PRONOM INTERROGATIF
1. Ce pronom aussi est représenté par quelques mots qui s'appliquent à des objets et à des personnes et qui ont une valeur d'adjectif et de substantif. — 1) U adjectif ^^ro^ve est qualis; il est susceptible de prendre la place d'un pronom absolu ou conjonctif et peut se rapporter, qu'il contienne une interrogation ou une exclamation dans le sens du latin quis et qualis, à des objets de toute nature. Exemples : Ital. quai è quel grande ? quai uomo è costui? Esp. quai es tu intencion? quai su alegria fuel quai culpa teneis? port, de quai falla? quaes sâo os livros? Prov. quai vos enfollezic? {quis vos fascinavit?) GO. 113^ ; cals honors vos es! quins ho7n es Karles mayne ? Fer. v. 880 ; quinh (cosselh) l'en donaretz vos ? G A. 1991 ; quinas gens es vos? Choix III, 409. Franc, quels sont les biens de cette vie? quel (et non que) temps fait-il? quelle belle journée ! quelle fut sa réponse et quel devinsse ! (mieux que devins-je neutre) Rac. Iph. Val. care om? (quel homme est-ce?). — 2) Pronoms substantifs personnels : ital. chi, pour les cas obliques aussi cui : chi ve l'ha dato? a chi ou a cui voleté dirlo? Esp. quien, et pour le génitif ordinairement cuyo : quien se lo diœo? de quien hablas? cuya es esta casa ? cuya casa es esta ? port, quem, cujo. Prov. qui (nom. et ace.) : qui m'auzira? qui venelz querer? franc, qui (également nom. et ace.) : qui l'aurait cru ? qui cherchez-vous? qui sont ces personnes ? cette dame, de qui est-elle fille ? (l'esp. est plus bref : cuya hija es esta dama ?)
Val. cine et cui : pre cine cautzi? (qui cherches-tu?), cui scrii? (à qui écris-tu?). Ce qui roman se sépare du quis latin en ce qu'il ne se construit jamais avec un substantif. — 3) Neutres : ital. che, che cosa, ou simplement cosa, aussi chente : che voleté? che cosa avete? cosa avete? chente v'è paruta questa vivanda? Dec. 4y 9. Esp. que et que cosa : en que piensas^ que cosa os ha acontecido? Fr. que, de quoi (t. II, p. 101, 102) : que dit-il? de quoi est-il question? Port. pr. que, val. ce. — 4) Le même que peut être employé aussi, dans la plupart des langues comme adjectif, de même que l'angl. what. Ital. che tempo fa ? che uomo ! con che occhi dolenti vedev'io te! Pg. 12; aussi chente sde g no? Bec. 1, 7. Esp. que hombre es este? en que manos has dado! port, a que f%m? Val. ce feliu? (quelle manière?) ce feliu de om? (quelle espèce d'homme). Le provençal et le français se servent ici de quai, quel. — 5) Uter n'a pas de correspondant en roman. Pourtant le français emploie pour l'interrogation disjonctive (lequel de plusieurs ?) quel uni à l'article, par ex. lequel de ces livres désirez-vous ? ; l'italien et l'espagnol se contentent du simple quai, tandis que le provençal et le valaque peuvent aussi ajouter l'article au pronom (voy. plus haut p. 38). — Il n'y a rien à remarquer sur quantus comme interrogatif.
2. Les nouvelles langues n'admettent pas l'emploi de quis pour aliquis ; mais elles accordent d'autre part une valeur distrihutive aux interrogatifs, ce qui permet de les employer
pour aller aller, alius alius. Ex. : ital. chi èricco,
chi è povero^; quai fior cadea sul lemho, quai sulle trecce bionde P. Cz. 14. Esp. quien canta, quien baila ; quai por el aire claro va volando, quai por el verde valle paciendo Gare. Egl. 1 ; port, quem se affoga nas ondas encurvadas,
quem bebe o mar e o deita juntamente Lus. 1, 92; quai
quai 4, 90, 91. Pr. tenian los eretges qui en castel, qui en tor G A, 354 ; quai mais, quai mens LR.\ franc, ils étaient dispersés qui ça, qui là (cette expression commence à vieiUir). — Le neutre que peut aussi rendre l'idée de partim. It. regnô tanti anni che re de' Romani, che imper atore. V.esp. que enfermes, que sanos cadieron Bc. Mill. 244. Prov. cascus dels auzels chantava que aut, que bas Choix V, 342 ; v.fr. il tient bien trente que chastiaœ, que donjons RCam. 80.
1. Malespini emploie souvent le simple chi pour unus et aller (plusieurs) : chi la chiamava la piazza di S. Cicilia cap. 41.
Cette forme archaïque que . . . que répond tout-à-fait pour le sens au lat. qua ... qua {qua feminae, qua viri), et aussi à l'angl. what . . . and what.
Il sera question dans la deuxième section du pronom relatif.
1 . Le nom de nombre unus, malgré son emploi comme article, n'a pas renoncé à sa valeur pronominale. 1) Employé comme adjectif il désigne l'objet qu'on nomme comme indéterminé , de même que aliquis ou quidam . Cela a lieu surtout lorsqu'on introduit un objet dans le discours, comme ital. una donna aveva una gallina ; franc, une femme avait une poule ; val. 0 muiare aveà o geine; lat. 9nulier quaedam habehat gallinam ; gr. yuv/j tiç cpviv eixe. Il est vrai que dans les exemples romans on peut aussi considérer unus comme l'article, de même que \)m dans la phrase gr.mod. ^icL ^uvaixa ûyz {Aiav cpviOa, mais le sens pronominal se laisse pourtant reconnaître sans peine. En espagnol, portugais, provençal et valaque on peut aussi se servir du pluriel, qui en dit moins que algunos : eran unos mercaderes toledanos ; apparecem huus pequenos bateis ; viron puiar unas gens Jfr. 167^; sunt unele femei care o doresc (il y a quelques femmes qui le désirent), comp. p. 18. L'indéfini est aussi préposé dans quelques langues aux noms de personnes, lorsqu'on ne veut pas désigner plus particulièrement la personne : ital. un Sandro Agolanti, esp. un Fabio, port, hum Manoel. Placé devant des noms de nombre il leur donne une valeur incertaine, comme ital. un cento fiorini, esp. unas dos cahms GVic. 44^, mais fr. quelque vingt jours, comme lat. quadringentos aliquos milites (quadr. unos mil. signifierait « seulement quarante ») et gr. Yjixépaç Eé^opi.YixovTa Tivaç. — 2) Comme pronom substantif il contient l'idée d'une personne indéterminée, il est synonyme de aliquis. Ital. uno si lusinga (quelqu'un se flatte, on se flatte). Esp. muchas veces dice uno lo que no piensa. Prov. us non 0 preza Boèce v. 8 ; v. franc, uns esposa une famé ; fr.mod. non pas un, mais quelqu'un, excepté devant le relatif : il en faut trouver un qui le sache. Val. cunosc eu pre unul, pre unii. Lat. tradidit uni (alicui). — 3) Unus devient précis et prend la valeur d'un nom de nombre, lorsqu'il sert à exprimer une identité. It. tutti parlavano ad una voce. Esp. esa razon y la que digo es una. Prov. son tug d'un semblan ; fr. dans
la locution c'est tout un. Ipse peut s'ajouter en ce cas comme le lat. idem voy. p. 72.
2. Alter a des formes spéciales suivant qu'il est adjectif ou substantif. 1) Adjectif: ital. altro, esp. otro, port, outro, fr. autre y val. ait. — 2) Substantif personnel : ital. altri, gén. d'altrui, dat. ad altrui (v.ital. altrui quelquefois comme nominatif), prov. autre, d' autrui, a autrui, franc, un autre, d' autrui, à autrui ; ce pronom se passe volontiers en italien et en provençal des particules casuelles, surtout lorsqu'il précède le substantif qui le régit {l' altrui fallo, las autrui heretatz) et en français, au moins lorsqu'on supplée un objet déjà nommé (notre droit et V autrui). Il faut remarquer sa valeur absolue dans ital. Valtrui, prov. v.fr. Vautrui (le bien d'autrui). Le portugais a outrem, négat. ninguem outrent ; l'espagnol n'a que l'adj. otro (arch. otri) et pour le rapport du génitif apeno : las casas agenas = it. le altrui case. — 3) Une forme propre pour le neutre est dans plusieurs langues al. V.esp. qui al quisiey^e PC.\ non quiero al levar Alœ.\ port, nâo entendem en al\ 0 al (subst.) nào he de louvar R. Ègl. 1. Prov., où il s'unit aussi à res : non soi aie grès per al ni al res nom fai viure; v. franc. /« n'en aurez el que la mort. Ce mot persiste encore en provençal, tandis qu'il a été remplacé en italien par altra cosa, esp. otra cosa, fr. autre chose.
3. Sur l'emploi de ce pronom voici ce qu'il faut encore observer : 1) Il est quelquefois synonyme de aliquis, quidam ou du roman unus (ail. einer), en ce qu'il désigne une personne indéterminée sans idée d'opposition. Ital. oh quanto tarda a me ch'altri qui giunga (qu'un autre, qu'un certain vienne) Inf 9, 9 ; màrtiri che soglion consumare altrui (ici pour quilihet : qui consument un homme, c.-à-d. tout homme) GGav. 336. Y. esp. si otri non mintiô (si quelqu'un n'a pas menti) Bc. SU. 571. Pr. qu'om jutf autrui a tormen (qu'on condamne quelqu'un au tourment) PO. 210. — 2) Lorsqu'un substantif est désigné relativement à un autre substantif qui le précède par alter, les deux substantifs doivent avoir entre eux le même rapport que l'idée restreinte avec l'idée générale, p. ex. « l'or et les autres métaux », « la haine et les autres passions ». Mais il arrive quelquefois que le second substantif exprime une idée aussi spéciale que le premier, comme si l'on disait « de l'or et de l'autre argent », « de la haine et de l'autre cupidité ». Ici alter forme pléonasme, ou bien plutôt il semble devoir ajouter un second objet au premier, résultat qui serait plus clairement obtenu au moyen de
l'adverbe altresî : oro ed altresï argento. Ex. It. nonper fatica ne per altra paura (pas plus par lassitude que par crainte) BLat. 23; o per invidia o per altro odio mossi Orl. 2, 5*. Esp. très doncellas e otros escuderos Cron. rimad. éd. Michel V. 341; acompanada de mi madré y de otras criadas BQuix. 1, 28. Prov. un non y ha s'il a un gaug, non aia autre pessar (il n'y a personne qui en ayant un plaisir n'ait en même temps un chagrin) Choix IV, 114 ; lais men mais per paor que per autr' essenhamen (je m'abstiens de cela plutôt par crainte que par expérience) III, 88. Cette expression remonte jusqu'aux chartes du plus ancien moyen âge, par ex. curte, [h]orto vel alia tecta Mur. II, 1023 (ann. 759) ; tam in ecclesiis quam in aliis hominïbus HL. I, 126 (ann. 875). On trouve de même en grec : oi TroXtTat xal oi àXkoi Çévot, et en m. h. allem., dans les comparaisons où ander désigne l'image équivalente à l'idée principale : der lewe M im lac als ein ander schâf (le lion gisait près de lui, comme s'il eût été une brebis); er sweic als ein ander stein (il était muet, comme s'il eût été une pierre); v.fr. en bois estes comme autre serve (tu es dans le bois comme une esclave, dit la reine en se parlant à ellemême) Trist. I, p. 107, voy. J. Grimm Reinhart cclvii.
4. Unus et ALTER s'emploient comme corrélatifs et en ce cas unus peut aussi être mis au pluriel. Unus et aller correspondent à uterquCy unus alterum au classique aller alterum, alius alium ou à l'ail, einander (ex. au ch. 10, § 1, §3);
unus aller sont usités avec une valeur distributive, et il faut
observer à ce propos que l'italien emploie aussi altro . . . altro là où les plus anciennes chartes du moyen âge ne connaissent guère que unus . . . aller ou unus . . . alius (uno caput tenente in fossa et alio inpalude Brun. 843 ann. 730), par ex. altre son a giacere altre stanno erte Inf. 34, 13 ; tanto sa altri, quanto altri. On trouve même uNO ... uno : due squadre, una di Mulga, una d'Arzilla Orl. 14, 23; de même en b.lat. : calices duo, unum aureum et unum argent eum Marin, p. 106.
5. Certus est l'expression romane pour quidam (un certain que je ne nomme pas; on la reconnaît déjà en latin dans
1. Mussafla remarque à ce propos: «Mérita d'esser notato l'uso d'altro colla negazione. Gomunissime sono dizioni come non voglio altrimenti che il facciate; non accettai altrimenti il denaro offertomi per non voglio punto, non accettai punto. Cosi in Dante Pd. 11, 117 ed al suo corpo non voile altra bar a per non voile bara di sorte alcuna. »
certi homines). Il n'y a rien à signaler à propos de ce mot si ce n'est qu'il est libre de prendre ou de laisser de côté l'article indéfini (p. 38), et qu'employé comme pronom il précède toujours son substantif. Mots personnels : ital. certuno, certuna, esp. fulano, fulana, zutano, zutana, port, fulano et sicrano, ce dernier mot n'existe que dans des locutions où il est corrélatif de fulano : fulano disse a sicrana. D'autre part le franc. certain n'a jamais de valeur absolue, on dit donc un certain homme, une certaine femm^e.
6. Aliquis. 1) Gomme a G?/ech/ ce mot est représenté par les composés dont il forme le premier membre : ital. alcuno, esp. algun, port, algum, prov. alcun. Le franc, aucun est arrivé à prendre le sens de w^^w5 , mais à l'origine et encore pendant toute la durée du xvi® siècle au moins, par ex. dans Marot, Rabelais et Montaigne, il s'est tenu au sens admis par toutes les langues romanes qui s'est encore conservé aujourd'hui dans le style de chancellerie. Il est remplacé par quelque qui n'est usité que comme conjonctif, jamais comme absolu : il y a quelque apparence ; quelques écrivains ont traité ce sujet. L'emploi de l'ital. qualche est restreint de la même manière; il se présente à peine au pluriel {in qualche verdi hoschi P. Sest. 7) et prend souvent l'article indéfini {un qualche impiego un emploi quelconque), il en est ainsi aussi du prov. qualque. — 2) Un substantif personnel (quelqu'un, nonnemo) dont l'emploi est restreint au singulier est esp. alguien, port, alguevn (ha venido alguien'^). L'italien le remplace par qualcuno, a qui est usité au pluriel et aussi comme partitif: mandatemi qualcuno ; conosco qualcune di queste donne ; on a de même qualcheduno. Le pronom français correspondant quelqu'un, plur. quelques-uns, en sa qualité de pronom substantif propre, n'a pas de forme féminine et peut aussi bien être rapporté à des objets avec une valeur de partitif : il viendra quelqu'un ; quelques-uns sont arrivés ; quelques-unes de ces fleurs, jamais conjonctivement quelqu'une fleur, mais quelque fleur. — 3) Toutes les langues ne possèdent pas le neutre aliquid. L'espagnol a algo, par ex. mas vale al go que nada ; hay al go nuevo {aliquid novi)\ le portugais de même algo à côté de al go-rem, qui sont vieillis tous deux. Le provençal et v. français alques, auques, grâce à l'addition de 1'^, a tout-à-fait pris la valeur d'un adverbe et d'un adverbe de degré : alques helh signifie « assez beau »; cependant il s'emploie aussi pour aliquid et comme adjectif pour aliquis : alque novelh entresenh Choix
IV, 189 = fr.mod. quelque nouveau signe-, qui auques a (celui qui a quelque chose) Ruteb. I, 227. Oh exprime d'ailleurs le sens neutre par la périphrase connue : it. qualche cosa, esp. alguna cosa, fr. quelque chose.
7. Le pronom indéfini aliquis remplace quelquefois l'article indéfini lorsqu'on veut exprimer quelque chose de tout-à-fait général, «quoi que ce soit, tout ce qu'on voudra ». Ital. se tronchi qualche fraschetta (un rameau quelconque) Inf. 13, 29 ; s'avvisô di fargli una forza da alcuna ragion colorata Dec. 1. 3; pone alcun fine a miei gran danni Ger. 4, 59. Esp. arrima alguna escala d la muralla Num. 4, 4 ; lantejas los viernes, algun palomino de anadidura consumian las très partes de su hacienda DQuiœ. 1, 1. Franc, il menaça de la tuer estimant que ce feust quelque sorcière yioni. 1, 20; cela serait bon à quelque dupe. On peut chercher l'origine de cet usage en latin où aliquis, quidam, quisquam s'emploient souvent aussi de la même manière. En allemand irgend serait très-lourd dans des cas analogues à ceux que nous avons cités, l'article indéfini suffit.
8. Le pronom indéfini est aussi représenté par des substantif, qui alors désignent une personne ou un objet de la manière la plus indéterminée possible. 1) Homo, qui s'applique dans ce sens sans article, est vieilli. Ital. com' uom che pinge bene (comme quelqu'un) PPS. I, 69; com' uom che riverente vada Inf. 15, 45. Esp. hombre de ellos no quedase d vida (aucun d'eux) S. Prov. 58; port, nâo ha mayor vencer que vencerse homem a si R. Egl. 1 ; onde nunca homem chegou (où jamais quelqu'un n'est arrivé) GVic. II, 58. Pr. (très-fréquent) tornon hom en folor Choix IV, 20 ; v.fr. j'ay 7nari sage que pour homme ne fausser oie (pour personne). Lat. accipit hominem nemo melius (personne ne reçoit un homme meilleur) Ter. Eun. 5, 8, 52. Sur un emploi tout-à-fait abstrait de homo avec le verbe voy. plus bas chap. 11, 8. Un synonyme est persona : ital. Vho sentito da persona degna di fede e\Q.^. — Causa, res,
1. Christianus aussi, pour le dire en passant, était usité comme synonyme de homo ou persona. Voici quelques exemples : ital. non credo che al viondo sia crisiiana si piena di beltade G. Guinicelli (Nann. Lett. I, 43); era il più bel crisiiano de' suoi tempi ; prov. ancmais non ausi crestians a nulha ren tan gran dol far Jfr. 114 b; que cristians ni crisiiana anc en neguna terra vi ibid. 165''; al mon non es crestians de lunh aire que sieus liges non fos Choix IV, 66 ; v.fr. une des plus bêles dames c'onques veist ne cristiens ne cristiene Chev. au lion {Romv. 552). Les sens de christianus et de homo se confondent même dans le roumanche cristiaun.
également sans article : ital. se cosa appare ; quando s* ode cosa ; cosa non detta in prosa ; esp. no hay cosa ; prov. parlar cosa (ren) que sia d'onor ; franc, ils ne le fer oient pour chose du monde Mont. 1, 22. Dans le vers connu d'Ovide mittere rem si quis qua caret ipse potest Trist. 5, 13, rem correspond tout-à-fait au roman ren, rien. — Sans article, homo, persona, causa, res se restreignent presqu'à l'emploi négatif ou à demi négatif; quand ils ont une valeur positive l'article indéfini les accompagne. Voyez à la troisième section où l'on traitera aussi des pronoms négatifs.
9. La formule latine nescio quis, qui sert à désigner quelque chose d'inconnu, est aussi romane. Ex. Ital. risplende non so che divino Par. 3, 59; un non so che di flehile e soave Ger. 12, QQ\ m'appario un non sapea che hianco (où le temps du verbe est observé) Pg. 2,23. Esp. tiene un nosequè de honito\ no se que murmurando. Pr. respon a no sai que s' es Choix IV, 37 ; franc, un je ne sais quoi qui me pique. C'est de cette formule que semble dériver le pronom valaque niste, nestine, niscare (t. II, p. 419). Les adverbes nescio quando, nescio ubi etc. se comportent comme nescio quis.
10. Talis est aussi employé dans les langues modernes en qualité de pronom indéfini, savoir : 1) Pour nonnemo, et en ce cas il ne prend pas d'article. It. taie ride che pianse ; aussi taluno (comme angl. such a one). Esp. tal ha reido que llora\ port, tal se^nêa que nâo colhe. Prov. tal se cuia cal far que s' art ; v. franc, itel en plore encore qui or s'en vait riant ; ir.mod. tel rit aujourd'hui qui pleurera demain. — 2) Pour quidam, avec l'article. Ital. il taie me Vha detto ; conosco VM taie ; verrô alla tal'ora; una cotale infermità. Esp. un tal lo ha hecho ; un tal Gonzalo ; port, hum tal homem. Franc, il est chez un tel. Talis est aussi le mot propre pour désigner une personne hypothétique qu'on ne nomme pas parce qu'elle n'existe pas, par ex. prov. eu aitals, veguiers, promet a vos Coût. d'Alais 2, 2 = fr. moi tel, viguier, je promets à vous ; le b. latin emploie en ce cas ille, par ex. ille rex Francorum inlustri illi comiti dans les formules juridiques. — 3) Avec une valeur distributive pour aller ... aller . Ital. tali consentirono e tali rifutarono (de même i cotali...gli altrettali). V. franc, tel (diseit) ben, tel anomal TCant. p. 40. En espagnol on dit hacer taies y taies cosas (ceci et cela). Comp. p. 39.