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PLUSIEURS

Plusieurs, qui n'a point de singulier, est ou substantif ou adjectif pronominal.

Comme substantif, il est des deux genres, ne se dit que des personnes, et en désigne un nombre indéterminé * « Plusieurs ont < cru le monde éternel. » — « Plusieurs se sont trompés en voulant tromper les autres. »

(Le Dieu de VAcadém. — H. Lemare et plcuieon autres GruDmairiens modenies.)

Comme adjectif, plusieurs est également des deux genres; mais il se dit des personnes et des choses, et précède toujours le nom substantif qu'il détermine : « Plusieurs historiens ont raconté. » — € On le dit ainsi dans plusieurs gazettes. » — « De toutes ces c choses, il y en a plusieurs à rejeter. » (Mêmeiaaioriiéi.)

§ VI

TOÏIT.

Ce mot a cinq sortes d'acceptions distinctes :

1^ Tùut^ substantif, signifiant une chose considérée en son entier c'est le iotam des Latins : « Le tout est plus grand

« qu'une deees parties. » (L'Académie.) — En ce sens, il s'emploie tantôt avec l'article et tantôt sans l'article; dans ce dernier cas, il signifie chaque chose ou toutes sortes de choses^ et quelquefois toui le monde. U est toujours du masculin et du singulier : c La jeunesse « est présomptueuse; quoique fragile, elle croit pouvoir tout. »

(Fdnelon, TéUm,, Iktn I.) Tout était adoré danale siècle païen; Par un excès contraire, on n'adore plus rien.

(L. Racine, la Religion, chant VI.)

c Tmt tombe, tout périt, toui se confond autour de nous. » (Sermon du père Neuville.) — c Tout fiiyait, lui seul osa résister. > (L'Académie.)

2* Touty adjectif, signifiant tout entier. . . c'est le totus, Yomnis des Latins : « Tout l'homme ne meurt pas. » (iLLemareetiLLaTeaiix.)

Celle acception a beaacoap de rapport avec la A; et l'on pourrait id les confondre : J'ai couru tout le jour ; tout mon espoir réside en vous, etc. A. L.

3* Tout, adjectif, signifiant cAo^ue. . . c'est le quisque des La-

4M BBS AIUBCTIFS PROlfOHllUUI INDliFIHlft.

tins. — Dans ce sens, kmi est toujours au singulier, et n*est jamais suiyi de Tarticle ni d'un équivalent :

Tout éloge imposteor blesse une Ame f inoère.

(BoUeaa, ÊpItrelX.

Tout citoyen doit f enrir son pays ; f^ soldat, de son sang ; le prêtre, de son zélé.

(Lainotte, aux ÉcrW. inuL.) , Tout mortel en naissant apporte dans son cœur

Une loi qui du crime y graye la terreur.

(L. Racine, Épit, II sur l'Homme,) •—Il est un cas cependant où, dans ce même sens, on peut employer l'arUde.AiBfl Ton dit : tous le» jours, tous les mois, toutes les heures, pour indiquer une distribution périodique de temps, comme s'il y avait : chaque jour, ehaquemoiSi elf. On dit de même : tous les deux jours, tous les trois mois, toutes les vingt-quatre heures; c'est- A-dire, de deui Jours en deux jours, de trois mois en trois mois, de vingt-qoatre heures en vingt-quatre heures. Voyez aussi pour le pluriel, p. 42S. A . L. 4* TtnU, adjectif, signifiant une universalité collective. . . c'est l'omne^ des Latins. • — « Toutes les nouveautés en matière de reli- « gion sont dangereuses. » — « Tous les peuples qui vivent mi- « sérablement sont laids ou mal faits. » (Bufpon, Hist. nat. de

r Homme.) (m. Lemar».)

Dans cette même acception, tout peut accompagner non seulement les adjectifs possessifs : « Employer tout son pouvoir, touU n son industrie, tout son savoir, toute sa capacité pour son ami, « c'est remplir un devoir; » mais encore les dix suivants : Nous, vous, euxy ce, celui, ceci, cela, celui-ci, celuilày te. 11 se met toujours à la suite des trois premiers : nous tous, vous tous, eux tous; mais il figure avant les démonstratifs : tout ce, tous ceux, tout ceci, etc. Le, pronom, ne veut immédiatement tout ni avant ni après lui, mais le renvoie après le verbe, dans les temps simples, et entre l'auxiliaire et le verbe, dans les temps composés : € Je les « ai tous éprouvés, et' je les trouve tous très bons. »

(Lévizac, page S94, t. i) .Ce mot peut encore accompagner un adJecUf de nombre, tous deux, taue trois, ou tous les trois. La différence qui existe entre ces locuUons, c'est que la piemiëre marque ordinairement simultanéité: Ils sont partis tous deux pour la eampaçne, c*cst-A-dire, ensemble, en même temps. Tous les deux (c*esl4-dire, l'an et raulre) sont mçris depuis longtemps. Telle est la distinction admis par l'Académie. Mais ce n'est point une règle absolue, et nos bons écrivains ont souvent employé CCS formes Tune pour Taulre. En effet, si l'omission de l'article éubllssait une distlncUon réelle et complète, il faudrait pouvoir Tometlre avec tous lea nombres, tandis que, selon l'Académie elle-même^ Tusage permet rarement de le i

ras AiMBGTiPs PROMomif AUX iKDinms. 4S6

nu dett de qwÊin Jaiqa'à diœ, ei que, pané ce nombre , il eiige cfQ'oii l'emploie loajoiin. Ainsi Ton dit plutôt tous ht cinq, toiu lei sixi et l'on dit eicluilYeBMnt tous Utdouxe, tous Uê seiMe, tous les vingt, tic. A. L.

5"* Tïmtj adverbe, signifiant tout à fait, entièrement, jfuelgfue (281). . . c'est Yàmninôf le plané des Latins. Dans ce sens, il est inyariable, qnand, placé avant un adjectif masculin plurfeU ou avant un adjectif féminin singulier ou pluriel qui commence par une voyelle ou un & non aspiré, il sert à le modifier en exprimant une sorte d'excès ou d'intensité. « Ce sont des enfants tout pleins « d'esprit. » — « Ces vins-là veulent être bus tout purs. » — « Les « chevaux qui ont le poil roux sont ou tout bons ou toui mau-* < vais. »

(L'Académie, Th. Corneille, Observ, sur la I07e Bematque de VaugeUu, et Utouix, son DtcL des Difficultés, au mol tout.) Nos vaisseaux sont tout prêts, et le yent nous appelle.

f Racine, Andromaque, acte III, se* 1.) C'est là ce qui fait peur aux esprits de ce temps Qui, tout blancs au dehors, sont tout noirs au dedans (282).

(Boileau, Discours au rot.)

« Eucharis, rougissant et baissant les yeux, demeurait derrière « tout interdite. »

(Féneion^ Télém,^ i. III, édition de M. Lequien, eoUaiionnée sur les trois manuscrili connus à Paris.

(281) Tout à fait est une expression adverbiale, et entièrement un adverbe; comme tels, ils sont invariables de leur nature. Quelque, placé avant un adjeetif mascaiin ou féminin, singulier ou pluriel, est également invariable. (Vojex J X , page 433.)

(282) Observez que si, sans aucunement avoir égard i l*état, à la qualité des personnes et des cboses dont il a été question dans tous ces exemples, on ne voulait considérer que ie nombre do ces personnes ou de ces choses, on serait obligé, pour exprimer sa pensée, de mettre toute avant i'adjectif féminin ; on bien, si TadjeeUf »e iroaTait au pluriel masculin ou féminin, de mettre tous ou toutes.

Ainsi au lien de dire, par exemple, les chevaux qui ont le poil ro%ix sont ou roxrr bons ou tout mouvait . — JVbs vaisseaux sont tovt prêts. — Ces hordes tant TOUT usées, etc., etc.; ce qui signifie, les chevaux qui ont le poil roux sont VIS TOUT A FAIT boni OU TOUT A FAIT mouvais. — Nos vaisscaux sont bmtikrk- SKJET* prêts. — Ces hardes sont tout a fait usées ; on dirait : les chevaux qui nt le poil roux sont tous bons ou tous mauvais ; les vaisseaux sont tous ^éts, ces hardes sont toutes usées î ou, ce qui serait encore mieux, on dirait: -O09 te» chevaux qui ont le poil roux sont ou bons ou mauvais; tous les vais-^ eatdOD sont prêts, puisque c'est du nombre de personnes ou de choses que l'on veut arler^ et non de leur état.

496 DES ADIBGTIFS nONMINAUX IHMfenHU.

« Baléftzar a commencé son règne par une condaite àM oppoflie

« à celle de Pygmalion. » (Tétémaque, IW. VtU, mène édition.)

« Tout éclairée qu'elle était, elle n'a point présumé de ses ooo-

< naissances. » (Bossuet, Ondscn funèbre de la dueh. drorl^ane, éOit. de P. iMoL)

C'eit YéDus tout entière à sa proie altacfaée.

(Radne, Phèdre, acte I, ac. 3, èdft. de P. Didoi.)

Et mon âme à la eoor s'attacha tout entière.

(Le même, Athalie, acte III, se. S, même édtt.)

« La yaleur, tov4 héroïque qu'elle est, ne suffit pas pour fkireles

< héros.» ( ll2Scaron, Oraiion /'i0t.d£T)o«iuK.) L'Académie remarque qu'autrefois on écrivait et Ton imprimait dans ce demkT

cas toute etuière, toute inquiète, toute heureuse. Quelques personnes même suivent encore celte ancienne orthographe. Cette sorte de faute se sera accréditée sus doute par l'effet du t sonnant st^ la voyelle suivante, car il serait mal de dire ai pluriel touUs entières. La signification d'ailleurs n'est plus la même si I'oq écrit: ces femmes sont tout inquiètes ou toutes inquiètes. C'est déjà bien assex qa'il puisse y avoir amphibologie dans le cas de l'exception qui va suivre» lonqn'oi dit : ces femmes sont toutes tremblantes. A. L.

Exception. -^ Tout, ayant la signiacation de quelque^ entièrement, tout à fait, cesse d'être inyariable, lorsque Fa^ectif qu'il précède est féminin et commence par une consonne ou par un h aspiré : « Toutes raisonnables qu'elles sont. » — « C'est une femme

< toute pleine de cœur. » — < Cette jeune personne est toute bon- « teuse de s'être exprimée comme elle l'a fait. » (L'Académie.)

Reharque. — Il faut observer que tout, lorsqu'il précède l'ad^ jectif aulre suivi d'un substantif exprimé ou sous-entendu, a dans ce cas la signification de chaque, adjectif déterminatif modifiant le substantif, et conséquemment s'accorde : « Toute autre place qu'un trône

< eût été indigne d'elle. » {Bossuet, Oraison funèbrede lareine^Jngleterre.) '^ c Cette liberté a ses bornes comme toute autre espèce de « liberté. » (Voltaire, Préf. dutumte d'Essejp.) — « Voilà la paix

< dont j'ai joui, ^tmt« autre me parait une fable ou un songe. » (Télém., liv. IV.) — Sous-entendu paur.

Mais touty suivi de autre et d'un substantif, redeviendrait aaverbe, et conséquemment invariable, si tout était précédé du mot une; alors lou^ signifierait entièrement et modifierait l'adjectif ai^ tre. Ainsi Bossuet eût dit et écrit : « Une tout autre place qu'on c trône eût été indigne d'elle. »

Ce n'est pas seulement avec le root une que tout devient adverbe devant oMtrs, beaucoup d'autres locutions rentrent dans la même règle. C'est toqionn le sens qui

DBS àSMXrtVS PRONOVINAUX INDÉFINIS. 497

doUferfirdtegoMe. Ainsi roo écrira : « Yolcl de fotif antnt affafret. • (J.-I. seau.; — « U cour eit A Marly UnU autre qu'à Versalltef . > (Racine.) *- « Cesl tout aalre chose. » (Académie.) A. L.

7\nU est encore adverbe et alors invariable^ quand il précède un autre adverbe, comme dans ces exemples : c La rivière coule

< UnU doucement. » (L'Académie, au mot iout.) — c Ces fleurs K sont ùnU aussi fraîches qu'hier. »

(Méoagf et Patra,mr la iot« Rem. de Vaugeloi.)

« La joie de faire du bien est iout autrement douce que la joie

< de le recevoir. » (MassUloo, Sem. $»^ lamon du Pécheur.)

Exception. — Tàut, placé avant l'adverbe tant, n'est pas adverbe, mais adjectif-, il signifie alors en quelque nombre que, et s'accorde avec le mot qu'il modifie. On lit dans L. Racine (Poème de la Grâce, ch. iV) :

.... Diea vent le salot de tous tant que nous sommesi Jésus-Christ a versé son sang pour, tous les honunes.

Dans Molière (les Femmes Sav., act. III, se. 2) :

Et je veux nous venger Unitee tant que nous sommes De cette indigne classe où nous rangent les hommes.

Enfin tùut est adverbe quand, pour exprimer l'excès, l'intensité, il précède un gérondif, ou une préposition et un substantif, remplaçant l'un et l'autre un adverbe : u Elle lui dît cela iout en riant. » — « Elle sortit tout en grondant. » (L'Académie.)

Si bien donc que votre âme est tout en feu pour moi.

(La Fontaine, Climine, comédie.) ThèbeSi qui croit vous perdre, est déjà tout en larmes.

(Racine, Us Frères sfinemiSf aet. I, se. 4.)

Et quand il précède un substantif employé sans déterminatif, et pour qualifier un autre substantif ou un pronom : a Cette femme est u tout œil et tout oreille, iout yeux et tout oreilles. »

(I/Académie et Th. Comeille, Obterv, sur la 107* Bon» de Vaugelas.) Ce diable était tout yeux et tout oreilles.

( La Fontaine, fable 244, BelpMgor, ) — Il faut dans toutes ces locutions s'attacher à bien démêler le sens de la phrase. Ainsi l'on écrira : eeUemaison est toute en feu, si l'on veut dire que la maison orûle en totalité ; et lamaison est tout en feu, si l'on veut seulement marquer l'intensité de l'incendie. De même, lorsqu'une femme écrit j> suis tout à vous, cette expression de politesse marque seulement la bienveillance. Mais quand M»* de Sévigné dit à sa fille : Je suis toute à vous, elle exprime un scnUment de tendresse et de dé^ vouement. À. L.

Observations. — Tout, joint à un nom de ville, prend le genre masculin, quoique le nom de ville soit féminin , non pas parce que dans

4M DB8 ADJBCTIFB PROHOMINAUX INDiFINIS.

ce cas on le oonsidère.comme adverbe, mais parce qu'on soufi-entend le moi peuple, auquel Fesprit fkit rapporter l'adjectif Éoui; on dira donc avec le cardinal d'Ossat : « Tout Rome le sait ou Ta vu. «*- 7Vm< Florence en est abreuvé, » c'est-à-dire, tout le peuple de Rome, tout le peuple de Florence.

(Th. Corneille, «tu* la i06« Rem. de Yamela»^ etrAeedémie.}

Il n*en est pas de même lorsqu'il est joint à un nom de province, de royaume, d'une des quatre parties du monde, et même d'une paroisse ou d'une rue; il prend alors le genre de ce nom; il faut donc dire : Umte la France, Umte la rue, toute la paroisse l'a vu; quoique toute la France, la rue ou la paroisse ne signifient autre chose que tout le peuple de la France, de la rue ou de la paroisse.

(Udiiies aatoritée.) n est évident <^<t l'exception doU être réduite le plos possible, et que les noms de Yiiles même doivent exiger raccord du mot louf , dès que le sens n'est plus restreint à ridée d'un peuple personnifié. Ainsi l'on dira: Toute Rome est oouwrte de monumenU ; toute f^eniie est sillonnée de canaux. C'est ainsi que l'on dit : Toute Notre-Dame en a retenti, etc. A. L. •

Tùut se répète avant chaque substantif, synonyme ou non : « Il a « perdu toute raffection, toute l'inclination qu'il avait pour moi;)» et non pas : « Il a perdu toute l'affection et l'inclination, etc. »

Ce serait une plus grande faute de ne pas répéter tout devant deux substantifs de genre différent; et il n'y a personne qui put souffrir cette fin de lettre ; «Je suis avec toute l'ardeur et le respect « possible, D au lieu de : a Je suis avec toute l'ardeur et tout le respect

« possible. » (Mêmes aulorilés.)

Enfin, quand tout a la signification A^ chaque ^ le singulier est plus correct que le pluriel. En vers, on a le choix de l'un ou de l'autre nombre, et Racine a pu dire :

Et ne voyais-ta pas, dans mes emportements, ' Que mon cœur démentait ma bouche à tous moments ?

(Andromaque, acte V, se 8.)

La Fontaine {La Fortune et le jeune Enfant^ .

Elle est prise à garant de toutes aventures. Et Fontenelle :

Mol qui n'ai, pour tous avantages, Qu'une musette et mon amour.

Mais, en prose, il est mieux de dire : de tout genre y de toute sorte y que de tous genres, de toutes sortes. Cette règle, donnée par Féraud et Domergue, est établie sur l'usage le plus commun et le

DBS ÀDiE€TlFS PBOKOMINÀUX INDÉFINIS. 439

plusaaloriséy et confirmée par une remarque de Brossette sur ces vers de Boileau ( Sat. XII) :

Puk, de cent dogmes faax la snperetftion

Répandant l'idolAtre et folle illasioo

Sur la terre en tout lieu disposée à les suivre.

qne Ton doit, dit-il, écrire ainsi, et non pas en tous lieuXy comme le portent quelques copies.

Voyez plus loin, chap. VII, art. 6, Observatiant sur l'emploi depluêieurtoiU verbes, lettre 7*.

§ vn.

TJEL.

Nous en avons parlé aux pronoms indéfinis, p. 414.

§ VIll.

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