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LE, LA, LES

Le, masculin singulier, fait au féminin singulier la. Les se du pour les deux genres.

3ë4 DÉS PRONOMS RELATIFS.

Ce pronom accompagne toujours un verbe et se distingue en eda de l'article, qui accompagne constanmient un nom. Ainsi dans o&

vers:

On dit que l'abbé RoqaeUe Prècbe les Mimons d'aatrul :

Moi qui sais qu'il les acbéle»

Je souUens qu'ils sont i lui.

(Bolleau, épigr. rapportée dans les obser? ations de Brel sur le Tariufe^} le premier les est article et le second est pronom.

Le^ pronom , se dit des personnes et des choses , et est toujours régime direct :

Elle le voit, frémit, veut lui parler et n'ose. (Parseval GrandmaisoB.) Le vrai bien n'est qu'au ciel, il le faut acquérir. (Godeaii.)

« IjCS succès couvrent les fautes, les revers les rappellent. »

(H. de LéTîs, 81* Max.)

Les pronoms le, la, les, et en général les pronoms en régime, se placent ordinairement avant les verbes dont ils sont le régime : Il n'est point de mortel qui n'ait son ridicule ; Le plus sage est celui qui le cacbe le mieux.

(Régnant, Détnoeriie, act. V, se. S.) (L'Académie, su^ la 3S« Remarque de Vaugelat^ page 3f de ses Obteru. — Marmtm-' lel, page i9i. — Lérizac, page 335, tome I.)

Cependant, dans les phrases où il y a deux verbes, leur place^ suttout en poésie, n'est pas aussi certaine. Racine a dit dans les Frères ennemis, act. II, se. 3 :

Que le peuple à son gré nous craigne ou nous chérisse,

Le sang nous met au trône, et non pas son caprice :

Ce que le sang lui donne^ il le doit accepter.

Et s'il n'aime son prince, il le doit respecter .

Dans BritannicuSy act. I, se. 1 :

Il m'écarta du trône où Jem'allals placer. Dans ses poésies diverses {la Renommée) :

Quoi que fasse Louis, soit en paix, soit en guerre, n vous peut inspirer.

Louis Racine (poème de la Beligion, chant III) : Ne pouvant plus s'étendre^ il se faut séparer.

Et là chacun des pronoms se trouve mis devant le verbe régissant auquel il n'appartient pas, au lieu d'être devant le verbe régi auquel il appartient; mais alors beaucoup de poëtes se permettaient cette licence, et à présent même on ne doit pas la regarder comme une bute.

Voyez, page 335, ce que nous disons de la place du pronom s».

Quand plusieurs pronoms accompagnent un verbe, ma, te, se^ nous, vous doivent être placés les premiers; le, la, les se placent avant lui y leur; enfin en et j/ sont toujours les derniers : et ce que nous avons dit au pronom me, dans le cas où il y a deux verbes dans une même phrase, est applicable au pronom le.

(Girard, page 330, tome I ; Wailly, page 51 9.)

Voyez, à chacua des pronoms personnels et aa régime pronom^àri, 15, § 4, à la fia de ce yolame, ce que dous disons sur la place que ces pronoms doivent occuper, et aussi une eiceplion, p. 316.

Le pronom le peut tenir la place, soitd'UNE proposition, soit d'oN verbe, soit d'UN nom,, soit d'uN adjectif.

V Lorsque ce pronom tient la place d'une proposition ou d*un verbe, il est invariable, parce qu'une proposition ou un verbe n'a ni genre ni nombre; exemples :

< Si le public a eu quelque indulgence pour moi, je le dois à votre « protection. » (cooduiac.)

Va, je ne le hais point. — Tu le dois. — Je ne puis.

(Corneille, le Cid, act. III, se. 4.} J'aime donc sa victoire, et je le puis sans crime.

(Le même, act. IV, se. 6.) ..... Asseyons-nous ici.

— Qui , moi , Monsieur ?

— Oui, je le veux ainsi.

(Voltaire, JYanine, act. I, se. 7.) 2° Lorsque ce pronom tient la place d'un nom, soit commun, soit propre, il se présente sous les mêmes formes que ce nom : Miracle! criait-on : yenez voir dans les nues

Passer la reine des tortues.

La reine! — Vraiment oui ; je la suis en effet.

(La Fontaine, fab. la Tortue et les deux Canards,)

« Si c'est effacer les sujets de haine que vous avez contre moi, « que de vous recevoir pour ma /î//e, je veux bien que vous la soyez.»

(I.e mdme, les Amours de Psyché.) Ne me trompé-jc pas en vous croyant ma nièce ?

— Oui, Monsieur, je la suis.

(Boissy, Pouvoir de la Sympathie^ act. II, se. 3.)

« Il serait à souhaiter que tout homme fit son épitaphe de bonne « heure, qu'il la fit la plus flatteuse qu'il 'serait possible, et qu'il « employât toute sa vie à la mériter. »

(Harmoniel, Éléments de htUratute^ ao mot ÈpUaphe,) L'esclave vainement lutte contre sa chaîne; L'intrépide la porta, et le lâche la traîne. I. tt

386 DIS PRONOMS UELÀTIfS.

A ces questions^

fttet-Yoïis Paattne? / \ Je /a mU.

^Aes-Yoasto mariée ? 1 Ut la suit.

Èles.Toaitemallr«wda! i,f„,rtpond«: l, , .

logis P \ (3t la sais.

Kles-Tous les hérititri du f I

déftmt? V /Koas les sommes.

Dans toutes ces phrases, le substantif communique au pronom les înfleuons du genre et du nombre.

Il existe pourtant une eteeplloo A cette règle, c'est quand le pronom, Tenant après un sabstaoUf déterminé, répond plal6l à l'idée générale de U phrase oa'an sens piécto du substantif. Ainsi l'on dira : • Rome voulut être fo capiiaU du monde, et elle le devint. » — • Est-ce que nous sommes la cause qu'Us s'en éloignent? Ooi, nous le sommes. » (Harmontel.) Le pronom alors a quelque chose de vagne comme le neotre des Latins. D'antres fois, au contraire, nos bons écrivains font accorder le pionom avec un substantif employé d'une manière absolue et indélerminèe.

Qoand Je me fiis /luiiee, il fsai qu'on se la fasse. (RacineO

Vous demandes raison^ ï\ faot qu'oo vous la fasse. (Comeille.)

• Il ne suffit pas d'avoir raison; c'est la gâter, c'est la déshonorer, que de ia soalenir d'une manière brusque et hautaine. » (Féneion.) On pourrait multiplier ces eiemples, car, malgré l'irrégularité apparente de cette tournure, nos bons aaleurs en ont fait un fréquent usage. Noos croyons aussi qu'on peut les imiter, mais avec réserve, ponrva que U phrase, devenant ahisl plus rapide, n'ait rien de forcé ai d'obscur. Il L.

S"" Lorsque le pronom tient la place d'un adjectif ou d'un substantif pris adjectivement il doit rester invariable, parce qu*un adjectif ne communique pas Tacoordy mais le reçoit . « Catherine de « Médicis était ja^56 de son autorité, et elle le devait être. » (Le P. Daniel, Hist. de France.) — « La noblesse donnée aux pères, parce « qu'ils étaient vertueux, a été donnée aux enfants afin qu'ils le de-

• vinssent. » (Trublet.) — t Je veux être mêre^ parce que je le « suis, et c'est en vain que je ne le voudrais pas être. » (Molière, UsJmants magnifiques, act. I, se. 2.) — « Une pauvre fille de- « mande à être chrétienne, et on ne veut pas qu'elle le soit. » ( Vol- TAiREy Cmreepondaneej p. 348.)

. U^ je naquis auyeOe et Je ^ suis encore.

(SénUramis, act. III, se. 6 J Dire t Je lula èhréUenne.

— Oui... seigneur.. , Je /e suis.

(ZcgUre, acL II, le. t»)

DKS PROKOMS RELATIFS. 387

AoeBqaesUong:

titê^yrwu mariée? f \ Je lesvÊê.

Êtes-ToofmalIreMtfde cel I

logiiP • < il faut répondre: S Je ne le sali pu.

itet-vouf héritiers dn dé« | 1

font? \ ./Noos /«sommes.

(Beauzée, Encyclopédie méth.^ au mot le. -— Girard, page 333, 1. 1. — Condillae, page 205. ^Wailly, page 138. — Marmonteli page 76. — M.Le^ mare, etc.) Dans l'incertitude, voulez-vous savoir si le pronom tient lieu d'un substantif ou d'un adjectif? substituez lui, ellCj eux, elles, ou bien tely telky tels, telles, cela, suivant le genre et le nombre; la première substitution vous indiquera un substantif^ la seconde un adjectif.

(Donergue.)

Au surplus^ voici sur quoi la règle que nous venons de donner est fondée. Il y aurait un défaut de sens, un défaut de rapport entre la demande et la réponse, si celle à qui l'on demande si elle est veuve répondait ;e la suis; car que signifierait ce /a P il signifierait je suis la veuve, la veuve dont vous parlez. Or ce n'est pas ce qu'on lui demande, mais seulement si elle est veuve indéfiniment; alors le substantif veuve est indéterminé, dès lors pris adjectivement. Conséquemment le pronom qui en tient la place ne doit pas s'accorder avec ce nom autrement qu'avec un adjectif, c'est-à-dire qu'il doit rester invariable. (u uarpe, cowt de aturature,)

Dans toat ce qoi yient d'être dit, on a vu que le pronom se rapporte toujours i un mol énoncé dans une proposition précédente. Mais les Grammairiens s'accordent à regarder comme une faute le pronom se rapportant au sujet ou au complément du sujet dans une même proposition, • Le temps passerait sans le compter. » (J.-J. Rousseau.) — « Les fourbes croient aisément que les autres le sont. » (La Bruyère.) — « Le fils d'Ulysse le surpasse déjà en éloquence. > (Fénelon.) Toutes ces phrasea sont condamnées. Cependant nous demanderons en vertu de quel principe. L'usage ne repousse pas cette tournure; raulorilé même des noms cités en fait foi. La raison n*y trouve rien A reprendre soos le rapport de la clarté et de la précision ; et, sous le rapport grammatical , nous venons de voir plusieurs emplois ()u pronom dans des sens analogues. TouteTols le pronom le employé pour cela, avec la valeur du neutre des Latins, peut paraître un peu forcé dans l'exemple de La Bruyère ; mais la phrase de Fénelon nous parait tellement naturelle, que nous ne voyons aucune raison plausible pour la condamner . L'Académie cependant ne donne aucun exemple de ce genre, si ce n'est ceue phrase qui t'en rapproche : « Le livre que vous cherchez, le Told. • A. L.

Voyez A l'article où il est qoestion des degrés de signification et de qualification, page 25 1 , dans quel cas le pronom ^e, joint avec plvu, moins et mieusg, ne piesd ni cenre n! nombre.

3Sft DB8 PRONOMS RELàTIFS.

SoQvent un verbe a deux régimes^ l'un direct et Taotre indirect , par exemple, quand je dis : Payez le tribut à César; tribui est le régime direct, â César est le régime indirect; or, si nous voulons met- Ire à la place de ces deux noms deux pronoms, la phrase alors sera ainsi conçue: Payez-LE-Lui; omettre le pronom fe, ce serait une licence qui n'est permise ni en prose ni en poésie. Gresset ne doit donc pas être jmité lorsqu'il dit (dans le Méchant, act. I, se. 2) r Je ne sais point ingrat, et je lui rendrai bien.

n fallait, je le lui rendrai bien.

Racine ne doit pas non plus être imité quand il dit ( dans les Frères ennemis^ act. il, Ec. 3) :

n Teut qae Je tous voie, et vous ne voulex pas.

n devait dire : et vous ne le voulez pas.

Mais on observera que cette tragédie est celle par laquelle Racine débuta.

(D'OUfet, page 168. - • Vaugelas ei Tb. Corneille, S4« Ami. — L'Académie, tur cent Ban. — Wailly et plusieurs Grammairiens modernes.)

Le pronom le ne doit également pas se supprimer dans cette phrase : Quand je ne serais pas votre serviteur comme je le suis; et, en effet, remplacez cette phrase par une semblable, mais en faisant usage de la négative, vous verrez alors qu'il faut nécessairement dire: Quand je ne serais pas votre serviteur, comme en effet je ne LE suis pas^ plutôt que comme en effet je ne suis pas, qui serait évidemment incorrect.

Cette régie toatefois n'est point absolue; et l'on peut même affirmer que dans l' style familier l'usage a consacré plusieurs de ces omissions. Ainsi, dans le vers ciié de Racine^ et vous ne voulex pas peut se justifier par l'ellipse des mots déjà énoncéi que je vous voie, CA\i^ tournure est fréquente dans la couTersation, et nous ne U croyons pas incorrecte. W en est de même de tant d'autres semblables, eommevout dites; comme vous savez ; plus qu'on ne croit; si vous voulex, etc. A. L.

Cette règle est aussi applicable au pronom en, et ce serait une faute que de dire : On ne peut pas avoir plus d'esprit quHl n'a ; neo ï la vérité ne déplaît à l'oreille dans cette phrase, mais on connaîtra que le pronom en y manque, si l'on met devant le verbe un autrt' sujet que le pronom il; comme si l'on disait, par exemple : On ne peut pas avoir plus d^ esprit que mon frère n'a, au lieu de que num

frère n'en a. (TH. Cometlle, sur ta s»« Rem- de VaMçeku.)

Enfin il ne faut pas trop éloigner le pronom le du substantif anquel il se rapporte. Boileau a fait cette &ute dans le Lutnn (ch.UI):

Ce spectacle n'est pas pour amuser nos yeux.

DIMli to temiisest eher; porioiu-/0 dam le temple.

Lui-même, se courbant, s'apprête & le rouler

Ces deux le se rapportent au mot luiriny qui se trouve quatre vers plus haut. Cela n'est pas régulier.

Racine a fait la même faute dans Bajazet (act. V, se. 1) : Hélas ! je cherche en valu : rien ne s'offre à ma vue. Malheureuse! comment puis-je /'avoir perdue!

Trois vers après, on voit qu*il est question d'une lettre qu*elle avait perdue. L'éloignement du pronom relatif est d'autant plus irrégulier dans cette occasion, qu'il cause une équivoque, puisqu'on peut également le faire rapporter à tnie, qui précède immédiatement l'expression Vavoir perdue. (Faraud.)

Après ces règles sur l'emploi que l'on doit faire du pronom le, il ne sera pa» inutile de lire i la fin de ce chapitre, art. X, ce que nous disons sur la répétiUon des pronoms, ainsi qu'une règle applicable à tous les pronoms.

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