‹ Grammaire des langues romanesChapitre 130 sur 141 · ÉLÉMENTS DE LA PROPOSITION · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS DE LA PROPOSITION

forti, et la phrase du v. français l'arcevesque ne puet fléchir li reis Henris TCant. p. 8, serait encore plus équivoque dans une traduction italienne ou française qui garderait le même ordre des mots. Deux autres dialectes, l'espagnol et le portugais, qui du moins possèdent l'avantage de caractériser les régimes personnels par la particule d (voy. plus haut p. 91), sont aussi bien plus favorables à l'inversion que l'italien et le français; on dit également bien al marido la muger ama^ d la muger el marido ania, que la muger ama al ynando, el marido ama d la muger. Il arrive souvent que ces langues pour faciliter l'inversion étendent cette caractéristique du régime à des objets; la grammaire de l'Académie elle-même dit par ex. rige al verho la preposicion. Il y a encore à ce sujet une remarque à faire qui s'étend à tout le domaine roman : c'est qu'on renvoie souvent encore par un pronom personnel au régime placé en tête de la phrase, ce qui rétablit l'ordre régulier : ital. gli amici vostri non GLI conosco; esp. ese motivo de mi hermano él solo le entiende; prov. lo co7nte Raijmon ieu noL tenc per bon. Ce pléonasme est indispensable en français : votre cousine, je la connais ; tout ce qu'il a, il le tient de votre libéralité', moimême il u' enferma dans des cavernes sombres Rac. ; mon pays, mes enfants, pour vous j'ai tout quitté (où tout remplace le pronom personnel) ibid. Il arrive aussi dans cette langue que le cas du nom placé en tête est déterminé postérieurement par un pronom personnel qui y renvoie. Ce procédé est plus rare en italien : quelli che hanno costituita una republica, ira le cose ordinale T>AJ.oRO è stato etc. Mach. Disc.i,b. Cette anacoluthe est très-fréquente en espagnol : el rey, senor de grant valia, entroh en corazon Alx. 1118; el rey de Napol, claro é virtuoso p7Hncipe, tanto esta sciencia le plugo Sanch. I, p. Lii; el delfin que es rey de los peces, le dibuœan escamas de plat a y oro coronas Cald. I, 277^; la mugier que fuere dexada del marido, ninguno non se case con ella FJ. 63* ; la villa sin regidores, su triunfo sera brève (pour el triunfo de ella) Flor. I, 144* ; port, o triste que a levar, a vyda lh' ha de custar ÇGer. I, 129; o cavalleiro que assiovio mesurado, bem lue pareceo razam R. Men. 1, 5; eu que cahir nào pude neste engano, encheram-UE o peito de desejos (moi qui ne me laissai pas prendre à ce piège, elles me remplirent le cœur de désirs) Lus. 5, 54. Prov. ricx hom que per aver traire sec torneyamen plevitz per penre sos vasvassors, non L'es honors Choix III, 146. En français cette tournure

favorable à l'inversion est très-commune, par ex. tous ces crimes d'Etat quon fuit pour la couronne , le ciel nous en absout alors qu'il nous la donne Corn. Le cas du substantif doit être ici le nominatif, c'est-à-dire le cas le moins défini, ce qui est indiqué aussi dans les derniers exemples cités en portugais et en provençal. Voici un exemple grec : èxsTvoç 3e, où Bœao) auxû oùBév « mais celui-là (en ce qui concerne celui-là), je ne lui donnerai rien. » — L'intercalation du régime entre le sujet et le verbe est admise par toutes les langues qui jouissent en général d'une certaine liberté de construction, par ex. ital. la vostra avariziail mondo attrista Inf. 19, 104 ; esp. elaire las cargadas raynas mueve; port, as filhas do Mondego a morte escura memoraram ; prov. Guillems la ma nuda miret, etc. Il semble même que l'ancienne prose française place de préférence le régime et les autres membres de la phrase avant le verbe ; voy. par ex. dans les Liv. d. rois : li sires le humble eslieve; H poples del service Deu se retraist\ lur tentes i tendirent; cunseil quistrent. Si ce procédé était familier à la langue ordinaire, le français moderne ne l'a pas peu restreint.

3. Il faut surtout observer une inversion du sujet plus ou moins rigoureusement prescrite, en vertu de laquelle ce membre de la proposition se place après le verbe dans le cas où ce dernier est précédé d'autres mots. Cette inversion a lieu : 1) Dans des propositions incidentes où le sujet est représenté comme portant la parole : Ital. voi avete ragione, disse egli (plus usité que egli disse); non piaccia a Iddio, rispose mio fratello. Esp. entrad, diœo ella\ en ver dad » pr osiguiô elcab aller o\mucha merced me habeis hecho, respondiô el otro\ de même en portugais. Prov. auiatz gran feunia, fi m'ieu; seiner, dis Jaufre; ieu m'en irai, so ditz el. Franc, je me croirai heureux, dit-il \ arrête, a-t-elle dit; faites ce qu'il commande, reprit mon frère (en v. franc, le sujet de la proposition incidente précède souvent le verbe : Je nel puis faire, li rois respont). De même aussi en valaque : è bun, respunseel. Il est même permis de préposer au discours qu'on cite une partie de la proposition incidente; par ex. fr. d'un air égaré « tu vois de mes soldats tout ce temple entouré » dit-elle Rac. Athal, ; et il en est de même dans les langues sœurs. — 2) Dans une seule et même proposition lorsque le verbe est précédé d'autres éléments de cette proposition. Il n'y a pas ici comme en allemand une règle stricte, mais il est impossible de méconnaître dans plusieurs idiomes romans une tendance à faire usage de cette construction, surtout lorsque

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