EN
Sn^ pronom relatif des deux genres et des deux nombres, se dit des personnes et des choses .
Néron, bourreau de Rome, en était l'histrion.
(Delille, V Homme de» champs^ ch. 1.)
« Soyez moins épineux dans la société ; c'est la douceur des mœurs, <r c'est l'affabilité qui en fait le charme. » (voltaire, Recueil de i., i7S2.)
Il ne faut pas croire cependant que le mot en puisse toujours se dire des personnes. Nous pensons, au contraire, que c'est par une sorte d'eicepUon^ et qu'il est mieux souvent d'employer en ce cas les pronoms lui, elle, eux. Par exemple^ on doit dire : Je doute de lui; je tiens d'elle cette faveur; je prend» d'eux de l'argent ; je di»po»e de lui à taule heure, etc. Dans toutes ces phrases, le mot en serait une faute. A. L.
Le pronom en peut être considéré comme faisant tantôt les fonctions de régime direct, tantôt celles de régime indirect.
Il figure comme régime direct toutes les fois qu'il remplace un substantif pris dans un sens partitif, dans un sens qui exprime une des personnes ou des choses dont on parle, comme dans cette phrase où il est question d'amis : /'en ai rencontré, et dans cette autre où il s'agit de lettres : j'en reçois. En effet, j'ai rencontré qui? des amis, quelques amis, représentés par en. Je reçois quoi? des
990 DES PRONOMS BELAT1P8.
Utirei, quelques leUres, rq)ré8eDtée8 par en. Ainsi m est i^me direct des verbes rencarUrerj recewÀr, puisqu'il est Tobjet de Faction qu'exprime chacun de ces verbes. C'est l'opinion de Lévizac, Féraud, Caminade, M. Bescher et de M. Àuger dans son commentaire sur Molière.
Voici comment s'exprime ce commentateur : Dans cette phrase du Méiedn malgré lui (art. III, se. 2) : c Le bon de cette profession est « qu'il y a parmi les morts une honnêteté, une discrétion la plus
< grande du mande y et jamais on n'EM voit se plaindre du médecin « qui Va tué; le pronom relatif eu est un pluriel, régime direct du « verbe voir; or, jamais on n'en voit, c'est-^-dire, jamais on ne voit
< des morts. Par conséquent, qui l'a tué est une faute ; il follait mettre qui les a tués , ou bien tourner ainsi la phrase : ei Von n'EN voit
« aucun se plaindre du médecin qui Va tué. »
£n est régime indirect quand il ne se rap^rte pas à un substantif partitif. Exemples : Bile «'en flatte; les nouvelles que j'en ai reçues. En se place ordinairement avant le verbe dont il est le régime : Li vie est nn dépôt confié par le del ; Oser en disposer, c'est être cthnioel.
(Gresset, Edouard 111, àtt. Vf, se. 7.) Nourri dans le sérail, j'en connais les détoars.
(Racine, Bajaxet, act. IV, se. 7 . ) (V^allly et les Grammairiens modernes.) « Si la religion était l'ouvrage de l'homme, elle en serait le chef- € d'œuvre. » (De Bniîx.)
Mais avec on impéralir sans négation 11 se place loujohrs après le verbe : prendsen, parlons^en, donne-s-en, faites-en juttice. Peut-être cependant, avec deui Impératifs de suite, on pourrait se servir d'une transposition déji signalée en pareil cas (page 3 16) et dire : prenez^en et m'aii dtmnes. A. L.
Toutes les fois qu'il s'agit de choses, l'usage varie sur le choix que l'on doit flaire du pronom en, ou des adjectifs possessifs son, sa, ses, leur, leurs, et les Grammairiens ont bien de la peine à se faire des règles; le seul moyen d'en trouver une, c'est d'observer quelques exemples.
On ne dira pas en parlant d'une rivière : Son lit est profond^ mais le lit ES est profond; on dit cependant : elle est sortie de son liL *— On ne dira p^s en parlant d'un parlement, d'une armée, d'une maison : SES magistrats sont intégres; ses soldats sont disciplinés; sa situation est agréable; il faut dire : Les magistrats en sont intégres; les soldats en sont disciplinés; la situation en est agréable. On dit néanmoins : Le parlement est mécontent de plusieurs de ses magis-
DBS ^ttÔNOXS RELATIFS 39i
ùraU ; l'armée a perdu une partie de SES soldats ; eeile maison est mal siiuée^ il faudrait pouvoir Voter de sa place.
Cet examen fait, il est aisé d'établir pour règle que s'il est question de choses qui ne soient pas personnifiées , on doit se senrir du pronom m, toutes les fois qu'il peut entrer dans la construction de la phrase; et que lorsqu'il est impossible de faire usage de ce pronom, on doit employer l'adjectif possessif 5on, sa, ses , Uur^ leurs. En efiet, quoique ces adjectifs possessifs paraissent plus particulièrement destinés à marquer le rapport de propriété aux personnes, il est cependant naturel de les employer pour marquer ce même rapport aux choses, lorsqu'on n'a pas d'autre moyen; en conséqu^ce on doit dire : L'église a sies privilèges , le parlement a ses droits^ la ville a SES agréments , la campagne a les siei^s; par la raison qu'il n'est pas possible de substituer ici le pronom en.
Mais on dira de la ville « Zes agréments en Sont préférables à ceux de la campagne; d'une république : les citoyens en sont vertueux} du parlement : Les membres en sont éclairés; de l'église : Les privilèges EN sont grands; par cela seul que le 'pronom en entre très bien dans la construction de la phrase. Par la même raison, on dira : Ce tableau a ses beautés ; cette maison a ses agréments ; mais on ne dira point : Ses beautés sont supérieures ; ses agréments sont grands ; il faut dire : Les beautés EN sont supérieures; les agréments en sont
grands. (Condillac, page 210, €b. X.)
Ainsi donc tontes les fols qu'on peut, dans ces sortes de phrases , employer le pronom relatif, U serait Incorrect d'y substituer l'adjecttr pronominal. C'est atnsl qa'il faut entendre la règle. A. L.
Voltaire cependant s'écarte de cette règle quand il dit : Riais la mollesse est douce^ et sa salle est cruelle.
(Zalrt, act. I, se. 11.)
Ainsi que le fait observer juaicieusement M. Chapsal^ la mollesse est douce y et la suite EN est cruelle^ eût été plus correct; mais quelle différence de cette phrase lourde, languissante, au vers harmonieux que nous venons de citer!
Thomas, en comparant les grands au marbre, dit : S'ils ont réclat du marbre, ils ont sa dureté.
Je crois encore, dit le même professeur, qu'on n'oserait le blftmer; quelle oreille assez peu délicate pourrait préférer ils eu ont la dureté P Les entraves de la versification peuvent faire pardonner cette faute , lorsque la phrase en acquiert plus d'élégance, d'harmonie ou de force.
39S DES PRONOMS RBLATin.
§ vm.
G) pronom relatif, des deux genres et des deux nombres, s'emploie pour à lui, à elky en lui, m elle, sur lui, etc., et il est d*un usage indispensable quand on parle des choses :
Tout mortel en naïuant apporte dans son cœur Une lof qui du crime y grave la terreur.
(L. Racine, Épitre surPHomme.) J'ai eonna le malhear, et j'y sais compatir. (Gaillard.)
« Soerate dit à celui qui lui annonça que les Athéniens ravaienl « condamné à mort : c La nature les y a condamnés aussi. » Mon trdne vous est dû : loin de m'en repentir^ Je vous y place même avant que de partir.
(Racine, Mithridate, act.ni, se. &.) Qui grave dans lui, je sais compatir à lui, les a condamnés d elle, je vous place sur lui , seraient autant de fautes contre la Grammaire.
Cependant, en poésie et en prose^ lorque le style est élev^, les auteurs, au lieu de y, emploient à la suite d'une préposition les pronoms personnels lui, elle, eux, elles, qunnd les objets sont personnifiés.
Lorsqu'il s'agit des personnes, on ne fait ordinairement usage du relatif y que lorsqu'on les assimile en quelque sorte aux choses, et que le verbe qui les accompagne peut se dire également des personnes et des choses. Ainsi Ton dit : En approfondissant les hommes, on Y découvre bien des imperfections. On découvre également des im^ perfections dans les hommes et dans les choses.
Hors de là, on doit se servir, pour les personnes, des pronoms personnels. On ne dira donc pas : à est un honnête homme, attacher- 1HNM-Y, mais attachex-^ixms àlui^ en effet, on ne s'attache pas aux choses comme on s'attache aux personnes. Cependant l'usage permet de dire : Je connais cet homme , et je ne m'Y fie pas. — L'usage veut aussi qu'on se serve de y dans les réponses aux interrogations: Pensez-^ous à moi? j'y pense. — TYavaiUez-vouspour moi PfY tror
vaille. (wailly, Féraud, BulBar, MarmoQleiO
Toutefois, beaucoup d'écrivains, les poètes surtout, ont fiut i du pronom y en parlant des personnes :
Pour ébranler mon coeur, Eft-€e peu de Camille, y joignez- vous ma sœur?
(F. Corneille, Horace, act. II, se. 6.)
Prince, n'y pensez plus (à Laodiœ), li vom pouTes m'en eroire.
(Le même, iVtcomédé, aci. IV, se. 5. ) N'y songeons plus. Allons, cher Paulin ! plus J'y pense (à Bérénice), Plus je sens chanceler ma cruelle constance.
(Racine, Bérénice^ act. II, se. 2 ) « On me dit tant de mal de cet homme, et j'y en vois si peu.
(U Bruyère.)
« A chaque moment qu'on la voit, on y (en elle) trouve un nou-
• vel éclat. » (Télémague.)
Mais que doit-on conclure de là? que ce sont des licences que les poètes et les grands prosateurs se permettent; et si on les leur pardonne, il est certain qu'on ne les tolérerait pas dans la prose ordinaire.
Nous pensons aussi qu'il est plus régulier de se conformer i la dlsttnction établie, et de ne se servir du mot y qu'en parlant des choses. Voyez ce qui a déjà été dit au pronom lui ( page 330). Cependant on trouve dans nos bons écrivains un grand nombre d'eiemples où la distinction n'est observée ni dans l'un ni dans l'autre sens.Voici, entre autres, une excepUon que l'usage semble avoir consacrée : m Quoique je parle t>eaucoup de vous, ma fille, j'y pense encore davantage nuit et jour. » ^!Vl<n« de Sévigoé.) II en est de même de cette autre phrase, dans le sens opposé : < Je n'ose vous dire à quel style il compare le vôtre, ni les louanges qu'il lui donne. » (/d.) Le goût, guidé par Tusage, peut seul nous ftiire connaître toutes ces nuances, qui vieuncnl faire exception à la règle. Â. L.
Voyez au chap. de Yj4dverbe ce que nous disons sur y adverbe.
ARTICLE VII
La fonction des pronoms indéfinis est de désigner les personnes et les choses sans les particulariser , et c'est à cause de ce défaut de précision qui se trouve toujours dans leur manière de désigner, qu'on les nomme indéfinis.
Ces pronoms sont : on^ quiconque^ quelqu'un, chacun, autrui j personne, Vun Vautre, Vun et Vautre^ tel^ tout