LEUR
Zeur , adjectif pronominal possessif des deux genres, s'écrit au singulier leur et au pluriel leurs. Cet adjectif signifie i*eux, i'ellesy et est ordinairemenf relatif aux personnes : Les enfants doivent U respect d leurs maîtres.
... Il est bien dur pour un cœar magnanime D'aUendre des secours de ceui qu'on mésestime : Leurs refns sont alTlreai, leurs bienfaits font rougir.
(Voltaire, ZaVre, aet. II, se. 1«)
DES AMECTIFS PRON<MfINAUX POSSESSIFS 347
n se dit aussi quelquefois des animaux et des plantes , n^me des choses inanimées : « Les bètes avec Uur seul instinct sont quelquefois € plus sages que l'homme avec sa raison. » — « Mes orangers ont « perdu toutes leun feuilles. » — « La fonte des neiges a &it sortir « les rivières de leurs lits. »
(Girard, pige 393, tome I. — lyoïivet, page 164. — Restaot, Waillj, ete.)
Leur^ pronom personnel, se joint, comme nous l'avons dit page 334 , toujours à un verbe , et ne prend, à cause de la forme particulière qu'il a au pluriel , jamais le s final , signe ordinaire de ce nombre; au lieu que leur, adjectif pronominal possessif, est toujours joint à un substantif qu'il modifie, et avec lequel il s'accorde,
Qaant A l'emploi de cet adjectifposseisif; quant à sa rappressiOD avant lea non» qui doivent être saivU de gtii, que, et d'un pronom de la même personne qne l'adjecUf leur ; enfin, qaant A sa répétition, la syntaxe des adjectifs possesifs mon, ma, m€S^ son, sa, ses loi est applicable.
ÀYant de passer à un autre pronom , nous croyons devoir parler d'une locution qui se présente très fréquemment, et sur laquelle on pourrait avoir quelque incertitude ; doit-on dire : Tous les tnaris éiaieni au bal avec leurs femmes, ou avec leur femme? Examinons : chaque mari en particulier n'avait que sa femme, il est vrai; mais tous les maris considérés ensemble comme formant un seul tout étaient au bal avec plusieurs femmes; or, dans la proposition précitée, on les envisage tous à la fois , pour leur donner une attribution commune.
L'adjectif possessif leur doit donc être orthographié de manière à attester son rapport avec plusieurs pris collectivement, et non pas avec des unités prises distributivement, puisque la proposition otite un sens collectif, mais noir distributif . En conséquence on doit dire : « Tous les maris étaient au bal avec leurs femmes. » — « Ces dames « attendent leurs voitures. » — « Je vous ai dit un mot sur Aristide « et sur Epaminondas, mais je vous ferai connaître leurs vies. >
Si l'on disait : Tous les maris étaient au bal avec leur femme , on croirait que les maris n'avaient qu'une femme pour eux tous.
Ces dames attendent leur voiture^ on croirait qu'elles attendent une voiture pour plusieurs; et ainsi des autres phrases.
Cette solution , donnée par M. Boinvilliers, se trouve confirmée par l'exemple de nombre d'écrivains.
Racine a dit :
Lorsque d*un saint respect tons les Persans touches IToient lever leurs fronts i la terre attachés.
{Esiher, act. II , se. !•)
Regnard, dans Démocriie (act. I, se. 1 ) : fit Je suis convaincu qne nombre de maris Voudraient de leurs molliés se voir loin à ce prix.
Marmontely dans le conte de la Feillée : « Ha fille, votre modestie, « les tendres soins que vous rendez à vos parents font souhaiter à « toutes les mères de vous donner pour épouse à leurs fils. »
Fénelon, dans Télémaque, parlant de deux pigeons : « Leurs cœurs < étaient tendres, le plumage de leurs cous était changeant. »
La Harpe ( Cours de liUér,, t. II, p. 135) : « Voyons dans quelle^ ï circonstances Tun et l'autre peignirent les mœurs, et ce qui con- « stitue la différence de /eur« caractères. »
J.-J. Rousseau : « L'aigreur et l'opiniâtreté des femmes ne fonl « qu'augmenter leurs maux et les mauvais procédés de leurs ma- « ris. »
H. de Chateaubriand : « Les mots de morale et d'humanité sont « sans cesse dans leurs bouches. »
Cette même solution se trouve ensuite appuyée de l'autorité de M. Lemare , dont l'opinion sur la question qui nous occupe "est si clairement exprimée , que nous croyons ne pas devoir en priver nos lecteurs.
Leur^ leurs y dit ce Grammairien ( page 42 de son Cours aiiaiytique) , est un adjectif qui , ainsi que tous les autres, reçoit la loi et jamais ne la fait. On doit dire :
Ces messieurs ont présenté leur offrande (Cétalt une pendule achetée en commun).
Ces deux enfants (ils sont frères) ont perdu Uur père.
Ces deux liomroes ont perdu leur Abnneur.
Ces deux charrettes perdront leur maître (elles n'en ont qu'un).
J'ai envoyé ces deux lettres à leur adresse (à M. Lucas).
Ces messieurs ont présenté /«icri offrandes (f'nn des vers , un autre dei roses).
Ces deux enfants (il> sont eousios) ont perdu }eur$ pères.
Ces deux hommes ont perdu leurt femmes, leurê chapeaux.
Ces deux charrettes perdront lewrt essieux.
J'ai envoyé ces lettres k leurs adresses (à Lyon, à Nantèsj.
Dans la première- colontre, offrande, père, honneur ^ maître, adresse, et l'adjectif possessif leur sont au singulier, parce qu'en effet il n'y a qu'une offrande , qu'un pcre, etc. ; dans la seconde, offrandes, pères, femmes, chapeaux, essieux, adresses, et l'adjectif possessif leurs sont au pluriel, parce qu'il y a plusieurs offrandes, plusieurs pére«, etc., quoiqu'en effet chaque monsieur n'ait
DBS PRONOMS DÉMONSTRATIFS. 349
fiBut qa*iu)«oflBrande; que chaque oousin n'ait qu'un père ; que chaque homme n'ait qu'une femme, qu'un chapeau ; chaque charrette qu'un essieu; chaque lettre qu'une adresse.
Au surplus, comme le fait fort bien ooserver M. Boinvîlliers, si Ton craint l'équivoque dans ces sortes de locutions, on peut avoir recours au sens distributif, et employer le pronom indéfini chacun ^ et dire par exemple : Tous les maris étaient au bal, chacun avec sa femme.~\oyeiy plus bas, ce que nous disons sur le pronom chacun.
nemarque. — Uadjccllî possessif leur peut être employé au singulier, comme notre cl volre^ quand il est joint à un de ces substantifs abstraits qui n'ont pas de pluriel. Exemples : « i\ous devons ap- « prouver leur conduite. » — « Messieurs, il faut prendre vofy-e par- « ti.»^* Mes lettres sont arrivées à leur destination. * — « Je ne • puis qu'admirer leur bravoure et gémir sur leur destinée. »
AIlTICLi: IV.
Ces pronoms servent à démontrer, i indiquer les personnes ou les choses qu'ils représentent.
Ce sont :
Ce, celui, celle^ celui-ci, celle c%, celui^à^ celle-là^ ceci^ cela, ceux^ celles, JCMx-ci, celles-ci. ceux-là, celles-là.
Ce, pronom démonstratif, se distingue de ce, adjectif pronominal démonstratif, dont nous parlerons bientôt, on ce que lorsqu'il est pronom démonstratif, il est toujours joint au verbe être^ ou suivi de çti» ou de fue relatif , et alors il est sujet ou régime; au lieu que quand il est adjectif pronominal démonstratif, il accompagne toujours un substantif dont il détermine la signiGcation. Ainsi dans ces phrases : « Ce qui me plaît, c'e«/ sa modestie; » (Lévizac.) « Cest « un poids bien pesant qu'un grand nom à soutenir; » (Montes-- QViEV , j^rsace et Isménie, ^. 21.), CE est pronom démonstratif; et il est adjectif pronominal démonstratif dans cette autre : Ce discours est éloquent.
L'Académie reconnaît eette dUKrenee eotre le proaom démonstraUf et TadJeeUf proDomiBa]. Mais les aateon de la Grammaire nationale s'emportent contre cette doetrine qu'Us appellent absorde, ne voulant pas qu'un mot paisse être tour A tour
350 ms MoiMNift DfvmsnATiPs.
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• CoDuneiian iiio(»diieDt«Uf, poavaiichuigcrdeMtanaidMBgeHiti Gepecdant ils ont eux-mémet reconna, par exemple!, qae Una est «Ueettf dans : tout le monde, et adverbe dans : tout aussi dangereuses, et antres variatloos semblables. Rien ne s'oppose donc À ce qu*on adopte cette juste distinction. Mais nom ferons observer qne le pronom démonstratif n'est pas indispensablement Joint ao verbe Hre on suivi d'an relatif. Ainsi l'on dit : ce me semble; pour ee féire; éf et, pour vous diref fuand ee tnni à payer f sur ee, etc. On l'emploie fteilièraBenl aussi avec le verbe dire : ee dit-il, ce dit-on, ee dis-iu. L'emploi de ce pronom eil dans notre langue la locution la pins rapprochée du genre neutre que nos Grammairiens ne reconnaissent pu. En effet, elle est presque partout calquée sur le neutre des langues anciennes: id mihi videtur,cE me semble ;uoc ut faeiam^ pour a faire; xa\ rourà àç, et ci pour, etc., etc. N'oublions pas ce rapport qui peut servir A expliquer quelques particularités de ce mot. A. L.
Lorsque ce n'est pas joint à un nom, il répond aux deux nombre et aux deux genres : « De toutes les vertus celle qui se fait le plus ad- « mirer y c'est la force de Tàme; le plus respecter , &esi la justice; le « plus cbérir, c'est l'humanité. »
Ce n'est pas un portrait, nne image semblable, Oest on amant, un fils, un père véritable.
(BoUean, Art poMfue, dMOt m.) Celui que vous voyei, vainqueur dePolyptaont^ Cest le fils de vos rois, c'est le sang de Cresptaonte; Oest le mien, c'asf le seul qui reste à ma douleur.
(VolUire, Mérope, act. V, se. 7.) Ce aoni les rois qui font les destins des mortels.
« Ce forent les Phéniciens qui , les premiers, inventèrent récri- « ture. »
« Ce forent les Français qui assiégèrent la place. »
(L'Académie. — Lériue, page 303.) Ce que nous venons de dire sur la valeur de ce pronom, imité du genre neutre, nous amène A penser qu'il a sa puissance propre, sa signification spéciale, et qall n'est pas Juste de lui donner les deux genres et les deux nombres; nous en verrons U preuve tout à l'heure. Pour nous, il signifie toujours : la cbose en question, l'objet indiqué, l'idée affirmée. C'est donc toujours un singulier, et quoi qu'on ea dise , «i singulier neutre; mais le neutre en français se confond avec le masculin. Ainsi dans cette phrase : Ce furent les Phéniciens qui^ etc. , nous regardons ce comme im aUribut , et l'analyse nous donne : les Phéniciens furent ce (qne j'aflime, c'est-à-dire ceux) qui inventèrent récriture. Ou bien, et cela revient toqjoan m même , on peut construire ainsi la pbrase i Les Phéniciens qui inventèrent Véeriture /Urenf réellement ee que j'énonce ; c'est-A-dire inventeurs de l'écrUiBe. De toute taçon, le pronom id n'a qu'un genre (le neatre, on, si l'on vent, le i et qu'un nombre (le singulier). A. L.
DBS raONOlfS DflKMIftTIlÀTIPS. 851
Ce est souvent relatif à ce qui précède dans le diseours, et alors i! tientlieu de il ou de elle^ et indique une personne dont on a déjà parlé; quandondit: «Les enfants sontdesliensquiretiennentles maris et le? « femmes dans leur devoir, ce sont les fruits et les gages de leur ten- « dresse, c'est un intérêt commun qui les lie;» — «Les astronomes, « qui prétendent connaître la nature des étoiles fiies, assurât que ce € sont autant de soleils ; » ce, dans la première phrase, se rapporte à enfants, et dans la seconde, à étoiles fixes. (Restaut, p. ht.— waiiiy, p. 210.)
yoU& le seal cas où ce paisse paraître an pluriel ; mais noas allons immédiatement trouver la preuve du contraire; Il Aut donc chercher ici une autre eiplicalion. L'apposition et l'ellipae rendront sans doute raison de cette tournure : Ce (que j'aflOrme, on bien, ee dont il s'agit, les enfants) sont les fruits, etc. Nous aimons cependant mieux encore ne rien ajouter, et ne voir là qu'une inversion, un gallicisme, propre à faire plus vivement ressortir le rapport des deux idées 1 Les fruits de leur tendresse sont en effet ee dont Je parle, l'objet en question. l\ en sera de même avec ic sens partitif : Ce sont des orateurs très éloquents. Construisez (quelques-uns) des orateurs très éloquents sont précisément ce, l'objet dont je parie. N'oublions pas, du reste, qu'il est très difficile de rendre raison d'un idiotisme sans que l'explication altère ou détourne le sens. A. L.
Quelques Grammairiens pensent que ce ne serait pas une faute que d'employer i7 ou elle dans ces phrases ; mais la plupart sont d'avis que cet emploi serait moins élégant, moins conformée l'usage, et moins dans le génie de notre langue.
Cependant si le verbe être n'était suivi que d'un adjectif ou d'iin substantif pris adjectivement, il faudrait faire usage du pronom personnel il ou elle; comme : «c Lisez Démosthène et Cicéron, ils sont « très éloquents. » — « J'ai vu le Louvre, il est magnifique, et digne « d'une grande nation. »
(Wailly, page 210. •^Denandre, au mot Pronom^ et le Dict, ertt, de Féraod.) Cette exception est, k nos yeux, une preuve évidente que ee ne remplace jamais il ou e//«. En effet, s'il avait la valeur de ils dans ce sont les fruits, on devrait alors pouvoir dire ee sont très éloquents, puisque ce aurait la valeur d'un pronom pluriel. S'il avait les deux genres, il faudrait dire aussi, en pariant d'une femme, c*est belle, comme on dit : on est jolie. Mais au contraire, dans notre système, ee, n'étant Jamais qu'un singulier neutre, ne peut pas remplacer un nom de personne, et ne s'accorde qu'avec un adjectif singulier. l\ faut donc qu'il soit Joint, comme auribot, à un substantif exprimé : ce sont des orateurs très éloquents; ou bien, pour l'employer comme stitjet, 11 faut que le premier membre de phrase contienne un nom de cbose, les discours, les harangues, et alors on pourra dire : c'est très éloquent Il y a donc ici une grande différence grammaticale entre ces deux tournures, il est magnifique, et c'est magnifique, quoique dans l'exemple cité on puisse employer l'une et l'autre. A. L.
Ce, n'étant pas joint à un nom, peut être relatif à œ qui suit dans
S5S DES PRONOMS DÉVOIVSTIUTIPS.
le discours y et alors il indique une personne ou une chose dont on va parler, comme quand on dit : « Cest acheter cher un repentir que < de se ruiner pour satisfoire une fisintaisie » (rAcadémie); on voit que ce se rapporte à ces mots, de se ruiner, etc. (Restant et waaiy.)
« Cesi être en mauvaise compagnie que de se trouver livré à son « môme, quand on ne sait ni s'occuper ni s'amuser de lectures, i
(Madame dnDeffam.)
Dans plusieurs occasions où ce est relatif à ce qui suit dans le discours, il n'y est souvent employé que par élégance, et pour donner plus de force, de variété et de grâce à l'expression ; quand je dis : ce fut r envie qui occasionna le premier meurtre dans le monde; c*fôt au fond comme si je disais : l'envie occasionna le premier meurtre dans le monde. Cependant il y a dans la première phrase une certaine énergie d'affirmation qui ne se trouve pas dans Tautre.
De môme si je dis : « Ce qui me révolte le plus, c'est de voir les « hommes puissants abuser de leur autorité; » ou : « ^ dont je suis « fâché, c'est que les hommes oublient trop leur première oondi- « tion; » la répétition du pronom ce, dans ces sortes de phrases, rend certainement l'expression plus énergique^
(Th. GorDoUle, wr la !I61« Remarque de Vaugeloi. — M. BoInnlUen, page tsii et les autorités ci-dessub citées.)
Ce forme aussi divers gallicismes propres à réveiller l'attention, par le piquant qu'ils répandent dans le discours; comme : « Cest « obliger tout le monde que de rendre service à un honnête homme. >
(Pensée de^ PubL Syma.) C'est créer les talents qae de les mettre en place. (Yollaire.)
C'est imiter les dieux,
Qae de remplir son cœur du soin des malheureux.
(Crébillon, j4trée et Thyeste, tel. IV, se. !•)
Observez que l'omission du de dans ces phrases serait une faute; on doit le considérer comme une particule explétive commandée par l'euphonie, et que l'usage exige.
(Le P. Buffler, dos ses et 321. — Vaugelas, page 461 de ses Rem. wmv-^ tome II.- Férand, Dieu crif . — Ku-moatei, page 309.)
An lien de voir dans le mot de one particule expléUve et euphonique, on doit j voir an contraire on terme de rapport qui lie étroitement la proposition subordonnée À ta proposition principale; en eflTet^ ce mot ainsi placé devant l'infinitif semble iodlquer un complément. (Voyez ce que nous ayons déjà dit page 277.) Voilà pourquoi on ne peut Jamais l'omettre, tandis que l'omission du que est alors permise formellement paf l'Académie. Elle dit : c'est se moquer d'en user ainsi. Cest une belle chose de garder le secret. Néanmoins que redevient nécessaire quand de disparaît, c'est-i-dire, avec les substanUb : « Ce sont des qualités nécessaires aov
rfigner que là douceur et la fermeté. > Ainsi donc, dans eei phrases, fue n'a qu'une ▼aleor expUcative ; c'est une sorte de conjonction équivalente k la locution c'esl^* dire. DeU, nous anivons à cette analyse: « C'est on défaut 9110 la médisance ; • ee (la choM en question) est un défaut, e'est<4-dire, la médisance. Toutefois on peut encore id chercher l'aiialyse dans les mots mêmes de la phrase sans y rien changer, el Ton troufe : ce (que J'affirme) est que la médisance est un défaut. Et alons le Tcrhe est n'est exprimé qu'une fois par suite de la tournure qui ne demande qu'un seul rapport. Nous sommes prêts à reconnaître pourtant que toutes ces explications ont quelque chose d'incertain ; mais nous exposons ce que nous avons trouvé de mieux. Voici comment lès auteurs de la Grammaire nationale présentent l'analyse de ce vers de Boilean :
Gfest on méchaot métier que celui de médire :
« Ce (métier) que (je vais désigner, c'est-à-dire) celui de médire, est un méchant métier, 9 II nous parait impossible de regarder dans ces phrases le mot que comme un relatif régi par un verbe inconnu, et d'accoupler les mots de celte étrange façon. ce que celui de médire. Nous suivons du moins une marche plus simple : ee (la chose en question) est un méchant métier, c'est-à-dire, celui de médire; ou bien : la chose en question est que le métier de médire esl un méchant métier, Yoilà notre ooojeetore^ de {dus savants Jugeront. A. L.
Enfin y quelquefois ee est mis pour le mot général chose y dont la signification est restreinte et déterminée parles mots qui le suivent; comme dans cet ei^emple : On ne doit s'appliquer qu'à ce qui peut être utile y c'est-à-dire , à la chose ou aux choses qui peuvent être utiles, etc.
(Th. Corneille, wr la 36t" Bemarque de Vaugelae, — ResUut, pages 117 et 98», Wailly, page 206.)
Le pronom ce avant le verbe être , étant susceptible de beaucoup de règles, demande un examen particulier.
PREMiiRE RÈGLE. — Le vcrbe être précédé immédiatement du pronom ce, et uni à un pluriel par une préposition, se met toujours au singulier.
Cruel 1 c'est à ces dieui que vous sacrifiez.
(Racine^ Iphigénie, act. FV, se. 4.)
« Cfeit des contraires que résulte Tharmonie du monde. »
(Bernardin de Saint-Pierre.)
Le motif de cette règle est que dans ces deux phrases et dans celles qui sont analogues il y a inversion; de telle sorte que la préposition et le substantif pluriel mis à la suite du verbe être appartiennent à un verbe qui est après : dans la première phrase, c'est socrifiex; et dans la seconde , c'est résulte. En efiet, la décomposition donne : sacrifiez à ces dieux, — Vharmonie résulte des contraires. Ce se rapporte à la préposition qui suit le verbe être; il est par consé- 1. 28
354 DBS PRONOMS DEMONSTRATIFS.
quent da oombre singulier , et oUige le yerbe ike à preadre ce oombre. (m. chapsai.)
Cette expileatioo nous pertft pea nette; et no» ne eompreoone pas comment et peut eToIr rapport A nne préposition. Notre méthode d'enslyse a dn metai M le mértte de It iliuptteité : ce (que j'affirme) e$t que vous sacrifiez à ses dieux. V<A1i ponr la liaison grammalieale ; mais VlnTeraion e'efi à ces disu» présente plus fin- ■ent ridée, la met en reKef et en marque toat de suite le rapport. A . L.
I Seconds règle. — Ce devant le verbe être demande que ce verbe ! soit au singulier^ excepté quand il est suivi de la troisième personne ; du pluriel. Ainsi Ton dira avec le verbe être au singulier : « Cesik '• « nombre du peuple et l'abondance des aliments qui font la forœ t « et la vraie richesse d'un royaume. » (Féneion, Téiémaque,)ii. xxn.} « Dans les ouvrages de l'art, c'est le travail et l'achèvement que < Ton considère, au lieu que dans les ouvrages de la nature <fest le
« sublime et le prodigieux. » (BoUeaa, rraUé du ShMïm^, chap. XXX.)
Ce n'est pins le jouet d*ane flamme serrile; Cesi Pyrrhus, c'est le RI» et le rival d'Achille.
(Racine, Andrmtuuiuet act. Il, ac. 5.)
« Ce sera nous tous qui nous ressentirons de sa bonté. » — < ^esf « vous tous qui faites des vœux pour lui. » — « C'est vous qui êtes « chéris. » — « Ûéiait nous qui étions malheureux. »
Hais on dira, en mettant le verbe au pluriel : « Ce sont les ingrats, « les menteurs, les flatteurs quiontlouélevice. » (Fénelon, Télém., liv. XVUI.)^- < Ce sont les ouvrages médiocres qu'il faut abréger, f
(VaoTenarKQes.)
« ^ ne sont ni les arts ni les métiers qui peuvent dégrader
« l'homme, ce sont les vices. » (BernardlD de SiintPiene.)
c Ce sont eux qui lui montreront de qaoi il peut s'applaudir. »— ff (fétaienieax qui ordonnaient la eérémonie. » (L'Académie.)
Parce que, dans tous ces exemples, le verbe être est suivi d'une troisième personne du pluriel.
Néanmoins d'excellents auteurs font indifféremment rapporter le
verbe ttre soit au substantif qui le suit, soit au pronom ce; Racine
dit dans Andromaque :
Ce n'et< pas les Troyens, c'est Hector qu'on poorsutt.
(Aet. I, m. t.) Ce n'était pins ces jeai, ces festins et ces fêles,
OÀ de myrte et de rose Us couronnaient leurs têtes
(Voltaire, la Henriade, chant XO Boileau (les Héros de roman) : « Volontiers. Regardez-bien. Ne te « sim$<e pas là (vos tablettes)? » — « Cfe les son< là elles-mêmes. '
DBS PRONOMS DÉMONSTRATIFS. 355
Racine {lei Ftères ennemis , aet. II, se. 3. Polyniee parlant du
peuple) :
Sa haine, oa son amoar, sont'^e les premiers droits Qal font monter au trône ou descendre les rois ?
Chamfort (Éloge de Molière) : < Ce sont les résultdts qui consii-
< tuent labonté des mœurs théâtrales, et la même pièce pourrait « présenter des mœurs odieuses et être d'une eicellente moralité. »
D'Oliyet : c Dites moi , sonP-ce là des signes d'opulence ou d'indi-
< genee?j»
Enfin l'Académie écrit elle-même dans son Dictionnaire : « Est--
« ce les Anglais que vous aimez? » — « Quand ee serait les Romains « qui auraient fait cela. »
Dans ces phrases, dit Condillac, le sujet du verbe est une idée vague que montre le mot ce, et que la suite du discours détermine. Si l'esprit se porte sur cette idée, nous disons au singulier, c'est eux; et nous disons au pluriel, ce sont e%iXy si l'esprit se porte sur le nom qui suit le verbe. Cependant il est vrai de dire que la majorité des écrivains emploient le pluriel.
De toos cef exemples il résulte que ce peut dans toutes ces tournures de phrases ^re employé comme sujet du verbe • mais qu'avec un nom amenant la trtriaiénie personne plurielle, fit est plus souvent mis en aUribnt. Nous retrouvons donc partout an pronom la valeur propre que nous lai avons assignée. A. L.
Maïs une chose âur laquelle les Grammairiens et les écrivains sont bien d'accord, c'est que jamais ce sont ne peut régir le singulier.
Buffon, qui a dit (dans son Hist. nat. de rhomme) : « Les nègres «[ blancs sont des nègres dégénérés de leur race; ce ne sont pas une t e^jiéce d'hommes particulière et constante, » devait donc dire : ce K*EST pas une espèce d'hommes particulière et constante ^ etc.
NoBveHe preuve que ce ne remplace jamais ils, pas plus devant un substantif que devant un adjectif (voy. p. 351}; car on peut très bien dire ih sont une espèce. Mais ici le pronom n'est plus sujet, il devient attribut , et le verbe a pour si^et le nom qui suit; il doit donc s'accorder avec lof. Cela est si vrai que l'expression ce sont pourrait être suivie d'un singulier^ pourvu que ce fût un nom collectif permettant de mettre le verbe an pluriel ; pareiemple : ce sont la plupart d9 vos amis qni le disent; ce sont une infinité de gens qui accourent; ce furent beaucoup de grands hommes qui pensèrent ainsi. Sur ce point il y a pour nous évidence» A. L.
Remarque.— * Quand la phrase est interrogative, et que le yerbe être employé au pluriel fait très mal, comme quand on dit : /Urenfle les Momains qui vainquirent? c'est à l'écrivain de prendre un autre tour qui concilie ce qu'on doit à la grammaire avec œ ' qu'eûgent Toreille et l'usage.