pronom démonstratif
1. Ce pronom possède des formes d'adjectif et de substantif qu'il faut distinguer exactement. 1) Adjectifs : ital. questo, coiesto, quelle ; esp. este, ese, aquel ; port, este, esse, aquelle ; pr. est, cest, aquest, cel, aicel, aquel ^\ franc, seulement cet (devant les consonnes ce), fém. cette ; val. est, cest, acest, acel. Dans cette dernière langue ce pronom, ainsi qu'on l'a observé plus haut p. 38, peut s'adjoindre l'article quand le substantif est accompagné d'un adjectif. On dit bien acest om, acest om mare (ce grand homme), mais avec le démonstratif intercalé omul acest mare, omului acestui mare. — 2) Comme
1. Les variantes de ['Alexandre d'Albéric chest et chel (= ital. questo et quello), avec une gutturale à l'initiale, que Tobler (Bemerkungen zum Alexanderlied Zurich 1857 p. 39) a soumises à une étude attentive, ont été par hasard omises au tome 11, p. 92 de cette grammaire. Voyez pour plus de détails le mémoire cité.
pronoms substantifs personnels on a en italien questi et costui, cotesti et cotestui, quegli et colui, fém. costei, cotestei, colei. Questi, cotesti, quegli sont restreints au nominatif singulier, bien que quegli ait été employé par Dante Inf. 2, 104 à l'accusatif, par d'autres au génitif et au datif; au nominatif il est interdit de les échanger contre l'adjectif, mais cela est autorisé pour les autres cas, ainsi nom. questi (costui), gén. di questo (di costui) etc., fém. questa (costei). Quelquefois ces démonstratifs personnels représentent des êtres impersonnels, surtout lorsqu'on attribue à ces derniers une certaine spontanéité, par ex. questi (leone) parea che contra me venesse Inf. 1 , 46 ; questi (naturale istinto) ne porta *l fuoco inver la luna Par. 1, 115. Ni l'espagnol ni le portugais n'ont de formes substantives. Le français celui s'applique aux objets aussi bien qu'aux personnes. En v. français il a aussi la valeur d'un adjectif : celui temps Berte 10, de celui soir NFC.l, 375, a cestuijor Rom. fr. p. 68 et Marot dit encore celluy dieu, Rabelais iceux bœufs. Le daco-roman à côté des adjectifs déjà cités possède encore des formes en a, comme acesta, acela, fém. aceasta, aceia qu'il emploie sinon précisément comme substantifs, du moins à la place du pronom absolu, par ex. acest vin è mai reu de eut acela (ce vin-ci est plus mauvais que celui-là); cunosc pre acesta si pre acela (je connais celui-ci et celui-là); care caute, acela afle (qui cherche, trouve); mais ils peuvent aussi s'unir au substantif déjà muni de l'article : use casei aceia (les portes de cette maison). On renforce leur sens en ajoutant si, par ex. el è acelasi (c'est lui-même). — 3) Formes neutres : ital. cid pour hoc^, prov. so et aissô pour hoc, aquô pour illud , formes auxquelles correspondent en espagnol et en portugais les mots susceptibles de genre esto, eso, aquello ; isto, isso, aquillo. En valaque le féminin prend ici, comme dans d'autres cas, la place du neutre, ainsi asta, aceasta, aceia.
2. Si l'on considère ces pronoms au point de vue de leur signification locale, on voit que le rapport du latin s'est maintenu passablement intact en italien, en espagnol et en portugais. En italien à hic, qui désigne l'objet le plus rapproché de celui qui parle, répond questo, questi, costui ; pour iste, qui indique un objet plus rapproché de celui auquel on s'adresse, on a cotesto.
1. D'anciens poètes l'emploient quelquefois comme adjectif pour questo : di cio partimento Nann. Lett. I, 127; a cià trapassamento PPS. I, 324.
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cotesti, cotestui ; quant à ille, qui renvoie à quelque chose d'également éloigné des deux interlocuteurs, il est rendu par quello, quegli, colui. Pour parler correctement il faudrait donc dire : questo lïbro che io le g go ; cotesto libro che tu tieni ; quel libro di che egli 7ni parla y en observant l'emploi du démonstratif de la première, de la deuxième et de la troisième personne. En espagnol on emploie este pour hic, ese pour iste et aquel pour ille\ le portugais dit de même este, esse, aquelle. En provençal on peut encore distinguer deux degrés : les mots tirés de iste s'emploient pour hic, les dérivés de ille pour ce pronom lui-même, par ex. est vostr' ainicœ (cet ami à vous, c'est-à-dire moi-même); aquesta chansos (cette chanson à moi); aicelh mestiers mi platz (cette affaire dont il a été question). En français l'ancien système a plus souffert encore. Hic est rendu par cet , mais on indique avec plus de précision la proximité au moyen de l'adverbe de lieu ci uni comme suffixe au substantif, et l'éloignement (lat. ille) de même par là, par ex. cet ho^nme est aimable ; ces chevaux sont beaux ; voyez ce livre-ci ; ces femmes-ci \ en ce temps-là. Comme mots neutres on a ceci, cela. L'absolu celui aussi peut-être amené à indiquer un rapport de proximité ou d'éloignement par l'addition de ci et là : voilà plusieurs étoffes, prenez celle-ci ; entre tous ces tableaux, celui-là est le plus beau. Dans l'ancienne langue on obtenait cette distinction au moyen de cest et cel, ce dernier, avec icel, était encore usité du temps de Montaigne.
3. Sur le rapport respectif de hic et de ille il faut observer ce qui suit. 1) Tous deux peuvent renvoyer à l'objet grammaticalement le plus rapproché ou le plus éloigné ; cependant ils sont souvent confondus dans les nouvelles langues : c'est ainsi aussi que le lat. hic peut être rapporté à l'objet logiquement le plus rapproché, par ex. cave Catoni anteponas ne istum quidem ipsum (Socratem) \ hujus (Catonis) enim facta, illius (Socratis) dicta laudantur Cic. Lael. — 2) On les emploie l'un à côté de l'autre, sans tenir compte des idées de proximité ou d'éloignement, pour représenter deux objets indéterminés, comme ital. questa e quella parte (cette partie-ci et celle-là); questo e quello (ceci et cela); questi lo lodavano e quelli lo biasiynavano. Et même un seul démonstratif peut être employé dans ce sens indéterminé (distributif) : ainsi it. quella col capo e quella colle piante Inf. 34, 14 ; esp. délia é délia parte (c.-à-d. de una y de otra parte) PC. 2089; val. se aude ciasta si ciasta veaste (on apprend cette nouvelle-ci et celle-là) ;
h.lat. in illa et inilla parte Tir. 38^ (ann. 813), comp. lat. un et un y gr. xb y.ai t6, v.h.allem. thaz inti thaz^. Une formule très-usitée qui distingue le genre est pr. seUa ni sellui, sel ni sela, sesta ni sest, v.fr. sil ni seles. — 3) Les deux pronoms peuvent aussi être rapportés à une seule et même idée, c'est-àdire que l'objet est d'abord présenté par ille comme encore éloigné, puis rapproché au moyen de hic : hic est ille seneœ, cui verha data sunt ; il existe en réalité une différence entre ces deux pronoms qui ne peut être ramenée à l'identité que par celui qui parle. Ainsi ital. quest' è colei ch'è tanto posta in croce Inf. 7, 91 ; esp. esta es aquella de quien he hablado ; pr. esta es aicela que plus mi platz ; fr. cet homme est celui dont je vous ai parlé.
4. Pour le déterminatif [lai. is, iste) le roman ne possède pas d'expression spéciale : il applique ici le deuxième démonstratif composé avec ille, le français notamment celui et non celui-ci, celui-là. L'espagnol emploie en outre et de préférence le pronom simple dérivé de ille : el, la, lo, déjà connu comme article, et qui dans cette nouvelle acception se fait munir de l'accent ; il ne faut pas confondre avec ce pronom le personnel él, ella, ello. Le même usage existe en portugais pour o, a. Voici ce qu'il faut remarquer à propos du déterminatif: 1) Il se place devant le relatif lorsque l'objet qu'il indique doit être déterminé dans la proposition subordonnée qui suit. Voyez pour plus de détails à la proposition relative. Il n'y a guère à faire ici qu'une observation, c'est que dans ce rapport, après une particule de comparaison, ce pronom peut prendre la signification d'un pronom indéfini, comme ital. como quella che tutta era modesta 07^1. 3, 13; esp. como aquel que ha dado dos veces en sus manos Nov. 9 ; prov. com celui que nos (no se) torna PO. 254 ; fr. cume celui kl ben faire le set Roi. ^. 14: \ comme celuy qui continuellement me couve de mes pensées Mont. 1, 19. Il s'agit ici du sujet lui-même et non pas par comparaison d'une autre personne ^ — 2) Devant des génitifs il tient la place d'un substantif qui précède. Ital. quai principio fu quello (celui) délia
1. L'adverbe sic répété exprime de même une difîférence dans la manière d'être : modo sic, modo sic = modo haec, modo illa eveniunt Pétrone ch. 45; ail. bald so, hald so\ v.fr. n'einsi, n'einsi (ni de cette manière, ni d'une autre) Dolop. p. 107.
2. Il en est de même lorsqu'en v.français ne... cel exprime le sens de nemo : n'i a celé qui ne vousisi que etc. Voy. tleiffenberg sur Phil. Mousk. v. 19227.
PRONOftI DÉMONSTRATIF. 74
città di Roma? esp. he visto el retrato de mi padre y el de mi hermano ; franc, son cheval et celui de son ami ; val. el caute folosul seu, iare nu cela al domnului s eu (il cherche son profit, mais non celui de son maître). En provençal et en V. français on trouve, à titre d'exception rare, l'article comme en espagnol et quelquefois la marque du génitif est sous-entendue (voy. le Génitif § 1) : sa calor ab la del solelhLR. IV, 2^; ma pars et la mon frère (celle de m. f.) [Gar. I, 111 ; si ciune fud le (le cuers) David LRs. 297 ; de la Jeroheam (de la 7naisun J.) 332 ; gr. b èjjibç xaTYjp x,al ô xoD çiXou. En latin is ne peut être appliqué en ce cas, le rapport du génitif s'explique de lui-même : amicitiae nomen tollitur, propinquitatis manet ; ce n'est qu'au moyen âge qu'on a dit en copiant la langue vulgaire : de vinea S. Eulaliae et de illa de S. Justi E^p. sagr. XXXIV, 441 (ann. 916). Mais en roman aussi on supprime avec élégance le pronom : ainsi it. l'amico mio e non (quel) délia ventura Inf. 2, 61 ; i suoi costmni e similmente (quelli) de' suoi fratelli. Esp. hesaron las manos del rey è despues (las) de mio Cid PC. 3435; nuestros servicios ni (los) de sus pasados Nov. 4 ; port, he perda grande (a) dos membros Lus. 4, 29. Prov. son nom non ac tal cors com a (cel) de comte Raim. Vid. — 3) L'usage de préposer à un génitif attributif le déterminatif à titre d'apposition et de pléonasme est plus propre à l'ancien style qu'au nouveau. Prov. Folquets cel de Marselha ; lo coms sel de Mont fort ; Elena sill de Troia\ lo coms aisel de Bar GA.\ Taulat aquel de Rogimon Jfr. 63^; v. franc. Gautier cel de Vimeu Roi. Mais on trouve ici aussi le simple article : Joiouse la Kallon (celle de Charles) G Vian. 2893; v.esp. mio Cid el de Bibar ; Estrangilo el de Tarso Apol. 435 ; aussi gr. ^iXiTTxoç h iiib Erjôcaï^a ; goth. Filippus sa fram Bêthsaeida. — 4) Un trait de l'ancienne poésie française est l'emploi du démonstratif ce^ à la place de l'article défini. Des exemples tels que ceux qui suivent se présentent en grand nombre : cil destrier courent GVian. 1617 ; cil veneor chascent 3491 ; cil char s'aroutent Gar. I, 215; cil clerc dient que n'est pas sens Part on. I, p. 4 ; cil duc et cil conte et cil prince chascun s'apareille Bolop. p: 101 ; por oïr les chans de ces oœillons m'alai chevachant Rom. éd. B. p. 104 ; voit sor ces hauhres (arbres) ces oisellons chanter, et parmi Saine ces poissonssiauœ noer, et par ces près ces flors renoveler RCam. 242. Il est difficile d'admettre que le pronom ait ici
une valeur emphatique. — 5) Les ellipses d'un substantif (en général homo) devant un complément qui précise l'idée, sont également indiqués par le pronom démonstratif, au lieu de l'être par l'article : ital. quelli nella ciità ; quella d'iersera (celle d'hier au soir); franc, ceux de la ville ; val. cel de aici (celui d'ici); cel de eri (celui d'hier). Mais esp. el de la triste figura ; los de vuestro. nacion; port, os de Luso\ prov. li Evvrui (les gens d'Ébroin) S. Lég. 20; gr. oi èv àaxei; oi abv tw Pac7tA=T. 5. Les pronoms, dérivés de is, ipse et idem, sont rendus en roman par un seul et même mot tiré de ipse : ital. stesso, medesimOy esp. mismo , port, mesmo, prov. eis, meteis, franc, même, val. insu. — 1) Pour rendre le sens de ipse ils s'associent : a) A un autre pronom, surtout un pronom personnel après lequel ils se placent : egli stesso, esso stesso, noi medesimi, yo mismo, nosotros mismos, de si mismo, eu mesmo, de mi eys, de se meteis ; en français aux formes absolues mentionnées plus haut p. 45 : moi-, toi-, soi-, lui-, elle-même, nous-, vous-, eux-, elles-mêmes ; val. eu insumi etc., voy. t. II, p. 104. A côté de ipse quelques langues se servent de proprius. Ital. cosa impetrata per me proprio Ann. Caro Lett. Esp. segun tùpropio me has dicho ; es ella propia', port, a si proprio (= a si mesmo). Franc, le personnage propre Com. 1, 10; en ce propre jour ^dihel. 2, 1. On trouve à l'inverse ipse pour proprius avec le possessif : ital. le mie mani medesime lo faranno ; esp. tu misma persona', prov. dieus la fetz de sa eissa heutat Choix lll, 111 ; per mon mezeis follatge 285 ; val. eu insusi gura sa (avec sa propre bouche), h) A des substantifs qu'ils précèdent ou qu'ils suivent : Ital. Vautore stesso lo dice ; gli stessi delirj sono indicj d'ingegno (même les délires). Esp. los mismos cabellos le servian de toca (seuls les cheveux). Prov. eps li satan Bth. 18 ; en eyssa la semana, en la semana eyssa (dans la semaine même); eys est ici en dehors de l'article comme tôt, comp. v.h.all. selba thiu sîn muoter, ther truhtin selpo. Fr. ses amis mêmes le quittent ; ce vieillard fut la même vertu (généralement la vertu même) Corn. Le français a un adverbe même qu'il rapporte notamment à plusieurs substantifs : les hom^nes même, les animaux même ; il lui a tout donné, même ses habits ; de même port, mesmo, prov. eis. Le dacoroman rend ici ipse par singur (lat. singulus) qui a aussi le sens de proprius ; à cette expression répond le grec mod. h(iù \ {/.Gvoç txou, le grec ancien a à l'inverse auxoç pour le lat. solus. ^ï