ON
On (276), toujours sujet, ne se joint jamais qu'avec la troisième
(276) I^ mot on vient du lalûn homo; il* a par conséquent le même sens que le sub:>tanur homme, que l*on trouve dans nos anciens auteurs. En elTct^ on disait
3M DES PRONOMS IlfBiniflS
personne singulière dn verbe; et qnoiqu'au singulier, il sert à exprimer une idée de multitude^ d'uniTersaliié, et il n'est guère d*iisage que dans les £^^^ns de parler indéfinies où aucun sujet n'est spécifié :
On garde stni lemordi ee qu'on acqaieri Mns crimes.
(Coraeille, Cinna, ici. II, te. 1.)
« On ne doit pas attribuer à la religion les déCstuts de ses mi-
« nîstres.» (Lederc)
On relit tont Radne, on choisit dans VotUire.
(Ddille, l* Homme d$s champs.) « On ne surmonte le vice qu'en le fuyant. » (fad61ob, Téiém.^ i. vil> Dans ces exemples, je fais usage d'une troisième personne singulière après le pronom on^ je ne désigne aucune personne qui garde, 9tft ne doitpasj qui relUy et je n'en détermine pas le nombre.
(B«8iiier-D6MDarai8, page t4S. — Resunt, pjtge 89. — MarmonUl, pige 304. — Le Diet, de FAeadémie*)
Ld pronom on, d'un usage très étendu dans la langue française^ ne se dit absolument que des personnes; toutefois on n'en fait point usage en parlant de Dieu; ainsi , au lieu de dire : < Au jugement « dernier, on ne nous demandera pas ce que nous avons dît, mais « ce que nous avons fait, » dites : Dieu ne nous demandera pas y etc.
(Wailly, page 204.)
Pour la douceur de la prononciation on met avant on la lettre euphonique l\ ou plutôt l'article le dont Ve s'élide toujours avant
aDlrefois kom, home, hon, omme, orne, om, pour homme et poar on* (Voyez U Trésor de Borel et les Glossaires de Garpentler et de Dacaoge ; voyez aussi cdni de H. Roquerort.)
Le roman de la Rose, page 282, dit : beau gentilhom poar beau gentilkomene.-^ ftlarot, en ses ballades, page 321, dit : IVoé le bon hom, pour iVoé lebonhomtme; enfin hom se prononçait on, dont on a ôté le h comme inutile.
Ce qui d'ailleurs vient à l'appui de Topinlon que nous nous sommes formée de l'origine du pronom on, c'est qu'il reçoit l'article le avec l'apostrophe, comme le nom homme; en effet, nous disons Y on étudie. Von joue , et non pu i-on éiudts» Uonjoue, sans doute parce qu'on disait autrefois V homme étudie, Vhomene joue c'est qu'encore les Italiens se sont servis du mot tiomo etuom, pour signifier homme et on; et enfin, que les peuples septentrionaux, d'origine germanique» se servent également du mot man ou mann, homme, soit au singulier, soit au pluriel, dans les cas où nous nous servons de on.
(Régnier- Desmarais, page 246. ^ Le P. Buffler^ n» 895. ^ Vautclas. 9« ran. — Condillac, Vin« chap'., page 205. -^ Restaut, page 89, et plusicnrs Grammalriens modernes.) •
DBS PROMMS nnytFiifis. 39Ô
une TOydle ; et tes mots après lf»quels fan doit être employé plutM que on sont : ei, si, im, que et qui; exemples :
Ce que Fcn codçoH bien s'énonce clairement .
(Boileau, Art poétique, ch. I.) Pour ptrâllre i mes yeoi, son mérite est trop ^and t On n'aime pas à voir ceux à quil'on doit tant.
(Corneille, Ificomède,êci' II, se. 1.) C'est d'on roi (Agésilas) que Von tient celte maxime aagoste, Qae jamais on n'est grand qu'autant que Von est juste.
(Boileau, Satire IX.)
* Si ron veut vivre tranquille, il faut mépriser les propos des sots, « la haine des envieux, Tinsolence des riches. » (GauiterUo.)
Cependant, dans le cas où le pronom an serait suivi de fe, la ou /e«, il ne faudrait pas faire usage de /' avant on, afln d'éviter un son désagréable; on dira donc : Je ne veux pas qu'o^ k tourmente, plutôt que je ne veux pas que l'on le tourmente.
(Lenare, page 609, — LaTeaux el Boiste, Met. des M/f ) Cette remarque prouve qu'après le mol que il est permis Indistinctement de mettre on ou l'an ; et d'ailleurs les exemples cités plus haut étant empruntés aux poêles indiquent des régies de prosodie plulôt que des régies de grammaire. Toutefois les orateurs en cela suivent les poêles. Mais dans le style familier et dans la conversa» lion sur tout j op emploie raremcnl la forme Von. A. L.
Enfin on est en général préférable à l'on; et, comme on n'emploie ton que pour éviter une consonnance désagréable, il ne faut pas en faire usage au commencement d'une phrase, puisqu'il n'y a pas dans ce cas à craindre de mauvaise consonnance (277). Il est donc mieux de dire : « On met à l'abri des coups du sort ce que Ton donne à ses « amis ; » (Pensée de Martial. ) — t On a vu la gloire sortir d'une « source déshonorée; » (M. YiLLEMAm.) que l'on metâVabri, etc., L*0N a vu la gloire, etc.
(Viugelas, 9, ta el ii« Rem. — Th. Corneille et rAcadémie «trces Bem, — Fromaot, page i&7. — ResUul, Wailly el Boisie.)
On cite cependant plusieurs phrases où nos bons auteurs n'ont pas observé cette loi. Voici même un vers de Racine où la symétrie semble exiger qu'on déroge à la règle:
L'on hait avec excès lorsque ton bail uo frère. Néanmoins l'emploi de on est beaucoup plus commun. A. L.
(377) Ce serait même une faute, parce que ce serait prendre le mot on ou Aowmi dans an sens défini , tandis que l'usage veut qu'il soit pris dans le sens le plus tah^ défini, le plus général, surtout an commencement de la période.
306 DES PRONOMS INDinHIS.
Le pronom on, à cause de sa signification tagne, est da gain masculin, comme l'indiquent les exemples ci-dessus ; étendant il y a des circonstances qui marquent si précisément qu'on parle d'une femme, qu'alors ce pronom a une signification plus détenmnée et adopte le genre féminin, qu'il communique à ra4iectif dont il est accompagné ; ainsi l'on dira à une femme : « On n'est pas toujours jwne et jolie. » (L'Aeadémie o
« Quelque mine qu'on fasse, on est toujours bien aise d'être at- <c mée. » (Molière, le Sicilien.) — c C'est on admirable liea que « Paris ; il s'y passe tous les jours cent choses qu'on ignore dans le^ « provinces, quelque spirituelle qu'on puisse être. »
(Molière, Ui Prêteuses rtdiades, se. ta.) Quand on a toal pour so\, que Von est firaîeke et belle.
S'attrister est bien fou. (Le méoM.}
On est plus jolie à présent»
Et d*un minois plus séduisant On a les piquantes finesses.
(Uarmontel, Mil. delitt., Rép. à Voltaire.) Demeurez pour servir aux femmes de modèle. Montrez-leur qu'tm peut être et jeune, et sage, et belle ; Sage sans pruderie, avec simplicité ; Que cela même ajoute un charme à la beauté.
(Collin d'HarieviUe.) (Le Dictionnaire de /'y^eadëmie.— Wailly, page 294. — Marmootel, giage 20^ - M. Lemare, page 373, note I51«, t. L — Sicard, p. 139. t. II.)
On peut être suivi aussi d'un adjectif ou d'un substantif pluriel; c'est lorsque le sens indique évidemment que ce pronom se rapporte à plusieurs personnes :
« On n'est pas des esclaves pour essuyer de si mauvais traîte- « ments. » (L'Académie.) — « Le commencement et le dédin de « l'amour se font sentir par l'embarras où l'on est de se trouver «( aeufe. » (La Bruyère. )-^« Personne n'est surpris de me voir « passer l'biver à la campagne ; mille gens du monde en ont fait aa- « tant; on est toujours séparés, mais on se rapproche par de Ion-
« gués et de fréquentes visites. » (j.-j. Rousseau, l. au marée, de Ltaembwj « Ici l'on est égaux. » (iDscrlpUon sur la porte d'ua cimetière^
On n'a tons deux qu'un cœur qui sent mêmes traverses. (Corneille, Polyeucte, act. I se. 3.)
A l'occasion de ce dernier exemple, Voltaire (dans ses Remarques sur Corneille) fait observer que cette expression ne parait pa» d'abord française , maïs que cependant elle l'est : Est-on aUéld?
dit-il, ON y été allé deux. C'est là une syllepse ou synthèse, figure dans laquelle les mots sont employés selon la pensée, plutôt que selon rasage de la construction grammaticale.
Il faut répéter le pronom on avant chaque verbe auquel il sert de sujet : On le loue, ON le menace, on le caresse^ mais, quoi que Von fasse, ON ne peut en venir à bout. Sans cette répétition, il semble que l'oreille ne serait pas satisfaite; aussi le goût en a-t-il fait une
loi. (Le P. Buffler, no ioi7.)
Toutefois, quand on répète ce pronom, on doit toujours, pour éviter l'obscurité, le faire rapporter à un seul et môme sujet; par conséquent les phrases suivantes ne sont pas correctes :
« On dit qu'on a pris telle ville; » — € On croit n'être pas trompé, c cependant on nous trompe à tous moments; » ^-^ « On croit être « aimé, et l'on ne vous aime pas; » — * On peut à peu près tirer « le même avantage d'un livre où l'on a gravé ce qui nous reste des c antiquités -de la ville de Rome. »
Dans la première phrase, le premier on se rapporte à ceux qui disent qu'on a pris telle ville, et le second à ceux qui l'ont prise. — Dons la seconde, le premier on se rapporte à ceux qui'croient n'être pas trompés , et le second à ceux qui trompent ; et ainsi des autres phrases : mais le rapport sera le même, et la faute disparaîtra, si l on dit : « On dit que telle ville a été prise; » — ^ On croit n'être t pas trompé, cependant on l'est à tous moments; » — m On croit « être aimé, et on ne l'est pas; » — « On peut tirer le même avant tage d'un livre où est gravé, etc. »
(Le P. Boahoura, page 24 i. — Beauiôe, Encycl. méitu, au mot rép^f/tion.— Wallly, page 344. — Domergoe, page 62. — Marmoatel, page 208. — Sicard, page S40, t IL)
Tous les verbes, à l'exception des verbes unipersonnels de leur nature, peuvent être précédés du pronom on. Ainsi on dit : On aime, ON est aimé, on tombe, on est puni, on se promène, on convient; mais on ne dit pas on importe^ on faut, on pleut, parce que ces verbes ne peuvent avoir pour sujet le mot homme, dont, comme nous venons de le dire, s'est formé par corruption le pronom on; et qu'il est de principe, ainsi qu'on le verra plus bas, qu'on ne peut pas dans les verbes impersonnels mettre de nom à la place du pronom %L (Restaul, page 326.}
Plusieurs personnes, accoutumées à lier le n final de on avec la voyelle suivante , suppriment le n qui doit caractériser la négation qoe le sens de la phrase exige; par exemple, au lieu d'écrire : On
398 BES PR0M0M8 IN DÉPimS.
ïCa rien d faire, on vfeit bon à Wen, elles émvent on a ritn é fmm^ on est bon à rien.
Mais dans ces phrases rieny signifiant néami^ nulle cftase, jms d» tùuty et ayant conséquemment un sens négatif, demande évidemment la négative ne.
Si cependant on était embarrassé de savoir si l'on doit faire oa ne pas faire usage de la négative, on s'en assurerait en substituant le pronom personnel je au pronom (m*, c'est-à-dire que si dans cette phrase, on n'a rien à faire, on employait ;e, on verrait de suite que la négative est impérieusement exigée après le pronom /e; et, en effet, fai rien à faire choquerait l'oreille la moins délicate.
Nous avons vu que le mot on pouvait élre en rapport avec on féiniaiii eton plorlel. Sa signification vague lui donne encore la faculté d'être employé pour les pronoms personnels. Voici plusieurs exemples tirés de Racine :
Et voui k m'obéir, prince, qu'on se prépare. Qu'on hait un ennemi quand il est prés de mou» ! Vous, Narcisse, approcliei ; et vous^ qu'on se retire.
Regnard également a dit :
Or a certains attraits, un certain enjonement, Que personne ne peut me disputer, Je pense. Dans toutes ces phrases, le pronom indéfini on n'est qu'une roantèn; déloanét de s'exprimer , au lieu du pronom personnel. A. L.
QUlCOJyQUB.
Ce pronom indéfini, ordinairement masculin, n'a point de pluriel : il ne se dit que des personnes, et il signifie quelque personne que et soit qui :
Quiconque a pu franchir lea bomei léglUmes Peut violer enfin lea droits les plus sacrés.
(Racine^ Phèdre, act. IV^ se. 2.)
Exterminez, grands dieux, de la terre où nous sommes Quiconque avec plaisir répand le sang des honunes !
(Voltaire, Mahomet, act. III, se. 8.)
Quand le pronom quiconque est employé dans le premier membre d'une phrase, on ne doit pas faire usage du pronom t7 dans le second membre : < quiconque attend un malheur certain peut se dire mal-
a heureux. )» (Saînt-Ërremond, lettre i madame de Masarin.)
Quiconque est riche est tout.. . . (Boiieau, ulire Vlir.)
Le motif de cette règle, qui nous est donnée par Vaugdas, Riche
DES PBONOMS IltBÉFIMIS. 309
tety Féraudy rAcadémie et les Grammairiens modernes est, comme le dit fort judicieusement Féraud, que quiconque renferme deux su* jets, l'antécédent et le relatif; en effet, c'est comme si l'on disait : (( Celui qui est riche, il est tout. »
Cependant Massîllon avait coutume de mettre ce pronom i7 après quiconquCy lorsque le second verbe en était un peu éloigné : a Quin « conque n'est pas sensible au plaisir si vrai, si touchant, si digne « du cœur, de faire des heureux, t7 n'est pas né grand; il ne mérite
({ pas même d'être homme. » ÇHtaiumUé des Grands,)
D'Olivet, dans sa traduction des Pensées de Cicérony a dit aussi : « Quiconque découvrit les diverses révolutions des astres, il fit voir a par là que son esprit tenait de celui qui les a formés dans le ciel. »
(Gbap. II, sitr f Homme.)
Mais ni Tun ni l'autre ne doivent être imités.
C*eil en vain, lelon nooi, qae la Grafnmaire nationale essaye de JusUBer l'emploi de il après quiconque» L'usage a ooDdanuiéeelte forme osilée aotrefois.RaclDe l'a cependant employée dans une toumure de phrase où elle nous semble irréprochable à cause de la constracUon s t
Quiconque ne sait pas déTorer ud affrooi. Ni de fausses couleurs se déguiser le Troot, Loin de l'aspect des rois qu'i/ s'écarte, qu'il fbie !
(8«Aer, acie ur, se i.)
Il en sera de même si le mot quiconque est placé au second membre de phrase: il passe pour tyran, quiconque s'y fait maître. (ComeUle.)
Mali oeUe toomore n'est plus guère en usage. A. L.
Lorsquelepronom quiconque a un rapport bien précis à une femme, on peut le faire suivre d'un a^ectif féminin; on pourrait donc dire à des dames : a Quiconque de vous sera assez hardie pour médire de « moi, je l'en ferai repentir, j»
(Le Dicr. de V Académie. — Wailly, page 20T. — Sicard,page 187, 1. 11. — Le Dlcl, ait. de Féraud. — Domergue* page lOB de son Manuel.)
Regnier-Desmarais pense que ce qui donne lieu dans cet exemple à l'adjectif féminin dont quiconque est suivi, c'est que ce pronom n'est plus employé indéfiniment, et qu'il est restreint et déterminé par de vous^ autrement il ne serait pas d'avis de préciser le genre d'un mot dont la signification est si vague, si indéfinie.
QUELQlPUJf.
Ce p^nom a deux significations différentes, selon qu'il est employé absolument, c'est-Àniire, sans rapport à un substantif; et selon qjfll
est employé relalivemeni^ c'est-ànlire, avec rapport à un substantif.
Quand il n'a pas rapport à un substantif, il signifie unepenonney
comme : « Quelqu'un a dit que Fâme du monde est le soleil. » —
« Quelqu'un a-t-il jamais doutésérieusementdel'existence de Dieu?»
— « J'ai parlé à quelqu'un. »
En ce sens, il ne se dit que des personnes, et ne prend jamais le féminin; il ne prend même le pluriel que quand il est sujet; onneditdonc pas dans le sens absolu, quelqu'une est venue, je connais quelqu'une;
— ni au pluriel, je connais quelques-uns, j'ai parlé d quelquesunes.
(Regnier-Desmâraii, page 305. — Le P. Buffier, n» 4T8. — Dangeau, dans la première partie de son TralU but le mot Quêlqifun» — Waiiij, page 20S. — Re^ laut, page 162.)
Mais quand quelqu*un a rapport à un substantif, il se dit des personnes et des choses, et se joint avec un nom on un pronom précédé du pronom en ou de la proposition de, et s'emploie aux deux geer^ et aux deux nombres; comme : « Connaissez-vous quelques-uns de a ces messieurs? quelques-unes de ces dames? J'en connais quelques- « uns, quelques-unes, »— « Avez-vous encore de ces étoffes? je crois « en avoir quelques-unes, » (Mêmes autontée.)
Quelquefois on emploie le pronom quelqu'un tout seul, et cela arrive lorsque le nom est manifestement sous-entendu, et que ce nom a été exprimé immédiatement auparavant, comme si l'on disait: « Ces fleurs sont belles, mais quelques-unes ont des épines ; » c'està-dire , quelques-unes de ces fleurs. *— « Plusieurs de ces dames « m'ont promis de venir; quelqms-unes viendront; » c'est-à-dire, quelques-unes de ces dames.
(Le P. Buffler, no 480. — Regnier-Desmarais, page 305.)
§iv.