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QUATRIEME SECTION

C'est dans cette partie de la syntaxe que la langue latine est le plus évidemment supérieure aux jeunes langues qu'elle a produites. La perte de la flexion casuelle a été la cause principale qui a privé les langues filles de la liberté presque illimitée que possède à cet égard le style classique. Néanmoins elles peuvent encore pratiquer l'inversion dans une mesure assez large, plus large assurément que les langues germaniques d'aujourd'hui. Cette faculté qu'elles ont gardée, malgré les obstacles imposés par leur structure grammaticale, d'ordonner librement, sous certaines restrictions, les éléments de la proposition , est incontestablement à certains égards , — par exemple en ce qui concerne la place des épithètes, — un héritage du génie de la langue latine. Mais en tant que cette faculté va jusqu'à séparer des éléments de la phrase étroitement liés par le sens, elle a en outre deux causes particulières : l'une est le fait que les nouveaux idiomes ont à l'origine servi presqu'exclusivement à des compositions poétiques où un arrangement plus libre et plus hardi des parties du discours était inévitable; la seconde est l'imitation du style latin, que l'on avait devant les yeux comme un modèle. Les chanteurs illettrés sentaient eux-mêmes le charme et la portée de l'inversion; les poètes plus cultivés ont parfois dépassé les bornes prescrites par le bon sens K Un

1. Ainsi le poète provençal Guiraut Riquier en disant : elh no falh ad AJUDA, sol qu'om la y deman, deguda GRiq. p. ÇH', pus es ab lo rey escuzatz FRANSES ibid.; francx reix noW En Nanfos castelas 165; ou l'espagnol Manrrique dans ces passages : con grande dixo quebranto CGen 248; a la YiRGEN fué Maria por Gabriel reporiada, ibid. 235. Ce sont les chanteurs italiens du xni^ siècle qui ont été le plus loin, ainsi Pannuccio : non manca a di sî gran valenza signoria provedenza, c.-à-d. non manca provedenza a sign. di si gran val. PPS. l, 338 ; mais les textes de ce poète ne sont pas exempts de fautes, voy. Nann. Leit. I, 201.

résultat nécessaire de rapplication d'un ordre des mots plus libre a été le triomphe du principe logique sur le principe grammatical : la construction est abandonnée à l'intelligence, au bon sens du lecteur et ne s'opère plus suivant les strictes convenances grammaticales. Il arrive souvent que celui qui parle néglige les ressources encore subsistantes de la flexion, qui favoriseraient la construction grammaticale, et laisse à l'interprétation de l'auditeur le soin de trouver le sens de la phrase. En italien, par exemple, le pronom relatif lorsqu'il est régime peut être clairement caractérisé par la forme oui, et cependant on renonce souvent à cette ressource alors même que le sens est douteux, comme dans cette phrase de Dante : Anastagio papa guardo , lo quai trasse Fotin délia via dritta. En espagnol on ne voit pas d'inconvénient à présenter sous la forme du datif, conformément à l'usage de cette langue, deux régimes personnels {daha a sus hijos d sabios maestros) dont l'un a le sens de l'accusatif : il serait pourtant facile de caractériser ce dernier cas en omettant la marque du datif [daha d sus hijos sabios maestros). On pourrait réunir un nombre considérable de ces traits qui se présentent tant dans la construction ordinaire que dans la construction inverse. En comparant les divers dialectes, on trouve que c'est l'italien, le rejeton le plus proche du latin, qui s'est accordé les plus larges libertés en ce genre, si l'on tient compte ici, non pas seulement du style poétique, mais aussi de la prose. Dans la poésie l'espagnol, le portugais, le provençal et le v. français ne cèdent en rien à l'italien ; le français moderne s'est astreint ici, comme pour d'autres faits de syntaxe, à la règle la plus rigoureuse. — Dans les paragraphes suivants nous traiterons d'abord de l'ordre des mots isolés unis aux divers éléments de la proposition, puis de l'ordre de ces éléments eux-mêmes, c'est-à-dire du sujet, de l'attribut, du régime et des membres prépositionnels, enfin de l'ordre des propositions entières. Certains points de cette théorie ont déjà dû être traités çà et là dans les sections qui précèdent; ainsi en étudiant l'interrogation, dont le principe repose en partie sur l'ordre des mots, on ne pouvait éviter d'en parler.

Les mots qui ne constituent pas un membre principal de la proposition sont des substantifs attributifs, des adjectifs, des pronoms et l'article, ensuite des participes, des infinitifs dépendant du verbe auxiliaire, enfin des adverbes et des prépositions.

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