CHAPITRE SIXIEME
Propositions comparatives.
Afin de donner une idée plus claire des moyens dont use la langue pour comparer entre elles deux idées dans une même proposition, nous rapprochons ici la comparaison dont les termes sont au même degré de celle où les degrés diffèrent, bien que le rapport organique des propositions ne soit pas le même dans les deux cas. En effet, ou bien ces propositions se trouvent sur la même ligne, c'est-à-dire sont corrélatives, et alors l'ordre dans lequel elles se placent peut être indifférent : ainsi « il est aussi noble qu'il en a l'air ; elle est aussi blanche que la neige (autant que la neige eUe est blanche) » ; ou bien la seconde proposition est à tel point dépendante de la première qu'elle ne peut en prendre la place : « il est plus noble qu'il n'en a l'air ». Mais les deux espèces de propositions s'accordent en ce que la première contient une expression intensive (adjectif, pronom ou adverbe) dont la valeur doit être déterminée par la seconde proposition. Suivant les circonstances, l'intensif aussi bien que l'attribut de la seconde proposition peuvent être sous-entendus (son œil brille comme le soleil). Les mots de liaison varient suivant la nature de l'intensif qui précède ; en français seulement l'importante copule que est arrivée encore ici peu à peu à représenter tous les rapports.
1. La comparaison de termes au même degré opérée par des adverbes ne s'exprime pas dans toutes les langues filles au moyen des mêmes mots. Lat. sic .... ut, ita .... ut, tam .... QUAM. Ital. SI ... . coME, cosi .... coME, par ex. cosî vivo io corne
vivete voi (ego ita vivo ut vivitis vos); questi è cosî ricco corne quegli {hic tam dives est quant illé) ; cosï era mirabil cosa corne si ragionava ; ella è si bianca corne la neve ; caddi coyne corpo morto cade Inf. 5, 42. L'espagnol se sert de TAN (ou du neutre tanto) .... como : sois tan nobles como pareceis ; tan obscuro como la noche ; ella salta como un gamo\ sur quai pour como, voy. § 3; port, tâo .... como. Prov. TAN .... CUM, Aissi OU EN Aissi .... cuM : ancmais tan jauzens no fuy cum er suy ; non es acsi cum anaven dicent Boèce 145; en aissi fos près com ieu sui Choix I, 407. Franc, aussi .... que, si .... que, la seconde formule n'est usitée que dans les propositions négatives, car dans les propositions affirmatives elle exprime l'effet produit (p. 310) : il est aussi sage que vaillant ; il est aussi à plaindre qu'un autre ; il n'est pas si (aussi) riche que vous. Le v. français emploie comme : altresi blanche cume flur, et cette expression se trouve encore dans Malherbe et même dans Corneille : aussi bon citoyen comme parfait amant ; mais que était entré dans l'usage à une époque bien antérieure, par ex. dans Comines 1,9: chose si incertaine qu'une bataille. Comme a été conservé par le français moderne lorsqu'une expression intensive précède : il est hardi comme un lion. Val. atut .... ca, cum : sunt atut de amie al statului ca ori-care (tam sum amicus reipublicae quam qui maxime) ; un om cum esti dumnia ta (ital. un uomo como èV. S.) — Il faut de plus faire les remarques suivantes : 1) Lorsque dans ce genre de comparaison, qui relève seulement les points spéciaux sur lesquels deux objets s'accordent, la proposition relative est en tête, on renforce d'ordinaire la particule de cette proposition en lui en préposant une autre qui a un sens démonstratif, et il peut alors arriver que la proposition suivante contienne un second démonstratif. Voici ces formules : ital. siccome, cosï come .... cosï, esp. Asi como .... Asi, prov. SI coM, AISSI com, atressi com .... SI, franc, ainsi (non pas aussi) que .... ainsi, puis comme .... ainsi. Exemples : Ital. siccome eterna vit a è veder Dio . . . cosî me, donna, il voi veder felice fa P. Son. 158. Esp. como un espejo quebrado finge varies tornasoles, asi el sol entre arreboles no muere Cald. I, 131^; port, assi como a bonin^a ... toi esta morta a pallida donzella Lus. 3, 134. Prov. si cum la nibles cobrel jorn, si cohre avers lo cor Boèce 133; aissi com la Clara stela guida las naus ... si guida bos pretz selui Choix V, 152 ; franc, ainsi que les rayons du soleil
dissipent les nuages, ainsi etc.; ainsi que la vertu, le crime a ses degrés ; comme le soleil chasse les ténèbres, ainsi la science chasse l'erreur. — 2) Dans les attestations où il s'agit d'un souhait dont on subordonne la réalisation à un fait, le latin réunit le souhait au fait par les particules comparatives ita (sic) .... ut : ita me dii ament, ut ego nunc non laetor. Il en est de même en roman : Ital. cosî foss' io sano, corne io non sono, che io mi lever ei (je me lèverais, si j'étais aussi bien portant que je le suis peu maintenant) Dec. 9, 3. Esp. ansi (asi) las ninfas . . . vengan humildes d tus aguas claras, QVE prestes d mis asperos lamentos atento oido Num. 1, 2. Prov. aissils g art dieus, com els non an erguelh Choix IV, 286 ; fr. ainsi dieu me soit en aide, que je ne mens point. Il va de soi que la seconde proposition n'existe pas, lorsque la première renvoie à quelque chose qui a déjà été énoncé : lat. ita me dii ament! sic valeant pueri! it. cosî iddio m'ajuti! si foss' io morto! esp. asi Dios te guarde ! v.fr. ensime puisse Dieus tehir! m. h. ail. sô helfe mir dîn hulde!
2. La combinaison pronominale talis .... qualis, prise adjectivement ou adverbialement, se construit avec le substantif ou le verbe. Quelques langues romanes prennent certaines particules dans l'acceptation de qualis. Ital. quale io fui vivo, tal son ynorto ; quale è quel cane . . . cotai si fecer quelle faccie lorde Inf. 6, 31 ; quali colombe vengon . . . cotali usciro Inf. 5, 82 ; un uomo {taie) quale fu César e ; aussi CHENTE il padre, taie il figliuolo. Esp. qual es la madré, TAL es la hija ; yo soy quedada quai la nave sin patron ; port, quaes as formigas as forças exercitam, taes andavam as nymphas Lus.; se mia verdade tees por (tal) quai he. Prov. ieu soi tais, com a drutz cove PO. 219 ; de même aussi en V. français m* avez jugée à telle mort com d'ardoir? TFr. 520 ; le français moderne emploie la locution tel que , qui , comme l'ital. il quale, peut aussi se placer en tête de la proposition entière : il est tel que son père; tel qu'un lion rugissant met en fuite les bergers, tel le héros etc. — Il convient encore de rappeler à ce sujet : 1) L'italien et l'espagnol quai s'emploient aussi sans flexion, comme adverbes, pour le lat. qualiter, surtout dans l'équivalence : quale i fioretti . . . taie Inf. 2, 27 ; quale i Fiamminghi ...a taie immagine etc. 15, 4 ; esp. quai suelen las ovejas ... tal ninos y mugeres ... andan de calle en calle Num. 4, 2 (p. 81) ; quai rapidos torrentes, tal (asi). — 2) Dans les langues filles, talis .... talis a pris
aussi une valeur corrélative : ital. tal opéra, tal mercede; esp. tal amo, tal criado ; fr. telle vie, telle fin ; v.fr. itel com tu es, itel fui. Cette combinaison n'est usitée que dans des propositions de peu d'étendue.
3. Tantus .... QUANTUS so Construit comme talis .... qualis; ici aussi on remplace le relatif par des particules. Ital. tante (cotante) volte, quante nella memoria mi mené ; lo secol primo quant' oro fu bello ; tante volte, quantunque gradi vuol che giù sia messa Inf. 5, 11. On blâme l'emploi de tanto .... coME, TANTO .... CHE. L'cspagnol emploie généralement tan, QUAN pour TANTO, QUANTO devant des adjectifs et des adverbes, et aussi como pour quanto, mais cette substitution n'est nécessaire que lorsque la proposition relative n'a pas d'attribut propre : tiene tant a hacienda, quanta su padre ténia ; aunque la vida se alarga, no es para vivir tan larga quan corta para llorar ; juntô tanta gente como pudo ; hahlaha tanto como solia ; he leido tantos lihros como tû ; port. cantado de {tantos) quantos hebem a agoa do Parnaso ; nada tanto 0 deleitava como a voz do rouœinol. Prov. el mon tan laia malautia non a can gilozia {c'a'n dans le texte imprimé) Choix III, 412; ai d'amor tan quan vuelh 28; atretan volon dire com etc. 248 ; atrestan .... cum 419. Fr. autant .... QUE (et rinverse autant que .... autant), avec la négation aussi TANT ... QUE (p. 310), par ex. il boit autant d'eau que de vin ; je le défends autant que je puis ; autant que de David la race est respectée, autant de Jézabel la fille est détestée Rac; yHen ne m'a tant fâché que cette nouvelle. En V. français on se servait aussi des formules tant .... quant, TANT .... COM, AUTANT .... COMME, dont Corneille faisait encore fréquemment usage [qu'il fasse autant pour soi, comme je fais pour lui Polyeuc. 3, 3), et tant .... que dans les propositions positives [il estoit tant aspre qu'il estoit possible). Le français fait aussi entrer dans quelques locutions tant .... TANT comme corrélatif : tant vaut l'homme, tant vaut sa terre.,
4. La juxtaposition de deux comparatifs {tanto brevius, quanto felicius) s'effectue dans une proposition corrélative, soit au moyen d'intensifs déterminés comme tanto .... quanto, dont le premier peut aussi être omis, soit même par le simple comparatif. Chaque dialecte a ses particularités. Ital. tanto più .... QUANTO PIÙ, par ex. quanto più egli ha, tanto più vuol avère ; plus simplement : quanto la cosa è più perfetta.
piû sent a il hene Inf. 6, 107 ; pensandoci piû, piû dolor sento, Esp. tanto mas .... quanto mas: tanto mas mostrareis quien sois, quanto mas con paciencia supieredes llevar estos casas ; quanto 7nas lexos de ti, ynas sin gloria y mas sin mï CGen. ; le portugais se comporte comme l'espagnol. Prov. TANT PLUS.... QUANT PLUS, ouavecle comparatif: es tant plus aondos en plors, quant fo en pechaz plus talantos GO. 299^; qui mais val, mais dopta far faillida Choix l, 381 ; en outre, le membre relatif est souvent caractérisé par CUM et plus souvent encore par on (la t. unde dans le sens de uhi), et la seconde proposition débute parfois par e (et) : cmn plus Vesgart, mais la vey abelhir III, 50 ; un plus tost leva, tant es plus tost gastaz GO. 272^; on mais mi faria d'amor, E plus fizel m'auria LR. I, 496; on plus ....plus Choix IV, 2, 15; on trouve même ont plus .... ont plus GO. 227 (comp. Tall. je mehr ....je mehr). Le français rend le rapport en question soit par d'autant plus .... que plus, soit par le simple comparatif, et ici aussi et peut être mis en tête de la seconde proposition : la ver^tu se fait d'autant plus révérer qu'elle se montre plus modeste ; plus le péril est grand, plus doux en est le fruit ; plus j'apprends son mérite, et plus mon feu s'augmente Corn. Cid ; plus j'y pense, et moins je puis douter Rac. Athal. En v. français, on dit comme en provençal quant plus ou com plus, par ex. quant 7niex i cuid' hon estre, et ele plus tost faut, voy. Ruteb. I, 399 ; com plus vraiement sont dolent des lur (péchiez), plus droitement blâment les altrui LJ. 451 "i. Le daco-roman emploie soit cut mai .... atuta mai (c.-à-d. quanto ïnagis, tanto magis) soit eu cut mai .... eu atuta mai (littér. cum quanto magis etc.), par ex. ciit mai prost este cineva, atuta este si mai ohraznic (ital. quanto uno è piû stolto, tanto è anche più moroso) ; eu eut esti m,ai pre sus, eu atuta caute se fii mai smerit (quanto tu stai piû alto, tanto piu conviene che sii umile).
5. La proposition qui dépend d'un coinparatif est rattachée à ce comparatif par que, comme en latin par quam, qu'elle ait ou non un verbe qui lui soit propre; on déterminera à la troisième section dans quelle mesure la négation peut l'accompagner. Ital. ella è piû hella che tu non credi ; lucevan gli occhj suoi piû che la Stella Inf. 2, 55 ; prov. dona genser que no sai dir ; plus blanca es que Elena ; franc, vous écrivez 7nieux que vous ne 2Mrlez ; cela lui convient mieux
qu'à personne^. L'espagnol et le portugais se séparent des autres langues en reliant la proposition dépendante, lorsqu'elle a un verbe propre, par de lo que, do que (sans négation) : aquel es mas rico de lo que se piensa ; llegaron mas presto de lo que quisieron ; he ynelhor do que parece ; atravessa com mais fur or o mar do que costuma. Si le verbe est commun aux deux propositions, que suffit, bien que le portugais recoure volontiers à do que : esp. aquella es mas hermosa que el sol; port, mais belha que a flor de lis ; vosso irmào he mais animoso do que o meu. Cette expression circonstanciée, que ne s'interdisent pas non plus les langues sœurs (par ex. ital. ella fessi lucente piû assai di quel ch' ell 'era Par. 5, 131), rappelle un autre procédé indiqué à la p. 309, où l'on a aussi recours à de que. Le dialecte valaque n'emploie pas de particule correspondante au que des autres langues : le mot qui lui sert ici est de cut (= ital. di quanto) : Géorgie este mai inalt de eut mine {major est me) ; mai aies este numele bun de eut avutzii multe {fama melior est divitiis).
6. L'objet auquel est comparé le sujet peut aussi être indiqué par la préposition de, lorsque le verbe est commun aux deux propositions. Cependant cette faculté n'est pas restée à toutes les langues, sauf dans un cas : c'est lorsqu'il ne s'agit pas de comparer deux objets entre eux, mais seulement d'augmenter ou de diminuer le nombre attribué à un seul objet, ainsi « il y a plus de cinq chevaux », c'est-à-dire « il y a cinq chevaux et plus ». L'italien ne connaît aucune restriction de ce genre ; on dit par exemple : Vuno ha più forza delV altro {alius alio plus hahet virium); la terra è più grande délia luna ; so7îo più di cinque cavalli ; più di due ore ; il en est de même déjà dans les plus anciens textes, où on lit par ex. chiù (sicil.
1. Lorsqu'on nie ou conteste la gradation elle-même, en sorte que les deux objets comparés puissent être considérés comme se trouvant sur le même degré, on emploie en provençal et en v.français gom au lieu de que. Par ex. meintz non la preisareiz con vostra filla fasiatz (vous ne l'estimerez pas moins que vous n'estimiez votre fille) Jfr. 127^; non a plus com sel qu'om porta a batejar Galv. Osserv. p. 213 {qu' aquel pour com sel, voy. Choix V, 307) ; non o près plus cum (var. que) feira enans IV, 51 ; re no degr' otn melhs fugir com mal senhoriu PVid. p. 48 ; comment poist il plus auvertement mosirer sa miséricorde com par ceu quHl ma misère mismes receut? (comment pourrait-il témoigner plus ouvertement sa compassion qu'en se chargeant lui-même de ma misère ?) SB. 547 ; ne puet avoir honor greignor con de morir Ren. 1, p. 200. Ce com peut être rapproché de l'allemand populaire wie pour als {heller wie die Sonne).
pourpm) bella dona di me PPS. I, 6. On ne donne la préférence à que qu'avec les noms qui se passent de l'article : Roma è meno popolata che Napoli ; meglio qualche cosa che nient e. Cet usage a été suivi aussi par le v. espagnol, comp. des passages tels que de mi mucho mejor (midto melior 7ne) Bc. MilL 315 ; era dél mayor {major illo) Mis. 199 ; mejor de pan de trigo (7nelior pane triticeo) Mil. 341 ; de la quai ninguna cosa hay mas digna S. Prov. p. xxix. Cette construction, sans parler de la formule de lo que mentionnée au paragraphe précédent, subsiste il est vrai en espagnol moderne, mais elle y semble réservée au style élevé, par ex. harto mejor de aquella Num. 4,2; que mayor desdicha puede ser de aquella que aguarda la muerte ? DQuix. 1 , 15 ; mas hermosa de aquel coro de ninfas fué la diosa Cald. I, 76^ ; mas de un acero Une el agravio 370^. De est partout usité dans le cas exceptionnel qui vient ^d'être indiqué , c'està-dire avec des noms de nombre : poco mas de una hora ; en menos de quince dias. en port, comme en espagnol : como quererlle melior d' outra ren Trov. n. 210; louvar mais de merecydo CGer. II, 73. Le provençal et le v.français procèdent exactement comme l'italien et le v. espagnol, par ex. non es lo sers maier de so senior Ev. de Jean éd. Hoôn.; plus ponhens d'espina Choix III, 100 ; meils de nul autre PO. 3 ; inelz del trésor la amiral Charl. 432 ; meillor vassal de lui Roi. p. 108; encore dans Alain Chartier : plus parfaite des autres choses, voy. Choix YI, 140 ; dans Charles d'Orléans : mieulx de moi hébergé p. 95; dans Marot : son cueur tient le mien en sa tente plus d'un ardant frisson II, ;327. En français moderne, de ne s'est conservé qu'avec des noms de nombre : il a fait plus de (non pas que) deux lieues ; il y a plus de quinze jours ; moins de la moitié ; à moins qu'il ne s'agisse ici de comparer deux objets : il travaille plus que quatre (se. ne travaillent). Val., comme en italien, par ex. de si esti mai avut decut el {penche sii piix ricco di lui)\ nu sunt mai raulte de cinci {non sono piû di cinque); val. du sud : indreptatea este ma hune di zunaticlu {la giustizia èmigliore délia prodezza). En b. latin cet emploi de de est rare : si minus sunt de decem L. Long ; si minor grex de trigenta capita fuerit ibid.; menus de quadraginta juges Mur. I, 526 (ann. 769) ; harum {navium) duas minus de triginta Nith. 2, 6 (ainsi dans la numération); on trouve a pour l'expression populaire de dans cet ancien passage : cum
. . . esset Bilichildis utilis (v.h.allem. vrum) . . . nihil se minorem a Brunichilde esse censeret, sed Brunichildem despiceret P>éd. c. 34, et souvent aussi ailleurs. — Gomment doit-on comprendre ce de comparatif? Est-ce un exemple d'une assimilation directe et instinctive de l'ancien ablatif au génitif périphrastique (comp. p. 127), qui concorderait ici avec le génitif du grec ou de l'ancien slave, ou bien le génie de la langue nouvelle a-t-il de lui-même choisi la préposition de, en tant qu'elle indique l'éloignement d'un objet, en sorte que par ex. Vuomo è più grande délia donna signifierait « l'homme est plus grand quand on le considère en partant de la femme, au regard de la femme »? On pourrait objecter à cette dernière manière de voir qu'il serait difiScile de trouver un motif à cette restriction du domaine de quam (rom. que), surtout si l'on considère qu'elle ne serait due qu'à une abstraction assez raffinée. Mais précisément dans les langues nouvelles il ne manque pas d'exemples de conceptions abstraites, surtout lorsqu'il s'agit de créer de nouvelles locutions, et ce qui montre encore que la préposition de se prêtait à cet emploi, c'est que le grec moderne applique le synonyme àr.à à la comparaison en même temps que Tuapa : aù-cç eivai -KXouaiœTspoç àxb tov àceXçév (egli è più ricco di suo fratello) .
7. Pour rendre l'idée qu'exprime le latin en unissant un comparatif à une proposition dépendante par quam ut, quam qui, comme dans major sum, quam ut mancipium sim mei corporis ; major sum, quam oui possit fortuna no c ère y le roman, pour marquer la prépondérance du sujet, remplace le comparatif par le positif renforcé de Tintensif troppo, et il fait suivre la préposition du but, pro (per), avec l'infinitif : ital. egli è troppo accorto per credere questa menzogna ; è troppo onesto per ingannarvi ; franc, il est trop jeune pour entrer en charge. L'espagnol emploie demasiado para, aussi muy para (Chalumeau II, 819). Ici le grec s'accorde avec le latin et l'allemand avec le roman : to Tj^^oq èaxl [xeT^ov yj a)aT£ çépsiv ; er ist zu màchtig, um bezwungen zu werden.
8. En ancien roman la particule comparative peut être omise dans certaines circonstances. 1) Devant des noms de nombre après plus (magis), sans doute aussi après minus : on trouve en provençal mais cen piuzellas Choix II, 260, LR, IV, 157^ ; mais cent ans Choix III, 3 ; et de même en latin : plus decem millia. — 2) Devant une proposition complète, pourvu qu'elle soit accompagnée de la négation : prov.
ASSEMBLAGE DES PllOPOSITIONS. 369
am vos mais (que) no fetz Seguis Valensa ; mais en rueill aver d'umelitatz no ac lo leo, voy. Choix I, 151 ; bon essemple valon mais no fay sermos LR. I, 530^. Voici des exemples v. français recueillis par Orelli p. 74 : /? fi, plus puent ne fait fienz (fumier); plus chante au bois ne fait en cuer (chœur). Voy. des exemples italiens tirés de Gui d'Arezzo dans Raynouard Choix YI, 142 : piô (piu) soave dorme no face segnore ; migliore stimo la condizione umana poi lo trepassamento del primo nostro parente , non era avanie.
9. Si l'on compare deux qualités, on ne peut se servir que du comparatif périphrastique et non du comparatif organique, par ex. ital. la tavola e più lunga che larga ; questo uomo ê più buono che cattivo, non pas migliore che cattivo ou migliore che peggiore comme lat. longior quam latior. Le grec moderne dit de même aÙTr, ^ xoiuéXXa eTvai -^Xéoy TcXcuaia icapà £U{j.op<pY] (cette jeune fille est plus riche que belle).
10. Les idées comparatives, comme alter, prius, potius, sont généralement suivies de que, comme alius en latin de l'ablatif (ne putes alium sapiente beatum), Ital. non sono rimasi altri che noi\ alir' uom da quel cK io sono P. Son. 1 (comme diverso da) ; prima che io vi rivegga ; anzi virtute che gran ricchezza. Esp. otros premios que aquellos ; otro vestido del que trae j^uesto ; con diferente intencion que pensaba. Prov. autra de mi LR. III, 310^; v.fr. altre de H Trist. Dans les propositions négatives ou interrogatives, alter peut aussi être suivi de particules restrictives. Ital. par ex. ne alira cagion avea se non che etc. Esp. no habia alli otra navecilla sino una ; hacese otra penitencia mas de la dicha? Prov. qui s'atura en autre joy mas en dieu obezir? Choix IV, 60 ; v.fr. n'en pot el (c.-à-d. aliud) faire fors atendre Brut I, p. 87.