LEQUEL, LAQUELLE, DUQUEL, DE LAQUELLE, DOI
De tous les pronoms relatifs, lequel est le seul qui prenne l'artick; encore cet article lui est-il si intimement uni qu'il ne s'en sépare jamais, et ne fait plus qu'un seul et même mot; il s'incorpore à quely et dans son état naturel, et dans son état de contraction.
Lequel et laquelle , son fémiûin, peuvent se dire, tant au singulier qu'au pluriel, des personnes ou des choses. Mais l'usage ne les admet pas dans toutes les occasions où l'on aurait lieu de les employer.
On ne s'en sert presque jamais en sujet ou en régime direct, et les oreilles seraient blessées de ces expressions : « Dieu, lequel a « créé le ciel et la terre. » — « Les vertus, lesquelles nous rendent « agréables à Dieu. » — Il faut alors, pour parler purement, avoir recours au pronom relatif QVi et dire: Z?t«i, qui a créé le ciel ei la terre. — Les vertus qui, etc. «
(Vaugelas, I22« Rem. — Condillao, page 138. — Retliut, page iSi. — Wailly, page i»â.)
Ce n'est pourtant pas qu'on ne puisse et qu'on ne doive même quelquefois employer lequel ^ laquelle ^ etc. y en sujet et en réarime direct, quand on veut éviter une équivoque, ou deux ^ de suite qui auraient des rapports différents, et dire, par exemple : « C'est « un effet de la divine Providence, lequel attire l'admiration de «f tout le monde. » — « Aussitôt que je fus débarrassé des afiaires * delà cour, j'allai trouver l'homme qui m'avait parlé du mariage
DSS PRONOMS RBLATIFS. 379
« de madame de Miramion, lequel me parut dans les mêmes sen- « timents. » (B. Rabutin.) Mais dans ces occasions il ne s'agit pas de l'élégance du style; il semble que le génie de la langue répugne à remployer ailleurs. ^,^ ,„i,Hiés.)
Les pronoms lequel, laquelle sont d'un usage un peu plus étendu en r^ime indirect. Il est à propos, pour en faciliter l'intelligence, de faire ici une observation particulière sur le pronom lequel régi par la préposition de.
Les pronoms relatifs, quels qu'ils soient, précédés de la préposition de, ne supposent pas seulement un antécédent qui les précède, ils supposent encore ordinairement un autre nom substantif dont ils dépendent et avec lequel ils ont une liaison nécessaire. Ainsi dans cette phrase : « Henrijy, duguef la bonté est assez connue; » duquel, dont l'antécédent est Henri /r, a une liaison nécessaire avec le nom substantif bonté : duquel la bonté. Quelquefois ce substantif est joint au pronom duquel ^ comme on vient de le voir; quelquefois il en est séparé par quelques mots, comme quand on dit : Henri ÏF, duquel on connaît assez la bonté. Or, dans le premier cas, le pronom peut se trouver avant ou après le nom substantif; et comme on dit : Henri IV ^ duquel la bonté est assez connue, on dira : Henri IF^ à la bonté duquel on a donné tant de louanges. Ce qui fait le fondement des règles suivantes :
Quand le pronom relatif est avant le nom substantif dont il dépend, l'usage ne souffre guère que l'on emploie duquel ou de laquelle, et que l'on dise, par exemple : « Le livre duquel vous « m'avez fait présent. » — «La religion de laquelle on méprise les «maximes, » au lieu de dire : Le livre dont-, — La religion dont^ etc.
Mais si ce pronom est après le nom substantif dont il dépend, duquel ou de laquelle sont les seuls dont on puisse se servir en parlant des choses ou des animaux^ et il faut dire : « La Seine, « dans le lit de laquelle viennent se jeter l'Yonne, la Marne et ^ rOise. » — « Les moutons, à la dépouille desquels les hommes « doivent leurs vêtements. » (Re8Uiui,page 133.)
En parlant des personnes, il est souvent indifférent d'employer dt qui, ou duquel, de laquelle. Quelquefois l'un a plus de grâce que l'autre, et c'est à l'oreille d'en décider. Ainsi je puis dire : « Le prince à la protection de qui ou duquel je dois ma fortune. » — € C'est une femme sur le compte de oui ou de laquelle il ne
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c court pas de mauyais bruits; » cependant de laquelle serait id à préférer à de qui.
Duquel ne se met après le nom substantif dont il dépend qae quand ce nom est précédé d'une préposition; conune dans : CeU une femme sur le compte de laquelle, etc.
Au reste, il est bon d'observer qu'on ne doit mettre les pronoms duquel et desquels après les noms substantifs dont ils dépeo* dent que quand il est indispensable de le faire, parce qu'il y a toujours dans cette transposition une certaine dureté qu'il faut éviter, et qu'à cet égard il n'y a pas d'autres règles à suivre que celle du goût et de l'oreille. (Même auionié.)
Auquel^ à laquelle sont d'un usage très ordinaire et presque toujours indispensable, quand il est question de choses. Ainsi il faut dire : « Le jardin auquel je donne tous mes soins. » — «Les « sciences auxquelles je m'applique. » ^-- « Les Lapons danois ont « un gros chat noir auquel ils confient tous leurs secrets, et qu'ils « consultent dans leurs affaires . » (Buffoo, hîh. nat. de r somme.)
Mais si l'on parle des personnes^ on est libre d'employer à qui ou auquel, à laquelle, suivant que l'un ou l'autre conviendra mieux dans le discours; et l'on peut dire également: « Dieu à qui ou « auquel nous .devons rapporter toutes nos actions. » — « Il faut « bien choisir les personnes à {uî ou auxquelles on veut donner « sa confiance. »
(Le P.Buffier, n« 444.-^ondUiac, p«ge 2ti.— Restaut, page 134, et les Gramni. modem.)
Quand ce sont des prépositions autres que de ou à qui régissent le pronom relatif, on peut employer indifféremment qui ou lequel^ laquellcy si l'on parle des personnes^ et dire : « Songeons à fléchir « le juge devant qui ou devant lequel nous devons paraître un < jour. » — « On s'ennuie presque toujours avec ceux avec qui ou c avec lesquels il n'est pas permis de s'ennuyer. » (u Rocheroacaoïd.}
Mais si l'on parle des choses, on doit se servir de leptel, laquelle, et dire : « Le bois dans lequel nous nous sommes promenés.» — « L'opinion contre laquelle je me déclare. » — « Le fauteuil sur c lequel je suis assis. »
Nota. Qui, comme noas Tavons déjà dit, page365| 8*emp1oierait cependant daia le cas où les choses seraient personnifiées : L'oreille à qui Von peut en imposer,
(Vaagelas.)
Dont, pronom relatif des deux nombres et des deux genres, s'enn ploie lorsqu'on parle des choses ou des personnes; il se dit pour dusquely de laquelle ^ desquels, desquelles , de quoi, dans tous kB
cas OÙ nous ayons dit que l'on peut fiiire usage de ces pronoms.
« La lecture don^ je fais mon amusement. » -^ c C'est un homme c dont le mérite égale la naissance. » cm. comeiite.)
« Vous descendez en vain des aïeux dont vous êtes né, et tout ce
• qu'ils ont fait d'illustre ne vous donne aucun rang. » (Molière.) « On attribue à la cigogne des vertus morales dont l'image est
« toujours respectable : la tempérance, la fidélité conjugale, la piété c filiale et paternelle. » (BuffoD.)
Il faut bien comprendre ici qae dont et duquel étant synonymes ne peuvent pat cependant s'employer indistinctement l'un pour l'autre. Toutes les fois que le relaUf dépend d'un subslanUf précédé d'une préposition, le mot duquel peut seul être mis en usage et placé après le substantif: « Cet homme, aux vertus duquel Je rends y jusUce. > Quand le substantif au contraire est sujet de la phrase ou régime direct, | K- f '^^ " '' on emploie le relaUf dont qui se met au commencement de l'incise : « Cet homme^ \ Ai* r / . .- -». dont le caractère est noble et don< j'honore les vertus. » C'est là une règle gêné- {( tt x ^ // v/ rate qui va être expliquée. A. L. J <* -^ ^^* «^ >'
Biais dans les vers suivants on peut mettre de ^ut et dxmt: .... II est un Dieu dans les cieux Dont Cde qui) le bras soutient llnnocence^ Et confond d/ea méchants l'orgueil ambitieux.
(J.-B. Rousseau, ode 4, H v. I.)
Exemples où duquel, de laquelle ne sont plus d'usage. « Les méchants servent à éprouver un petit nombre de justes ft répandus sur la terre, et il n'y a point de mal dont il ne naisse
« un bien. * (VolUire, Zad/g, ch. XX.)
Le premier pas, mon fils, que Ton fait dans le monde Est celui dont dépend le reste de nos jours.
(Le même, l'Indiscret, act. I, se. 1.) Exemple où dont vaut mieux que de qi^i : « Il n'y a rien dans le ce monde dont Dieu ne soit l'auteur. » (Resiaut, pageiss.)
Le pronom dont ne doit jamais être précédé d'une préposition, et :iin«i, dans le cas où il s'en trouve une après le sujet auquel il se rapporte^ duquel^ de laquelle doivent être employés ; on dira donc : « Les hommes à la faveur desquels on aspire. » — « Les fleurs sur
• le calice desquelles repose l'abeille. » — « Le prince à la proteo- « tion duquel j'ai recours. »
On préfère aussi duquel, de laquelle à dont, si l'on craint quelque équivoque : « La bonté du Seigneur, de laquelle nous ressen-'
• tons tous les jours lesefl'ets, devrait bien nous engager à observer « ses commandements. » (waiuy, page ij>7, — tàiiuc, page sss, 1 1.)
Voyez au chapitre où nous parlons de l'emploi du subjonctif
dans quel cas on doit faire usage de ce mode avec le pronom dwL
(Le p. Bnffier, no 534. — WaiUf, page 2TI. — Reslaut, page 2^1 •)