‹ Grammaire des langues romanesChapitre 131 sur 141 · ÉLÉMENTS DE LA PROPOSITION · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS DE LA PROPOSITION

la phrase débute par un adverbe. Elle est surtout fréquente en provençal, où se présentent partout des exemples tels que ceux qui suivent : ara sai ieu ; ara m'alberc dieus ; a penas sai eu; doncs die eu ; lai venc lo reis ; hemplai lo dous temps ; mais prez om; del vezer sui ieu hautz ; d'amor son mos cossiriers\ de nuilla ren non es tan gran cardatz\ d'un sirventes m'es grans volontatz presa ; de sapiencia anava eu ditan Boèce 78 ; per lieys ai eu joy ; ab sol aitan for' ieu guays ; en te solia eu fiar ; Peiracorna perdetz vos ; mi eys puesc ieu ben azirar ; lur faitz non pot hom durar ; gaug ai ieu tal\ las oit part z que oyn troba en gramatica, troba om 671 vulgar. C'est là la construction prédominante qui proprement repose sur un renversement de la phrase; car si l'on prépose au verbe un membre de phrase qui en dépend il est préférable de placer le sujet en dernier pour ne pas troubler l'accord logique de ce membre avec le verbe : de ieu sai ara on a fait ara sai ieu. Le v. français affectionne aussi cette construction. Il n'en est pas de même dans le français moderne : ici il n'y a que certains adverbes qui puissent amener le sujet à se placer à la suite du verbe, ainsi à peine, souvent aussi apre5, aussi , encore, ensuite, en vain, de là, au moins, du moins, peut-être, toujours (pour au moins), par ex. à peine fut-il arrivé ow bien, comme dans la phrase interrogative, à peine mon ami fut-il arrivé; aussi le veut-il; de là dépend votre salut; peut-êt)'e viendra-t-il; toujours ai-je fait mon devoir. Tel et ainsi dans le sens de en cette manière renvoient aussi le sujet à la fin de la phrase. L'espagnol trahit de même une tendance à suivre l'usage provençal, du moins la construction la plus usitée est celle qui est appliquée dans les phrases que voici : apenas oyo estas palabras Isabela ; antes he yo oido decir ; entonces se comenzo el juego; despues diœo el juez; aqui fué la priesa; luego fueron llevadas las acémilas; asi llaman ellos a los que etc. ; desta manera no haré yo mucho ; una noche sintiô Anselmo que etc.; con esto se consolé Sancho ; con gran deseo quedo el caballero ; al son de anafiles se comenzaron los juegos ; esto haré yo de grado ; este sitio escogiô el escudero. L'italien aussi se sert souvent de la même tournure : appena fui io arrivato ; or sai tu che io non voglio; allora disse il frate; quivi s'odono gli uccelletti; dopo alquanto fece Voste aprir la porta; cependant il met plus volontiers que l'espagnol le sujet en tête. — 3) Le provençal aime à mettre le sujet après le verbe même dans

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la proposition secondaire, surtout lorsque la proposition principale commence par quan, lanquan, com, pus ou si. On trouve des phrases telles que quan lo reis fo estatz desconfitz, si fon grans dolors ; quan "ceypels vergiers desplegar. . . m'adoussa la votz dels cavaus ; quant vey lo temps renovellar, mi doua ardimen amors ; lanquan son li rozier vermelh, m'es bel etc. ; cum el es velz, vai s'onors descaptan Boèce 140 ; pus li horges se claven d'eviron, m'es bon e helh que etc. ; si hem part et z de vos, non es razos. Lorsque la proposition secondaire débute par des adverbes ou autres mots de même nature, cela suffit pour renvoyer le sujet à la suite du verbe : quan la vertz fueilla s'espan, per lo dolz chan del auzel si va mos cors alegran\ pus vezem florir pratz, hen deu quascus lo joy jauzir\ sim laissais de chantar, hen leu dirià la gens; s' al cor plagues; hen for' hueimais sazos. D'autre part le sujet, quand on insiste, se met en tête : quan lo dous tem2)s coynensa, ieu sols fauc estenensa; quant en gran ricor pueia, l'avers lo fai folleiar ; pus vos platz, ieu i cossen\ sil cor es près, la lengua non es presa. Les exemples de cette construction sont trop nombreux pour qu'on en refuse le sentiment à la langue provençale, et par là elle montre une certaine affinité avec l'allemand.

4. Quant à la place des membres prépositionnels, la grammaire française enjoint de les placer après le régime direct ; on doit dire par ex. : il sacrifie le présent à l'avenir; nommez les choses par leur nom ; il lui donna des conseils sur sa conduite ; à moins que cet arrangement ne rende le sens équivoque, ou que le régime direct ne présente une certaine complication (voy. plus haut) : aussi doit-on dire le physicien arrache à la nature tous ses secrets ; de fameux exemples nous apprennent que Dieu a renversé de leurs trônes des princes qui ont méprisé ses loisMdXs la prose élevée et la poésie obéissent ici aussi à leur sentiment et mettent par exemple le membre prépositionnel devant le sujet ou l'attribut. Racine a dit : en vain sur les autels mamain brûloit l' encens; dansle fond des forêts votre image me suit; le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage ; la foihlesse aux humains n'est que trop naturelle ; vous cachez des trésors par David amassés. Il est inutile d'emprunter aux autres langues des exemples de cette tournure. Les expressions adverbiales de lieu, de temps, de motif et de manière, surtout celles qui complètent directement l'idée du verbe, s'unissent immédiatement au verbe dans le discours ordinaire.

ÉLÉ3IENTS DE L4 PROPOSITION. Î3I

Ital., par exemple, pigliava con la mano il hicchiere ; si levô di tey^ra a gran faiica\ egli era in contado ad una sua possessione \ a Firenze fii un buon uomo. Esp. os digo en brèves razones la inmensidad de mis desventuras\ desta manera se escusaban todos.

5. La formule est qui, est quod fournit un moyen puissant pour marquer l'accent oratoire. Cette tournure, dont il a été question plus haut et qui transforme en propositions composées les propositions simples, demande encore à être signalée ici, car elle favorise l'inversion de tous les membres de la phrase ; voy. des exemples ci-dessus, p. 290. Lorsque dans Y interrogation directe on veut mettre en relief le nom qui en fait l'objet, il est encore d'usage de préposer au verbe ou à 1 interrogatif unmembre de la phrase, généralement le sujet ou le régime. Lat. hi qui sunt? Aeschines ubi est? virgo cuja esf? istam vestem, quant habes, unde habes ? Ital. il padrone è egli in casa'? il padre vostro ed il padre mio che dicono? questo che dice ? questi chi sono? Esp. tu hermano donde esta? vuestra merced que causa tiene para volverse loco? el oro é la plata quien vos lo podrie contar ? PC. ; ese corazon como lo podré ablandar ? port, isso que he? ao fidalgo quem Ihe deu 0 mando? GVic; ao amor quem Ihe pord ley? R. Egl. Prov. a me quar no ves? Boèce ; ieu que farai'i Vafanper quepodetz sufrir? Franc, (ici c'est presque une règle, p. 292): le roi fils de David ou le chercherons-nous ? d'un chaste amour pourquoi vous effrayer ? Cette inversion, qui dans la question indirecte est une véritable attraction, est si populaire qu'elle se montre déjà dans les plus anciens documents bas-latins, par exemple dans les interrogations de témoins : te quis sacravit? antecessor tuus quomodo dictus est? presbiter ubi fuit consecratus? Brun. n. 8. (a. 715); et tu quid dicis ? Form, ital. app.

Quand le sujet ou le régime de la proposition est un pronom personnel, la place de ce terme relativement au verbe est déterminée par certains principes qui varient plus ou moins suivant les langues.

1 . Le pronom personnel comme sujet n'est pas assez fortement attiré par le verbe pour ne pas pouvoir en être séparé dans la plupart des langues par d'autres mots. Ex. ital. l'amore, il quale io a costui portava\ egli del tutto si dispose; esp. yo

por eso lo escucharé\ como él despues confesô , port, eu remedio nâo espero\ tu bem sabes\ v. franc, quant je son dous maire vi\ se j'onques fis rien\ de même corne hom pierre jeter porreit Rou. I, p. 338. En français moderne les deux termes ne peuvent être séparés que par la négation {ne) et les formes conjonctives. Le sujet peut même être placé dans les autres langues après le verbe quand on veut lui donner plus de relief : ital. tira tu la spada e io andrô ; esp. con saber que estoy yo donde estas tu, vivo contento ; voy. plus haut. — Le pronom personnel qu'on nomme absolu employé comme régime équivaut pour l'ordre des mots à un substantif : il peut donc se mettre avant ou après le verbe : ital. io vedo lei, e non te] egli lui richiama\ esp. rae parece d mi\ d mi7ne parece.

2. La place du pronom personnel conjonctif auquel nous joignons les particules dérivées de hic, inde et ibi (ital. ci, ne, vi, franc, en, y) demande une étude détaillée. D'après une règle générale ce petit mot veut toujours être immédiatement uni au verbe afin d'en recevoir l'action avant tous les autres membres de la proposition. Les Serments le présentent déjà dans ce rapport, que l'écriture rend souvent plus sensible en unissant les deux termes en un seul mot : me dunat, non lo s tanit, non rint pois, non H iv er\ dstus il mi altresi fazet^ mi est pronom absolu et s'oppose à il. En général le pronom conjonctif ne se sépare du verbe qu'en v. espagnol et en portugais : se lo tu mandasses Alœ. 751 ; honra que les élface S Part. I, p. 2 ; a qui lo él 7nandasse II, p. 4; si te tu quisieres salvar Cast. de D. Sancho ; que te yo agora darè ibid.; le él manddrû CLuc. 102 ; lo Bios face 103; lo non dévia facer 123; si me tû non vales Flor. I, 4 ; poys que vos Deos quer guysar D. Din. 41 ; pois m'ant' ela veg' estar Trov. n. 38 ; me nao val\ mo nâo consentio; vos eu olho\ se nâo dedignou; onde o ninguem visse. L'ital. loro est un mot d'une trop forte consistance pour être traité comme un membre de phrase atone, il peut donc être séparé du verbe, par ex. doynandando a ciascuno ohe loro luogo facesse. — Au reste la place de ces petits mots avant ou après le verbe, et leur ordre respectif quand ils sont plusieurs à se rencontrer, diffèrent plus ou moins sensiblement dans les divers dialectes; nous examinerons chaque langue en particulier.

Italien. — 1) Placés devant un verbe qui commence par une voyelle, ils se comportent comme proclitiques et prennent l'apostrophe : Vamai, m'incresce, nhanno, on écrit aussi ce'l diede, no'l fece avec l'aphérèse. Tous ces pronoms sont traités

comme enclitiques (à l'exception de loy^o, comme nous l'avons dit déjà) et le verbe alors peut être soumis à une apocope : amoti, battendolo, godiamci, godonsi , andiainone (andianne) dissergli, vuolsi, porsi (pour poî^resi, porter si), diragli (i^OMv dirai gli) , dissi loro^. Après une voyelle accentuée ces mots redoublent leur consonne initiale : amolla, dammi, dillo, havvi (pour amô la, da' mi, di' lo, ha vi) ; excepté gli, ainsi celeragliy non celei^aggli, ce qui s'explique de soi-même. — 2) On est libre de placer le pronom avant ou après le verbe lorsqu'il est à l'indicatif ou au subjonctif : lo vedo et vedolo, gli dissi et dissigli, loro narra et narra loro. On le met après les autres modes : guardati, ynaravigliarsi, famé, conosciutoli, vedendoci] l'impératif prohibitif et l'infinitif s'en font précéder : non vi maravigliate ; 7îon lo /are ; et le verbe accompagné d'une négation conserve ailleurs encore cette même place au pronom : per non mi discostare ; di non si partire ; per non ne dar sospetto ; non trovo chi mi consigliare PPS. I, 183; senza lo dipartire II, 82 ; dans Boccace per vedere che SI FARE e dove andarsi Dec. 911 ; non si contentando; il se place parfois aussi devant l'impératif positif : il prendi, f inchina, tu qui m'aspetta, mi fa battez zare. — 3) Lorsque la proposition contient un verbe principal et un infinitif, on place le pronom soit après l'un, soit après l'autre, plus rarement entre les deux : lo credeva vedere, credeva vederlo, s'andô a nascondere , ando a nascondersi, lascici andare, fecelo addimandare.cominciommi a dire. Quand il y a deux infinitife, c'est au premier que les pronoms s'unissent le plus volontiers, même lorsqu'ils dépendent du second : credeva di poterlo vedere , per volerne prendere. Ils s'unissent à l'auxiliaire quand le verbe est à un temps périphrastique : Vehhe trovato, ti sei vantato. — 4) La rencontre de plusieurs pronoms conjonctifs monosyllabes amène une petite modification de forme : \'i se change en e (tome II, p. 80). Mi précède les autres pronoms : mi si mostrava, raccomandamelo, concedetemegli ; ti et ci se placent devant si : ti sidava, ci si dice; li, le, lo, Za se placent généralement après les autres pronoms , mais on les met aussi avec élégance avant : ve le donero, le vi donerô, rendervelo, renderlovi, poterlasi, mostrerolti, dalmi (c.-à-d. me lo dà Par. 24, 134), faccialevisi. Ne (en) est toujours placé en

1. Le v.ital. ende pour ne est aussi traité comme enclitique : damende = dammene (donne m'en).

DiEz m 2S

dernier, mais il précède loro : datemene, andarsene, datene loro ; ci (ici) se place devant si, et vi (là) devant ti, mais après mi : ci si lavora, dormiviti, mi vi conosce.

Espagnol. — Cette langue est d'accord avec l'italien sur presque tous les points. 1) Les pronoms qui suivent le verbe sont traités comme enclitiques ; nous avons déjà montré au livre de la flexion l'influence qu'ils exercent dans ce cas sur la forme du verbe. — 2) Les pronoms conjonctifs précèdent ou suivent l'indicatif et le subjonctif, ils se placent en premier lieu surtout lorsque le sujet se trouve avant le verbe : se mostraba, os persigue, llevaronla, aconsejaronnos, Bios lo quiere (non pas Bios quierelo). Ils précèdent toujours le subjonctif prohibitif : no me digas mas ; et suivent les autres modes : mostradme, sosegaos, hallarse, viendome, vencidole ; cependant un nom placé avant le verbe peut les attirer à lui : todos os sentad. Dans l'ancienne langue il n'est pas rare de les trouver préposés à tous ces modes ; dans le Cid par ex. : non sàben que se far 1164 ; dans les Cast. de B. S. : para la servir, de lo quitar; dans le Conde Lucanor : a me facer, non se faciendo ; dans Santillana : por le injuriar, de lo hacer ; dans des chartes du XIII® et du xiv^ s>. : de les prender, de les facer \ dans d'anciennes romances : de le alcançar, de la nombrar, en la mirar. Des écrivains construisent de même ces pronoms avec l'impératif : me dad licencia, aient o me escucha. — 3) Quand la phrase contient un infinitif dépendant du verbe principal les pronoms peuvent s'attacher comme enclitiques à l'infinitif ou se placer devant l'autre verbe : pudo oirlas, las pudo oir ; mais on ne dit pas bien pudolas oir\ fué a ponerse, sefuè d poner, dedrse suele. Si la phrase contient deux infinitifs, ils peuvent s'attacher soit au premier, soit au second : sin poderme remediar , sin poder queœarme, mais en v. espagnol de la non poder sofrir Cal. é B. Le participe les renvoie au verbe auxiliaire, bien que Cervantes ait dit aussi hàbia mezcladose BQuix. 2, il, habiendo sosegadose Nov. 6. — 4) En ce qui concerne la place respective de ces pronoms lorsqu'ils se rencontrent dans une même phrase — auquel cas se remplace le, les (voy. t. II, p. 83) — la règle générale veut que le datif prenne le pas sur l'accusatif, par ex. me lo ha dicho, traigamnele, se lo dàban, por encomendartela, darosla, si no nos lo mienta, entre garnoslos. Cependant l'accusatif 5e précède aussi les autres pronoms et te se place avant me : imprimirsele,senos muestra, rindeteme.

Portugais. — Cette langue ne se comporte pas tout-à-fait comme l'espagnol. 1) L'apostrophe n'est usitée que par certains écrivains : m'alegro pour me alegro etc. On unit les enclitiques au verbe par un trait d'union : fazei-lhe, chamo-o, traziàona, casar-se\ on emploie même parfois le trait d'union entre deux pronoms conjonctifs : no-lo, vo-lo. Les modifications de forme que le pronom enclitique subit lui-même ou qu'il fait éprouver au verbe sont importantes, voy. t. II, p. 85, 172; nulle part les deux mots ne s' unissent aussi intimement qu'ici. — 2) Avec l'indicatif et le subjonctif on procède comme en espagnol : me disse et disse-mey se embarcou et embarcou-se, os animarào et aniinarào-os , as amais et amai-las. Avec l'impératif et le gérondif les pronoms deviennent enclitiques : poem-me, dai-me, valendo-se , eœhortando-os ; ils précèdent parfois aussi le premier mode : 77ie ensina, nos conta. On les place indifféremment avant ou après l'infinitif : de perdê-la, para résolvela, para disporse, para se distinguir, para Ihe herdarmos, a se lograr, em nos dar , sem Ihe valer , par conséquent comme en v. espagnol. — 3) Lorsque la phrase contient un infinitif et un participe outre le verbe principal, la règle est la même qu'en espagnol. — 4) Quand deux pronoms se rencontrent, le datif a aussi le pas sur l'accusatif: vendeo-mo, tomando-lha\ mais l'accusatif se se place en premier lieu : se Ihe apresenta, converte-se-me, imputando- se- me.

Provençal. — 1) Ici est appliqué le principe, qui s'étendait autrefois à tous les dialectes romans, en vertu duquel les pronoms conjonctifs (et ne) peuvent rejeter leur voyelle, même devant des consonnes, en s'agglutinant au verbe ou au mot qui les précède immédiatement : farau partir, nou recre, sin volias, nos pot partir, voy. t. II, p. 89 ^ — 2) L'indicatif et le subjonctif s'en font plus souvent précéder que suivre : s'eschai, H dei, la troba, los auretZy quels {que los) volretz, enplora, hi agues, respos me, faram jauzir, enqueron m! en, fassan, batrial, es se meravilhatZj son s'en intratz. On les place presque sans exception après l'impératif positif et avant l'impératif négatif: faitz 0, aconselhatz mi, fenhetz vos, lo gart, tu lo li toi, vos 0 aujatz, aram digatz, me perdonatz et perdonatz me Choix III, 410 ; nous {no vos) fassatz, no m'o vulhatz celar. On les prépose au gérondif et à l'infinitif; des exceptions telles que

l. Pour faciliter la lecture des exemples nous avons parfois dans ce volume séparé le pronom du verbe.

pot escicsar se GO. 317, de vezer lo Choix V, 80 sont du moins rares ; en vaudois au contraire cette tournure est tout-àfait admise {gardant se, venjar se). — 3) On est libre de rattacher les pronoms au verbe principal ou à l'infinitif : me fai falhir, se cuia cal far, deu s'eshaudir, deu m'esser, se vol faire auzir. — 4) Ici encore le datif se place avant l'accusatif : tenc m*o (moi le), fariaVo (lui le), us o cossentia, lim defen ; cependant les accusatifs lo, la, los, las prennent plus volontiers la première place : lam tuelha, los lor donet. Ne ou en suit les autres pronoms : s* en va, se n'irais, me n'es escazuts, nous en creiran, tornatz vos ne.

Français. — La grammaire a réglé de la manière la plus rigoureuse la construction de ces petits mots. 1) Devant des voyelles on apostrophe Ve ou l'a, mais les enclitiques sont unis au verbe par un trait d'union à moins que le pronom ne soit attiré par le mot suivant : je l'ai, donnez-nous, donne m'en. — 2) Les pronoms précèdent tous les modes : il me donne, elle te connaît, onnous suit, il leur conseille, se soucier, se voyant, y songeant ^ ; ils ne suivent que l'impératif positif : voyez-la , tournez-vous, donnez-leur, regardez-moi, corrige-toi, parlez-en, songez-y, avec l'impératif négatif : ne le croyez pas, ne lui dites rien ; mais chez les anciens on trouve aussi sans négation te tien, te toi, i venez etc. On peut citer la phrase bien connue d'une litanie : tu lo juva = toi, aide-le. Dans le cas où plusieurs impératifs sont unis par et ou par ou le pronom peut se placer devant le second : du moins contente-toi de l'avoir étonnée et me laisse achever cette grande journée Corn. Ror. ; finissons et me dites Mol. l'Avare. Quand le singulier de ce mode se termine par une voyelle et qu'il est placé devant en et y, on le munit d'une s euphonique comme dans vas-y, donnes-y, vas-en, donnes-en (tome II, p. 231) ; mais si ces mots se construisent avec le verbe qui suit, 1'^ n'est pas ajoutée : va y mettre ordre, va en porter la nouvelle. — 3) Lorsque le verbe principal a sous sa dépendance un infinitif, les pronoms se placent le plus souvent devant l'infinitif : je ne puis te prêter, j'ose les approuver, il doit se taire, il est allé lui parler, mais aussi je le fais venir, je le laisse parler, je la veux rendre, je l'ose dire, il vous vient écouter, il lui est allé

1. En ne peut pas s'employer devant le gérondif, car il pourrait être confondu avec la préposition en\ le placer après serait contrevenir à la règle. Dans voulant en faire, en appartient à l'infinitif.

parler. Si l'infinitif dépend d'un temps périphrastique qui a pour auxiliaire avoir, il attire les pronoms ; seuls les participes fait, laissé, vu et oui les renvoient au verbe auxiliaire, par ex. on n'a pu me trouver, je l'ai fait venir, je l'ai laissé sortir, je Vai vupartir, je l'ai oui dire. Quand la proposition contient deux infinitifs, les pronoms précèdent le premier. Des exceptions à cette règle se rencontrent de temps en temps. — 4) Les pronoms au datif se placent devant l'accusatif, à l'exception de lui et leur : il me le donne, il nous l'envoya, on le lui reproche, il le leur a prêté ^. En et y se placent après les autres pronoms, mais devant ynoi et toi : il m'en a parlé, il s'en est allé, je lui en donne, je l'y ferai consentir, donne m'en, va t'en, rendez-vous y, conduisez-nous y, transportes-y-toi. Quand y et en se trouvent en présence, c'est y qui vient en premier lieu : j'y en ai mis. — L'ancienne langue était aussi libre que le provençal en ce qui touche la place de ces pronoms. Voici quelques exemples qui le feront voir. Avec l'indicatif et le subjonctif : voit le H dus, enpoint le bien ; avec l'impératif positif : vus haitez, lui servez, puis t'en va, or me dites, le congié me donés; avec l'infinitif : ptir destruire la LRs. 218, pur rachater le ibid. 145, por tenir la Brut. I, p. 153, pur oïr i le grant servise Trnst. 11, p. 25, vueil aler m'en (ital. andarmene) TFr. 444 ; ce traitement du pronom en enclitique est à la vérité fort rare. L'accusatif le, la précède le datif dans : il le me dunad, lame délivra, je la te communique, je le vous otri (cet exemple est très-fréquent) .

Valaque. — Unis au verbe auxiliaire, les pronoms en question sont traités comme proclitiques, ils perdent donc leur vojelle : m'am ou inam {me ayn), v' am (ve am), v' atzi, mais mi am, mi ai, te am, le au. Lorsque mi, tzi, si, lu s'unissent comme enclitiques au verbe ou à un mot qui le précède, leur voyelle finale ne se prononce pas, comme en provençal, alors même qu'on récrit, par ex. demi (da mihi), nutzi {non tibi), fiutzi este acest {filius tibi est hic), nul {non illu7n), sil {et illum) ; le datif est alors réduit à un simple i : sei (ut illi), sii {et illi), dei {da illi). En s'appuyant au verbe ils font revivre \'u de flexion (pr. cunt[u], cuntem[u],gèr.cuntund[u], part, cuntatlu], etc.) comme dans muncescume (ou en séparant mwnce^cw me). D'ail-

1. 11 y a en v.français des exemples de l'omission du pronom le devant li ou les, comme dans ne U loe pour ne le li loe, ou qui ne lor osent escondire pour qui ne le lor etc. Voy. les notes de Scheler sur Baudoin de Condé, p. 399.

leurs la place qu'ils occupent dans la phrase est presque la même qu'en italien, toutefois ils peuvent aussi se placer devant l'infinitif. Ex.se chiame (ital. si chiama), euil bat (io il batto), vedul eu (vedol io), contenitzive (eontenetevi), placetzi (piacciati), dirigundule (dirigendole) , leudaiulu {lodatolo) , suntem datori a i onorà (siamo tenuti d'onorargli), mil dede {mel diede), mi se pare, eu tzi a m crezut.

3. La construction intery^ogative n'amène aucun changement dans l'ordre des pronoms conjonctifs : le sujet prend place après le verbe, et dans l'interrogation négative non conserve sa place habituelle. Ital. sallo mio fratello ? non Io sa mio fratello ? me Io avete deito? non me Io avete detto? Esp. Io quiere tu padre? no Io quiere tu padre? Franc, le lui avez-vous dit? ne le lui avez-vous pas dit? nous y mènerez-vous? ne nous y mènerez-vous pas ?

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