‹ Grammaire des grammairesChapitre 82 sur 203 · QUI · texte numérisé non relu

QUI

Qui est pronom absolu ou pronom relatit

U est pronom absolu, quand il n'a pas d'antécédent exprimé, et qu'il n'offre à l'esprit qu'une idée vague et indéterminée; il signifie ^ors quiconque, celui qui, celle qui. Exemples:

306 DSft PEONOMS RELATIFS

Qui M liHe <riai roi p&ai m laiser d'an pèn. HUIe exemples langlints Bout peaYenl remeigiicr.

(P. Gomellle, meomè^, aa. Il, le. 1 .) Qui Teat parler sar tout soaTent parle aa hasard ; On se croit orateur, od n'est que babillard .

(M. Andrieui, Mim. de VInst., vol. IV, page 443.) Qui ne fait des heureux n'est pas digne de l'être . (Des Boulmien.) Lftehé qui veut mourir, courageux qui peut Yivre.

(Racine le fils, la Religion, ch. TI, vers 168.)

Qui absolu peut ètre^sujet ou régime. Il est sujet dans les exemples qui précèdent; il est régime dans qui aimez-vousP de qui parfci-

t^OtiS ? (Begnier-Desmaraifl, page 398. — Waillj, page 201. — Restant, page ui.l

Qui est relatif, quand il a un antécédent exprimé, nom ou pronom; en ce sens il signifie /e^ue/^ laqttelle, lesquels, lesquelles. Exemples:

Le premier qui fut roi fut un père adoré.

(L'abbé Àubert, Prologue, llv. V de ses fables.) L'amour ayidement croit tout ce qui le flatte.

(Racine, Mithr., act. III, se. 4.) c Le premier qui versa des larmes fut un père malheureux. » Qui absolu, n'ofirant à Tesprit qu'une idée vague et indéterminée, oe s'emploie ordinairement qu'au masculin et au singulier, c'està-dire que les adjectifs qui peuvent s'y rapporter sont mis aa mascolin et au singulier.

Qui ne sait compatir «ux maux qu'on a soufferts !

(Voltaire, Zaïre, acL 11, se. 2.) n est cependant quelquefois suivi de noms qui marquent un féminin et un pluriel , comme quand on dit à une femme : on choisissez-^ous pour compagnes? et à un homme : qui choisissezvous pour COMPAGNONS? (Reslaut, page iSO. - Wtffly, page aoi.)

Le qui absolu ne s'emploie qu'en parlant des personnes ou des choses personnifiées, comme dans ces exemples: c Qui est celui qui vient le premier de tous, nonchalamment ap-

« puyé sur son écuyer ? » (BoUean, les aerot de Bmaa.)

< Dites-moi, je vous prie, lui demanda Glorindé, qui sont ces

« jeunes gens? b (j..j. Rousseau, OUnde et Sophroule.)

On dit bien : « Il y avait hier chez vous beaucoup de personnes; c qui sont-elles? » mais on ne dira pas : « Vous avez plusieurs rai- € sons à alléguer contre ce que je dis, qui sont-elles? > parce que le pronom absolt» qui ne s'emploie pas pour les choses; il faut dire : OUfiLLSS sont^ettesP ou prendre un autre tour.

(Th. CoraelUe, m lait» Rem. de VauoeUu, — WaUly, p. 900. - HarmomBl, p. m)

DBS PRONOMS RELATIFS. 367

Qui pronom relatif est tantôt sujet et tantôt régime indirect ; il est sujet dans ces phrases : c L'àme du souverain est un moule qui « donne la forme à tous les autres. » (Montesquieu, Lettres pers., lettre 99^) — n est régime indirect, toutes les fois qu'il est précédé d'une préposition :

L'enfant à qui tout cède est le plot malheareoi. (ViUefré.)

Lorsque 9m est sujet, il se dit des personnes et des choses, et doit ôtre préféré à lequel , laquelle : « L'homme qui vit content de ce X qu'il possède est vraiment heureux. »

« L'amitié est une àme qui habite deux corps, un cœur ^i habite

« deux âmes. » (Pensée d'Ariiiole.)

« La manie de conquérir est une espèce d'avarice qui ne s'assouvit

« jamais. » («armonlel, BéUsaire, ch. VIU.)

(Le P. Soffler, n» 443. — D^Oliret, page iso. — Tb. Cornenie, swlaixt» Remarque de Vaugelai. -- Reftmt, page 129. — Wailly, page ipo.)

n ne serait pas permis de substituer dans ce cas le pronom le^pul au pronom qui.

Cependant, comme lequel est susceptible de genre et de nombre^ il y a bien des écrivains qui l'emploient volontiers pour prévenir f es équivoques; mais il faut, autant qu'il est possible, choisir un

autre tour. (Condinac, ehap. XII, page 216 )

Lorsque le relatif qui est régime indirect, il ne se dit que des perscmnes ou des choses personnifiées : « Il y a du plaisir à rencontrer « les yeux de celui à ^uî l'on vient de donner. »

(La Bruyère, cbap. IV, page 24».) Le bonheur appartient à qui fait des heareiix.

(Demie, po«me de la PUU, ch. II.) Rochers i qui Je me plains, Bois À qui je conte mes peines . (tfarmontel . ^

* ï^ gloire à qui je me suis dévouée. » (vaugeias.)

(Th. Comcine, sur ta 64« Rem. de Vaugeias. — L'Académie, page 67 de sef Observ., et ton Biet, au moi qui, -> D'Oiivet^ page 18O. — Condillac, page ?i8. — les Grammairiens modernes.)

Rbvàrqce. *-« Quand le relatif qui ne se dit ni des personnes ni des choses personnifiées, on ne doit point le faire précéder d'ui6

préposition. (Le p. Buffler, n* 444. — Coodillac, p. 319.)

n semble qu'en poésie et dans le style élevé il soit permis de déroger à ce principe. On lit dans Corneille :

SoaUendres-voos un faix sous qui Rome saccorahe.*

(Pompée, à<itl,ie. 1.)

Dans Racine {Phèdre^ act. m, se. 3 et se. 5) : Votre Tie est pour moi d*im prit à qui Cont cède. J'ai to tromper lei yeai par qui j'étatf gardé.

Dans ê-B. Rousseau (Ode XVI) :

Do haut de la montagne où sa grandeur réside. Il a brisé la lance et Tépée homicide Sur qui l'impiété fondait son ferme appui.

Dans Voltaire (Alzire, act. V, se. 4) :

Je pardonne i la main par qui Dieu m'a frappé.

Cette inexactitude est excusable en poésie, où Ton met plus de force dans l'expression, et où Ton sait d'ailleurs que tout s'anime, et que l'on y personnifie souvent les objets. (MènMsaniotités.)

Voyez plus bas ce que nous disons sur l'emploi du pronom lequel.

Le pronom gui n'a point par lui-même de nombreni de personne, Il prend le nombre et la personne de son antécédent, ou, si Ton vent, du nom ou du pronom auquel il se rapporte, et les communique au verbe dont il est sujet; conséquemment on dira : l"" Moi qiAi a parlé, toi qui A&parié, lui ou elle qui a parlé, nous qui avons porif, vous qui AVEZ parié, eux ou elles qui ont parlé.

Parce que qui représente la première personne dans moi qui ai parlé ^ nous qui avons parlé, les pronoms moi et notts étant de la première personne; il indique la seconde personne dans toi quiàS parlé, vous qui avez parlé, les pronoms toi et vous étant de la seconde personne; enfin, çutdésigne la troisième personne dans /ttîoa elle qui a parlé, eux ou elles qui ONT parlé, les pronoms lui, eUe, eux et elles étant de la troisième personne.

(KH. de Port^Royal, page 132.— Tli. Corneille, mut ta Si* Rem. de raugelat^ pige 2Tt — L'Académie, page 103 de ses Observ. — Restaut, etc., etc.)

2* D'après le même principe, on dira :

Pour moi qu'en santé même un autre monde étonne. Qui crotj l'âme immortelle, et que c'est Dieu qui tonne.

(Boileau, <Sal. I.) et non pas qui croit.

. ^î c'était moi qui voulusse, si c'était vous qui voulussiez^ si c'était lui qui voulût, et non pas si c'était moi qui voulût, etc.

(Même autorité.)

Toutefois, Racine (dans Britannicus, act. U, se. 3) a fait usage du pronom qui à la troisième personne, quoique se rapportant à

mot :

Britannicus est seul : quelque ennui qui le presse, \\ ne voit dans son sort que moi qui s'Intéresse.

GeùBroiy un de ses commentateurs^ n'a fait aucune remarque sur l'emploi de cette troisième personne, ce qui donne lieu de penser qu'il l'approuve; il dit seulement que à son sorî serait plus correct que dans son sert.

Et Marmontel (p. 49 de sa Grammaire) dit, sur ce vers, que Racine s'est exprimé comme il le devait en pareil cas.

Sedaine, s'il est permis de citer Sedaine dans un ouvrage sur la langue, a, de même que Racine, dit dans son opéra de Richard Cœur-^e-lion :

O Richard ! 6 mon roi I L'uniTcra t'abandonne; Sur la terre il n'est donc qae moi Qal s'intéresse i ta personne !

et Molière a dit aussi (dans Sgariarelle ou le Mari trompé^ se. 2) , Ce ne serait pas nufi qai te ferait prier.

Mais Domerguefp. 306 de ses Solut. gram,) n'approuve ni Racine, ni Sedaine, ni Molière, et il pense que ces écrivains ont fait une faute que rien ne saurait excuser; voici ses motifs :

Dans les verbes pronominaux, tels que se-repentir, s'intéresser^ etc , l'usage seul indique assez qu'il faut me à la première personne, te h la seconde, se à la troisième, et que l'on dit: ;e m'intéresse^ tuf intéresses, il s'intéresse. Qui équivaut à lequel : L'homme qui est venu ; l'homme j lequel homme est venu. — // n'est que moi qui m'intéresse^ c'est-à-dire, il n'est que moi^ lequel moi m'intéresse; il n'est que toi QUI f intéresses y c'est-à-dire, il n'est que toi y lequel toi t'intéresses, etc. L'application à tous les cas est facile, de sorte que, pour connaître de quelle personne est le sujet qui, il ne faut pas considé^ rer qui tout seul, ce pronom n'étant pas plus doué de personnalité que ce, grand, beau, et autres mots de cette espèce ; mais il faut faire attention au pronom sous-entendu, qui a seul le droit de communiquer les accidents de la personne et ceux du nombre.

H. BoDiface, H. Serreau et U. Auger (dans son Commentaire sur Molière^ le Dépit om., acie UI, se. 7, el le Médecin malgré lui, acie I, se. 6) se rangent â l'avis de Domergue.

— Celte régie ne peut pas faire doute; et ce serait une faute grossière que d'y manquer. Aussi dans i*eieniple de Racine, imité par Sedaine, faut-il bien se garder de fair« rapporter qui au pronom mot. Le poêle, pour la vivacité de la phrase^ omet une «ipression quMl est facile de suppléer, il ne voit personne, ou nul autre que moi, qui s'intéresse. Il s'agit donc de rétablir une simple ellipse, et la phrase est très régulière. Molière, en se servant d'une locution populaire, s'est conformé an caractère da personnage qu'il met en scène : en pareil cas, la grammaire perd ses droits. Mais eacere ici il faut voir une ellipse, ce ne serait pas moi celle qui se ferait «« 24

prUr, Li même flgure de style se retroave dtns cet antre ven de Ridcc :

Je ae vois plus qoe vota qui 11 puU$9 dtfeadre. {ipMgénltj in, s, viriaue.) A l'appui de cette forme, iious citerons la dilltcenee signalée par M. Dessiaax eotre ces deux phrases : // n'y a que vous qui aimiez votre épouse, c'est-A-dire, elle D*al aimée que de yoos ; et il n'y a que vous qui aime son épouse, c'est-à-dire, tou êtes le seul liomme qui aime son épouse. Mais dans toutes ces phrases, Tellipse Df peut porter que sur un mot habituellement employé, et jamais on ne fait nsage qoe dn singulier personne. C'est donc k tort que la Grammaire nationale soutient le plariel dans ce vers de Molière :

El ne verrons que nous qui sachent bien écrire. car on ne dit pas ordinairement nota ne verrons d'autres personnes que noiti çiu sachent, mais bien personne autre qui sache, etc. Ne perdons pas de Tue non plus que cette tournure est une exception. A . L.

3* On dira : Fous parlez comme un homme qui entrnd la matièrey et non pas qui entendez la matière. (Domsrgue). — Fousparits en hammeSy ou comme des hommes qui s'y connaissent, et non pas en hommes, eu comme des hommes qui voust connaissez. (Lemare.) — Cène sont pas des gens comme vous, messieurs, qui se permettent d'affirmer, et non pas qui vous permettez. (Le même.) - Paris est fort bon pour un homme comme vous, monsieur, qui porte lifi grand nom et qui le souUent^^i non pas qui portez et qci le soutenez. (Voltaire, lett. 470); parce que, dans cbacooede ces phrases, le relatif qui ne représente pas le pronom, il représente le substantif qui le précède immédiatement et que Ton peut sous-^nteadre après lui ; et, en effet, c'est comme si Ton disait : Fous parlez comm un kommcy lequel homme entend la matière. — Fous pariez en hommes, lesquels hommes s'y connaissent. — Paris est fort bw pour un homme, lequel homme, etc. , etc.

Ce substantif que Ton est censé répéter après lequel dans ces phrases en est donc réellement le siget; et alors c'est lui quia seul le droit de communiquer au verbe la personne et le nombre.

L'exemple des meilleurs écrivains vient fortifier cette règle. Boiieau a dit (dans une de ses lettres à M. le duc de Vivonne) : < tuts- « vous encore ce même grand seigneur qui venait souper chez ua * misérable poète? » — Rousseau (Nouvelle HéUfise, p. 259, 1. 1): « Je suis sûr que de nous quatre tu es le seul qui puisse lui suppo- « ser du goût pour moi. »

Rotrou (Iphig., act. IV, se. 3) ;

S*il vous souvient pourUnt que Je sois la première, Qui vous ait appelé de ce doai nom de père.

Montesquieu (LeU. persj: « Tn étais fe seul qui pûimeèé-

c dommagerdeTabsence de Rica.» — ^Voltaire (lett. àM. Caperonnier, juin 1762) : « Je sais r homme qui accoucha d'un œuf. » Le même (leit. à M. Walpole) : « Ma destinée a encore voulu que je fusse le pre- « mier iqui ait expliqué à mes concitoyens les découvertes du grand € Newton. » Le même : < Je pense que vous et moi nous avons été ff les seuh qui aient prévu que la destruction des jésuites les rendrait « trop puissants. » — Fénelon (DiaL de Piûiias et de Denis) : « Sou-^ « viens-toi que je suis le seul qui fa déplu. > Mais Racine a dû dire (dans Iphigénie^ act. IV, se. 4) :

Fitle d'Agamemnon, c'est mot qui la première.

Seigneur, tous appelai de ce doai nom de père.

<Dan9 Britannicusy act. ill, se. 3) :

Pourffnot, qui le premier secondai vos desseins. Et Voltaire (dans sa correspondance sur ShaUspeare, p. 417): a C'est moi qui le premier montrai aux Français quelques perles « que j'avais trouvées dans son énorme fumier. ]> Et dans sa tragédie de Brutus (act. I, se. 1) : C'est vous qui le premier avez rompu nos fers.

En effet, le qui suivant immédiatement le mot moi, c'est à ce nom qu'il doit se rapporter. Le sens est c'est moi quij c'est-à-dire, 'tegtirf moi vous appelaiy etc. , et la preuve que le pronom qui ne se rap — porte pas au mot le premier ^ c'est qu'on peut déplacer celui-ci et le mettre, par exemple, après le verbe. On peut dire : « C'est moi qui « vous appelai la première^ c'est vous qui avez rompu le premier, etc.

4* Lorsque le relatif qui est précédé d'un adjectif de nombre cardinal ou simplement d'un adjectif, c'est au pronom placé auparavant que se rapporte le relatif, et non pas à l'adjectif, qui, n'ayant par lui-môme ni genre ni nombre, ne peut communiquer l'accord; en conséquence, il faut dire avec Gomeiile :

N'aecuse point mon sort, c'est toi «enl qui l'ai fait.

(Ctnna, act. IH, se. 4.)

Avec Massillon (Ficcs et vertus des grands) : « C'est vous seuh « (les riches et les puissants) qui donnez à la terre des poètes lascif , « des auteurs pernicieux, desécrivains profanes. » — ^AvecDacier('/^ie cr^nnibal) : « Nous sommes ici plusieurs qui nous souvenons des tt grands succès que nous eûmes dans la dernière guerre. » — Avoc r .— J. Rousseau (la Nouv. Héloïse, lett. I, pag. 7) : « C'est vous seul:; f qui vous chargez par cet éclat de publier et dé confirmer tous iv^ < propos de milord Edouard. »

Avec Ck)Ilin d'Harleville :

Je ne vois qae nout deux qai soyons raisonnables.

Avec M. Jacquemard : < Nous étions deux qui étions du même € avis. » — Avec Marmontel (dans Lausus et Lydie) : « C'est moi seul ff qui suis coupable. » Parce que dans ces exemples ce sont les pronoms toij vous et nouSj antécédents de qui, qui communiquent la personne et le nombre au pronom relatif^ et conséquemment au verbe.

Observez que l'on dirait : JSous étions deux juges qui étaient du mime avis, et non pas qui étions du même avis^ à cause du substantif ju^e»^ qui est Tantécédent du pronom relatif qui.

Il 7 a errear dans cette observation. Le moi juges sert simplement à qualifier le pronom nous ; il fait donc loi les fonctions d'adjectif, et par conséquent il ne peut communiquer l'accord. Il faut de toute nécessité dire qui étions. Mais au coolraire a? ec rartide le mot juges reprendrait toute sa valeur, et Ton dirait alors : « Nom étions les deux juges qui étaient du même avis. » Cette dilTérence se remarque dans tous !es exemples précédents ; c'est par celte raison qu'on dît .- c Je suis le seul qui Va déplu ; • et # est moi seul qui Vai déplu. » Quelquefois cependant ca mots le seul, le premier ont dans la pensée de l'écrivain plutôt le sens d'une qaaG' ficalion que celui d'un substantif, et alors le pronom reprend ses droits. « Vouiéla le seul qui paraissiez me conduire à la félicité. » (J.-J. Rousseau.) — « Vous filles les premiers qui élevâtes de grands théâtres. • (Voltaire.) C'est donc surtout le sens qu'il faut consulter pour déterminer l'accord* A. L.

Quand c*est un nom propre qui précède le relatif çuî, il n*estpis aisé de déterminer à quelle personne doit se mettre le verbe dont la fui relatif est le sujet.

Comme aucun Grammairien n*a encore abordé cette question, c'est mon opinion que je suis obligé de donner; peu confiant dans mes propres lumières, je crains de m'égarer : j'appuierai du moins ce que je vais dire d'exemples choisis dans les meilleurs écrivains.

Ou le nom propre indique la personne qui parle, et alors il tieDi la place de moi, pronom de la première personne; ou le nom propre indique la personne à qui Ton parle, et alors il tient la place de vousj pronom de la seconde personne; ou enfin le nom propre indique la personne de qui Ton parle, et alors il tient la place de hi ou d'elle, pronom de la troisième personne

Dans le premier cas, qui est de U première personne; dans le second cas, de la. seconde personne; et dans le troisième cas, de la troisième personne. Je dirai donc : « Je suis Samson qui ai fait « écrouler les voûtes du temple; » car c'est moi Samson qui parle, c'est de moi-même que je parle, et je me nomme; mon nom tient

évidemment la place du pronom je et s'identifie a\ec ce mot; il en prend toutes les formes, il devient avec lui l'antécédent de qui, et, comme cet antécédent est de la première personne, je suis obligé de dire ^i ai fait écrouler, etc.

Fénelon vient à Tappui de cette opinion, lorsqu'il fait dire à Diomède (dans Télém., liv. XXI) : « Je suisDiomède, roi d'Étolie, qui « blessai Vénus au siège de Troie. » Dans cette phrase, il n'y a évidemment qu'un seul individu , qui est Diomède, et Diomède parle, et parle de lui ; son nom tient donc lieu du pronom moi : aussi Fénelon a-t-il mis le verbe à la première personne.

Mais je dirai : « Vous êtes Samson qui avez fait écrouler les voûtes (c du temple, » parce qu'ici il est évident que c'est.à Samson que je parle , et qu'alors le nom propre Samson tient la place du pronom tjows,- conséquemment j'ai été correct, lorsque j'ai mis le verbe à la seconde personne.

Fénelon vient encore à l'appui de^ cotte opinion, lorsqu'il fait dire à Timon dans son dialogue avec Socrate : < Je suis tenté de croire • que vous êtes Minerve, qui êtes venue , sous une figure d'homme, « instruire sa ville. »

Enfin je dirai : « Si vous étiez fort comme Samson, qui a fait à « lui seul écrouler les voûtes du temple, vous... » parce que dans cette phrase ce n'est pas Samson qui parle , ce n'est pas non plus à lui que je parle, mais c'est de Samson que je parle, et j'en parle ici seulement pour le comparer avec la personne à qui j'adresse la parole : ce n'était donc ni à la première personne ni à la seconde personne que je devais mettre le verbe qui exprime l'action ; mais c'était à la troisième personne, puisque, comme on vient de le voir, c'est d'une troisième personne que je parle.

Remarquez bieji que si dans chacun des cas dont il vient d'être parlé nous avions fait précéder le nom propre du déterminatif ce , ou de tout autre déterminatif, et que nous eussions dit, par exemple : Je suis ce Samson; vous êtes ce Samson, etc., etc. , alors, au moyen de ce déterminatif, de ce véritable adjectif, le mot Samson resterait dans la classe des noms substantifs, et deviendrait l'antécédent de qui; et comme tout nom est de la troisième personne, il obligerait le pronom qui et le verbe à prendre la troisième personne. Conséquemment, au lieu de dire, comme on vient de le voir : « Je suis « Samson qui ai fait écrouler; vous êtes Samson qui avez fait écrouc 1er; » on dirait : « Je suis ce Samson qui a fait écrouler; vous êtes « ce Samson qui a fait écrouler; » ainsi que Fénelon a dit : « Je suis

« le seul qui fait déplu; » — Domergue ; « Vous avet parié cd « hoinine} ou comme un homme qui entend la matière. Lanoue (dans Mahomet II, act. Il, se. 5) :

.... Oui, connais-moi, je suis ce Grée enfin Qui, dans ces mêmes mars, balança (on destin.

Et le traducteur de la Jérusal. déliv. (ch. VII) : « Je suis ce Tancrède qui a ceint Tépée pour Jésus-Christ. » Observez que dans les phrases interrogatiyes oil négatives k doute qu'elles expriment fait considérer le nom propre comme énonçant une troisième personne, et dès lors demande que le verbe soit mis à la troisième personne.

Étes-Yous Samson qui fit écrouler les voûtes du temple? » — « Je ne suis pas Samson qui /î^ écrouler, etc. »

€ N'êtes-vous plus cet Ulysse qui a combattu tant d'années pour « Hélène contre les Troyens? »

(Madame Uacier, irad. de VOdyssee d'Homère, Iït. XXII.)

On dirait cependant : « Est-ce vous, Samson, qui fîtes écrouler « les voûtes du temple? » parce que Samson, employé ici en apostrophe, forme une espèce d'incise, et que ce n'est point par conséquent à ce nom, mais au pronom vous, que se rapporte le relatif gu».

Quand le pronom relatif gui est sujet, il ne doit pas être séparé de son antécédent, si cet antécédent est un nom : « La «ofisctencc est un juge incorruptible qui ne s'apaise jamais : c'est un miroir qui « nous montre nos fautes; un bourreau qui nous déchire le cœur.» Ainsi, il n'est pas bien de dire : Le phénix que Von dit qui renaît de sa cendre. Il faut rapprocher le qui de son antécédent et dire : « Le « phénix qui, à ce que Ton dit, renaît de sa cendre. »

(lyoïivet, 78* Remarque sur Raeine. — Domairon, page us, 1. 1.— Lèrizac, p. Mi.)

A l'égard des phrases où qui est répété, comme dans cet eiooiple : « Un auteur qui est sensé, qui sait bien sa langue, qui médite bien « son sujet, qui travaille à loisir, qui consulte ses amis, est presqae m sûr du succès; » tous ces qui, par le moyen du premier, touchent immédiatement leur substantif, et rentrent par conséquent dans la

règle. (Mêmes autorités.)

Notre langue, amie de la clarté, et n'ayant pas comme les langues anciennes eeUe variélé de terminaisons qui indique les rapports, a voulu que le relatif fût toojouni joint à son antécédent. Nos bons écrivains cependant se sont quelquefois écartés de la régie, et nous pensons qu'on peut les imiter , pourvu que la phrase conserve (oata son aisance et toute sa clartés On peut dire en vers, avec La Fontame : Un ioup «unrintà jeuD, qui cherchait aventure ;

BEB PR01I01I8 RELATIFS. 37S

aTCcftadoe^ Iphigénie;

Une fille en naquit, qu« sa mère a celée avecBoUeau, le Lutrin :

La déesjfC, en entrant, qui TOit la nappe mise, etc. Mais c'est one licence poétique dont fl faut user avec mesure. Â. L.

Qui-, employé absolument, c'est-à-dire , sans antécédent énoncé» est le sujet du verbe suivant; et le second verbe n'a ni ne saurait avoir de sujet exprimé : l'antécédent sous-entendu du pronom qui en est le sujet. Dans ce vers :

Qui y\ i ai mé de toos à Jamais devrait vi vre. (Pradoo . )

qui est le sujet du verbe vivre; et celui y antécédent sous-entendu du pronom relatif, est le sujet du verbe devoir. (Leo/cf. cru» de Féraud.) On est donc fâché de lire dans la W satire de Boileau : £d un mot, qui voudrait épuiser ces matières, Peignant de tant d'esprits les diverses manières. Il compterait pIutAt combien dans un printemps Guénaud et l'antimoine ont fait mourir de gens.

Cet il est de trop. (Même amoriié.)

11 est an cas cependant où le qui, employécomme absolo, peat être suivi d'un sujet eiprimé ; c'est lorsque pour donner plus de force i la phrase on ramène avec insistance ranlécédent qui d'abord était sous-entendn. « Qui ne mourrait pour conserver son honneur, celui-là serait infâme. • ( Pascal. ) Cette toamurc da reste est assez rare. A. L.

On répète le pronom sujet qui^ quand la clarté et le goût l'exigent Par exemple, c'est le goût qui veut qu'on le répète dans cette phrase : « Ceux qui écoutent la parole de Dieu, qui en méditent les oracles « sacrés, qui souffrent avec joie les tribulations où ils sont expose ses, etc.;» mais il veut qu'on ne le répète pas dans celle-ci ; «( L'homme qui aime la campagne et habite la ville n'est point heu- « reux. »

Voyez, art. XX, § 3, cbap. des Verbes, dans quels cas le qui relatif demaode le subjonctif.

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