‹ Grammaire des grammairesChapitre 80 sur 203 · CELUI-CI, CELUI-LA · texte numérisé non relu

CELUI-CI, CELUI-LA

Le pronom cehti^ ainsi qu'on vient de 'e voir, n'a de lui-même qu'une signification vague ^ aussi exige-l-il toujours après lui un qui relatif qui en détermine le sens. Mais celui-ci et ce/ut-tô, ayant une signification fixe par le moyen de ci et de /d, qui en sont inséparables, n'exigent ni qui ni que.

Celui-ci, glorieux d'une charge si belle,

N*eût voulu pour beaucoup en être soulagé. (La Fontaine, Fab. 1, 4.)

Ce serait donc mal parler que d'en ajouter un immédiatement^ et de dire : Celui-là qui voudra être heureux, etc. Autrefois cependant on en faisait usage :

Mais quil soit une amour si Torte

Que celle-là que je vous porle^

Cela ne se peut nullement. (Malherbe.)

Le feu qui brûla Gomorrhe

Ne fut jamais si véhément

Que celui-là qui me dévore. (Voiture.)

f275; La syllepse, comme on le rerra à la construction figurée^ a lieu lorsque les mots sont employés selon la pensée, plutôt que selon l'usage de la construction graramaUcale. Par cette figure, on met souvent au singulier ce qui devrait être au pluriel, et au pluriel ce qui a rapport au singulier ; nos meilleurs Grammairiens voient de l'élégance dans ce tour, oà d'autres ne volent qu'une faute.

Ml DBS PRONO» DÉVOMSTRàTIVS.

A pfésent on ne le tolère pas; cependant lorsqu'il y a qudqve chose entre ces pronoms et le pronom qui^ on permet l'emploi de ce relatif.

« Celui^â est deux fols grand; qui , ayant toutes les perfections, « n'a pas de langue pour en parler. » rpeiuée de cneian.}

Celui^ pmt aussi 6tre suivi du qui relatif dans une seule dtoonstancCy c'est lorsque ^ut est le sujet d'une proposition incidente explicative, c'est-à-dire qu'on peut retrancher, sans altérer le sens de la proposition qui a pour sujet celui-ci ou celui-là : « Celui-ci , « qui est déjà usé, vaut mieux que celui-là, qui tout est neuf. »

Celui-<:i, celui-là s'emploient quand il s'agit de personnes ou de choses présaites , mais avec cette différence que ce/ut-cî sert à désigner un objet ( personne ou chose ) près de celui qui parle ; et celui-là, un objet moins près. Supposons qu'il soit question de deux livres placés sur une table, mais l'un à l'extrémité de la table, et l'autre presque sous ma main ; je dirai, en parlant du dernier, dmnez-moi celui-ci (le plus près ); et en parlant de l'autre, dannez-^moi celui-là (le moins près).

La même règle s'observe quand les personnes ou les choses dont

on parle ne sont pas présentes, c'est-à-dire que celui-ci se rapporte

à ce qui a été dit en dernier lieu, comme étant plus près , et cebiirlà

à ce qui a été dit auparavant , comme étant plus éloigné. Exemples .

La Folie et rAmour joaaient un jour entemble ;

Celui-ci n'éidii pas encor privé des yeax.

(La Fontaine, V Amour et la Folie. ) Tel est ravanlage ordinaire

Qa*ont sur la beauté les talent! ;

Ceux^ plaisent dans tous les temps,

Celle-là n'a qu'un temps pour plaire. (Voltaire.)

a Un magistrat intègre et un brave officier sont égalanent esii- « mables ; celui-là fait la guerre aux ennemis domestiques, celui-ci « nous protège contre les ennemis extérieurs. »

(Régnier, page 270. — ResUut, pige 119. — WatUy. — Le Dtel. de FAeadim.) Quelquefois encore dans les énumératlons on se sert de ces deux pronoms saos qu'ils aient rapport i un substantif exprimé : t Celui-ci meurt dans les prospérités « el dans les richesses ; celui-là dans la misère et dans l'amerlome de son Ame. • (Fléchler.) Mais quand le pronom n'a rapport qu'à un seul substantif exprimé, peut-on indifféremment mettre l'un pour l'autre? La Grammaire nationale et ftononce pour l'afOrmaUve à propos de celle phrase de Pascal : « Si j'avais écrit lit Provinciales d'un style dogmalique, Il n'y aurait eu que les savants qui les aoraiot mes, et ceux-là n'en avaient pas besoin. » II nous semble cependant que csu^-ct ne rendrait pas la pensée de Pascal ; U veut opposer les savants à une autre claise

M8 PRONOMS DillOmTRATIPS. 363

deiectenn ; il 7 a donc dani m pensée deux termes de rapport, l'aii eiprimé, l'aotre soos-enteDdu, et c'est ce qa'il fait parfattomcat comprendre par le pronom eeux-lA, qui est l'indice d'an second terme. L'on de ces mots ne peut donc pu remplacer l'autre sans changer la nuance de l'idée. A. L.

§rv.

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