‹ Grammaire des grammairesChapitre 59 sur 203 · DE LA PLACE DE L'ADJECTIF · texte numérisé non relu

DE LA PLACE DE L'ADJECTIF

Que la règle la plus générale, et que le bon sens seul nons dicte, c'est que dans la construction de la j^rase il fout placer Tadjeclif de manière qu'on voie sans peine à quel nom il se rapporte, afin qu'il n'y ait point d'équivoque dans le sens ;

Enfin que la place d'un grand nombre d'adjectife avant ou après le substantif tient tellement au génie de la langue, que de cette place, avant ou après, dépend souvent le sons du substantif; et l'usage dicte si impérieusement la loi qu'on ne serait plus entendu si Ton se permettait de l'enfreindre.

Dans la quatrième édition de cet ouvrage, j'avais donné la liste des adjectifls qui se placent habituellement après leur substantif; celle des adjectifs qui précèdent le plus souvent leur substantif; celle des adjectifs dont l'oreille et le goût déterminent la place; celle des adjectifs qui, dans le style simple, se mettent après leur substantif, et qui, en vers et dans le style oratoire et poétique, se plaisent à le précéder; enfin la place des adjectifs qui donnent aux substantifs une acception différente, selon qu'ils sont placés avant 01} après. Hais comme toutes ces règles sont sujettes à une infinité d^éxceptions, et que d'ailleurs nombre de personnes éclairées, et qui s'intéressent i l'amélioration de cet ouvrage, m'ont convaincu que OBtte matière est plutôt du ressort d'un dictionnaire, je me suis décidé à supprfaner cet article, me bornant à donner la liste suivante:

Un BOM homme signifie le plas sou- ?eDl un liomme limple, crédiile^ qui se laisse dominer, tromper.

Un BiAVs homme (255) est on homme de bien, de probitéi dont le commerce est sûr.

GuTAiii mal est un mal que Ton volt, que Ton distingue de tous les antres^ que Ton pourrait décrire, que l'on pourrait nommer.

Un homme bon se dit d*un liomoïc plein de candeur, d'affecilon; d'un homme charitable, compaUssant.

Un homme bbâvb est un homme intrépide, qui afflnonle le danger sans crainte.

Un mal ckbtaih est un mal que t'on voit comme assuré, Indubitable.

(255) Bravs, subsUnttfié, s'emploie le plus souvent au pluriel, et alors U se prend presque toujours en mauvaise part :

n est de faux dévots, ainsi que de faux bravet,

(Molière, Tartufe, acte I, se. 6.) Je crains peu, direi-vous, les braves du Parnasse. (Boileau^ Satire IL) c Faisons tant que nous voudrons les bravet, la mort est la fin qui aUend la pla* « belle vie du monde. » (Pascal.)

— > Ce mot s'emploie très bien au singulier ; et ii se prend aussi co bonne paît: c*estun brave; se battre en brave, etc. A« L.

DE LA PLACK Bl L ADJBGTIP.

Vm& ooHHURi «oto est ta lémiioB de tous les saffiraget prononcés ananl-

Un ciuiL homme «ton homme f I, etc^ etc.

Une FAUSSE eordè est mie corde (finstrament qoi n'est pas montée sur on ton]aste,siir1etonqa'iiraat

Un FAUX accord eit mi aocoid «inl choqoe t'oreilie, parce que les sons, quoique Jostes, ne forment pu mi tout, QQ ensemble barmoniqae.

Un tableaa est dans on faux jour quand il e&t édairé da sens contraire é celai que le peintre a choisldans son eajel.

Vnê FAUSSK eUf est nie def que l*on garde» le plus sonrent A dessefait pour en fUie on usage iUldle.

Un» r AUSSI porte fA one Issne ménagée A reflU de se dérober aux Importons sans être va.

Fuwxux, avant le sobstantif , signifie pffodlgieaxv excessif, extraordinaire dans son genre : Un FUtauimanletir; UM PUBIIVSI sfilor#0.

Un GALART homme est nn homme à nobles procédés, qol a des UlenU, des mceors, et dont le commerce est sûr et agréable, n Uent de l'honnête

On ne dit pas «ne gaiahti /îmiiiia.

IM mnoRiiB omOsest la dcnlère des aiméesdans une période dont on parle : ladcmiéra aiwiê de eon thgne»

Un GiAiiD kommc (256) est on homme d*un grand mérite moral.

Une voim eomimit est one voix ordinaire, qai n'a rien de pins remarquable qu'une antre.

Un homme ciuB. est on homme inhumain, insensible, qui aime à fdrf sonlIHr ou A voir souffrir les autres.

Une corde paussi est celle qui ne peut Jamais s'accorder avec une autre.

Un accord faux est cdul dont les intonations ne sont pu Justes, dont les intonations ne gardent pu entre dies la Justesse des intervalles.

Il y a un jour faux dans un tableau quand une partie y est éclairée contre nature, la disposition générale du tout exigeant, par exemple, que cette partie soit dans Tombre.

Une clef faumi est une clef qui n'est pu propre à la serrure pour laquelle on vent s'en servir.

Une porte fauui est un simple simulacre de porte, en pierre, en marbre, en menuiserie ou en peinture.

Fuiisuxi après le substantif, signifie transporté de fureur, en furie: Foti

FUUIUX. lÀOn FUIIXUX.

Un homme galaht est un homme qui cherche à plaire aux femmes, qui leur rend de petits soins, n se rappro che du petit-mdtre, de l'homme a bonnu fortunes.

Une femme galartx est une femme qui a des intrigues, et dont la conduite est déréglée.

Vannée Diamiii est l'année qui précède hnmédiatement cdie où Ton parie :;'a< beaueoixp voyagé Vannée dernière*

Un homme giand (257) est on homme d'une grande taille.

(256) Le P. Bouhours, le Dictionnaire de Trévoux, Féraud et l'Académie (édl- 'tion de 171^8) sont d'avis que l'adljedlf grand, qualifiant le mot fmm/e, ne doit

IKB LA PLACB DB L'AAJEGTIV.

Ia aiABB air M dtt d'un qui 1 les minlèrM d'uo grand penonnage.

Une oiofw /terne eil una femme qui a beaucoup d'embonpoiat.

Ia haut fon est une manlève de parier audadenw, arrogante.

Un horhIti hxïiMM (258) est un homme qui a des mœurs, de la probité, qui Jouit de Testime publique, etc.

VaiT MAMD se dii d'wiJMimfidont la phisionomie noble OBonce une Ame douée de grandes qualités.

(7n# /emma «bossk est one femme enceinte.

la ton HAUT est un degré supénear d'élération d'une voix chantante oa du son d'un Instrument. '

Un hxmm» eohhâte est on homme qui observe toutes les bienséances ei tous les usages de la société.

pas s'employer pour désigner une femme d'un grand mérite, et qu'ainsi en parlant de Catherine II et d'Elisabeth, on ne dirait pas que ce Turent de grandes femmes; mais on dirait, par exemple, Catherine II fUt une graudb impératrice et ÉlitO' beth une giandk reine*

Voltaire {fienriade cliantlll) fait dire é HenrilV, parlant à la reine d'Angleterre : . . . LlSurope vous compte an rang des ptui grande hammet.

Il s'est bien gardé de dire dê$ plue grandêe femmet; Je n'en connais pas un seul exemple. D'aptes oela. Je pense que M. Laveauz est dans l'enjear quand il soutient qu'on peut dire une grande femme, comme on dit un grand Aomma.

—L'Académie, en 1 8a& , dit grande femme dans le même sens que homme grand; et dans l'antre sens seulement grande reine, grande princesse. A. lu

(267) Si après un grand homme on ajoute nn autre adjectif qni énonce one qualité du corps, comme un grand homme sec, un grand homms brun, le mot grand ne s'applique akm qu'à la taille; de même, si apsès homme gbahd on 4onte quelque modiflcatlf qui ait rapport au moral, comme- un homme cbahs doiu ses profetSy te mot grand cesse d'avoir rapport à ia taille.

(258) Bonnêie homme ne s'emploie pas au pluriel : on dit honnêtes gens, et non pas honnêtes hommes : iVa confondons pas les honnêtes gens avec les gens de bien. (Marmontel.)

Voltaire, dans nne de ses'épttres, a dit en pariant d'une femme : Une femme sensible et que l'amour engage. Quand eUe eit horméu honune, à mes yeux est un sage.

Ce qui veut dire quand elle a les qualités d'tia honnête homme; ce que n'aurait pas signiflé l'expression honnête femme, (Laveam.Jf-

Pnisqœ nous parlons de cette expression honnête homfne, nous ne croyons pas inutile d'entretenir nos lecteurs d'une locution qui est dans la booehe de tout le monde, c'est celle de parfait honnête homme. Beaucoup de Grammairiens sont d'avis qu'elle n'est pas bonne, parce que, disent-ils, deux adjectifs ne doivent pas être JoInU à nn nom sans conjonetfon, et que parfait et honnêle, qni précédent le nom homme, ont cette incorrection.

Hais n nous semble que ce principe n'est pas applicable au cas où l'un des ad- Jeetifk est téiieroent nécessaire au substantif auquel il est immédiatement Joint, qn'on ne peut l'Oter sans changer le sens de ce substantif, ou aam loi ûmum um

VE LU PLAGE DX L'aDJEGTIF.

Une fumnêle ftmme est une femme d*one condaite irréprochable, quelques défanti qu'elle puisse avoir d'ailleurs.

lyaonvàTU gem sont ceux qai ont une réputation intégre» une naissance honnéle et des mœurs donces.

Un MALHONNâTE homme est un • homme qui n'a ni probité ni sentiment d'honneur.

Jxvn^ voy, la note (269.) Hautais air est un extériear Ignoble, un maintien gauche.

Cet air Uent aux manières.

Gléon, lorsque vous nous brayeit En démontant TOtre figure, Vous n'avez pas Vairmauvaitt Je vous Juret C'est mauvais air que tous avez. (Le comte de Ghoiseul.)

Det gens bonr£tss sont des personnes polies qui revivent bien ceux qui les yisitent.

Un homme MALncmiÂTi est un homme qui fait des choses contralies é la civilité, à la bienséance.

L'air MAuvAisiest un extérieur redoutable.

Celui-ci tient au caractère.

Mfiehant homme a rapport aux actions.

Une HÉCHAim ipigramme est une épigramme sans sel, sans esprit.

Du MoiT bois est du bols de peu de valeur qui n'est propre à aucun ouvrage.

Homme méchant a rapport aux pen« l sées et aux discours. I

Une épigramme mscbauti est une épigramme qui offk« on trait malin et piquant.

Du Ms MOiT est du bois séché sur

sens yague et indéterminé. Or, dans la phrase précitée, honnête est tellement lié à homme, il est tellement inséparable, que si on l'ôtait on donnerait A ce nom un sens indéterminé, et l'on ne rendrait pas sa pensée : honnête homme, dans le sens qu'on veut lui donner, renferme deux mots aussi inséparables que les mots grand homme. Jeune homme, sage- femme, etc. ; et, de même que VolUire a dit (dans l'^diicolion d'un prince) ce pauvre honnête homme, cl (dans le Trimiwirat,Ul,it.f) infortuné grand homme! Là Rochefoncautt (Maxim.) • ie vrai honnête homme est celui q^ui ne ae pique de rien -, Colardeau (dans les Perfidies à la mode, l, 8), ce sévère honnête homme ;

De même on doit pouvoir dire parfait honnête homme»

A. ces motifs» A ces citation^» nous ijouterons cet exemple d*un des plus corrects, comme des plus élégants écrivains du siècle de LouU XIV :

« Je veux me flatter que, faisant votre paisible pour devenir un parfait hon- * nêie homme, vous concevrez qu'on ne peut Fètre sans rendre à Dieu ce qu'on 1 lai doit. » (Racine, Uttre 34« à son fils.)

(259) JioHi : QouMl radjectif jetma est précédé del'artide, il a des sens différents,* «ekm qu*n est placé avant ou après le nom : le Jeune Scipion signifie que Sciplon o'étalt pas âgé; et Scipion le Jeune se dit pour le distinguer de Sciplon l'ancien.

Placé après le nom propre, le Jeune se dit aussi pour le cadet, afin de le distinguer deson «hié.

' rr^ •»<vw'/r *v^ ^^ •■• '

Zf

DE LiL PLACE DE L'âDIECTIF.

M om «m se dit des marées qaand elles soDt extrtmemeiit basses.

ÏA nomnAu xÀn est le vin noavellenNDt mis en perce, oa dn tin différent de celai que t'on bavait.

Ha iiouviAnx Wwea, ce sont d'antres livres, des livres autres que ceax qae Von a, on que l'on n'a plus.

Un HouviL habit est an baUt différent de celai Qae l'on vient de qaitter.

./><. Un PAUVBB hofMM est an bomme de peu de mérite, qal est incapable de faire ce qn'on désire délai.

I7ne PAUvii lanjma est celle qni, outre la disette des termes, n'a ni douceur, ni énergie, ni beauté.

Un PLAisAHT hoMiM estuu bomme Miarre, rklieule, singulier.

Eau MOBTi, cfest rein qui m coule pas, comme Fem des étangs, des mares, etc.

£a vtffi Homnàv, CCil le^ Domcl- ^falt.

IH» Kvrst HouTiAuz, ee font da livres imprimés depolf pea.

CTfi AttMf HOOVBAU est mi habitde nouvelle mode.

Un habit mur est on haUt qui n'a point ou qui a peu servi.

Un hofnme pauvii est un bomme

I7n« /anjma PAUVIB est celle qui n'i pu tout cequi est ttécessatieàresprapression des pensées.

Un AofftmsPLAisAUT est un bomme qui se distingue des autres par des manières enjouées , folâtres et qui foot rire.

Un personnage kaisamt est eda dont le rôle est rempli de traiU divertissants, de saillies fines , de reparties ingénieuses.

Un eonfsPLAisAHTestun rédt agiétble et amosant.

Un homme piht est un bonmie laé- ' prisable, qoi fait des eboses au-dessous de son rang, de sa dignité

Dee termes propiis sont des mots qui eipriment bien, et selon l'usage de la langue, ce que l'on veut dire : lajut tesse dans le langage exige fus fos ehoisUse servpuieusmneni les Ttwn

PIOPEKS.

Nota. Propre^ employé par éneifle, et par ane sorte de redondance, doit précéder lesubstanttf : « Ses propres amis le blâment, il néglige ses propres intérèls.>Le sens est ! « Ses amis le blâment, il néglige Juk^^'^ *^ intérêts. » (260.)

Un PLAISANT personnage est un impertinent digne de mépris.

Un PLAisAUT eonte est un récit sans vérité et sans vraisemblance.

Un piTiT Aomma est un bomme d'une petite suture.

Les piopiis termes sont les mêmes mots sans y rien cbanger : la confiance dans les citations dépend de la fidiliU à rapporter les pkopkis tkimss des liwres ou der actes qvfon allègue.

(ÏW) Quelques auteurs ont mai placé l'adjectif propre s Votre expérience piop». (Illascaron.) Le voilà convaincu de son ave» raorsi. (Bosèoet.) L'Académie eile-mème a dit autrefois dans ses SentimenUswthCidi

Un flTOL moi : tM>yex4es Rem, détoLchiet, leUre S.

Un siMPLi homme (?6l} est un homme seal, unique : Cette personne n'a qu'un simple homme, un simple tHMlet à son service.

De siMPLU airs sont des airs qui ne sont pas accompagnés de paroles.

Cm iQUK tableau , seul en nombre.

Un viLAiif homme, une yilaimb femme, c'est un homme ou une femme désagréable par la figure, par la malprofMreté, ou méprisable parles manières et par les vices.

Un mot SBUL : voyex les Rem. ditachies,hiiTt S.

Un homme simple est un homme qui a de la simpitcllé : Les gens sim^ pies sont crédules, sans déguisement, sans malice.

Des airs simples sont des airs nâ(urelSy sans ornements.

Tableau unique, seul en son genre, incomparable.

Un homme vilaih, ou plutôt un homme fort vilain (262), signifie un homme qui vit très mesquinement et qui épargne d'une manière sordide.

Dy RÉGIME OU C03HFLÉMENT DES ADJECTIFS.

Le régime ou coinplémcnt des adjcclifs esl un subslanlif ou ud yerbe précédé de Tune des prépositions à, de, dans, en, stir^ etc.

On appelle proprement régime de l'adjectif un mot (nom, verbe, pronom, ou adjectif pris substantivement) qui dans la construcUon de la phrase, au moyen d'une pr^poritlon, dépend nécessairement et immédiatement de l'adjectif dont il complète oa détermine le sens ; comme : coupable dHugratitude^ prêt à mourir, digne de vous, ami du vrai, etc. Or il peut exister â la fois plusieurs rapports de ce genre, et par conséquent l'adjecUf peut recevoir plusieurs compléments. Ainsi Ton en trouve

« Il n'y avait pas d'apparence de s'imaginer que Chimène se résolût à faire cette « vengeance avec ses mains propres. » I/équivoque de ses mains propres (nettes) rend cette dernière transposition presque ridicule. — Il faut de ses propres mains , de son propre aveu; Il faut aussi votre propre expérience. Corneille, dans deux vers qui se suivent, le met une fols après et une fois avant :

Il veut de sa main propre enfler sa renommée. Voir de ses propres yeux Téiat de son armée.

On serait plus sévère aujourd'hui. (Le Diet. crit. de téraud,)

(26 1; Simple. L'auteur de V Éloge de M, de Vendôme a fait une faute lorsqu'il a dit : Vendùme réunissait les plus simples mœurs avec ce naturel heureux qui porte aux belles actions; c'était les meeurs les plus simples qu*ll devait dire.

Et La Bruyère en a commis une semblable, lorsqu'il a dit des apôtres que c'é^ taient de simples gens ; il fallait c'étaient des gens Simples.

(262) ViLAin. Il faut pourtant obseiwer qu'on ne dit pas absolument un homme viLAii!!, une femme yilaimx, car on ne veut marquer ici que la situation de l'adjectif après le nom ; mais on dirait voilà un hoitkie bie7i vilaj» j on m*a adressé à une femme excessivement vilaine.

trois dans cette phrase : c Coupable dingratitade envers veas par son oikitte conduite. » Tootefols il n'est pas nécessaire d'établir Ici des distioetioDS coome avec les verbes, et Ton range tous ces réffiroes sons U même dénomiBition. Voya ce qai est dit pins loin dans la noU sur le régime des adjectifs, p. 2 76. A . L.

Quelques adjectifs ne régissent rien; ce sont ceux qui, par euxmômes, ont une qualification déterminée, tels que intrépide, invûh JMe, verfaeuXy etc. ;

«r Un général d'armée doit avoir une âme intrépide^ être froid et € tranquille dans un jour de bataille. » (Fénelon.)— « Les droiu « sacrés de Tamitié sont inviolables. » (Bossuet.) — « La fortune s^ t range difficilement du parti des hommes vertueux. » (Colardeau, trad. de la LeUre d'Hélùise à Aheilard. )

Quelques autres doivent nécessairement avoir un complément, soit un nom, soit un verbe; ce sont ceux qui, ayant un sens vague, ont besoin d'être restreints pour avoir une signification déterminée, comme capable, prêt, comparable, etc., etc. :

« L'exercice et la tempérance sont capables de conserver aux vieilt lards quelque chose de leur première vigueur. »

(D'Olivci, Pensées de (Hcéron.) L'Ignorance toujours est prèle à s'admirer. (Boileau, ^ri poé*., ch. L)

« Turenne était un homme comparable à tous les grands capi- « taines de rantiquité. »

Enfin, il y a des adjectifs qui n'ont point de régime quand on les emploie dans une signification générale, et qui en ont un quand on veut les appliquer à quelque chose de particulier : « Il n'est pas mêint « au pouvoir des dieux de rendre l'homme content. » (scudérî.) Qu'heureux est le mortel qui, du monde ignoré, Vit content de sol-même en un coin reUré! (Boileaa, Ép. VI.) « Le plus heureux en bien des choses est celui qui sait se faire ma agréable imagination, i» (s-Érremond.;

1" Remarque. —Il ne faut pas donner de complément ou régime à un adjectif qui n'est pas susceptible d'en recevoir.

C'est d'après ce principe (reconnu dans les Opuscules sur la lanr gue firançaise, pag. 302; dans Wailly, pag. 173; et dans presque toutes les Grammaires) que Voltaire blâme P. Corneille d'avoir dit: Je cherche k rarrétcr parce qu'il m'est unique. , ♦ (^ Mentour, act. U, se I.)

« 7/ M est UNIQUE ne se dit pas, puisque l'adjectif uniroc s'emploie « sans régime. »

Le P. BouhoursCpage 191 é ses Remarques) a conclu aussi deœ

principe que d'Ablancourt s'est exprimé incorrectemeDt lorsqu'il a dit : « OuHIaume, prince d'Orange, était doux, affable , populaire et « ambilieux «Taulorilé; » parce que, suivant lui> Vdàiedit ombiHeux ne doit pas avoir de régime. {Foy. p. 280.)

Toutefois Ménage et 1^ Touche ne sont pas de cet avis; en effet , plusieurs écrivains lui ont donné un régime, toileau a dit : ambitieux DE gloire; et L. Uacine a ditdes saints (/a Religion, chSXïi III ) :

Ils sont ambitieux d9 plus nobles richesses ; et des enfants de Mars (chant V) :

AmbUiwx de vaincre, et non de disooarir (363). Voyef, êax Remarques ditaehéêêf ce que nous disons sorredjcctif Impatient. 2* JRemarque. — H ne faut pas donner à un adjectif un autre régime que celui qui lui est assigné par Tusage; ainsi , on ne serait pas correct si Ton disait : cela m'e$i aimable ^ comme on dit cela m'est cLgréable; pourquoi cela? parce que agréable vient di agréer y cela m'agrée; mais il n'en est pas ainsi d'aîmar; on àïi j'aime celle pièce y et non celle pièce aime â mai^ donc on ne peut pas dire cela

m'est aimable. (Voltaire, Commemi, sur le Menteur de P. Corneille, acte II, se. i.)

L'application de ces deux règles est très embarrassante pour les étrangers, parce qu'elles dépendent principalement de l'usage, qu'ils ne peuvent connaître qu'à la longue, et qui même est souvent contraire à celui de leur propre langue (264).

3^ Remarque. *— 11 y a encore une difficulté bien grande à surmonter pour les étrangers, c'est de bien connaître la nature des adjectifs, car il en est qui ne conviennent qu'aux personnes, et d'autres qui ne peuvent qualifier que les choses.

Pour savoir si un adjectif peut se dire des personnes, il faut examiner, lorsqu'il dérive d'un verbe, si le verbe dont il dérive peut

(263) Aqjourd'hoi on dit une phrase ambitieuse, une expression ambitieuse f mais, cooune le lemarqaeH. Laveanx, il y a trop loin de l'ambiUon i nne épiUièle ou i one UHimnre de phrase, poor qa'on puisae qualifier l'one ou rentre de Tadjec- ^ambideux.

—Hais on est convenu d'appliquer au style les qualités on les défauts de rhomme, parce que le style est Vhomme même, comme dit Buffon. B n'y a pas plus loin de rambltion i une épithète, que de lànoblesse, de la prétention, de la simplicité, Hc. ^ on dit très bien un stjle noble, prétentieux , simple , etc. Pourquoi donc blAmer cette autre locution adoptée par Tusage, quand elle est expressive et Juste? t«' Académie d'ailleurs Ta complètement adoptée. A. L.

(264) Nous rejetons à la fin de cet article (p. ^t} une longue note dans laquelle on Irouyera i*explication des principales difilcuItM sur le régime des adjectib.

' avoir les personnes pour régime direct; par exemple , on dira bien . Cetleper$<mne est admirMe, est excusable y parce qu'on peut dire aimirer quelqu'un ^ excuser quelqu'un; mais, comme on ne dit pas pardonner quelqu'uUy contester quelqu'un, les adjectifs pordonnoUf, contestable et incontestable ne peuvent convenir aux personnes, et dès lors on ne peut pas dire : Cet homme est pardonnable, contestable, incontestable.

^L'Académie, sur la 343* Remarque de Vaugelat^ page 584 ; Waillj, page I7i. et d'Olivel, 35* Remorque sur BaciHC.)

Voyez les Remarques détachées, aa mot excuse.

La même faute a lieu lorsqu'on applique aux choses des adjectifs qui ne conviennent qu'aux personnes. Balzac a dit : « Je trouve en « lui une admiration si intelligente de votre vertu , etc. » Celui qui admire peut être intelligent, mais l'admiration ne peut être iiitdligente. On lit dans la vie de S. Barthélémy des martyrs : « Tous les « pauvres le pleuraient avec des larmes inconsolables. » Celui qui pleure peut être inconsolable; mais comment des larmes seront-elles

inconsolables? çth. CorneUle, 14S« Remarque, et Léfiiac, page 3B3 de sa GrammaireJ N'oublions pas cependant que la poésie et réloqoeoce animent les objets, et qoe cette transposliioD d'Idées se rencontre dans tous les bons écrivains. C'est ainsi que l'on dit une action criminelle, un projet audacieux, un esprit entreprenant,tk. L'expression de Balzac nous semble irréprochable. A. L.

4^ Remarque. — ^ Un substantif peut être régi par deux adjectifs , pourvu que les rapports qui les lient soient exprimés par la même préposition, ou , ce qui est la même chose, pourvu que ces adjectifs demandent le môme régime : Ce père est utile et cher à sa famille est une phrase correcte, parce que les adjectifs utile et cher régissent la même préposition; on dit utile d, cher d*

Mais on ne pourrait pas dire : Cet homme est utile et chéri de sa farfiille, parce que utile et chéri ne veulent pas après eux la même préposition ; dans ce cas, il faut appliquer à chaque adjectif le régime qui lui convient : Cet homme est utile d sa famille et en est chén.

(L'Académie, sur la 89« Remarque de Vaugelas, page S4. ~ Le P. Buffier, ii<» 61^ et 673. — Resiaul, page 289, cl WaiUy, page 3ii.)

Page 1