DE LA RÉPÉTITION DE L'ARTIGLE
Uarticle servant à déterminer la signification du substantif doit eonséquemment être répété avant chaque substantif : Le cœur, i'esprll, les mcears, tout gagne à la culture.
D'après cela, il est donc incorrect de dire : < Les préfet et maires « de Paris ont présenté leur hommage au roi. — Les père et mère de « cet enfant. — Les lettres, paquets et argent doivent être affranc chis. » La grammaire exige : « Le préfet et les maires; le père et c la mère de cet enfant; les paquets, les lettres et l'argent doivent « être affranchis. » {
Nota. Celte règle l'applique à tous les mots qui tiennent lien de fartide. Il faut donc dire : son père et sa mère, et non ses père et mère,
—Sans vouloir nier la règle qui nous parait juste, oons croyons cependant qu'il eil certain! cas ou TexcepUon semble consacrée par l'usage. Remarquons d'abord que dans les phrases citées comme Incorrectes l'article n'est pas omis, mais que sealement, pour donner au discours plus de raplditéi oo a réuni plusieurs articles en an seul qui retombe sur les mots suivants. De même qu'un adjecUf peut qualifier deux sabsiantifo : père et mire intrépidesl pourquoi l'anicle, qui est aussi une sorte d'adjecUr, ne pourrait>ll pas servir à déterminer deux noms dans quelques cas particuliers, surtout quand la forme du langage indique qu'il se rapporte nécessairement à tous les deux : les père et mère? La logique ne s'y oppose pas, et l'usage l'a décidé. Mais cela ne peut avoir lieu que devant certains mots habituellement réunis , et liés étroitement par le sens, comme les lettres et paquets, les us et eoutu- \ mes (4cad.), Dictionnaire des arts et métiers (Acad.), les prix et récompenses, ! les minisires et grands officiers, etc. Les grammaires les plus récentes adoptent celle exception, et nous nous rangeons à leur avis. A. L.
Quand les adjectifs unis par et modifient un seul et même substantif, de manière qu'on ne puisse pas en sous-«ntendre un autre, larticle ne doit pas être répété; ainsi on dira avec les Grammairiens modernes : < Le sage et pieux Fénelon a des droits bien acquis à « l'estime générale; » avec Boileau :
A eei mots il lui tend le doux et tendre ouvrage. (Le Ltarin, ch. Y.) parce que, dans l'une et dans l'autre phrase, le substantif déterminé est unique; que c'est la môme personne qui est sage et pieuse, et le même ouvrage qui est doux et tendre.
Mais, lorsqu'il y a deux adjectifs unis (Mir la conjonetion ei, et dont
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le motif est, pour Tun, on sobstantif exprimé, pour l'antm an substantif sous-entendu, l'article doit se répéter.
Vhistùire ancienne et la moderne.
Les philosophes anciens et les modernes.
Le premier et le second étage.
n y a deux histoires, deux étages, des philosophes anciens et des modernes; l'un exprimé, et l'autre, à la vérité, sou&-entendn, mais indiqué par un qualificatif qui lui est propre exclusivement; donc il
&Ut répéter l'article. (Domergoe, SolmUms gramm., page 441)
Nota. Cette règle sur la répétiUon, oa It non répéUtion de l'aitlde, t'appliqoe «nx aiyecurs proDomlnaax mon^ ma^ met^ el tax prononu dèmonstratilii ee, cet, cette.
^^(Àd comment Wailly établit cette règle : « L'article se répète avant « les adjectifs, surtout lorsqu'ils expriment des qualités opposées. »
Cette règle, copiée par le plus grand nombre des Granomairiens, est, comme le fait observer Domergue, absolument fausse.
l"* L'article peut ne pas se répéter avant les adjectifs, et personne ne blâmera ces phrases : « L'élégant et fidèle traiducteur de Corné- « lius-Népos, l'abbé Paul.^-^Le traducteur élégant et fidèle de Cor- « nélius^Népos, l'abbé Paul. »
V L'article peut ne pas se répéter, quoique les adjectife expriment des qualités opposées; on dit fort bien : « Le simple et sublime Fé- « nelon, le naïf et spirituel La Fontaine. »
3^ Enfin l'article doit se répéter, quoique les qualités qu'exprimeDt les adjectifs ne soient pas opposées : Le second et le troisièmt
La règle de Wailly manque donc de vérité et d'étendue, et celle de Domergue doit lui être substituée, comme étant très propre à guider ïa plume souvent incertaine de nos écrivains. ,
Voyez plof ioin^ ch. III, art. 2, $ l. Accord dei adjectifs, one dUflcnUé résolue (ini a beaucoup de rapport avec celle-ci.
Voyez aussi, aux pronoms possessifs, ce que nous disons sur la répéUUon de ces
— Ainsi donc, rartide doit être répété toutes les fols que les aiQecUrs unis par e<% on même par une conjonction, se rapportent A une personne on & un objet dilTéreDl. En effet, le sens ne sera pas le même dans ces deux phrases : le slyls eimpU et sublimé ; le style simple et Ueublime. La première phrase ne désigne qu'une seaie sorte de style; la seconde phrase en désigne deux. Il en sera de même dçoes antres locutions, l'homme vertueux autant que sage ; V homme vertueux aussi bien çue le sage; l'enfant faible ou timide; l'enfant calme ou le turbulent, etc. CeUc règle, comme on le voit, doit être absolue puisqu'elle est nécessaire à la clarté
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da langage, puisque l'ointeikm do l'article change eotlèraiient le sesa do b phme. Cependant nos bons écrivains ODt quelquefois manqué k celte règle ; mais c'est qu'alors leur phrase ne pouyait laisser le moindre doute. Ainsi quand Montesqofea a dit : les historiens anciens et modernes; Voltaire : les caraetères vertueuxj^ méchants; etBuffon: les oiseaux dofhestiques et <atit;a(^e«; personne n'a pu se trofnper sur le sens de ces locutions. Toutefois c'est une négligence qu'il fout éviter, car la précision et la clarté sont l'essence de notre langue. A. L.
ARTICLE IV