PRONOMS DÉMONSTRATIFS
TROisiiME RÈGLE. — Après un nom ou un pronom précédé d'ane préposition, et de c'est, c'était^ etc., on doit faire usage de la.ooQjonction que: « C'est à vous que je parle. »
C'est & Rome, mes fils, que je prétends marcher.
(Racine, MUhr., aet. UI» ic. i.) Ce n'est pu de cela qu'il s'agit aujourd'hui.
(La Fontaine» liv. V, fab. 1.) (Regnier-Desmarals, page 377.— Domergue,j[Mge 62.)
Si Ton disait, par exemple, c'est â vous à qui je parle, ia même préposition se trouverait deux fois dans la même phrase, quoiqu'il n'y ait qu'un seul rapport à indiquer. En effet, supprimez c'eit, qui ne sert qu'à marquer d'une manière plus sensible la chose dont il s'agit, la phrase sera réduite à ces termes. Je parle à vouSf d qui... La préposition d marque le rapport de parier avec i^otis,- mais â qui n'est précédé d'aucun mot dont il puisse marquer le rapport; le sens est suspendu et la phrase incorrecte. Il ikut donc que, et non d qui, puisqu'il ne s'agit que de lier une proposition avec une autre.
Voyez ce que nous disons encore sur ce sujet au régime nom, article XV, J 3.
Id l'Académie nous parait avoir commis une erreur. Eiie range ce que dans l'v* | ticle du pronom reiaUf, et dit qu'il s'emploie pour de qui, à qui. Hais évideromeol | le Terbe/6 parle a son régime dans les mots à vous, il ne peut en avoir on second, | et c'est pour cela qu'on ne peut pas mettre à qui. On ne peut donc pas dsTaoU^ , mettre que dans le même sens, puisque ce serait la môme faute. II ne faut pltf alors qu'une liaison entre les deux verbes, et que remplit cette fonction ; mais sealement le Régime du second verbe est rapproché do premier pour marquer on rapport plus direct : Analysez ce (la chose que j'affirme) est que je parle à voue. A. L. '
Remarque. — Au lieu de la conjonction que, on pourrait employer un pronom relatif précédé d'une préposition, si c'est, c'était ^ étaient suivis d'un substantif ou d'un pronom non précédé d'une | préposition.
« C'est vousj mon cher Narbal, pour qui mon cœur s'attendrit. » [Télémaque^ liv. III.) -—> « Vous avez fait de grandes choses, mais, « avouez la vérité, ce n'est guère vous par qui elles ont été flûtes. » (Télémaque^ liv. XXII.) Ces tours de phrases seraient aussi correed que ceuxH^i : « C'est pour vous que mon cœur s'attendrit. » — « û « n'est guère par vous qu'elles ont été iSûtes. » (camioade, page m)
Rn changeant la coDStrocUon de la phrase, on change le régime. A. L.
Quatrième règle. — Ce, joint à im des pronoms relatifs qui, qutf iontj etc., et à la tète d'une phrase, forme avec le pronom relatif el le verbe suivant le sijyet d'une autre phrase dont le verbe est pres^
mS6 PROHOMS DÉVONftTlUTirs. 357
que toiyoïirs Urei or êir$ peut Atre suivi ou d'un verbe, ou d'un adjectif, ou d'un substantif.
r Quand le verbe être est suivi d'un verbe, en répète le pronom ce : Ce que je crains, c'est d^étre surpris, (u p. Bnffler, n» 46s.)
L'emploi du pronom ce, dans le second membre de la phrase, devant un verbe est également nécessaire, lors même qu'il ne se trouve pas dans le premier membre. On dira donc avec Voltaire :
« Le véritable éloge d'un poète, c*est qu'on retienne ses vers. »
« Le seul moyen d'obliger les hommes à dire du bien de nous,
« Cm/ d'en faire. » {hui. de CharUs Jril, dite, prél.)
(Le P. Buflier, no 463. — L'Académie^ page 288 do m OàsirvatUmi.) * Cependant, devant un iDflnUir, le pronom ce n*e8t point indispensable. UH. Beseherelte citent de nombreux exemples. Un seul nous suffira : Le devoir le plus saint, la loi la plus chérie, £51 d'oublier la loi ponr sauTer la patrie. (VolUire.)
Celte tonmure dépend done du goût derécrivain. A. L*
2^ Suivi d'un adjectif, ce ne se répète pas : « ^« qu'on loue esi « souvent blâmable. » — « Ce qui réussit est rarement condamné. » — « Ce qui est vrai esibeau. »
Nous mettons ici les participes au rang des adjectifs.
(U P. Bufficr, no 463* — Demandre, au mot pronom,) y Quand le verbe être est suivi d'un substantif du nombre stngulier, on a la liberté de répéter ou de ne pas répéter le pronom ce, selon que l'oreille et le goût en décident: « Répandre des grâces esi^ « ou c^est le. plus bel apanage de la souveraineté. »
(Voltaire, Essai ttir le Coùl,)
« I^ première qualité d'un roi est, ou c'est la fermeté. »
• (Louis XIV.)
« L'enfer des femmes est, ou c'est la vieillesse.» (URocbefoucaoït.)'
(Le P. Bufiier, no 463. — Demandre et Léfizac) Ces deux locutions cependant ont une valeur diOérente. Dans la seconde, on suspend en quelque sorte le sens de la phrase, et le mot ce, qui résume l'idée, rend raifirniaUon plus vive et plus énergique. l\ semble donc que la première partie de la phrase soit absolue et indépendante; et nous adoptons volonUers l'analyse donnée par la Grammaire nationale qui dans cette phrase : c Son unique désir, e'est de charmer, » supplée d'abord quant à son unique désir, etc. GeUe tournure pountit s'appeler en grec ou en latin un nominaUf absolu. Seulement nous ne voulons pas, comme les auteurs de la Grammaire nationale, admirer toutes les beautés contenues dans le mot ee : pour nous, ce peUt mot n'en dit guère plus qu'il n*tst ^ros.
Mais la répétition du pronom ce est indispensable dans le cas où le verbe être est suivi d'un substantif du nombre pluriel ou d'un pronom personnel : « Ce qui m'attache le plus à la vie, ce stmt
366 DU» PttOmMB AiMOlIffnULTIfB.
« mes eofonto et ma femme. » (Habiiontel.) -^^ ce qui m'arradie «au sentiment qui m'accable» c'e»^ vous. » (Doiândrb.)—* ^ « qu'on souffre avec le moins de patience, ce loni les perfidies, « les trahisons, les noirceurs. » (Th. Corneille.)
Remarques diai tooi cet emnples le pronom e« suivi d'un relatif, en tète de ta phraie; ei c'ett d'après cela qu'il faut entendre la règle. La Cramwtaire naiiotiaU critique donc à tort H. GiraultrDufivIer, en citant des eienples qui n*ont point de rapport à la question ainsi entendue.
Pour terminer ce paragraphe, nous ciierons encore une locution où le pronom ce est éridemment employé comme le neutre des latins. Si les Latins ont dit koc illud fuiue, nous disons voilà donc ce ^ue c'était; et l'exclamation familière, c'est eeia! voue voulex me tromper , répond mot pour mot à ce vers de Virgile (Enéide, IV):
Hoc Wud^ germaot, fiUi; me ftaude petetas.
Cette tournure latine nous donne respiicalion positive de la tournure rrançaL^e. Hoc ou ce indique la chose la plus proche , illud on cela, la chose la plus éloignée. U sens de notre locution c'e#C cela est donc ; ce (que Je vois maintenant) ett cela (la chose que vous vouliez um cacher) . A. L.
C£LUJ.
Celui fait eeiuc au pluriel; le féminin celle forme son pluriel par la seule addition d'un s ; et les deux autres, celtti-^i, celui-là, suivent entièrement la môme règle : les adverbes ci et là n'admettent aucune variation.
Les pronoms celuiy celle^ appliqués aux personnes et aux choses, ont toujours rapport à un nom énoncé auparavant.
« Je ne connais d'avarice permise que celle du temps. »
(Le roi SUnisUs.}
<( Les défauts de Henri IV étaient ceuo: d'un homme aimable, et se^ « vertus, celles d'un grand homme. »
(Mole de Voltaire sur un ouvrage de H. de Buri, vol. XEV de set OGnvrei.)
« Les seules louanges que le cœur donne sont celles que la bonté
« s'attire. » (Hasaillon, Orais. fmèln.)
Là phrase suivante, par laquelle beaucoup de négociants et de marchands sont dans l'usage de commencer leurs lettres d'affaires, n'est donc pas correcte : fai celui de vous annoncer^ etc.; puisque le pronom celui ne s'y trouve précédé d'aucun nom. Il faut dire : /a< Vhwmeur^ fai le plaisir, etc.
M &ut remarquer cependant que ces pronoms font quelquefois PAœption à cette règle, c'est-à-dire qu'il s'emploient, dans quelques oas, sans aucun rapporta un nom qui précède; en ce sens^ ils se
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disent seulement des personnes, et sont suivis d*un pronom; tel que : de qui, que, dont, duquel, ci, là, etc., nécessaire pour restreindre l'idée générale de ce mot à une idée particulière comme dans les exemples suivants :
Ceux qui font des beureui sont les nais conquérants.
(Yoltaiic, l9tW9 à Ckriitian Fil, roi de DeiMnafeh. ) Celui qoi fait toot virre, et qui fait tout rnooTOir, S'il donne Tètre à toat, ra4-il pu recevoir?
(L. Racine, poème de la Religitm, cli. I.) « Aimer cetia: qui vous haïssent, ceux qui vous persécutent, et « les aimer lors môme qu'ils travaillent avec le plus d'ardeur à « vous opprimer, c'est la charité du chrétien, c'est l'esprit de la rc-
« ligion • * (Bourdaloue, sennoo pour la fêle de saint Édenae.)
« Celui qui rend un service doit l'oublier, celui qui le reçoit, s'en
« souvenir. » (Pensée de DémosUièoe .• Voyage (fAnachaniê.)
(Le DictUnsnaife de Fétaud. — Uarmontel, page sif, et les Ginsaïai. nod )
Souvent, pour donner plus de force et d'élégance à l'expression, on supprime le pronom; ainsi Racine, au lieu de dire : « Vo^^ez si « mes regards sont cev^ d'un juge sévère, » a dit :
Voxex si mes regards sont d'un juge sévère.
(Andromaque , act. III, se. 6.) (Le P. Boffier, n» 468. — Demandre et Lévizac.)
Cette ellipse est vive, elle a quelque chose de hardi, mais quelquefois elle peut rendre la phrase obscure.
Les pronoms celui, ceux, celle, celles ne peuvent pas être suivis immédiatement d'un adjectif ou d'un participe, comme celle reçue^ ceux aimables ; ils ont besoin, pour être modifiés par un adjectif ou un participe, d'avoir après eux un pronom relatif : gellk qui est reçue, ceux qui sent aimables.
Mais pourquoi celui ou celle ne peut-il pas être immédiatement suivi d'un attribut particulier (adjectif ou participe)? parce qu'il exprime une idée indicative avec restriction, équivalente à cet homme, cet objet, cette femme, cette chose. En effet, on ne dit pas celui absolument, il doit nécessairement être accompagné de quelque chose qui en circonscrive, qui en restreigne la signification. Celui homme, celui beau, sont des locutions que rejette notre langue.
(Domergue, page 294 de ses Solut. Gramm.) M. Lemare (page 606), Féraud et les Grammairiens qui ont abordé cette dffflcoUé
ont approuvé cette solution.
— Les raisons avancées par Domergue nous semblent Ici portera fan. Lorsqu'on
dil ia gloire de Philippe et celle d'Alexandre, le pronom celle éqotvant simple-
360 PRONOW DtttOlfSTEATIFS.
moA k la gMr0,eiwm pu h cette gloire, ly'aa MxtàMt siroiiJoliitMf an a4JecUf ou un participe, on en restreint ators, on en dreonscrit la signiieitioa. La phrase ceux aimables ne répagne donc en rien à la règle posée poor la oombattre. Aussi les auteurs de la Grammaire nationale, d'après ia décision même delà Société grammaticale, approufent-ils ces sortes de phrases. Hais nous pensons, à notre tour, que le génie de notre langue les repousse. En effitt , nulle part on ne ^ joint imméâéaiommt au pronom un adjectif ou un participe; Ton ne dit pai mot'
sotie fait f voue heureux; on dit cela est beau ; mais non, cela beau me plaît ; el par la même raison, on ne dit pas celui beau, celle aimable. Remarques d*iiUeun que dans ce dernier cas il faudrait plutôt employer rarlicle (voye^ page 212), quoiqu'il ne fasse pas toujours un très bon effet : • Us chevreuils bruns ont Ja diair plus fine que les roux • (Buffon) ; et non que ceux roux. Nous n*hésitons done pas i condamner comme fautive cette dernière forme. Toutefois avec le participe Il semble que la prohibition soit moins rigoureuse. Racine a dit : • Je Joins â ma lettre celle écrite par \& prince ; • Montesquieu : « ÏA blessure faite i une bète ri eeile fàiêe i un esclave. • Comme dans ce cas on ne peut plus faire usage de l'article, peulp-ètre faut-il tolérer le pronom à cause de la vivacité de la phrase. Noos pensons néanmoins qu*il est mieui de l'éviter. A. L.
PrésentemcDt il s'agit de savoir s! l'usage permet de faire rapporter les pronoms celui, celle à un subslanlir pluriel, cl les pronoms ceux, celles à un substantif singulier.
Quelques exemples, pris dans nos écrivains les plus estimés, prouveront que Tusage admet ce rapport :
« L'amour est celui de tous les dieux qui sait le mieux le chemin
« du Parnasse. » (Racine, Soiire V, à If. Le Vasscor.)
« J'ai tout réduit ù trois stances, et j'ai ôté celle de Tambition, qui « me servira peut-ôtre ailleurs. » (lo mémo, leuro xxix.i si. te vasseor.) c Cette phrase Qi celles qui la suivent deviennent claires. »
(Voliairc.)
c L'influence du luxe se répand sur toutes les classes de TiHat, « même sur celle du laboureur. » (Marmoniei.)
« Vous serez seul de votre parti, peut-être ; mais vous porlercx
< en vous-même un témoignage qui vous dispensera de ceux des
« hommes. » (j.-j. Roasieaa.)
« La satire de Boileau sur l'Homme est une de celle$ où il y a le « plus de mouvement et de variété. » (u Harpe.)
k On répétait avec admiration le nom des Solon et des Lycargae « avec ceux des Hiltiade et des I^onidas. » (Thomat.)
« Cette logique ne ressemble à aucune de ceUes qu'on a faites jus-
< qu'à présent. »
Cette construction , dit M. Boniface ( dans son Manuel des omaL df la lang. franc. , p. 167), contraire en effet aux lois de la grammaire,
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qai veulent que le pronom prenne le genre et le nombre du ivm qu'il représente, peut être justifiée par la syllepse (275), figure dont les écrivains se servent fréquemment.
Q est vrai qu'on peut éviter cette construction en répétant le substantif, et quesouventmémecette répétition est élégante; par exemple, Marmontel aurait pu dire : < L'influence du luxe se répand sur toutes c les classes de l'état, même sur la classe du laboureur; » mais ce n'est pas là un motif pour proscrire ces sortes de phrases. Il y a plus, si le pronom était accompagné de quelque chose qui en déterminât le nombre, de môme que si la répétition du substantif produisait un efiet désagréable, il ne faudrait pas craindre d'employer le pronom.
Ce quia été dit sur la répéUUon de TarUcle (page 212; peats'appttqner an pronom. Il ne lera donc pas nécessaire de l'employer dans des phrases comme ceUe-d: « Les ponUfea d*Alhènes et de Home étaient Juges des pièces tragiques. » (Voltaire.) Quelques Grammairiens veulent voir une faute là où le style gagne en vivacité par l'ellipse sans rien perdre de sa elarté. A. L.
§in.