aisément.

L'abbé Colin a pu dire aussi, en parlant des oraisons funèbres de Fléchîcr:

« lit brillent d'un éclat immortel les vertus politiques , morales et « chrétiennes des Le Tcllier, des lamoignonetdesMontausier; »

Farce qu'éprouvant celte émotion qui rend le style figuré, sa manière de s'exprimer est en harmonie avec sa pensée.

Mais dans celte phrase : « Nous n'avons point parmi nos auteurs « modernes de plus beaux génies que les Racine et les Boileau, » comme il n'y a ici ni mouvement oratoire ni élégance, il est certain qu'il eût été plus correct de dire : « Nous n'avons point parmi nos « auteurs modernes de plus beau génie que Racine et Boileau. »

Il ne noas semUeiMS bleo nécessaire, pour expliquer cette' toomore de phrase, d'en faire on moovement oratoire ; c'est, selon nooi, me simple ellipse, one forme

de laOKH • n*^^^ <I*di iet éDomérflUoiif : Us La Fontaine, Ui Moiilre, le$ Soi- Imh vivaient entre eux, c'Mt-i-dire, les hommes illiuties conmu sous le nom de, etc. Les Piaton, les Pythagore ne se trouvent plus ; c'est-à-dire^ les grands pUtoMphes comme, etc. Dans toutes les phrases de ce genre. Il y a quelque chose de moins déterminé, de moins restreint que dans l'emploi du nom propre tout seul. Ainsi, quand Bernardin de Saint-Pierre dit : « Les plus savants des hommes, Ut Socrate, Us Platon, les IVewton ont été aussi les plus religieux, > il dte ceax-li entre autres, mais non pas d'une manière exclusive. La nuance de la pensée ne serait donc pas la même si l'on écrivait : « Soeraie, Platon , Newton, les plus savants des hommes , ont été aussi les plus religieux. » Puisque le «ens est durèrent, les deux tournures peuvent donc être admises, dans tous les cas, selon la pensée de l'écrivain. A. L.

A l'égard des noms substantifs qui sont communs ou appellatifs, ou i)ien qui sont mis dans cette classe , il semblerait que par leur nature ils dussent tous être employés aux deux nombres; il en est cependant plusieurs qui ne s'emploient qu'au singulier, et d'autres dont on ne se sert qu'au pluriel.

Cette assertion, comme on le verra par les notes qui vont suivre, doit être entendue dans un sens fort restreint, puisque la plupart des mots rangés dans cette catégorie admettent de nombreuses excepUons. A. L.

Substantifs qui n'ont pas de pluriel.

V Lesnomsdemétauxconsidéréseneux-mêmes: ofjarg'eti^jp/afiift, étatn^ fer^ cuivre^ vif-argent^ bismuth, zinc^ antimoine, etc. (116).

(116; Obskrtatioii. Si les noms de métaux et d'aromates ne s'emploient point au pluriel, c'est parce qu'ils signifient, chacun, une seule substance composée de plusieurs parties ; ou, si l'on veut, parce qu'ils désignent comme individuelle la masse de chacun de ces métaux et de ces aromates ; leur nom est, A la vérité, le nom d'une espèce, mais d'une espèce considérée individuellement, et qui neren ferme point d'individus distincts.

En elDet, quand en les considère comme mis en œuvre, divisés en plusieurs par- Wes9 et qu'on y distingue des qualités qui permeltent de les ranger dans différentes classes, alors ils prennent un pluriel, et le nom devient un nom commun ou appellatif : des ors, des cuivres de différentes couleurs^ des fers aigres, les plombs d'un bâtiment.

En aucune langue, dit Voltaire, les métaux, les aromates n'ont Jamais de plorlei. Ainsi, chez toutes les nations, on offre de l'or, de Vencens, de. la myrrhe, et non des ors, des encens, des myrrhes. {Comment, sur Pompée, de Corneille, acte !•', vers 127).

— On volt par ce qui précède qu'on pourrait dire i des encens de plosieors qnatttéf.

DU NOMBRE DES SUBSTAMTIFft. I4i

2* Les aromates : le baumcy la myrrhe ^ le sioraxy fenemsy VoIh sintke, le genièvre, etc.

3* Les noms de vertus et de vices, et quelques noms relatifs à Fhomme physique et à Thomme moral : T adolescence^ F ameriume (117), fardeur (118), labassesse (119), toftife, la beauU (120).

(117) Amertume. Ce mot a cependant un pluriel, mais c'est seulement an il- Saré ; et alors 11 signifie senlimenls pénibles et doolooreai : « Dieu nous détache des trompeuses douceurs du monde par les salutaires amertumes qa*ll y nèle. »

(L'Actdémie, Féraad, Gattei, Ureanz, etc.) (IIS) AsDiua. L'Académie dit i leegrandee ardeurs de la eanieule, et Trévoux: les ardeurs du soleil sous la ligne sont tempérées par les vents frais de la nuU. — Ce sont les seuls cas où l'on puisse, dans le sens propre, employer le nwt ardeur au pluriel.

Les poêles qui se servent de ce mot an singulier et an pluriel pour amour 000sttltent principalement les besoins de la mesure ou de la rime:

n n'est plos temps : il sait mes ardeurs ioseniéos. (Raebie, PAédre, acte Ul, se. 1.) Penses-tu que, sensible à Pbonnenr de Tbésée, U lui cache Fardeur doot Je suis embrasée. (Le même, se. s.)

Je ne prétends point blâmer ce grand écrivain, mais je crois qu'on ne doit pas limiter en ceci dans la prose, où la même gène n'eiiste pas. A. L.

— Cependant l'Académie, en 1836, donne pour exemple en ce sens 1 il n'avait plus pour elle ces ardeurs insensées. Ce mot peut donc être employé.

(1 1 9) Bassxssb. Quand ce mot signifie sentiment bas, état bas, il ne se dit point au pluriel :

Le maître qui prit soin d'instruire ma Jeunesse

He m'a Jamais appris à faire une bcuseue^ (Corneille.)

Quand il se dit des acUons qui sont l'effet de ce senUment, on peut l'y employer : Les hommes corrompus sont toujours prêts à faire de telles bassesses. (Ftéch.)

— La distinction ne nous parait pas assez bien établie dans celte note. Quand le mot bassesse indique le vice qui porte k des acUons Indignes d'un honnête homme, il n'a pas de pluriel; comme aussi lorsqu'il désigne le plus humble degré de la naissance : la bassesse de leur âme, la bassesse de leur origine. Hais quand II signifie sentiments bas, dispositions vicieuses, il noos semble qu'on peut dire avec Bolleau, Art Poétique, lY , 1 iO :

Le vers se sent toujours des bassesses du eœor. Car si l'on dit bassesses pour actions basses, on doit aussi pouvoir, surtout en poésie^ étendre ce mot Jusqu'aux sentiments, principe et mobile de ces mêmes aelions. Et nous avons pour preuve l'autorité de Bollean. Quant au vers cité de Corneille, il porte à faux, puisqu'il admettrait aussi bien le pluriel. A. L.

(120) BiADTé. Autrefois on employait indifléremment le mot beauté au pluriel et aa singulier) lorsqu'on voulait parier des qualités ou de la réunion des qualités d'une

ta hanU (121), la bienséance (122), le bonheur (123), la capor

penonne qui exdte en nous de Vidiiiiritton et do pliltir ; niii Mjoordlial onnele met plos en ce sens qa*an singulier.

Voulant parler des détails qui coneonrent i former la beanté d'on tout, on des paitief d'one cliose qoi sont belles, quoique les antres ne le soient pas, le mot beauté se met au plortei : « Il est bien difficile de décrire toutes les beautéi qu'il 7 « a dans cette ville. » (L'Académie.)

Gependant, quoiqu'on dise les beautêê d'un ouTrage, on ne peut le dire d'un auteur. On dira les beautii de V Enéide, mais on ne dira point let beautés de YirgUe.

•—Et pourquoi non? SI l'on peut dire il n'y a pas une pensée fausse dans tout ViiGn.1, c'est-i-dire, dans tous ses ouvrages; si l'on dit les défauts de yirgUe, c'est-à-dire, de ses munree. Il doit être permis aussi de dira les beautés de f^irgile; nous ne voyons aucune raison qui s'y oppose, lorsque le nom de l'auteur sert seulement i désigner le Une. A. L.

Beauté se dit aussi quelquefois au pluriel, dans un sens Indéfini t « n y a des « béantes de tous les teapi et de toutes les nations.»

Ses ouTrages, loat pMns d'affïeiiseï térités,

Étlooelleot poorunt de sublimes beautés* (Boileao, Art poétiqm, dunt II.)

Ciel I quel nonJuwg essiini dlanoeenles beautés ! (Ricine, Esther, I, i.)

C'est aux gens mal tournés, c'est aux amants vulgaires,

A bdUer eoDslanunent pour des beautés sévères. (Molière.)

(121) BoRTi. On l'emploie quelquefois au pluriel, mais alors II ne signifie plus simplement la qualité appelée bonté, mais ses efléls, ses témoignages.

(Le Dictionnaire critique de Férand.) Choisisses des sujets dignes de vos bontés, (Gomeilte.)

Où sont, Dieu de Jaoob, tes antiques bontés? (Racine, AthaUe, act. IV, se. 5.)

(122) BiKHsiARCi. Quand on veut parier d'une chose que l'on trouve utile et commode, d'une chose dont on s'arrangerait, le moibienséance n'a pas de plu riel.

Lorsqu'il est question de la convenance, du rapport de ce qui se dit, de ce qui se fait, avec ce qui est dû aux personnes, A l'Age, au sexe, et avec ce qui convient aux usages reçus et aux morars publiques, ce mot s'emploie au singulier : «On « peut rire des erreurs de la bienséance, » (Pascal.;

... La scène demande une exacte raison ;

L'étroite bienséance y veut être gardée. (Boiletu, Arr poétique, chant II.)

Souvent aussi il se dit an pluriel : « Les Henséances sont d'une étendne infinie , « le sexe, l'Age, le caractère imposent des devoirs différents. » (Bellegarde.)

« Le Tasse ne garde pas aussi exactement que Virgile toutes les bienséances des « morars, mais il ne s'égare pu comme l'Arioste. i (Bonhours.)

Les devoirs du christianisme entrent dans les bisnséanees du monde poli. •

(Massillon.;

(123) BoNHiui. L'Académie (pig. fijd de les Observ.) décide que ce mot a'en-

KOHBRB DES SUBSTANTIFS. 143

eUi (123 h%$), le chagrin, (124), la cha$teié, la charUé (125), la eo- Ure (126), la captivité (127), la elarié (128), la conduite (129), la

ploie ordinairement aa singulier : cela est ?rai; hmIs elle aarait dû ajouter que, quand il se dit du mal qu'on évita, du bien qui arrive, il prend très bien le pluriel . On lit dans MariTanx : «De combien de petits bonheurs Thomme du monde n'esta Il paa entouré! • Et l'Académie ^dans son Dictionnaire, édition de 1798 et de 18S5}, Th. Gomeille et Trévoux disent positivement qu'en ce sens le mot bonheur a OD pluriel.

{î^Zbis), GAPAcrri s'emploie quelquefois au pluriel : let tiirei et eapaeitis d'un ecclésiastique. (Académie.)

(124) Ghagmii. Dans le sens d'humeur, dépit, colère, ce mol n'a pas de plu* ilel ; Il ne le prend que dans le sens de peine, affliction, déplaisir :

a Les ehaffrins montent sur le trône, et vont s'asseoir à côté du souverain. »

(Sfassillon.) Ooi^ LamoignoD, Je fuis les chagrins de la ville. (Boileau, Êpttre VI.)

—De même que le mot humeur prend un pluriel i il nooi semble que le mot cAogrin, son synonyme, pourrait en faire autant. Si l'on dit vos mauvaises humeurs (Acad.;, ne pourra-t-on pas dire vos chagrins fantasques?

Dans vos brusques chagrins Je ne puis tous comprendre,

a dit KoUère, an commencement du Misanthrope, et cet exemple doit faire autorité. A. L.

(135) Ghaiits. Lorsque ce mot signifie l'amour que nous avons pour Dieu, ou pour notre prochain en vue de Dieu, il n'a point de pluriel : « La fin de la religion, l'âme des vertus^ et l'abrégé de la loi, c'est la charité (Bossuet); > mais pour exprimer l'effet d'une conmdséralion, soit chrétienne, soit morale, par laquelle noos secourons notre prochain de notre bien, de nos conseils, etc., on dit faire la charité, de grandes charités.^- On dit aussi prêter des charités à quelqu'un, pour dire le calomnier, c Lorsque le père Lachaise eut cessé de parler, je lui dis que j'étais étonné qu'on m'eût prêté des charités auprès de lui. » (Boileau, Lett. à Badne.)

(126) CoLxtx. Corneille et Molière ont employé ce mot au pluriel.

Pressé de toutes pirts des colàres eéiesles. {Pompée, I, i.)

... On m accable, et les astres sévères

Oui conu-e mon amour redoublé leurs colères* {Les FâcheuXtllï, i.)

Colires an pluriel est un latinisme. Virgile a dit : attollentem iras, et tantane animis eœïestibus irœl En français, eo/ére ne s'emploie qu'au shigulier; on ne dit pas plus des colères que des courroux.

On dit pourtant quelquefois, dans le tangage familier, je l'ai vu dans ses colères, dans des colères affreuses : c'est qu'ici colère est pour accès de colère.

—L'Académie se tait, mais elle donne rages dans ce sens. A. L.

(127) GArmrrri. Bossuet a employé ce mot au pluriel : « S'élever an-dessos des

connaisianee (130), la eonsidéroHan (131) > le contenkmeiU (132),

capiMtés où Dlea pormet qae nous soyons i reilériear ; » cela n*esl pas da «oit d'aujourd'hui. (Férand et M. Lareaux.)

— Remarquons cependant la Tatenr de cette expression de Bossuet : n y toi noni désigner toutes ces sujétions, toosoes liens exlérleors qui nous endiatnent ; Il ne s'agit pas de l'eut de captivité, mais de toutes les sortes da capiivitéê où noos sommet. SI donc cette eipression rend la pensée de Bossuet mieux qu'aucune autre, si le singulier ne peut répondre à cette pensée, Interdirons-nous à l'oratenr le droit de créer son langage dans les limites Ats règles et du goût ? Ne dirait-on pu bien a»»> les captivités du peuple juif? À. L.

fl38) Glabti. On se sert quelquefois de ce mot an pluriel dans le sens de lumières ; mais ce n'est guère qu'en poésie :

Étrange aveuglemeoi!... éternelles clartés ! (Corneille, Polyemetef acte IV, le. S.; C'est à nous de chanter, nous i qui tu révèles

Tes clartés immmortelles. (Racine, AihaUê^ acte II, se. 9.)

. . . . Ce Des Barreaux qu'on outrage, yu n'eut pas les clartés du sage,

Bn eut le cœur et la vertu. (Voltaire, ode sur le Paradis,)

Vais, sans tes clartés sacrées.

Qui peut coonattre. Seigneur, Les faiblesses égarées Dans les replis de son coenr ? (J.-B. Rousseau, ode II, litre i.)

c 11 méconnut les saintes clartés du christianisme. > (Académie.)

(129) GoHDuiTi. Ce mot n'a de pluriel qu'en termes d'Iiydranlique; alon 11 se dit des tuyaux qui conduisent les eaux d'un endroit à un autre.

— L'Académie, en 1835, se tait sur ce pluriel ; mais il parait admissible.

(130) GoHRAissAHci. Cfi mot n'a on pluriel que quand II se dit des relations de société que l'on forme ou que l'on a formées avec quelqu'un; oo bien encore quand on parle des lumières de l'esprit t

On prend pour des amis de simples connaissances'.

Mais que de repentirs suivent ces imprudences l (Gressel, le Méchant^ IV, 4.) « Les vieilles eonnaissances valent mieux que les nouveaux amis. «

(Mad. du Deffimt.) « Dans le monde on a beaucoup de eonsuiistances et peu d'amis. »

(Mad. de Puisieux.) « DémosUiènes se remplit l'esprit de toutes les connaissances qui poovaient l'embellir. > (Le P. Rapin.)

(131) GoRSDxaATioif. Dans le sens de raisons, de motifs qui engagent à prendre tel ou tel parti, à faire telle on telle chose, on peut employer ce mot an pluriel ; dans tonte autre signification, il ne se dit qu'au singulier.

« il y a été obligé par de grandes considérations^ par des considérations d'honneur et de probité. » (L'Académie.)

(133) GonTENTXMinT. On dit i plusieurs personnes, ou de plusieurs : vofra eon»

le coucher f le lever (133) , le courage (134), la contrainte (135), lu curiaHté (136), la douceur (137), la décence, le désespoir (138),

lentement, leur amientement, et noa pas vos eimteniemenU, leurs contentements, comme le dit Racine :

dierdies

Tout ce que pour Jouir de leurs eontentementi, elc.

L'Académie en Mftme fasage dani GorneiUe :

Bt que tout se dispose à leurs contentements. — Cependant en 183S elle admet le pluriel : ses enfants lui donnent toutes iortes de contentements, h., h,

(133) ConcHiB. LiYER. Les astronomes dislingaent trois couchers et trois levers des étoiles : le cosmJ^tM, VachroniquetX rhéliaqiie. Ainsi, dans ce cas, coucher et lever ont on plariel.

(134) CouBAGB. On peut remployer au pluriel en poésie, et dans le discours élevé, qnand on loi donne le sens de cteur, d'âme-, ou bien encore quand on le personnifie, pour lui faire signifier les hommes courageux,

• Ce grand prince calma les courages émus. >

^ossnet. Or. fun. du prince de Condé.) Homère aux grands exploils toima les courages. (Boileau, Art poét., ehant I?.) Soamettei-lui les fiers courages Des plus Dobles peuples do Nord. (Gresset, odo au roi Staoislu.)

H Les grands courages ne se laissent point abattre par Tadrersilé.» (L'Acad )

(135) Coktbaiutb. Ce mot n'a de pluriel qu'en terme de jurisprudence; cependant Dossoet a dit : « Par ses soins, le mariage deviendra si libre, qu'il n'y aura € phM à se plaindre de ses contraintes et de ses incommodités. > — Contraintes est pris ici poor diverses sortes de gènes, et nous sommes d'avis qu'il fait un bel effet.

(1 86) CoBio^iTs ne se dit au pluriel que lorsqu'il signifie choses rares, extraordinaires, parmi les productions de la nature ou des arts; en ce sens même, mais fort rarement,' on le dit aussi au singulier : «Cet homme donne dans la curiosité,* ce qui veut dire, dans la recherche des curiosités.

(137) DoucBUB ne se dit an pluriel que dans le sens figaré, ou bien encore dans le sens de paroles galantes : dire, conter des douceurs A une femme.

Ce sont les douceurs de la Tie

Qui font les horreurs du trépas. (QuIoaulL)

« La vie privée a tes douceurs. >

(138) Diaisfoia. On n'emploie ploa aqjonrd'hoi ce mot au plariel, Il fait pourtant on 1res bel effet.

Et tu verras mes firai, changés en juste horreur,

Armer laes iesespo^s et bSier ma fureur. (Corneille^ Andromède^ T, 1. 1

renfimee (139), respoir (140), reTpérience (141), l'etprii (142),

Et i>ar les désespoirs <hine chaste amitié

Hous BurioDS des deux camps lire quelque pitié. (Le même, Horace^ UT, 2.) Mêi diplaiHri, im$ craintes, met douleurs, metenmuit disent plu qœ «aon dé^Uir, ma crainte, etc. Pourquoi ne pourrait-on pas dire irm désespoirs, comme on dit mei espérances? Ne peut-on pas désespérer de pkuieiifs chotes, comme on peut en espérer plusieurs ? { VolUire, Rem. sur Corneille.)

(189) Erfamci. Ce n'est qu'an figuré et dans le sens de puérilité, actioAd'eaCant, qa1l peat se dire au pluriel: faire des enfances.

;140;E8POI«. Ce mot ne s'emploie qu'au singulier; cependant Voilure a dit: « Alors je revis en moi-même ies doux espoirs, les bizarres pensers ; • et ScQdérj : « On ne peut trouver que des charmes chimériques à soupirer, et à être sans cesse « agité de mille espoirs trompeurs ; » mais ces écrivains sont bien anciens pov faire autorité.

Observez que le sens propre de ce mot ne regarde que les choses qui sont i venir; Radne Ta appliqué à des choses présentes : .... Me cherchiez-vouf, madame?

Un espoir si charmant me serait- il permis ? (Jndrom., I, 4.)

Pour mieux comprendre le défaut de propriété dans l'emploi de ce mol, fl n*f « qu'à mettre la phrase en prose : Madame, me serait-il permis d'espérer que vous $ne ekerchiex ? (D'OHvet, Rem, sur Racine.)

Cette observation est la même que celle que nous faisons aux Rem, ditaehies sur l'emploi du mot espérer,

—Il est bien rare de trouver dans Racine un mot impropre, surtout quand il s'agit d'eiprimer un sentiment. Or, le mot espoir répond k la pensée du penonnage, et doit avoir toute sa valeur grammaticale; il suffit pour cela de remplir l'ellipse, celte figure si fréquente dans le style de Racine : l'espoir d'apprendre que vous nu cherehies. Il nous semble que l'expression de Scudéry devrait être conservée puisque rien ne la remplace. Si l'on espère plusieurs choses A la fois, le pluriel seul peut exprimer celte pensée; mille espoirs trompeurs indique le sentiment et n'est pas remplacé par mille espérances. Gardons avec soin toutes les richesses du langage. A. L.

(141) ExpBRiERCS. Ce mot ne se dit au pluriel qu'en physique, en mathématique et en médecine. • La physique et la médecine ont besoin d'êtres aidées par les • expériences que le hasard seul fait souvent naître. » (Fontenelle.)

(142) EsPBiT. Ce mot employé pour sens, sentiment, se dit au pluriel, surtout en poésie : Les esprits étalent émus, agités, timides, glacés, égarés, éperdus.

Il se dit également au pluriel quand on veut désigner la personne, par rapport au caractère : c*esl un de nos meilleurs esprits,

un dit aussi de ceux qui se distinguent par Tagrément de leurs discours ou de leurs ouvrages, que ce sont de beaux esprits.

On appelle espriu forU les personnes qui veulent se mettre au-dessus des opinions et des maximes reçues

DU NOMBRB BBS SDBSTAlfTIFS. 147

la félkUé (143), la fierté (144), to flamme (145), la fureur (146), la

Enfin, ê*prU l'emploie an pluriel en pariant des génies, lutins, speeirst, reve^ nanU, Des ssprils célestes, des esprits immondes ;

Et lorsqu'on vent désigner ces petits corps légers, sabttls et inylsibles qui portent la yiaet le sentiment dans les parties de ranimai, et que Ton appelle esprits vitaux, espriie animaux; et par extension^ reprendre ses esprits. Dans toute autre signification, le mot esprit ne se dit qu'au singulier. (443) FiLiciTi. Ce mot ne se dit guère en prose an plurid, par la raison qae c'est on état de l'âme, comme tranquillité, sagesse^ repos. Cependant l'usage et l'Aendémie ont consacré cette phrase : Les félicités de ce monde sont peu dum^lcRS. --Mali la poésie, qui s'élève au-dessus de la prose, permet le pluriel, icoiisez des féUdiés Qu'ont viérité (*) pour tous mes bontés leeoarables. (Rousseau, ode XIT, lir. I.) Que Tos fêOdtés, tll se peut, soient parfaites. (Voltaire, Zatre, acte I, se. i.) All<»s apprendre au roi pour qui vous combattes. Mou crime, mes remords et mes féUcUés, (Le même.)

(144) FnBTi ne s'emploie pas au pluriel ; on dit de plusieurs personnes : leur fierté, et non pas leurs fiertés, — Cependant lorsqu'il s'agit, non plus du caractère mais de ses actes, de ses effets, nous pensons, malgré le silence de l'Académie, qu'on peut dire avec Molière les fiertés d'une femme, comme on dit les imprudences, les méchancetés, etc. A. L.

(145) Flammb. Ce mot, pris pour la passion de l'amour, était autrefois employé par les poètes au pluriel, mais A présent il ne se met qu'au singulier ; cependant, dit Voltaire, A l'occasion de ce vers de Pierre Corneille :

• . . L'ardeur de Clarice est égale à vos flanmes, {U Menteur, III, 2.)

pourquoi ne dirait-on pas d tws flammes, aussi bien qu'd vos feu», à vos amours?

(146) Foiiui. L'Académie (1762, 1798) ne donne pas un seul exemple où ce mot soit employé au pluriel, ce qui semblerait indiquer qu'il ne doit l'être qu'au singulier ; néanmoins comme de très bons écrivains en ont fait usage :

Pourquoi demandes-vous que ma bouche raconte

Des princes de mon sang les fureurs et la honte ? (Voltaire, la aenrladCf th. I. >

Tons voyant exposée aux fureurs d'one femme. (Corneille.)

. . . Défendes-moi des fureurs de Fhamace. (Racine, MUhr,, I, s.)

... A vos fureurs Oreste s'abandonne. (Le même, Andromaque, v, 5.)

n n*eût point eu le nom d'Auguste

Sans cet empire heureux et juste

Qui fit oublier ses fureurs. {i-^. Roosseao.)

et que d'aUleursraeeeption de ce terme an pluriel change un peu, puisqu'il marque

O Les entraves de la versification ont forcé Rousseau à violer la Grammaire, qui deman-

14h DU NOMBRE PES SUBSTANTIFS.

gloire (147), le goût (US), la haine (149), rhaleine (150), le hh sard (151), la honte (152), rhymen (153), l'honneur (154), «ncW-

plutôt les effets de la passion qae ses degrés, il nous semble que son emploi à ee nombre est bon et même nécessaire.

— L'Académie, en 1835, emploie le pluriel : sauvex-voui de ses fureurs; les fureurs du désespoir,

(147). Gloirk. Ce mot ne se dit au pluriel qu'en terme de peinture, pour des oayrages représentant un ciel ouvert et lumineux, des anges, des bienhenreui, elc.

(148)GoaT. Lorsque ce substantif est employé pour signifier l'application â quelque objet particulier de la faculté de distinguer les saveurs ou de celle de Juger des objets, il peut alors être mis au pluriel : Tous les gouts ne se rapportent pas. peinture, il y a autant de gouts que d'écoles.

GoiU prend aussi le pluriel, lorsqu'il signifie la prédilection de Tâme pour tels ou tels objeu : « La nature nous a donné des goûts qu'il est aussi dangereux d'éteindre que d*épuiser. •

Hors de là, le mot goût ne se dit qu'au singulier.

(149) Haimk n*a point de pluriel quand il signifie la passion en général ; mais 11 en a un quand il signifie les sentiments de baine qui ont quelque objet particulier en vue : « Une parole mal interprétée, un rapport douteux, un soopçoD mal fondé, allument tous les Jours des haines irréconciliables. >(Fléchier.)*-c£ea haina particulières cédaient à la haine générale. > (Voltaire.)

Combien Je vais sur moi r«ire éclater de haines! (Racine, Àndromague, III, T.)

(150) Haleine. Ce mol ne se dit des vents que lorsqu'ils sont personnifiés; alors c'est une expression prise par analogie de l'haleine de l'homme, et elle s'emplote aussi bien au singulier qu'au pluriel : « Les vents se turent, les plus doux xéphyrs même semblèrent retenir leurs haleines. > (Fénelon.) — « Déjà les vents retiennent leur haleine, tout est calme dans la nature. » (Barihélemy.)

... Des séphirs nouveaux les fécondes haleines

Feront verdir nos bois et refleurir nos plaines. (Regnard, salire contre les Maris.}

Seulement au printemps, quand Flore dans les plaines

Faisait taire des vents les bruyantes ïialeînes. (Doileau, le LuiriJi, chant II.}

— 11 ne nous est pas bien prouvé que ce mot, même au propre, ne paisse admellre le pluriel. Par exemple, dans cette phrase : € Il y avait beaucoup de monde, et les « haleines échauffaient la salle , > il serait moins Juste, avec l'expression absolue, de mettre le singulier, l'haleine échauffait, L'Académie se tait sur le pluriel de ce mot, même au figuré. A. L«

(151) Hasabd. Les poêles disent ce mot au pluriel en parlant des hasards de U guerre. Dans tout autre cas, hasard ne s'entploie qu'au singulier. — Bravtr ies hasards d'une expédition lointaine, (Académie.)

(162) Honte. Corneille a dit, dans Pompée (act. V, se. 8] : ' réserver sa tète aux hontes d'un supplice.

(156), Findécenee (156) y rindignité (167), rindiscréHùndS»),

Et dans Rodogune (acte IV, se. 3) :

• . . Vous avez dû, garder le souvenir Dei hontes que pour ?ou8 j'avais su prévenir.

Sar ce dernier Yers, Voltaire fait celle remarque : « Le mol honte n*a point de plariel, du moins dans le style noble ; » ce qui fait voir qu'il ne le condamne pas dans le langage ordinaire. En efTet, Féraud lui-même trouve bonne cette pbrase de La Bruyère : « La plus brillante fortune ne mérite ni le tourment que je me donne, ni les hamillations, ni les hontet que j*essuie. » — L'Académie se tait.

(163) Htmkn. Ce mot est souvent employé en vers pour signifier le mariage, et on lui donne même quelquefois ce sens en prose. Vivre sous les lois ds rkymen.

Quand on parie du dieu qui présidait au mariage, il ne se dit qu'au singulier ; quand il se dit du mariage môme, il peut se meltrc au pluriel.

J'«l vu beaucoup d^hymmu, aueons d'eux ne me tentent.

(La FoDUine, livre VU, fable 2,)

(154) IIoHiiKui. signifiant le sentiment de l'estime de nous-mêmes, et le droit que nous avons à celle de nos semblables, fondé sur notre verto^ notre probité; ou bien encore, signifiant la bonne opinion qu'ils ont de notre droiture, de notre courage, de notre intrépidité, hontksur ne s'emploie qu'au singulier.

Mais se disant des démonstrations de respect, des marques de civilité, de politesse, des dignités, des décorations, des honneurs funèbres. Il se met au pluriel.

« Ne sacrifiez pas votre honneur pour arriver aux honnettrs, • (De Bugny.)

« Ambitionnez r Aonneur et non les Aonn^tirx. * (Gulcbardin.)

« N'accordez jamais les honnewrs A ceux qui n'ont point d'honneur, »

(La Beaumelle.)

(165) iMCLiMBHGi. Molière, dans les Précieuses ridicules, a employé ce mot au pluriel, mais c'est en plaisantant. < Voudriez-vous, faquins, quej'exposaase l'em- « bonpoint de mes plum s aux inclémences de la saison P »

(156] iHDÉczMcs. Ce mot ne se dit en général qu'au singulier; cependant on le dit au pluriel, pour signifier des choses indécentes.

« Les derniers ouvrages de Voltaire sont si remplis ûHndéeenees et de blasphè-

• mes, qu'en déshonorant ses talents et sa vieillesse, il ne mérite, malgré sa haute

• réputation littéraire, que l'indignation des gens sensés. •

(Le philosophe du Valais.) (f 57) iHDicNiTÉ. Ce n'est que dans le sens d'outrage, d'afflront, que l'on dit ce

mot au pluriel.

(158) iHDiscBÉTiON. Quand on parle du vice de l'indiscrétion, on met toujours ce

mot au singulier ; on dit de plusieurs personnes, ou k plusieurs : lèurindiscréÊhn,

votre indiscrétion, • Appréhendez tout de Vindiscrétion des amants heureux. > On ne le met au pluriel que quand on parle des effets de ce vice, des actions, des

rigfioranee (150), Pignommie (160), einjusOee (161),

tance (162) , l'impudence (163) , r%mprudenee(l6i) , Fimpudeur (165) ,

parolei Indiscrètes : « On n'a yq qae trop de ces malhearMses entretenir l'ondienee « des {ndiicrétions de leurs Yles. > (Palra.)

(160) Iguoiaeicb. Dans le sens de défaut de connaissance, de manque desaToir, ce mot ne se dit point au pluriel :

L'ignorance Ytul mieux qu'un saToir affeclé. (Boilean, Épttre H.)

Pour êure B«ge, uoe heureuse ignorance Vaut souvent mieux qu'une Ikible verUi. (Deshoulières.)

Quand il se prend poar fautes commises par ignorance, on peut s'en aenir. Bossuet a dit en parlant d'an écrit : « On y trouve autant d'ignoraneeê que de « moU. »

Botleau : « Diea a permis qu'il soit tombé dans des ignorances si grossières, « qu'elles lui ont attiré la risée des gens de lettres. >

Et l'Académie : « Ce livre est plein d'ignoranees groaaières. »

(160) iGHOBaRiE. Gomme le mot indignité, dans le sens d'outrage, d'iqjure, ignominie a un pluriel; ainsi on ne pourra pas en faire usage daM celle phrase : « Le temps ne saurait elEicer Vignominie d'une lâche action $ » mais on pourra s'en servir dans celle-ci : « Jésus-ChrUt a soafl)»t loulca les ignominies dont les

• Juifs ont pu s'aviser. »

(161) iRjDSTicB. Ce mot ne se dit au pluriel que quand on parle des eiSets de llnjustice, et alors il a un sens passif: « J'ai enduré de sa part de grandes if^c tioes. » — Quand on veut parler du senliment opposé i la justice, à la droKure, on doit se servir dq^ singulier, et alors ce mot a un sens actif : « La prospéiilé, qui « devrait être le privilège de la vertu, est ordinairement le partage de Vinjustice* »

(Fléchier.^ La contrainte de la rime a fait dire à Voltaire :

Le peupla, pour ses rois toujours plein d'injustices^ Hardi dans ses discours, aveugle en ses caprices,

Publiai! Iiautement (Mariamnej acte I, se. i.)

Le sens demandait pUin d'injustice au singulier.

(162) IMPDISSA9CB. Ce mot ne se dit jamais qu'au singulier. On observera que l'Académie et le {dus grand nombre des écrivains ne l'attribuent qu'aux personnes:

• Les grands se croient dans l'impuissance d'être charitables, parce qu'ils se « sont Imposé la néoesslté d'être ambitleui ou d'être superbes. > (FléeUer.) a Chacun cherche à excuser sa paresse dans la pratique de la vertu par un pré-

• texte d'^mfmtjsanca. » (Fléchier.) Cependant Racine a dit dans Iphiginie (act. I, se. 6) :

Seigneur, de mes efforts le connais Vimpultsatice,

Et Voltaire : c Le drame né de l'impuissance d'être tragique ou comique. » RiMAAqui. On lit dans le Dictionnaire de V Académie que le mot impuis*

W NMimS 1MB8 ftQBSTAimrS. 161

rim0etnee (166), Fwreêse (167), la ieuneêêe, le méfriê (166) , h

êancê se <fit plus partienUèiement de rineapacité d'avoir des enfants, causée ou par viee de conformation, ou par quelque accident ; et, dans ce sens, ce mot ne se dit que des hommes ; mais en parlant d'une fenune qui est incapable d'avoir dM enCants, on dit qu'elle est stérile.

(1 63) iMPUoiMGi. Quand ce mot désigne le yice, on le met toujours au singulier s on dit de plusieurs personnes, leur impudence, et non pas /«tirs impudences.

Mais, quand on parle des actions, des effets de ce vice, on peut se servir du pluriel : tt II mérite d'être ch&tié pour ses impudences. •

(164) La même observation s'applique an mot imprudenee et au mol mi* ckaneeté.

(166) iMPUsiuB. Domergue se plaint avec raison de ce que l'on confond souvent ic mot impudence avec le mot impudeur.

Vimpudeur doit signifier la non-pudeur, le contraire de la pudeur, qui est une certaine honte, un mouvement excité par ce qui blesse rbonnèleté et la modestie ;

Et l'impudence est un attentat contre la pudeur.

— Sans doute une impudence est un acte contre la retenue, la modeatie ; mais le vice qu'on nomme impudence n'est point défini id, et c'est Justement celd-là que Ton confond avec Vimpudeur, QueUe dillérenee fant-ll donc fake entre ces deux expreiiions qui évidemment se rapportent au mêmeTlce? L'Académie nous dit: « Impudeur, manque de pudeur, impudence, effironterie» ce qui est contraiie à

• la pudeur. » Ainsi le premier de cet mots Indique la manière d'être habituett»r l'état intérieur de l'âme, l'absence complète de la vertu qu'on nomme pudeur; et 2e second indique le penchant à révéler, à manifester au dehors cette plaie hoateose. Vimpudeur pourrait donc demeurer cachée, c'est le sentiment le plus intime ; mais en se montrant elle devient Vimpudence. A. L.

(166) iHROcsRGi. Ce mot se dit toujours au singulier : « l'innocence de It vie

• ête la frayeur de la mort. » (8aint-£ vremond.)

Dans les temps bteabenreox du monde en son enlknee.

Chacun meUait sa gloire en sa seule innocence. (BoUean, Salira V, sur la Boblessa.)

Un auteur moderne a dit : leurs inhockkcjes; c'est une faute, ainsi que le remarque Féraud.

(167) IvBissB. Ce mot peut se dire au pkari^ en parlant des paasioni, et cTesl dans oe sens figuré que J.-B. Rousseau a dit :

liO réveil suit de près vos U'ompensee twesees^ Et tontes vos ricbesees S'écoulent de tu mains. (Ode m.)

— L'Académie nindique pas ce pluriel; nous pensons qu'on peut radmettre.

(168) Hxpiu. Quand on parle du sentiment, on met toujours mépris ausingulier : le pluriel ne s'emploie que quand on parle des paroles ou des actions qui DMrquent le mépris : « Je ne suis pas fait pour souffrir vos mépris. •

(L'Académie.)

152 Dt NOMBRE DES SCBSTAUTiFS.

fmriyn (169)» la méekaneeié (170), la mùère (171), la miiéricorde. la morale, la mollesse, la noblesse, l'obéissance^ Vodorat, foule (172) , la paresse, la pauvreté (173) , le penchant (174), te rage (175), la

(169) Haittii, employé figarément pour exprimer les peines da corps a de l'esprit, n'a pas ordinairement de pluriel ; et quoiqu'on parle de plusieurs saints, on dit iêur MARTTRi, et non pas leurs MAbTYREs ; cependant, fait observer Féraod, le pluriel Ta fort bien dans cette phrase de Bossuet : « Ils (les hérétiques) tronvèrent « bientôt te moyen de se mettre k couvert des martyres, » c'est-à-dire, des occasions de soufflrir le martyre.

VoysM anx Remarques détaehéeê ane obserralion sur oe moi.

(170) Foyex la Remarque 163 pour l'emploi du mot mschancbtb.

(17 1; MisiRi. Voltaire, dans ses remarques sur les Horaces, fait observer qu'en poésie ce mot est un terme noble, qui signifle calamité, et non pas indigence ; oe n'est qu'en ce premier sens que misère se dit aussi bien au pluriel qu'an singulier.

J'ai tantôt, sans respect, affligé sa roh.ére. CRacioe, iphigénie, IV, 3.)

Mon coBur dôs ce momeat partagea vos misères. (Voltaire, AUire^ II, i i.)

.... Heoreaie en mes mUéres»

Lai seul il me rendra mon époux et ses frères. (i«e mené, Mérope, acte IV, se 2.)

(173) Oulis. Au pluriel, ce mot ne se dit qu'en parlant des poissons, et dans on antro sens qu'ouïs au singulier; il signifle ceruines parties de la tète qui leur servent ponr la respiration. ^ C'est aussi un terme de luthier pour désigner les oovcrtnres de certains Instroments.

(173) Pauvrstk. Le mot pauvreté a un pluriel lorsqu'on veut parler de certaines choses basses^ méprisables, soties et ridicules, que l'on entend dire on qoe l'on voit faire t

rai la la satire des femmes.

Juste ciel que de pauvretés ! (Séoeeé.)

f J74) Pihchaut. Au Gguré, ce mot peut se dire au pluriel, quand il est employé absolument et sans régime, t Plus on se livre à ses penchants, plus on en deviesit « le joaet et l'esclave.» (Maisillon.)

Dniis tont antre cas, il se met to^nrs an singulier.

Qu'aisément l'amiUé Jusqu'à l'amour nous mène ; Cest un penehani si doux qu'on y tombe sans peine.

(Corneille, HéraeL, acte Ili, se. 4.) Hélas I de son penchant personne n'est le maître. (Madame DeshouUères.)

Bf. Uarsolier, qui a dit . « II y a des personnes qui ont de grands penchants à la « vanité, * a donc fait une faute ; en eflTei, ainsi que le fait observer Féraud, poar« quoi plusieurs penchants à ime seule passion P

(175) Baoi. Ce mot ne se dit plus aujourd'hui qu'au slngnUer; cependant Voi-

ree<nmûi$$mie^{l76)^ tarenommée (177), la pudeur, le repos (178), la santé (179), le silence (180), le superflu, la tendresse (181), le UmcheTj la vue (1S2);

taire regrette le pluriel, qui fait, dit-tt, an très bel efl^t dans ce tera de GoiiidlHe (Poiyeucte, act. I, se. 2) :

Le MDg de Poljeucle a laUsCait leors rages. Il est aussi plus énergique dans l'ode de Boileau sur la prise de Namur : Déployez toales toi rages, PrincM, Tenu, peuples, (rimas.

— Le pluriel se dirait encore aujourd'hoi dans la phrase de BoUeaa ; car la roya des Tenta et la rage des peuples font deux idées distinctes ; et Ton ne pourrait guère dire avec le singulier ia rage des vents et des peuplée. II y a là deux sortes de foges* Ce mot prend encore le pluriel quand il signifie des accès do rage. L'Aca* demie donne pour exemple : cet homme est toujours furieux; ce sont des rages continuelles. A. L.

(176) REcoinfAissANCK. Gc mot n'est bon au pluriel qu'en terme de guerre : « Ce

• général a déjà fait plusieurs reconnaissances; • ou bien encore en terme de ihéàtre : « Il y a dans celte pièce plusieurs reconnaissances. • (L'Acad. et Féraud.)

Quoiqu'on dise reconnaître ^avouer; ses fautes, on ne dit point faire la recon" naissance de ses fautes.

Celte remarque de Féraud est approuvée de M. Laveaux.

(177) RifioMMÉK. Ce mot ne se dit au pluriel qu'en terme de peinture, et lorsqu'on parle des figures de la Renommée : voilà des Renommées excellentes.

(178) Bipos. En terme d'archileclure, ce mot se dit du palier d'un escalier; en ce sens il a un pluriel ; • les repos de cet escalier ne sont pas assex grands. » -^ 11 s'emploie aussi au pluriel, en terme de peinture, et lorsqu'il s'agit des ouvrages d'esprit: • Dans les ouvrages comme dans les tableaux. Il faut ménager les repos « et les ombres ; tout ne doit pas être également saillant et brillant.»

(179) Sahtk. On dit boire des santés, pour exprimer qu'on boit A la santé de plusieurs personnes ; le mot santé n'a de pluriel que dans ce sens, et lorsqu'il est en quelque sorte personnifié : « Pour les santés délicates, elles méritent qu'on y

• prenne confiance.» (Sévigné.)— «S'il y a un bonheur que la raison produise, il « ressemble A ces santés qui ne se soutiennent qu'à force de remèdes. » (Fontenelle.)

(180) SiLiKci. Ce root n'a point de pluriel, si ce n'est en musique, où l'on dit, observer des silences s et alors il s'entend des signes qui répondent en durée aux diverses Taleura des notes, et qui, mis A ia place de ces notes, indiquent que tout le temps de leur valeur doit être passé en silence.

(181) Tmdkissk. Trévoux, et en général les lexicographes, ne donnent d'exemples de ce mot qu'au singulier; en efTet, Il n'a point de pluriel quand il signifie lasensibilité on la passion de l'amour ; mais, quand il se dit des marques de tendresse, des témoignages de tendresse, on l'emploie fort bien au pluriel :

LlDBoceDce succombe aux tendresses des grands «

Bl les plus dangereux ne sont pas les tvrans. (Voltaire.)

4* Les o^jeetib pris snbstantiTeoianty oomme le beau, le «rot, ritlî/«, etc.^elo.

5* Les mots employés accidentellement oomme substantife, et pour représenter une chose ou une idée unique; tels sont les an dit, les qu^en dira-(-on, les un, les quatre, les cinq, les car^ les si, les pour-

qU^f etc. (M. Leroare et M. UveanxO

« Trois un de suite, 111, font cent onze en chiffres arabes. »

(Le Dieu de r Académie ) On n'écoDU ni les $i ni les maU^ Sur l'éliqaeUe on me fit mon procès. (Le P. da Cerceea.)

« Les si, les pourquoi sont bien vigoureux ; on pourra y joindre « les que^ les ouï, les non^ parce qu'ils sont plaisants. »

(Voltaire à D'Alemberl.)

« Deux a, deux 6, quatre U, deux iu, deux moi, plusieurs peu, deux « nwneimr, deux madame, deux boIj deux m«, etc. (183). »

(M. Lemare et M. Lareaux, au mot nombre.) Les H, les car, les pourquoi sont la porte Par où la noise entra dans Tunivers. (La Fontaine.)

Médicis en pleurant me reçat dans ses bras,

Me prodigua longtemps des undreuêê de mèi^. (VoUaire, ÊMrtade, ekant U.)

Tu sais combien de fois ses Jalouses taiiret$e$

Ont pris soin d'assurer U mort de ses maîtresses. (KadDe, UUhridau, l, i.)

VéfieX'Vous de toutes t$» tendresseê. (L'Académie.)

(182) YuK. Qaand ce mot signifie, en général, la faculté de toir, sans application A on sQjet particulier, il ne prend point de plnrld. — Il en prend dans tous les autres sens.

lr« Observation* — Si les noms des Tcrtos et des vices ne prennent point la marque du pluriel, c*est parce que notre langue a considéré comme Indlvldiielles toutes les choses que l'esprit ne peni pas diviser en plusieurj Individus distincts, et que ces noms, que les latins avaient divisés, sont devenus dana notre langue des espèces de noms propres. (Xaveaui, son Diet, des diffie* au mot nombre. >

2« Observation, — Si les écrivains, poètes el même prosateurs, ont dans le genre nol»le quelquefois employé des pluriels pour des singuliers, c'est afin de rendre aui mots, par ce cliangement de nombre, quelque chose de la force que l'usage ordinaire leur avait fait perdre avec le temps. (II. Auger, Commentaire de Molière),

(183) Molière, qui a dit {Femmes sav. , II, 6) :

Veoz^tn toute U vie offenser la grammaire ?

— Qui parle d'offenser grand'-nère ni grand-père ?

— 0 ciel j grammaire est prise k contre-sens par loi .*

a fait une faute, car le mot grammaire est là matériellement employé, et alors 11 ne peut pas plus être du genre féminin qu'il n'est du nombre pluriel ; c'esl-A-dire que ce graod comique aurait dft mcUre pris, au lien de prise.

DU miUnUI M» 8UB8TA1IT1FS. 1 M

Ui tattiesderalpIiaM, taf Alftw, tesBotei de moiiiiQe, «t tooi les nwtf de la langue coosidéiét matériellement, ne prennent point la teminiiMn caraelérlfltiqQe da plariel, parce qu'ils n'expriment point plosienn chotes dlttlnctei réaniee aooa le même nom , mais plasiears choses de la même espèce considérées individuellement, enfin des mots pris pour des signes vides d'idées, de purs assemblages de lettres; eosoile, comme le faltobsenrer Judiciensement M. Lemare, si Ton écrivait des sU» des p€urfuoi$, des o«is, des fmnt, etc., cène serait pkv le mot qu'on toodratt peindre.

&" Tous les mots qui ont passé des langues mortes ou étrangères dans notre langue, sans être naturalisés dans la nôtre par un usage fréquent; on en excepte cependant (d'après le Dictionnaire de VAcadétnie) débet, écho, facium (184), placet, quolibet ei récépissé, qui prennoit la marque caractéristique du pluriel.— -Et plusieurs autres dont nous allons parler, a. l.

D'après le même Dictionnaire, il faut écrire au pluriel, sans cette marque caractéristique, les mots alibi, aparté, avé, avé-maria, concetiiy déficit, duo, trio,paier, in-folio, quatuor, etc., dupUcalay erraia (185) , exeatj ex-^voio, inqmmj^ (186) , laxxi, quiproquo, no&,

(184) On prononçaK autrefois fàeton. (GatM, Féraad^ Philippon de la Had.)

Par arrêt ta mose est btDnie Pour oenalM eoopleu de chaMon

Kl pour un mauTiif facium Que te dieu la calomnie. (Voltaire, le Temple du Gùtu.)

Aqjoord'bui l'Académie prononce faetome,

(185) EaaATA. Ce mot est parement laUn, et signifie les fautes, les népriies ; mais on Ta firancisé, et du pluriel latin on en a fait en notre langue un singulier. On appelle errata un tableau, un état des fautes échappées dans rimpression d'un ouvrage, soit que ce tableau, cet état indique plusieurs fautes, soit qu'U n'en Indique qu'une, parce que la pluralité de ce mot ne peut pas tomber sur les fautes Indiquées, mais sur la quantité des Ubleaux ou des étaU qui les indiquent. Cependant depuis rapparitlon du Dictionnaire de V Académie de 1 7 98 , beaucoup de personnes prétendent, sur la fol de ce Dictionnaire, qui, conune nous l'avons dit bien souTeni, n'est pu reconnu par l'Académie, que, lorsqu'il s'agit de plusieurs feules à relCTer, il faut dire un errata ; mais que lorsqu'il n'est question que d'une seule faute, on Mi dire un erratum» De sorte que ce mot français ou francisé se trouve avec deui singuliers, et alors voilà les déclinaisons latines introduites dans la langue francabe par l'Académie de 1798.

SI donc cette étrange innovation allait être adoptée, dans peu on dirait tin duplieatum quand il n'y en auraU qu'un, et un duplicata quand 11 y en aurait plusieurs ; et par le même motif, un agendum et un agenda^ «n opui et un opéra; et dln* Doration en Innovation un ftater des fratree ; un pater et des patres, un te Deum et des tM» Deos.

— En 1835 l'Académie dit encore que quelques personnes se servent du mot erratum pour Indiquei une seule faute à relever. Voyez sur ce mot, p. 160. A. L.

(186) iMPsoMFru. C'est ainsi que r Académie et le plus grand nombre des lexico-

êolOf zéro. Dans Tédition de 1798 et dans celle de 1835, les mois aUnéa (186 bis) et ie 'Deum sont également écrits sans 5 au pluriel.

Girard 9 Demandre, Féraud, Laveaux, Gattel écrivent aussi sana 8 les mots alléluia (187), in-^uze^ in-seize, in-quarto, in-octavo j bravo, numéro, benedicite, confiteor.

Wailly n'est pas non plus d'avis de mettre le s au plurid des mots alléluia, auto^-fé (188) , imbroglio,pensum (189).

A l'égard du mot opéra j l'Académie (dans son Diclionnaire , édt* lions de 1798 et de 1835) et Trévoux sont d'avis qu'il doit prendre un s au pluriel; mais Ménage (IGS"" chapitre) , Th. Corneille (sur la 43J" remarque de Faugelas), Douchet (page 95), le P. Bouhours (page 1 73 de ses Remarques) , Andry de Boisregard, Domairon, Waiil> ,

graphes écrivent ce mot. Cependant TréToax et quelques aotenn écrivent toajoan tfi*profiipltt> et noos avouerons que cette orthographe a l'avantage d'être confomie a Télymologie. Le mot dont U s'agit apparUent à la langue latine, et puisque dsoi cette langue U s'écrit in-promptu, pourquoi ne pas l'écrire de même dans la nôtre, ainsi que nous avons fait à l'égard des mots nrata, alibi, in-qaarlo, et de tant d'autres que nous avons empruntés au laiin ?

Âu surplus^ celte observation ne lire pas à conséquence ; en Tait de langage, l'usage l'emporte sur la raison, et d'après cela, nous pensons que impromptu doit avoir la préférence sur l'orthographe de Trévoux.

Le P. Bouhours met un s au pluriel de ce mot, et plusieurs poëtes le mettent ou le retranchent, selon la mesure du vers ; mais l'Académie et le plus grand nombre des Grammairiens suivent pour ce mot la règle générale, qui veut que les sobslantiCs tirés des langues étrangères ne prennent point au pluriel la marque de ce nombre,

moins que rusage ne les ait francisés. — Foyex notre observ., p. 1 â9.

(186 Us) AUnéa, dit H. Laveaux, est un mot qui ne prend point de s au pluriel, parce que c'est le nom d'un signe individuel qui peut être répété, mais qui dans ie fond est toi^ouis le même. D'ailleurs, ajoute le même Grammairien, ce nom et ceui qui le précèdent dans cette liste sont devenus des espèces de noms propres, qui alors ne prennent point de pluriel. — /^oyez p. 159.

(187; Restant et Gattel pensent que l'on doit prononcer at-lMu-ia; Trévoai, Wailly et Catineau, al^lé^ui-ia. — Laveaux pense qu'il n'y a pas grand Inconvénient dans Tune ou dans l'autre prononciation. — L'Académie indique alUluya.

(188) jéuio^a-fé; trois mots espagnols qui signifient acte, décret, sentence de la foi.— f^oytfi p. 158.

(189) Pensum. L'Académie^ éditions de 1762 et de 1798; Trévoux, Féraud, Wailly, Gattel, Boiste et M. Laveaux sont tous d'avis de prononcer painwn ou pin^ son. Cependant nous ferons observer qu'au mot album, également dérivé du lalin, l'Académie dit que Ton prononce albome.

--Et maintenant elle prononce de cette façon tous les mots en um, sans exception-

Lévîzac, Richelet, Demandre, Féraud, et enfin l'Académie (édition de 1762} écrivent des opéra sans cette lettre caractéristique.

Si on consulte les écrivains, on voit parmi eux une plus grande diversité d'opinions que parmi les Grammairiens : La Bruyère, Scudéry, Saint-Evremond, Racine, d'Alembert, J.-B. Rousseau et La Harpe écrivaient toujours des opéras avec un s; maisBoileau, Arnauld, Fontenelle, Voltaire, J.-J. Rousseau, Marmontel, Regnard et Condillac l'écrivaient sans cette lettre an pluriel.

Quelques littérateurs éerivent avec un s des bravos, des concertos, des pianos, des duos, — M. Boinvllliers va plus loln^ il voudrait que l'on écrivit avec cette marque caractéristique le pluriel de tous les mots qu'on a francisés ; comme des Méros, des quiproquos, été accessits, des duos, des trios, etc., et il fonde sûrement son oi^ion sur ce que disent les éditeurs des Œuvres de F'oltaire (dans les additions-et corrections pour le tome Lxfv) , que les Romains ne manquaient pas de latiniser tous les mots qu1ls empruntaient des aulres langues, même les noms propres et les noms de lieu ; et qu'ainsi le mol étranger opéra et autres semblables, tels que faetutn, imbroglio, eoneetti, elc. , reçus par adoption dans notre langue, devraient, à leur exemple, en prendre la forme et les usages.

Hais, dit M. Laveaux, au mot nombre, si beaucoup de noms étrangers introduits dans notre langue ne prennent point la marque caractéristique du pluriel, c'est parce que leur terminaison propre ne se prèle pas k cette variation ; que plusieurs d'entre eux portent le caractère du pluriel dans la langue d'où ils ont été tirés, tels que du^ pHcata, errata, opéra, laxzi, etc , et que d'autres, qui sont au singulier dans ces langues, ne pourraient, sans quelque apparence de barbarie, prendre le signe de pluralité de la nôtre, counnc quatuor, concerto, te Deum, quiproquo, etc. D'ailleurs la plupart de ces mots, étant peu usités parmi nous, ne sont pas encore nataraliséa dans notre langae, et ne peuvent, pour celte raison, être soumis à son ortliographe.

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