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DES ADJECTIFS DE NOMBRE

Les adjectifs de nombre servent à exprimer la quantité , ou Tordre et le rang des personnes et des choses.

On en distingue de deux sortes : les adjectifs de nombre canltnaux et les adjectifs de nombre ordinaiix.

' Les adjectifs de nombre cardinaux (265) servent à marquer la

(265) Gahoihal se dit de ce qui est le principal, le premier, le plus considérable, le fondement de quelque chose. C'est ainsi que Ton appelle la Prudence, la Justice,' la Force, la Tempérance, les quatre vertus cardinales « parce qu'elles ser?eotde fondement i toutes les autres. De même que l'on appelle Y Orient, Y Occident, le Midi et le Septentrion, les quatre points cardinaux.

Cardinal vient de cardo, mot latin qui signifie un gond; en effet , Il semble que ce soit sur ces points cardinaux que roulent toutes les autres choses de même nature.

DU NOMBBB DBS ADJBCTIF8. 305

quantité des personnes et des choses , et répondent à cette question : cominm y en a4Hl? On les a ainsi nommés, parce qu'ils sont le principe des autres nombres, et qu'ils servent à les former ; ce sont un, deux, trais, quatre^ vingts soixante^ soiœante et onze (266), etc.

Les adjectifs de nombre ordinaux marquent Tordre et le rang que les personnes et les choses occupent entre elles : tels sont premier^ second^ troisième^ quatrième, et ainsi de suite.

Excepté premier et second^ on forme tous les nombres ordinaux des nombres cardinaux, en terminant en vième ceux qui finissent en f; en changeant en iéme Ye muet de ceux qui ont cette terminaison ; enfin, en ajoutant iéme à ceux qui finissent par une consonne : le nombre dnq exige en outre u avant ième ,- ainsi de neu/*, de quatre ^ de iraiê, de cinq^ on Mineuviéme, quatrième^ troisième, cinquième.

(LéTiiac, page 2$9.)

Unième ne s'emploie qu'à la suite d'autres nombres : la vingt el unième, le trente et unième, etc., etc.

Parmi les mots qui expriment une idée de nombre, il y en a qui sont de véritables substantifs ; ceux-ci sont de trois sortes.

Les uns expriment une certaine quantité ou collection de choses, comme une dizaine, une douzaine, une vingtaine^ une centaine, un millier^ un million; on les appelle noms de nombfe collectifs.

Les autres marquent les différentes parties d'un tout, comme un demi, un quart, un tierSj un centième.

D'autres enfin désignent Taugmentation progressive du nombre des choses; ce sont le double, le triple, le quadruple, le centuple.

On emploie les adjectifs de nombre cardinaux au lieu des adjectifs de nombre ordinaux, l"* en parlant des heures et des années courantes, comme il est six heures. — Nous sommes en mil huit cent

dix-neuf. (Wailly, page 175. •- LéTÎzac, page 9flo.)

2* En parlant du jour du mois : le deux mars, le quatre mai (267) ; mais on dit toujours avec le nombre ordinal le premier mai , le premier juin, et non pas le un mai, le un juin.

(266) Quelques personnes écrivent tinxe , par u initial , et non pas par o, soiu prétexte qa'en finance To peut favoriser la fraude : cette orthographe est .eitrèmement vidense, et le moUf que Ton donne n'est pas suffisant pour l'autoriser.

— Ce motif n'a même rien de raisonnable. La véritable raison, c'est qne ce mot vient du lathi rmdecim, qui dans le vieux langage a ll'abord faittuute. A. L. YoyeSy page 81, s'il est permis d'écrire l'onjEtéme.

(267) Voltaire disait U deux de mars, le quatre de mai, et Racine le deux mars,

306 nu NOMBRE DES ADJECTIFS.

3* On les emploie encore en parlant des souTerains et des prinees, comme Louis douze , Hmri quaêre, Louis quatorze; mais on ne dit pas Eenri un^ François un , pour Henri premier y François premier. On dit assez indifférenmient^ Benri deux et Henri second. On dit aussi Charles cinq, Philippe dnq, etc. ; mais on dit (^rleS'Quinty empereur contemporain de François premier; Sixt^- Quint, pape contemporain de Henri quatre.

(Patni et Tb. Corneille, gur la lïT* Remargue de Vaugelas. — Le P. BufDer, n» 389. — Le P. Bouhoun, page 585. ~ Wailly, page 175.)

Les adjectifs de nombre cardinaux s'emploient quelquefois substantivementy comme : lehuity le dix de cœur; jouer au trente et quarante; nous partîmes le douze ^ et nous ne revînmes que le trente. On m'a livré un cent, deux cents de paille. (L'Académie o

n en est de même des adjectifs de nombre ordinaux : « Socrate etA « le premier qui se soit occupé de la morale; » le substantif est sou^ entendu; c'est comme si l'on disait : Socrate est le premier pAi/osophCy etc.

De tous les adjectifs de nombre cardinaux , il n'y a que vingt et cent qui , précédés d'un autre Mjectif de nombre par lequel ils sont multipliés, prennent un s au pluriel : gua^re-viNGTS chevaux, cent fua^re-viNGTS pistoles; deux cents chevaux, cinq cents faites.

(L'Académie, Féraad, Gattel, Wailly, M. Lemare, etc.) Deux cfnl«autean extraits m'ont prêté leon lumières. (BoUeaa,ÉpitFeXU.; € De l'autre part se sont trouvés quatro-t?m^to docteurs séculiers... i qui ont condamné les propositions de M. Arnauld. »

(Paical, in lettre prwinc.)

le quatre mai. Soos le rapport de la correcUon grammaticale, la première constnic- Uon est certainement préférable, puisque deux et quatre sont là pour deuxième , quatrième , et que Ton dit toujours avec la préposition de le deuxième jour de maif le quatrième jour de juin. Ensuite les Latins disaient avec le génitif: primus februarii, secundus affriliê.

Ainsi, la grammaire et l'analogie sont pour le deux db man, le çiuitren mat,mais si on consulte l'usage, qui, en fait de langage, est la. règle de l'opinion, on dira le deux man^ le quatre mai. C'est ainsi que s'expriment presque loajoun nos bons auteurs et les personnes qui se piquent de parler parement, et qui évitent toole espèce d'affectation.

— Le besoin d'abréger a créé ces locutions, qui sont elliptiques : l'essentiel est d'être compris ; et l'usage a consacré le sens de ces mots : le deux mat, le trois juin. Les Romains avaient aussi deslocuUons abrégées dans ce sens. Ils n'ont peutêtre Jamais dit , avec ellipse du substantif t primus februarii ; mais ils disaient, avec ellipse de 11 préposition : Jin-idie Kalendas, poslridie ludos, etc. A. L.

« Saitnil bien ce que c'est que cinq émis écu8?»0ui, mouBieuTy • il sait que c'est mille cinq cenU livres. »

(HoJiére, les Fourberies <U Seapin, acte II, se. it.)

« On assure que les porte-faix ou crocheteurs de Constantinople « portent des fardeaux de neuf cents livres pesant. »

(Buffon, HisL nat. de f Homme.) Observez que dans quatre-^ngts docteurs , dans cinq cents ans, et anlres phrases semblables, vingt et cent sont regardés comme des sabstantifs ; l'on pris poar vingtaine, Tantrepris pour centaine,

—Gela nous paraît impossible, car alors il faudrait dire cinq cents d'ans, comme nous avons vu tout i Thenre tin cent, detix cents de paille. Pourquoi donc aussi cette raison ne subsisterait^elle plus qu'A demi pour detix cent quatre-vingts, et pooiqnoi oesserail-elle entièrement pour deux cent quatre-vingt-dix? Gontentons-noos de constater l'usage. A. L.

La même chose a lieu y lorsqu'on sous-^ntend le substantif après vingt et cent précédés d'un adjectif numéral. Ainsi l'on écrira avec la marque du pluriel quaire^ngis, six vingts (268) , deux cents.

(L'Académie.)

c La Suède et la Finlande composent un royaume large d'environ « deux cents de nos lieues , et long de trais cents. »

(Voltaire, Histoire de Charte» Xlt.) Noos partîmes cinq cents; mais par un prompt renfort, Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port.

(LeCid^àCi. IV, se. 3.} Maudit soit l'auteur dur, dont l'Apre et rude verve. Son cerveau tenaillant, rima malgré Minerve; Et, de son lourd marteau martelant le bon sens, A fait de méchants vers douze fois douze cents,

(Boileaa, vers en style de Chapelain.)

(268) Six vingts vieillit ; on dit plus ordinairement cent vingt ; on disait encore dans lesièclepassé sept vingtsans, huit vingU ans: Depuis six on sept vingtsaus que l'église calvinienne a commencé, (Bossuet.) — Des femmes enceintes au nombre de huit vingts et plus. — L'Académie ne condamnait pas autrefois cette manière de s'exprimer, et en permettait l'usage Jusqu'à dix-^neuf vingts, en excluant seulement deux vingts, trois vingts, cinq vingts et dix vingts. Dans Pé* ditloD de 1762 et dans celle de 1798 (au mot quatre et au mot vingt), elle approuve encore a<£e vingts ^ même sept vingts, huit vingts,

U y a plus, c'est que plusieurs écrivains modernes ont (ait usage de quelques-uns de ces termes. Voltaire, dans sa XI« remarque sur Cinna, a dit : « Remarquez que « dans cette scène il n'y a presque que deux mots à reprendre^ et que la pièce est « faite depuis six vingts ans. » Fénelon (dans le Télémaque, liv.VIII) : • On y volt m des vidilards de cent et de six vingts ans qui ont encore de la gaieté et de la vir. > Cependant cet exemple n'çst plus suivi aujourd'hui.

308 ra ffOMBftB MS ADJECTIFS.

c Le français de vingt-quatre ans l'a emporté , en plus d'un enc droity surleGrec de qt^atre-^vingis. » (Rooncao.)

(Le Dicc. de tâeai. et le pins grand nombre dei GranuDairienf tant ancienf 411e noiênies.)

Exception. — f^tn^l et ceni s'écrivent sans s, quoique précédés d'un nombre, lorsqu'un autre nombre est à la suite , c'estr^-dire que l'on doit écrire quaire-vingi^eux ; — quatre-^ngt-dix ; — detix cent ffingt-^ptatre chevaux ; telle est l'opinion émise par Wailly^ Lévizac y Domergue» Féraud, Gattel, et par MM. Lehodey, Lemare et Chapsal.

L'Académie, néanmoins, a écrit dans son DtcHonfuriref édition de 1762 et de 1798, neuf cents mille avec un 5 à cent-^ mais l'usage est contraire à cette orthographe,— et l'édition de 1835 ne l'admet plus.

S'il était question de dater les années, alors on écrirait, sans h marque du pluriel , Fan mil sept cent , Van mil sept cent quatrevingt, quoique cent et vii^t fussent précédés d'un autre adjectif de nombre, parce que ces noinbres seraient employés pour des nombres ordinaux , et qu'il ne s'agirait que d'une année, comme s'il y avait Fetn mil sept cenMme^ Van mil sept cent quatre-vingtième.

(Hemef aalorités.) L'Académie remarque dam la dernière édiUon de son DicUonaaire qn'aa Uea de dire mille centy mille deux cents^ etc., on dit plos soavent onxe cents, douze e«fUf, et jusqu'à dix-neuf cents; mais pour les dates, elle donne Van mil sept cent. A. !..

Quant au genre, il n'y a de tous les nombres cardinaux que un dont la terminaison varie, selon qu'elle doit être masculine ou tëmiuine: un tableaUfUnebouteille,vingt et une ^er&ormes. (D'oiiTei,p. m.)

N'oubliez pas de lire, aui Remarques détachées, quelques observations sur un, vingt et mille.

Ou dit mngtetun^ trente et un ^ quarante etun^ etc., jusqu'à soixante et dix inclusivement; mais on dit, sans la conjonction, vingtrdeuXyVingt4rois, trente-deux, trente-trois^ etc., soixantedeux^ etc,

(Le Dictionn. de FAcad. aux moU dix, vlngu trente, quarante^ dnguante eisoixoMte.^

La Fontaine, qui avait besoin d'une syllabe de plus, a dit : Enfin quoique ignorante à vingt et trais karats,

Elle passait pour un oracle. (Fable 139«, les Devineresses.)

Dans une édition de Boileau (Genève, 1724), on lit aussi en plusieurs endroits vingt et trois, vingt et quatre; mais cette faute a été corrigée dans les éditions subséquentes.

Enfin on dit, sans la conjonction e^, quatre-vingt-un ^ quatrevingt-onze^ cent un^ comme quatre-vingt-deux, quatre-vingttrois, etc. .^ (Férsud.)

W) NOnU Mft AMMrn»* 300

On a donc eo tort, de nos joors, de mettre en tète d'oo llTie : lei CmM^wi. Quand le substantif auquel se rapporte l'adjectif de nombre ear^ dinal est représenté par le pronom en , placé avant le verbe précédent, ou bien encore quand le substantif est sous-entendu, l'adjectif ou le participe qui suit le nombre cardinal doit être précédé de la préposition de : € Sur mille habitants, il n'y en a pas un de riche. « — Sur cent mille conibattants, il y en eut mille ife tués , eicinq * cents de blessés. — Sur mille, il y en eut cent de tués. »

(Th. Corneine, <ip* la i8i« Remarque de Vaugelat. — L'àeadteûe, pago 196 do ks ObtervatUnu. — WatUj, page 1T9. — Mirmontel, page 4I9. ^ LaTcauz, au mo nombre.)

Mais l'emploi de la préposition de ne doit pas avoir lieu avant l'adjectif ou le participe, lorsque l'adjectif numéral cardinal est suivi du substantif avec lequel il est en rapport : Sur mille combattante , il y eut cent hommes tuée, on il y en eut cent qui furent tués. Cent hommes

DE tués serait une faute. (L'académie, page 196 de tes Obterv. tsr Vaugehs.)

On met au singulier le substantif qui est avant un nombre cardinal employé pour un nombre ordinal, et l'on dit: l'àm diayhuit cent dix; les mots dia>-huii cent dix sont ici pour dix-huit cent dixième.

Pour ce qui est des adjectifs de nombre ordinaux, et de ces substantifs qui expriment une idée de nombre, ils prennent^ dans tous les cas, la marque du pluriel :/ee première, les seconds^ les douzièmes^ les vingtièmes, les deux douzaines^ les trois quarts^ les trois centièmes (269), trois millions, quatre milliards.

(Le Dict. de P Académie et les autorités ci-dessus.)

(i69)t On ne doit pas confondre le troiê centième avec les trois centièmes, car le trois centième s'écrirait en chiffres 1/300, et les trois centièmes s'écriraient 3/100. Le trois centième de cent est on tiers, puisque la trois cenllènie partie de cent Mt la même cliose que la troisième partie de un. Les trois centièmes de cent <ont Iroie, puisque la cenUème partie de cent est un. (II. GoUin-d'Ambiy. p. 6».)

310 DES MONOIIS PROPRBMSNT DITS.

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