‹ Grammaire des langues romanesChapitre 127 sur 141 · PARTICIPE ET VERBE AUXILIAIRE · texte numérisé non relu

PARTICIPE ET VERBE AUXILIAIRE

L'ordre dans lequel les deux éléments des temps périphrastiques se présentent le plus habituellement consiste à donner la première place au verbe auxiliaire, mais l'inversion se fait sans inconvénient dans la plupart des langues, même en prose : ital. la donna che veduta aveva\ poichè arrivato era; esp. la

1. Le roman évite l'accuniulation d'articles se suivant immédiatement qui a lieu dans d'autres domaines, ou, pour parler plus exactement, cette accumulation ne peut guère s'y présenter : les cas obliques de l'article lui font obstacle, comme dans la phrase italienne la dal popolo lagrimata pace. Mais l'allemand dit très-bien der die Weli begluckf.ndc Herrscher; der die dem Vater aufgetragene Sache besorgende Sohn wird uns schwerUch befriedigen, et le grec tô tr;? àpex^ç xàXXoç ; de même 6 rà t>îç TroXew; TrpàyfxaTa iipàTTwv (Buttmann).

ARTICLE. l'AttTICirE. ADVERBE. 423

vida que aborrecido hdbia\ todos lie g ados se han ; pr. Voyne que trobat avetz \ vengut em al temps; v.franç. que quis avez (que vous avez cherché); si cum escrit est. On admet aussi l'intercalation de régimes ou d'autres mots : ital. non aveva la sua donna trovata ; poichè legato fuor Brigliadoro ebbe\ esp. los tuvo a todos rendidos ; aquel fuè segundavez herido ; franc. V amour a sa main animée; je te les ai sur r heure et sans peine accordées. — La même liberté s'étend encore à l'infinitif après des verbes de tout genre : ital. udire non voile \ tu convincer dei\ esp. partiros heys\ venir non puedo ; v.franç. ardeir les fist; ici encore le français moderne se prête difficilement aux libertés des autres langues.

Dans l'ordre commun l'adverbe simple ou composé suit immédiatement le verbe, il ne le précède ou ne s'en écarte complètement que lorsqu'on veut insister sur l'idée qu'il représente, ainsi ital. caumente cominciô a riguardare ; bene i suoi piaceri seguiva; aperse la porta prestamente\ esp. siempre he oido decir\ coiiociôme mi hermano luego ; franc, jusqu'ici j'ai parlé de cette affaire \ alors je lui dis\ soudain il partit \ il pleuvra demain, demain il pleuvra. La place de l'adverbe est moins fixe avec des temps périphrastiques du verbe. Ainsi les longs composés avec mente, par exemple, doivent en français se placer après le participe, tandis que dans les autres langues cette règle n'est pas aussi strictement observée ; il en est de même pour les adverbes de lieu et de temps : sono ritornato qui ; me l'hanno raccontato ieri; esp. he pasado adelante\ habrd llegado ayer ; franc, il est arrivé ici ; il est revenu nouvellement. Mais on dit aussi ital. l'ho già trovato; esp. he y a hallado lugar\ franc, il est déjà arrivé. Les adverbes de degré se placent avant le participe : ital. l'ho cotanto amato\ non era guari andato ; avete ben fatto.

2. Les adverbes, même quand ils ont plusieurs syllabes, se placent devant V adjectif qu'ils qualifient : ital. molto caro, sufficientemente grande; franc, eœtrêmement laid, totalement ruiné. Mais il n'est pas rare, surtout en italien, de voir l'adjectif prendre la première place : bello assai, lucente più assai, presta molto \ prov. alegra fort, bella assatz \ y .franc, sages hom asez, cuintes mult. C'est ce qui a lieu principalement avec des particules de comparaison, comme ital. chiaro più che il sole\ bella si che etc. ; esp. ardientes mas que la llama ;

port, triste mais que d'anies; comp. m. h. ail. schoener vil dann ê (beaucoup plus beau qu'autrefois). Tous ces adverbes de degré sont séparés de leur adjectif par un verbe , ainsi ital. colui chepiù sied' alto Pg. 7, 91 ; sï venivan lente ibid. 3; cosî parlando onesto Inf. 10; tanto era forte \ esp. mucho avie grandes cuidados PC; tanto estaba de bien atado ; prov. assatz es dreitz\ moût fa grant engan ; fort fo bella\ plus fora ricx\ pro val mais; tant es grans; franc, tant le monde est crédule. Après les expressions adverbiales quanto et come c'est même l'ordre le plus usité : ital. quanto mi pareapien di disdegno! quanto è bella ! come è graziosa! prov. cum es grans sa vertutz! franc, combien il est dangereux !

3. Les particules de négation non et nec, sous les formes diverses qu'elles ont dans chaque langue, sont immédiatement préposées à l'idée qu'elles nient ; il n'y a que les pronoms personnels conjonctifs et les particules du même ordre (ital. ci, vi, ne) qui puissent les séparer du verbe : io non posso, io non lo vedo; je ne le vois pas; je ne m'y rends pas. Le v.all. ni (ne, en) avait une attraction plus forte pour le verbe , dont il ne se laissait séparer par aucun mot (voy. p. 408). Les compléments adverbiaux de la négation, franc, pas, point et plus suivent immédiatement le verbe fini ou simple, par ex. il n'apas réussi ; on ne doit pas abandonner ses parents ; il n'a point souffert; nous n'en avons plus parlé; en ital. il fuoco non è punto spento; non l'ho più veduto. En v. français et en italien ces compléments peuvent aussi précéder la négation lorsqu'on veut insister : pas ne vus esmaez! Charl. 681; cest avoir pas ne H rendron FC. II, 121 ; que plus ne yne mete en lor barsaigne I, 147 ; pas ne travailler, point ne me soucier encore dans Rabelais : ital. punto non lo vidi ; più non fece motto ; comp. plus haut p. 373. Le français moderne se permet au moins de les placer avant ou après l'infinitif dépendant de prépositions : pour ne souffrir pas, point ; pour ne pas, point souffrir ; à ne me plus revoir ; ital. senza punto mostrarsi crucciato. Les négations pronominales ainsi que l'adverbe jamais peuvent se placer partout devant la négation : rien ne me plaît davantage; jamais je ne ferai cela.

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