SOI
Soi y pronom singulier de la troisième personne et des deai genres, se dit des personnes et des choses, (u uet. de ràcadému.}
Quand soi se dit des personnes, on en fait usage dans les propositions générales ou indéterminées; et, dans ce cas, ce pronom est toujours accompagné ou d'un nom collectif, ou d'un pronom indéfini, tels que ehacuny on, quiconque , aucun y, celui qui, heureux quiy personne, ioulhonme, etc., etc.; ou bien encore d'un verhe employé» soit unipersonnellement, soit à l'infinitif: « Quiconque n'aime que soi est indigne de vivre. » Awun n'est prophète chez tôt.
^La Fontaine, f. dtDémocrite.) On a souTcnt besoin d'an plus petit qne eoL
(Le même, f. 2, IW. U.) Des passions la pins triste en la vie G*est de n'aimer que soi dtns i'uniyers.
(Florian, la Poule de Caux. ) Heureux qui yit chez «ot.
De régler ses désirs faisant tout son emploi t
(La Fontaine^ l'homme qui court après la Fortune.)
« // dépend toujours de soi d'agir honorablen^ent. »
« Éire trop mécontent de soi est une faiblesse; en être trop cod-
<( tent est une sottise. » (Madame de Sablé.)
(Le f. BufBer, n» 704. — D'Olivet, page 166 de u Grammaire^ et»* tau iv Bacine. -^ Girard, page 34S^ tome I. •* Wailly, page iSS.)
Si Ton veut appliquer individuellement à quelque sujet chacune de ces mêmes propositions générales» ou, ce qui .est la même choso,
DBB PRONOMS PBRS0NNEL8. 3t7
si la proposition est individaelle et déterminée, d'Olivet est d'avis qae ce n'est plus du pronom personnel soi que Ton doit alors se servir, mais du pronom défini lui ou elle^ suivant le genre; qu'en conséquence on doit dire : € Cet homme a pour lui un œil de com- « plaisance. » — « Il rapporte tout à luiy il ne parle que de luù » •— « Cette personne est contente û'elle^ lorsqu'elle a bit une bonne ao- « tion. » — • < Elle vit retirée chez elle. » (Mêmes autorités.)
Wailly, Lévizac, Caminade et plusieurs autres Grammairiens se sont rangés à cet avis; mais M. Lemare, M. Boinvilliers, et, après eux, M. Bonifece pensent que soi, se rapportant à des personnes, peut très bien s'employer dans les propositions qui présentent un sens déterminé. Ce pronom, disent-ils, est indispensable lorsque l'emploi de lui ou eux pourrait donner lieu à une équivoque , comme dans cette phrase : « Ce jeune homme, en remplissant les « volontés de son père, travaille pour soi ; » car si l'on disait iramille pour LUI, on ne saurait si le jeune homme dont il est question travaille pour ses intérêt, ou pour ceux de son père.
Soi indique une action qui tombe sur le sujet de la proposition, au lieu que lui annonce que l'action passe au delà du sujet; de sorte que l'on doit dire : « Paul pense d soi, » si l'on veut faire entendre que Paul est l'objet de ses propres pensées; et, si Ton veut exprimer qu'il pense à Luc, on dira : « il pense à lui, )> Cette nuance se trouve parfaitement exprimée dans les vers suivants :
Oa mon amour me trompe, ou Zaïre aujourd'hui, Pour l'élever à soi, descendrait Jusqu'à lui.
(Voltaire, ZaKre, aet. I, se. 1 . )
A ces motifs, ces Grammairiens ajoutent beaucoup d'exemples choisis dans de bons écrivains, tant anciens que modernes.
« Un homme peut parler avantageusement de soi lorsqu'il est ca- « lomnié. » (voiiairc.)
Charmant, Jeune, traînant tous les cœurs après soi.
(Racine, Phèdre.)
c II faut laisser Hélinde parler de soiy de ses vapeurs, de son in- « somnie. » (La Bruyère.) ^— « L'avare qui a un fils prodigue « n'amasse ni pour soi ni pour lui. »
Ensuite ils invoquent l'autorité de Marmontel, qui a fait observer que plusieurs écrivains n'ont eu aucun égard à la règle donnée par d'Olivet; enfin ils citent Domergue, qui, dans son journal, dit que ioi écarte tout rapport d'ambiguité, qu'il nous vient 4'une langue ancienne à laquelle nous devons également une infinité d'autres
an VB& PRONO» PSRSMIVBLB.
mots (273); que tous nos poètes remploient comme étant plus è^ nore, et alors que la raison, Tharmonie et l'usage sont bien des titres pour forcer les Grammairiens au silence.
Il est difficile, d'après ces raisons et ces eiemples, de maintenir ta riglepoiiepsr d'Oltvet ; maispent-on dans loas les cas s'y soustraire et se serrlr da pronom loiindlstincteroent? Nous pensons que le goût Ici doit senrir de golde ; mais qoe gteétalement on fera bien avec on sujet déterminé» quand U s'agH des personnes, de faire DUgi da pronom lui, sartoot lorsqu'il ne peut 7 avoir d'équivoque. Ce sentiment d'aiOcin parait être celui de l'Académie, qui ne cite pas même un eiemple contraire. 1. L
Quand ioi se rapporte à des choses^ tous les Grammairiens sont d'avis qu'on peut l'employer non seulement avec l'indéfini, mais encore avec le défini; qu'il convient aux deux genres, et se met avec une préposition : « De soi le vice est odieux. » — c La vertu est ai- « mable en soi. » (L'Académie.) — c La franchise est bonne de sot,
< mais elle a ses excès. » (Marmomtel.) — < 1^ crime traîne tou- « jours sq)rès m certaine bassesse dont on est bien aise de dérober « le spectacle au public. » (Massillon, AlysL serm. de la Fisitol) — « Le chat parait ne sentir que pour soi.» (Buffon.) — « La poésie « porter son excuse avec soi. » (Boileau.)
Soi, rapporté au singulier, ne renferme aucune difficulté qui ne se trouve résolue par ce qui vient d*èlre dit : car soi est un siogulier. Mais soi peut-il se rapporter à un pluriel?
Tout le monde, dit d'Olivet (80* Bem, sur Racine)^ convient que non : s'il s'agit de personnes, on ne dit qu'eux ou elles ^ mais à regard des choses, les avis sont partagés. Vaugelas (17* Hem,) propose trois manières de l'employer : « Ces choses sont indiflërentes « de iùii ces choses de soi sont indifTérenles ; de soi ces choses sont
< indifférentes. » Il ne condamne que la première de ces trois phrases, n'approuvant pas que l'on mette soi après l'adjeclif. Mais Th. Corneille et l'Académie (dans leurs Observations sur cetu Remarque) n'admettent que la dernière de ces trois phrases, et n> jettent les deux autres. Pour moi, continue d'Olivet, si je n'étais retenu par le respect que je dois à l'Académie, je n'en recevrais aucune des trois, étant bien persuadé que soi, qui est un singulier, ne peut régulièrement se construire avec un pluriel.
CondUUc, page 204 ; Wailly, page IB6 ; Domairon, page 108, tome I ; L6?izac, page WK ) I ; et Gueroult, page 19, 2c partie, lont entièrement de Tavis de dH)li?et
{378) Let liaUDS j à qai noos devons nos pronoms^ disent quisqut siài fitRff <eiucui craint pour soi) ; et» avartu opes sibi eongerit (l'avare amasse pour loii •
DES PRONOMS POSSBSSirS. 3M
— QMiità l'ÀeNémte, elle dit podttTemeiit, deiis U dernière édilkm de son Vie^ tionnaire, qae Moi est un pronom de la troisième personne, lenlement du fiom6r« singulier- Cette décision est contredite par les aateari de la Grammaire naiithnoie, qui citent poar autorité T Académie elle-même : de soi-disant docteurs, Vais ce . mot composé ne peut plus faire foi pour l'emploi du pronom . On elle aussi : « Tant de profanations que les guerres traînent après sot. > (Massiiiou . } — < Les nouTeani enrichis se ruinent à se faire moquer de soi. • (La Bruyère. )— « Tous les animani ont en tôt un instinct qui ne les trompe jamais. » (Buffon.) Ces phrases néanmoins ont pour notre oreille quelque chose d'étrange ; et malgré l'autorité des grands noms cités à rappoi, nous pensons qu'il n'est pas correct d'employer cette tonmare, et qa'û faut avec le Dictionnaire de V Académie rejeter ce pluriel. A, L.
Soi, joint à même par un trait d'union^ ne signifie rien ae plus que rsoi employé sans suite,* seulement il a plus de force et n'a pas toujours b^in d'être accompagné d'une préposition : « Celui qui « aime le travail a assez de soi-même. » (La Brutère.) — c Pour « avoir le véritable repos, il faut être en paix avec Dieu, avec les . « autrœ et avec soirmême. » (Bouhours.) — « Un ami est un autre « soi-même. » (Trévoux.) — « On est si partial et si aveugle pour « soi-même que l'on blâme avec emportement dans les autres des « choses que l'on pratique journellement. » (Saint-Évremond.)
Souvent, sans y penser, un écrivahi qui s'aime
Forme tous ses héros semblables à soi-même.
(Bolleau, Art poétique, ch. III.)
Soi-même s'applique aux personnes , et ne se dit jamais des choses.
Celte déelsiOB est beaucoup trop absolue, et l'Académie, dans son Dictionnaire, dte pour exemple : cela parle de soi''méme. Cependant cet emploi est rare. A. L.
ARTICLE IL
Les pronoms possessifs marquent la possession des personnes ou des choses qu'ils représentent.
Ces pronoms sont le mieny le tien^ le 5tm, le nôtre^ le vôtre^ le leur. Tous sont susceptibles de varier dans leur forme, selon le genre et le nombre du substantif auquel ils ont rapport.
Quand ces pronoms le mien, le tien, le sien n'ont rapport qu*à une seule personne, ils font, à la première personne, le mien, masculin, et la mienne^ féminin ; et au pluriel, les miens, masculin, et les miennes, féminin. A la seconde personne du singulier, le^îen, masculin, et la tienne, féminin; et au pluriel, les tiens, masculin, et les tiennes, féminin. A la troisième personne, le sien, singulier mas-
340 DBS PRONOMS POSSBSSIVS.
eulin» la rimne^ singulier féminin; et au pluriel, les tiem, masculin, et les iimneSf féminin.
Quand ils ont rapport à plusieurs personnes, c'est à la première personne, le nôtre, la nôtre, les nôtres-, à la seconde, le vôtre, la vôtre, les vôtres, à la troisième, le leur, la leur, les leurs.
(D'Oiifet, page 172.)
Ces pronoms doivent toujours se rapporter à un nom exprimé auparavant.
Remàroue. — On manque souvent à cette règle dans la correspondance entre négociants. Rien de plus ordinaire que de leur voir commencer la réponse à une lettre par cette phrase barbare . J'ai reçu la vôtre en date de, etc.; il faut dire : fai reçu votre lettre en date de, etc. (Lérizac, page %i$, 1. 1.)
Quand le mien, le tien, le sien, le nôtre, le vôtre, le leur tiennenl lieu de la personne, ils ne peuvent pas se rapporter à des substantifs de choses, tels que âme, esprit, plume, épée, etc. On dit, en parlant d'un excellent écrivain : // n'y a pas de meilleure plume que LUI, et non pas que la sienne, ce qui ferait un autre sens.
On dit encore, en parlant d*un homme qui excelle à faire des armes : // n'y a pas de meilleure épée que lui ; si Ton disait : // n'y a pas de meilleure épée que la sienne, que celle de monnewr, cela signifierait que son épée est de la meilleure trempe.
(Lo l\ Bouboun, page S4tt. — Waillr, page IM.) Pour les mots à/M, esprit, nous croyons que la prohibilion est peu nécessttre. Je fie connais pas déplut belle âme que lui ou que la sienne ; d'esprit plu^
élevi que lui ou que le sien : ces phrases indiquent le même sens, et par consé^
quent elles peuvent s'employer également. A. L.
Mais toutes les fois que ces pronoms possessifs peuvent se rap porter à un nom pris dans une signification définie; ou, ce qui est la même chose, toutes les fois qu'un nom est employé avec l'article ou avec quelque équivalent, on doit faire uâige des pronoms possessifs, préférablement au pronom personnel correspondant. On doit donc dire : C'est le sentiment de mon frère et le mien, plutôt que c'est le sentiment de mon frère et de moi . (Lémac, page sst, l d
Quoique le pronom possessif ne se mette Jamais sans FarUde, et ne se joigne point à un substanUf , il arrive cependant que dans le style famUier on remploie quelquefois devant un substantif avec le mot un, comme tin mien frères un mien parent , un iien ami. Quelquefois encore sans TarUde et sans le mot un, on le place aprà le substanUf : Cette découverte cet mienne; ces biens^là peuvent devenir tiens. Mais ce sont li des eicepUons rares. A. L.
U n'y a nulle difficulté sur l'emploi des quatre pronoms posses-
sifs qui servent aux deux premières personnes ; car le mien, le Hen, le nôirey le vôirey avec leur féminin et leur pluriel, se disent des personnes et des choses ; comme : yotre père et le mien éiaieni amis; la maison qui Umche à la mienne; cest votre avantage et le NôTR£; je soumets mon opinion à la vôtre.
Le sien et le leur y avec leur féminin et leur pluriel, se disent également de tout ce qui appartient aux personnes : « Ce n'est pas « votre avis, c'est le sien. » — « Ce n'esl pas mon affaire, c'est la « sienne. » — « C'est votre avantage et le leur. »
« En tâchant d'usurper vos avantages, elles abandonnent les
* leurs. 9 (j,-j. Ronsieiu, Emlte, Uv. lïl, ch. 19.)
Mais à l'égard des animaux et des choses, les pronoms possessifs le sien et la sienne ne peuvent s'employer que dans les mêmes occasions où l'on emploie les adjectifs pronominaux son et sa. Alors on dira fort bien de deux fleuves que Fun a sa source dans les Alpes, et Vautre a la sienne dans les Pyrénées ,• que Fun a son embottchure dans la mer Noire, et Vautre a la sienne dans V Océan ; parce qu'en parlant d'une rivière, d'un fleuve, on dira sa source, son embouchure. Par la même raison, on dira également de deux chevaux que Vun a déjà mangé son avoine, et que Vautre n*a pas mangé la sienne.
Mais après avoir parlé de la bonté des fruits d'un arbre, on ne dira pas que les siens sont meilleurs que ceux d'wn autres parce qu'on ne dit pas d'un arbre que ses /r-ui^s sont excellents, mais que/e^ fruits en sont excellents.
Comme celte règle de syntaxe sera sufilsamment établie au pronom en, on y renvoie le lecteur. (Regnier-Desmarais, p. 364. — viraniy, p. i87.}
Ce qu'il y a de plus à remarquer relativement à ces pronoms possessifs, c'est qu'ils font les fonctions de substantifs en deux occasions différentes, où, à proprement parler, ils cessent d'être pronoms, puisqu'ils ont par eux-mêmes un sens qui leur est propre. La première est quand on dit le mien, le Hen, le sien, pour signifier ce qui appartient à chacun : « Le tien et le mien sont la source de toutes « les divisions et de toutes les querelles. »
Et le mim et le tien, deax frères poinUHeax, Par ton ordre ametianl les procès et la guerre.
(BoHean, Sot. XI,)
Cependant l'usage de cette signification est tellement renfermé dans ces mots mien, tien, sien, qu'elle ne passe ni à leur féminin ni à leur pluriel . (uemei aatoiitéi.)
&^ DBS ABJECTIFS PROMOMINAUX POSSESSIFS.
L'autre occasion où les pronoms possessifs sont employés sub stantivement les embrasse tous, à la yérité, mais seulement an masculin et au pluriel; les miens, les tiensy les siens, les noires, h vôtres y Us leurs y qui se disent des personnes, à qui Ton est attaché par le sang, par Tamitié ou par quelque sorte de dépendance. Alors on dit : moi et les miens, toi et les tiens, lui et les siens, nous et ks noires, vous et les vôtres, eux et les leurs; pour dire les parents, les amis, les adhérents des uns et des autres ; et ce n'est que de cette manière qu'on peut employer, en ce sens, les tiens, les miens, etc., le pronom personnel devant toujours précéder le pronom possessif, qui, sans cela, n'aurait plus la même signification, çuèmn autorités.)
Cette auertion est trop ezcliuive, et quand le sens ne peot être doatenz, il o'esl pas Indispensable qae le pronom pensonnel précède on même aoeompagne le prono-n possessif, k r appui de ceUe opinion, la Grammaire nationale apporte plusieurs exemples. Un seul peut suffire : « Le dieu lui répondit : les tiens cesseront de régner quand un étranger entrera dans ton Ile. » (Fénelon.; L'Académie n'exige pas non plus le rapprochement ; elle dit : voilà un des tiens, À. L.
Nôtre, vôtre, précédés d*un article , prennent un accent circonflexe ; alors l'o est long. (U Diet, de CAcadùn,} Parce qu'un fort grand bien s'est venu Joindre au vôtre A. peine i nos discours répondez-vous un mot : Quand on est plus riche qu'un autre,
A-t^n droit d'en être plus sot P ( Voltaire, le Dimaneke.)
Je dis du bien de toi, Tu dis du mal de mol; Damon, quel malheur est le nôtre!
On ne nous croit ni l'un ni l'autre.
Noua devons nous prêter aux faiblesses des autres (2T4), Leur passer leurs défauts, comme ils passent les nôtres,
(Regoard^ les Méneekmes, act. I, se. 2.)
« En plaignant les autres, nous nous consolons nous-œtaes : en « partageant leurs malheurs, nous sentons moins les noires* >
(Le Tourneur^ trad. d'roimy, i^ noiL)
ARTiaE m.
On appelle ainsi certains mots qui qualifient, ou, pour parler plus
(274) Vojei , plus bas, ce que nous disons sur l'emploi du pronom atilr«.
DBS ABIIGTIPS PROIIMIliAUX POBSEMf PS. 34%
exaetement, qai déterminent le nom auquel ils smi joint/», en y ajoutant une idée de possession.
Ces adjectif)» pronominaux sont :
M« s. F. s. Piinlel dei deui wmt$.
Mon ma mes.
Ton ta tes
Son sa ses
Notre notre nos
Votre. votre vos.
Leur leur leurs.
Ces adjectifs donnent lieu à plusieurs observations importantes.