ORDRE DES ÉLÉMENTS DE LA PROPOSITION
Le verbe fini forme le point central de la proposition, puisqu'il peut à lui seul représenter une énonciation complète ; autour de lui se groupent comme attributs les autres membres de la proposition. Dans la construction ordinaire le sujet précède l'attribut auquel succèdent le régime le plus rapproché, puis le régime le plus éloigné et les autres membres prépositionnels. Mais déjà la prose la plus vulgaire brave cette réglementation. L'ordre des éléments qui suivent l'attribut est surtout tellement arbitraire qu'il est à peine possible de distinguer un ordre régulier et un ordre inverse. Avant tout il faut tenir compte d'un usage qui concerne l'arrangement de la proposition tout entière : dans la prose on reporte volontiers à la fin de la proposition les éléments complexes, ceux surtout dont dépendent des phrases entières, pour les laisser se dérouler librement avec leurs déterminations
accessoires. ItaL era per legato del papa venuto un cardinale che molto suo signore era. Esp. volviô la caheza a estos gritos aquella senora toda sohresaltada ; estahale dbriendo d azotes cou las riendas de una yegua un villano que era amo suyo. Franc, j'ai envoyé à la poste les lettres que vous avez écrites ; le soldat doit conserver dans le combat la modération nécessaire pour obéir. En ce qui concerne maintenant chacun des éléments de la proposition, voici à peu près ce qu'il y a de plus important à remarquer.
1 . Lorsque pour mettre en relief l'idée de Y attribut on le place en tête de la phrase, ce qui se fait sans difficulté dans la plupart des langues, le français, qui se prête moins aisément à l'inversion, prépose au verbe ou à l'adjectif attributif un pronom personnel et au substantif attributif la formule connue c'est. Ex. elle approche, cette mort inexorable (ital. s'appressa quella morte inesorabile); il se répandit une nouvelle; elles furent terribles les suites de cette longue guerre (HslI. terribili furono gli effetti etc.) ; c'est une qualité nécessaire pour régner que la dissimulation. Ainsi dans les deux cas il met en tête un sujet apparent pléonastique, pour satisfaire à Tordre habituel. — Le style narratif aime en général à débuter par le verbe, sans vouloir marquer aucune insistance : ital. disse il pagano\ vedendo il principe ; dolsersi gli amici \ esp. volviô el defendido ; habiasele caido el sombrero ; en llegando el mancebo etc. Cette construction est des plus usitées dans l'ancienne poésie épique française : prov. dis la domna\ dis lo senescals ; dis Jaufre ; franc, dist la dame ; oit le H rois ; vait s'en Raoul ; et même dans la prose narrative : dist Saul à David ; respundi H vadlez (valet). — Sur l'usage de mettre le verbe en tête dans les propositions conditionnelles et concessives voy. p. 330, 335.
2. Comme les langues nouvelles ne peuvent pas distinguer le sujet du régime direct par la voie de la flexion, elles cherchent naturellement à obtenir cette distinction, lorsque le sens de la phrase l'exige, au moyen de l'ordre des mots, en assignant au régime sa place après le sujet. Un des avantages des anciens dialectes de la France est de pouvoir distinguer dans une certaine mesure par la forme même le nominatif de l'accusatif. Aussi ces dialectes peuvent-ils pratiquer l'inversion du sujet et du régime dans des circonstances où d'autres langues doivent hésiter à en faire usage. La phrase provençale los fortz venson H forsor PO. 198 serait mal rendue en italien par i forti vincono i più