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accusatif

L'accusatif est le seul cas oblique qui ne soit pas indiqué par une préposition, bien qu'il ne se distingue pas, même avec l'aide de l'article, du nominatif, sauf en provençal et en v. français. C'est là une défectuosité de la langue qui est un obstacle à l'inversion du sujet et du régime. Toutefois ce n'est pas sans exception que ce cas sous sa forme toute nue suit immédiatement le verbe : certaines langues connaissent un véritable accusatif

CAS. ACCUSATIF PRÉPOSITIONNEL. 9\

prépositionnel. 1) En effet il est de règle en espagnol de préposer à ce cas, lorsque le nom désigne une personne, puis un être vivant en général, la particule d, en sorte que l'accusatif se confond ici pour la forme avec le datif. Exemples : el padre ama al hijo ; César venciô d Pompeyo ; con la misyna facilidad matan d un hombre que d una vaca ; d ningun ave natura dota de tanta astucia. La possibilité même d'une confusion avec le datif n'est pas un obstacle à ce procédé : ainsi le marquis de Santillana dit Prov. p. 94 : dar d sus hijos (dâiii) d sabios maestros (ace); Cervantes Nov. 4 : entregô d su muger (dat.) d la hermosa nina (ace). Les pronoms aussi, dans les mêmes conditions, suivent généralement cette règle, par ex. se vende d si mismo\ d quien acusaba; al uno llaman N. ; mataron d alguno ; no conozco d nadie ; Bios castigard d quienquiera. Même des idées abstraites, en raison de la facilité avec laquelle elles passent à un sens personnel, et certains objets auxquels on est habitué à attribuer une existence personnelle se font souvent aussi accompagner de la préposition : tienen por preceptores al diablo y al uso Nov. 1 ; d nuestra ligereza no la impiden grillos ibid. ; la estimo en mas que d la vida ibid.; vence el dolor d la razon Gare. Cane. 5 ; no tardé mucho en despertar el enojo d la colera y la colera d la sangre Nov. 2 ; mis razones cansan al cielo ibid.; aborrecido tuvo al alto cielo Gare. Egl. 3 ; el sol al mundo alumbre Gare. Eleg. 1 ; la sombra al sol siguiô Cald. I, 267^. Pour rendre l'inversion possible il arrive aussi quelquefois de traiter de même des noms d'objets ordinaires (voy. à la quatrième section). Cette forme d'accusatif se présente déjà dans les plus anciens monuments de la langue * ; plus tard elle a pris toujours plus d'extension, mais elle n'a pas acquis la valeur d'une règle. On trouve par ex. un caballero conozco ; husco mis amigos ; veo aquel hombre. Mais elle est à peu près indispensable aux noms propres qui suivent immédiatement le verbe, et même les noms géographiques, comme dans priso d Almenar PC. 1336, gané d Tarifa Cast. de D. Sancho 87^, se font volontiers accompagner de la préposition. — Le dialecte portugais connaît aussi cet usage, mais il l'applique avec moins de rigueur encore. Camoëns

1. Dans les chartes il semble qu'on ne la trouve pas avant le commencement du xi^ siècle, par ex. ad illa una maiabit {d la una maté) Esp. sagr. XXXVl, p. xxiii (ann. 1016); decepit ad suo germano {enganô à m hermano p. xxxix (ann. 1032).

par ex. dit sans préposition : excedem Rhodamonte ; gente que segue o torpe Mafamede ; quando Augusto o capitào venceo ; livraste Paulo ; los que César matdrâo ; os darei hum Nuno ; favoreça outrem. L'emploi de cet accusatif n'est prescrit que dans les cas où il peut y avoir équivoque : ainsi 0 marido d (et non a) mulher ama, et l'inverse : ao marido a mulher ama. — 2) La préposition ^re oupe (dulat. per), qui comme à peut indiquer un mouvement vers un objet {me suiu pre cal = esp. suho d cdballo), rend à peu près le même service en daco-romàn, par ex. chiame pre Petru [voca Petrum)\ vezuiam pre un urids {vidi gigantem quemdam); laudpre dumnezeu (laudo dominum deum); vulpea au inselat pre lup (vulpes decepit lupum)\ pre aine cerci? (quem quaeris?) me aude pre mine {me audit). — La particule espagnole pas plus que la particule valaque ne représente ici la marque casuelle du datif, c'est une véritable préposition. Aussi en espagnol le pronom pléonastique s'adjoint-il sous la forme de l'accusatif et non sous celle du datif {d nuestra ligereza no la impiden, non pas le, voy. p. 57); en valaque le datif spécial de cette langue ne peut pas du tout s'appliquer en ce cas. — La préposition semble avoir pour fonction d'exprimer avec plus d'énergie à propos d'un être vivant et capable d'une certaine activité que cette activité est subie par lui, afin que l'on ne puisse pas croire que c'est lui qui l'exerce. Il n'est pas facile d'expliquer pourquoi cet accusatif prépositionnel ne s'est développé que dans les langues citées et non pas aussi dans les autres ; on peut toutefois rappeler à ce propos le soin minutieux que ces langues mettent à distinguer les rapports des cas (voy. plus haut au chap. du pronom, p. 58, où ce fait a été indiqué). Cet accusatif s'est étendu aussi à des idiomes voisins et même à des dialectes éloignés, savoir au catalan, au sarde et au sicilien. Exemples : v.cat. feu la he guardar d ella  sos fills Desclot 678^ (souvent); sarde saluda a Pedru ; sic. iu amu a diu (Blanc 667).

1 . L'activité exprimée par le verbe transitif demsinde le régime à l'accusatif, c'est-à-dire que les verbes transitifs régissent ce cas toutes les fois qu'ils reçoivent un régime. Ce cas est de nature passive, il supporte les effets directs de l'action du sujet, et par là il peut aussi être converti en un sujet passif. La construction avec l'accusatif ne présenterait aucune difficulté s'il était possible de distinguer au point de vue logique les verbes dont l'action porte sur un objet de ceux dont l'action se restreint au sujet. Mais le génie de la langue s'oppose à une telle contrainte, soit

qu'il attribue au même verbe divers sens à l'expression desquels se prête tantôt l'accusatif, tantôt le datif, soit qu'en vertu d'une conception particulière il laisse à une seule idée la liberté de chercher son régime aussi bien dans l'un que dans l'autre cas. Déjà en latin l'usage était souvent hésitant ; dans les langues .modernes un nombre important de verbes jadis intransitifs ont été considérés comme transitifs. Il se peut que dans quelques cas l'accusatif roman s'appuie sur un usage archaïque ou populaire, dans d'autres le sens fondamental du mot avait cessé d'être compris. Des modifications de forme ou bien plutôt de nouvelles dérivations, de même que le remplacement d'un verbe éteint par un verbe nouveau, sont les causes qui expliquent le plus souvent la déviation des lois de l'ancienne rection. Le valaque, en raisoQ de sa situation isolée, n'a pas subi l'influence de l'usage roman, il construit par ex. avec le datif azutà (adjutaré), ascultà {auscultare)i multzemî {grattas ageré), sluzi [servire), urmà {imitayH). — Yoici une liste des verbes les plus importants qui ou bien ont conservé la construction latine avec l'accusatif, laquelle est en partie étrangère à l'allemand, ou bien l'ont adoptée plus tard.

Adjutare aliquem, aussi alicui, hésite entre l'accusatif et le datif : it. ajutava i suoi amici ; ajutandogli la sua innocenza Dec, 4, 8; esp. ayude el jpueblo 7nio Num. 1, 2 ; ayudar al alto intenta ibid. 3, 1 (p. 65); los drholes al sueno ayudan Gare. Egl. 2 ; port. Sanct-Iago os Hespanhoes tanto ajudou Lus. 5, 9 ; ajudar a seus senhores 4, 11 ; pr. lo solient ajudar Bth. 70 ; adjudavon Costanti Choix V, 90 ; ajudar puesc a mas conoissens lY, 177 ; fr. aider qqun et à qqun. Comp. § 3 assistere, subvenire, suceurrere.

Adulari aliquem, plus tard alicui ; blandiri alicui. Les verbes qui ont le même sens ou un sens analogue inclinent vers l'accusatif : ital. adulava tutti, a tutti; esp. adula sus penas Gald. I, 365^ ; port, adula as orelhas. — Ital. hlandire uyio ; v.esp. le blandiendo (dat.) Sanch. I, 176 ; prov. enemigas ne blan PO. 236 ; m' an blandit e temsut Choix IV, 123 ; cuy am e blan (ace.) LR. I, 321 ; la reblan Choix III, 55 ; de m. v.fr. les a blandiz et proiez Ren. I, p. 17 ; b.lat. eam blandiebatur Gest. reg. Franc, cap. 31. — Ital. lusingare un ragazzo ; esp. lisongear las pasiones ; prov. seran miey Frances lauzenjat Fer. 2150 ; v. franc, le blandi et losenga MFr. 1, 182. — Esp. halagar su denuedo JMen.; port, afagar

as esperanças. — Fr. flatter un enfant. — Ital. carezzare uno\ fr. caresser qqun. — Esp. idolatrar, fr. idolâtrer également avec l'accusatif.

Aemulari aliquerriy très-rarement alicui. Les langues modernes donnent aussi la préférence à l'accusatif : ital. la terra émula il cielo (rivalise avec); esp. aquel émula d su hermano ; port, émula a Homero ; a floresta émula o ceo.

Aequare aliquem (atteindre); ital. adeguare uno Orl. 13, 81 ; prov. s'eguar ab alcu (se comparer à). Pour le sens d'atteindre on emploie un verbe nouveau avec l'accusatif: it. agguagliare, par ex. non che l'agguagli altrui parlar o mio P. Cz. 8, 2; franc, égaler qqun en bonté \ esp. iguala al mayor numéro (dat.) Num. 1,2; port, a quem, nenhwna iguala Lus. 2, 38. — Ital. pareggiare uno : che'l mover suo nessun volar pareggia Pg. 2, 18 ; pr. pareiar ab = s'egar ab. — Les verbes qui expriment le sens de similem esse régissent, outre le datif, aussi F accusatif : it. somigli cosa terrena Ger. 4, 35; {egli) rassembra il fior Orl. 5, 82 ; esp. no semejo ya aldeano? JEnz. 30^; prov. sembli be la cot {simillimus sum coti) Choix V, 67 ; lo digz ressembla lo pessamen III, 269 ; resemblunt los diables [daemones imitantur) GO. 61^ ; v.fr. vieulx semblent charbonniers QFA. 442; il ne semble point aux renars Rabel. 1, 39; vus resemblez enfant Roi. p. 55 ; qui resambloit le roi G. d'Angl. p. 124; ressembloit quelque petit angelot Rabel. 1, 15; fr.mod. seulement avec le datif : il ressemble à son père. — Le v.fr. TRAIRE (ressembler) demande la préposition à : granz est et trait as anceisurs Roi. p. 97 ; bien traies à la geste GVian.; Fer. p. 167^.

Attendere roman pour eœspectare avec l'accusatif : ital. attendere soccorso ; pr. atenre bon' aventura ; fr. attendre l'ennemi. Dans son sens latin ce verbe se construit avec ad : ital. attendere a' fatti suoi ; esp. atender d un diseur so ; prov. gens a lui non atend Bth. 131 .

AuscuLTARE alicui, aliquem, aliquid : ital. ascoltare, esp. escuchar, pr. escoutar, fr. écouter seulement avec l'accusatif.

Benedicere et maledicere alicui, plus tard aussi aliquem ; en roman, où le sens de l'ail, segnen dans benedire, bendecir, bénir, celui de verwûnschen dans muledire, maldecir, maudire, sont devenus prédominants, l'accusatif est seul autorisé. A ces verbes répond le gr. £u Xé^eiv Tiva, y,axûç Xé^siv xtva. Mais dans le Lib. psalm. le premier de ces verbes est aussi construit

avec le datif : heneis à nostre segnor = benedic domino.

GoNGRATULARi altcui; en roman avec l'accusatif de la personne : ital. congratulare uno di una cosa ; esp. congratulai à uno de; fr. congratuler qq. sur qch, — Fr. féliciter qqun de qch.

GoNSENTiRE dans le sens de « consentir à » régit partout l'accusatif : ital. consentir e tal cosa ; esp. consentir el tuerto PC, 3561, el pecado SPart. I, 48; tan gran maldad los cielos no consientan Num. 2, 1 ; port, se queres commercio consentir Lus. 7, 62 ; prov. cossentir deshonor LR. ; franc. consentir la vente (style de chancellerie) ; dans Corneille il l'avait consenti Pomp. 5, 3 (et souvent); b.lat. quae ceteri consenserint Gr. Tur. 5, 19. Mais aussi ital. consentire ad una cosa, pr. cossentir al lairon LR. I, 452, fr. consentir à qch., esp. consentir en una cosa = \dii. consentire cum re ; aussi v.fr. consentir qch. à qqun (concéder) : dieus le nos consente Roi. p. 91 ; prov. que ja plus nom cossenta Choix m, U.

CoNSPiRARE in caedem alicujus ; fr. conspirer à la ruine et conspirer la 7mine de l'Etat.

GoNTRADiCERE alicui, alicui rei : ital. contraddire, esp. contradecir, franc, contredire avec l'accusatif : los judios contradixeron la su palabra Cast. de D. Sancho 223^; de même aussi dans Eulalie : celle kose non contre dist et prov. contradia so que far an Choix III, 363. — It. contrariare, esp. arch. contrariar, pr. contrariar lY, 443, fr. contrarier également transitif; aussi v.esp. contrallar cosa CLuc. 33"; v.fr. contralier sainte Iglise TCant. p. 58.

Gredere aliquid; en roman aussi avec l'accusatif de la personne (croire en quelqu'un) : ital. credere un dio ; prov. creire dieu Bth. 24 ; v.fr. croire Jhesu Christ QFA. 913 ; b.lat. credere Jesum Gr. Tur. 5, 11 (et souvent); de m. (croire quelqu'un) port, que o Mouro cria Lus. 1 , 102 ; pr. creire auctors Choix III, 27 ; fr. créez vous cet glouton? NF. Jub. 1, 92 ; croyez-^ous cet homme'? Credere alicui (se confier en quelq.) : it. credere ad uno, credere al consiglio ; fr. croire aux w^édecins etc.

Desperare pacem, honores ; de même ital. che disperar perdono Pg. 1, 12; esp. desesperar amores JMen. 108. La construction avec de est d'ailleurs usuelle en roman comme en latin.

DoMiNARi in aliquem ; en roman avec super, mais aussi avec

Faccusatif : it. il monte domina la città; esp. ella te domina^ una altura domina el campo ; tus ciudades las domenan oy los Moros SEom. 288 ; Ir. la montagne domine la ville.

DuRARE lahorem : ital. durar la fatica ; lo martore ch'io aggio durato PPS. I, 119; v.esp. lo saben durar Alx. 921; pr. durar lo caut G A. 2428 ; lur faitz non jpot hom durar IV, 261, de m. ahdurar, endurar LR, III, 90; fr. endurer la chaleur.

Fallere aliquem tromper quelqu'un, f aller e fidem, promissum manquer à sa parole. En roman, où ce verbe a passé aussi à d'autres conjugaisons, la construction avec le datif prédomine. Le sens le plus usité ici est « manquer, ne pas atteindre ». B.lat. si colpus ei fallierit (s'il a manqué son coup) L.Sal.\ ital. pareva che le gamhe gli fossero fallite per fuggire ; gli fallï la lena ; a oui la roba falla Pg. 13, 61 ; fallire la fede (comme en lat.); esp. falido ha a mio Cid el pan PC. 589 ; le f aile ce ingenio ; pr. cil H faliren (ils lui ont manqué) Bth. 70 ; vitalha lor falh ; el jura leu e fail son sagramen Choix lY, 211 ; v.fr. pur mûrir ne vus en faldrat uns Rol.\ je ne doi faillir mon creatour Rom. fr. 93; a moi failli aves Rom. éd. B. 178. Il faut remarquer ital. nonpuoi fallire a glorioso porto Inf. 15, 56; v.fr. {il) ne puet falir a hoine fin FC. I, 130 (souvent).

F AVERE alicui. Le mot simple manque, les dérivés ital. favorire, favoreggiare , esp. favorecer, franc, favoriser demandent l'accusatif, mais l'ital. favorire peut aussi avoir le datif de la personne à côté de l'accusatif de l'objet : favoritemi unapenna.

FuGERE aliquid ; la construction avec l'accusatif est appliquée aussi en roman : ital. fuggire, esp. huir, pr. fugir, fr. fuir. Avec le datif: port, o contrario Ihe fugio Lus. 3, 56; fugindo ao doce laço\ prov. fugir no li pose PYid. p. 48; b.lat. ubi fugere possum domino meo ? Gest. reg. Fr. c. 35. — Les verbes introduits pour vitare, evadere favorisent également l'accusatif. Ital. campare la morte ; fr. échapper le danger, mais auœ ennemis. — Esp. escusar la muerte. — Ital. SCHIFARE gli uomini; esp. esquivar al fuego Gare. Eleg. 1 ; port, esquivar o perigo ; pr. esquivar las novelletatz GO. 127^; fr. esquiver le coup. — Pr. g anbïr ad amor Choix III, 342; ieu li guan V, 221. — V.fr. guenchir la mort TCant. p. 45 ; gauchir la meslèe Mont. 1, 12 ; fr.mod. gauchir intransitif.

Gaudere re, quelquefois rem : it. goder e la vita, gloire la signoria ; prov. jaiizir l'amor ; en fr. jouir exige de, que les autres langues emploient aussi. Delà pr. congauzir (traiter amicalement) avec l'accusatif: van lo mantenen aculir e conjauzir Jfr. 97^; los a V emperayre haijzatz e congauzis Fer. 5053; aussi v.fr. ses serjans amer et conjoïr voy. Serventois p. 31; fr.mod. seulement se conjouir ; b.lat. quem ille congaudens ac deosculans Gr. Tur. 3, 24 (d'autres mss. donnent oui, comp. congaudi misso Alcim. Avit. dans Quich. Add.). Le v. franc, emploie dans le même sens joir qqun, par ex. Ben. 1, 115". 147.

GuERREGGiARE ital. (faire la guerre) : suo fratello il guerreggiô Malesp. cap. 47 ; pr. Richartz guerreies lo vescomte Choix y, 82 ; v.fr. guerreier tuz cels TCant. p. 58. — V.esp. LiDiAR la villa Alx, 1080. — Pr. per nos osteiar Choix IV, 167.

Habit ARE transitif persiste : ital. abitare, esi^. habit ar una casa ; pr. era lo luecx de gent abitatz LR.\ fr. habiter une maison. Il s'emploie aussi avec des prépositions.

Imitari aliquem, aliquid : ital. imitare un autore ; esp. imitar la naturaleza, remedar las virtudes de los mayores ; fr. imiter ses ancêtres. — De même aussi ital. contr^ffare qualunque uomo ; esp. contrahacer d una persona ; pr. contra far vilas Choix III, 260 ; fr. contrefaire le chant du rossignol.

Inclin ARE (acclinare) peut régir en roman l'accusatif lorsqu'il a le sens réfléchi : ital. inchino sua valenza (je m'incline devant sa valeur, je la vénère) PPS. II, 210; Vhai inchinata (tu t'es incliné devant elle) GCav. p. 308; essa inchinollo reverente Ger. 4, 38 ; v. franc, enclinez chascun FC. Il, 198; Uapostole anclinereni Sax. 74; prov. doynnas c*om acli Choix III, 304 ; aclina un seingnoriu IV, 130 ; et même dans le valaque du sud : multe ginti incljine soarile (beaucoup de peuples adorent le soleil). Glinare : l'un ad (= habet) l'altre clinet Roi. p. 62.

Incommodare a/ecwz ; ital. incomodare etc. transitif.

Incontrare, mot nouveau pour occurrere : ital. incontrare, rincontrare, scontrare uno (scontrarsi in uno); esp. encontrar una cosa [con una cosa)\ prov. encontrar un amie; v.franç. en mi sa veie ad encuntret Reliant Roi. p. 51 ;

fr.mod. rencontrer qqun Esp. topar, par ex. un escudero

CLuc. 79: de m. port, topar alguem. — Occurrere (ital.

occorrere, esp. ocurir) conserve sa construction avec le datif.

DiEz m 7

Insidiari alicui, peut-être aussi aliquem : ital. insidiare la vita d'un uo^no ; de m. esp. port, insidiar, prov. ensidiar (fo encidiatz LR. III, 160) transitif.

Invidere alicui, voy. plus bas, Datif § 1. Le dérivé invidiare est transitif, mais il se construit avec le datif de la personne et l'accusatif de l'objet : ital. nettare non invidio a Giove P. Son. 160 ; esp. nada d nadie envidio ; fr. je lui envie son bonheur ; prov. lo mons enveia sas beutatz.

JuRARE deos, o[;i(jat ôeov (jurer par Dieu), même construction en roman, surtout à l'origine ; prov. jura lo tron de deu GO. 278^ ; jura damidrieu G Ross. 116 ; jurât an sant Andrieu LR. I, 529^; v. franc. Renart jure l'ame son père Ren. III, p. 187; a sa teste jurée Agol. 799; sa barbe en a jurée RMont. 15, 1; H reisjure les oilz TCant. p. 14; aussi franc. moà, jurer son dieu, sa foi et esp. jurar la cruz Nov. 7. On emploie plus volontiers en latin jurare per aliquem et jurare alicui aliquid.

JuvARE aliquem : ital. giovare uno, aussi ad uno : che porta il lume dietro e se non giova Pg. 22 ; quel tanto a me del viver giova P. Cz. 8, 6; il quale a te potrebbe giovare Dec. 3, 1. On connaît la formule romane des litanies de 780 : tu lo juva.

Laborare aliquid est rare : it. lavorare, esp. lahrar, pr. lahorar ; en français travailler avec l'accusatif est très-usité.

MiNARi alicui. Le verbe formé sur minaciae, ital. minacciarcy.es^. amenazar, port, ameaçar, i^yoy . menassar, franc. menacer, est transitif : menacer qqun de qqch. etc. Le datif aussi s'emploie : ital. molto minacciando ai gigli d'oro Orl. 13, 81 ; esp. amenazaba la muerte d todos ; pr. ren que tôt lo mon H puesca menassar LR.

Persuadere aliquem, dans Ennius et Pétrone, au lieu du classique alicui, est tout-à-fait roman : ital. persuadere uno a fare qc, de même esp. persuadir, fr. persuader. On dit du reste sca^é. persuadere alicui aliquid : it. persuade un bene agli altri; esp. le persuadian esta cosa \ franc, persuader une vérité à qqun, persuader qqun d'une vérité et dissuader qqun de qqch.\ esp. disuadir d alguno de una cosa; ital. dissuadere uno da una cosa.

Ponere mentem, ital. por mente, pour animum advertere, avec le datif, et chez les anciens aussi avec l'accusatif, par ex. pon mente al temerario ardir P. Cz. 2 ; ponete mente le car ni nostre Bec. 8, 9 (Blanc 485).

Praedicare peut se construire dans quelques langues avec l'accusatif de la personne : pr. prezicar las gens LR, I, 531^ ; vaud. predicar lo poble Choix II, 98; franc, prêcher les chrétiens ; b.lat. praedicare regem Gest, reg. Fr. cap. 14 ; populum praedicamus Baluze Cap. Il, p. 1402 (vers 811); Spaniam praedicavit Esp. sagr. XIX, 372 (ann. 962); ital. predicar e uno dans le sens impropre de « sermonner qqun » .

Renunciare alicui roi : ital. rinunziare un dono (refuser); esp. renunciar el gobierno; port, renunciar a coroa\ mais prov. renunciar ad un dreig ; fr. renoncer à la succession, cependant renoncer son maître (renier).

Resistere : en esp. et en port, resistir (supporter) peut être employé comme transitif : muere quien la résiste GYic. 78 *; resistir los casos de fortuna Gare. Eleg. 1 ; port, resistir o ataque; v.fr. résister les enemis dieu. — Aussi repugnar comme lat. repugnare aliquid : v.esp. repugnando los secretos GVic. 76^; port, répugna o officio ; aujourd'hui ce verbe ne se construit plus qu'avec le datif.

RiNGRAziARE, formation nouvelle pour gratias agere, a en italien l'accusatif de la personne : io vi ringrazio di questa cosa ; les autres langues mettent la personne au datif et l'objet à l'accusatif : v.esp. regraciar los servicios d ella S. Prov. 54 ; esp.mod. te agradezco la amistad ; port, ds Musas agradece o muito amor Lus. 5, 99 ; pr. a fin' amor grazisc lo dèzir Choix III, 344, mais aussi dieus sia grazitz Jfr. 92^. — Les verbes dérivés de raerces se construisent comme ringraziare : prov. damidieu en merceya Fer. 405, comp. 806; v.franç. le mercia de sun acuilleit TCant. p. 43; fr.mod. je l'ai remercié de ses offres.

Sequi aliquem\ de même aussi ital. seguire, se guitare, esp. seguir, pr. segre, fr. suivre seulement avec l'accusatif.

Servire alicui. La construction avec l'accusatif est celle qui prédomine en roman : it. servire un signore ; servire alcuno di danaro\ esp. sirvades las PC. 254; con que la serviras? JEnz. 24^ ; port, quanto tempo es que sirvo meu amo S. de Mir. II, 107 ; servir Satanaz GVic. I, 223 ; prov. li servidor que sei'von bon senhor LR.\ dieus er honratz e servit z ibid.; v.franç. servir sun seignur TCant. 39 ; fr.mod. servir deux maîtres. On trouve quelquefois le datif : ital. servendo al soldano Dec.\ esp. sirviales PC. 1564 ; pr. ad amor servir Choix III, 169 (comp. Leys II, 14) ; v.franç. servir as leis eclesiaus TCant. p. 63. L'emploi de ce cas est nécessaire

lorsqu'on indique le mode du service ou l'objet qui le rend : ital. gli serve di scudo ; esp. sirvale esto de alivio ; le sirve una flor (il lui sert une fleur); fr. il sert d'écuyer à une dame\ on lui sert un bon morceau, B.lat. servire domum Marca 824 (ann. 890); servire ecclesiam 825.

Studere rei. Le roman studiare est transitif : ital. studiare la medicina et in medicina; esp. estudiar la teologia ; franc. étudier la philosophie.

SupPLicARE alicui. Le provençal construit ce verbe avec le datif lorsqu'il signifie « s'incliner, supplier » : al rey soplega (il s'incline devant le roi) Choix III, 399, comp. 416, Flayn. 175 ; luy soplegan que lor do perdo LR. Les autres langues emploient l'accusatif : ital. supplicare, esp. suplicar, fr. supplier, comme aussi supplicare aliquem dans les Pandectes. B.lat. supplicare alicui, plus rarement aliquem.

Vestire aliqua re se construit en roman dans le même sens avec l'accusatif; ital. verdi panni non vestî donna P. Cz. 3; esp. todas visten un vestido S Rom. 108 ; prov. li drap que la domna vestit Boec. 199; y .franc, vestirbronie Roi. p. 108; fr.mod. vêtir une robe.

2. Il existe en latin des intransitifs simples dont l'activité, restreinte à l'origine au sujet, peut quelquefois être dirigée sur un objet extérieur, c'est-à-dire devenir transitive. A cette classe appartiennent surtout des verbes qui ont leur cause dans cet objet extérieur, comme « pleurer, se plaindre, rire, crier, avoir soif, trembler, exhaler» et même le verbe tout-à-fait privé d'activité « se taire », ou bien des verbes qui expriment un déplacement, comme « aller, monter, sauter, naviguer»; dans cette construction le lieu où se produit l'activité a l'air d'en être le but. En allemand les intransitifs de ce genre obtiennent généralement une valeur transitive au mojen de la particule préposée be ou ver. Les dialectes romans sont restés fidèles à l'ancienne pratique et l'ont même étendue à de nouveaux verbes. Yoici des exemples.

Pleurer, se plaindre : lacrimare, plangere, plorare, LAMENTARi aliquid. Ital. lacrimare, piangere una cosa ; de même esp. planir, llorar, lamentar ; prov. planher Choix IV, 67, plorar 14; fr. plaindre, pleurer, lamenter qqch. — Soupirer, suspirare aliquid : ital. sospirare unà cosa ; port, suspirar o perdido amor ; pr. /o devon sospirar LR. III, 178^; puis dans le sens d'« exhaler» : port, suspirados clamores CGer. I, 203 ; fr. soupirer ses douleurs. — Ge-

CAS. ACCUSATIF AVEC LES VERBES INTRANSITIFS. -lO-l

MERE aliquid : port, gemer minhas payxoes CGcr. I, 205 ; prov. nos gemem la nostra habitatio LE.; v.fr. mon pechié ge^niray TFr. 467 ; tu la gémis Mar. III, 303.

Rire : ridere aliquid; it. ridere una cosa {di una cosa), de même esp. reir {riéla el Tajo Cerv. Viage c. 8); le français ne paraît pas connaître cette construction. — Aussi it. beffare, BURLARE uno à côté de beffarsi, hurlarsi di uno; v. franc. mocquer qqun Ch. d'Orl. 194; moquer un mal encore dans Ronsard, comp. fr.mod. il fut moqué.

Crier : clamare Jove7n (pour invocare) Pétrone c. 58 ; prov. CRiDAR la gen (appeler) Choix V, 73 ; a los escridatz Fer. 4312; v.fr. crier et escrier qqun Saœ. I, 202, Fer. p. 158^; prov. cridar la senha, v. franc, crier l'enseigne; fr.mod. crier merci; ital. gridar mercè ; port, gritar huma cousa (s'écrier) .

Résonner : lyra sonat carmen ; te carmina sonabunt ; it. la voce tua suoni la volontà (exprime) Par. 15; Toscana sono colui (célébrait) Pg. 11 ; esp. sonar una cosa (faire allusion à qq.ch.); prov. sonar la valor {ÎBive reieniiv) Choix IV, 228 ; sonar omes (appeler). Comp. plus bas § 4.

Se taire : tacere aliquid ; de même ital. tacere, pr. taiser, fr. taire, esp. callar.

Trembler : tremere aliquid (poétique) ; Fortunat dit encore : quem Geta, Vasco tremunt 9, 1, 73; ital. le mura che teme e tréma' l mondo P. (7^. 6, 3 ; esp. (en prose) si son soldados, los tiemblan (tremblent devant eux) Nov. 5; fr. même trembler la fièvre. Le fr. craindre a tout-à-fait pris la valeur de ^zm^re (craindre qqc h.).

Goûter, sentir, exhaler une odeur : sapere vinum, olere unguenta, fragrare balsama. Le français dit de même sentir la fleur d'orange, puer le vin, mais flairer une fleur est tout autre chose. En italien on dit puzzzare lo spigo (sentir la lavande), mais sapere di sale, sentire di muschio; esp. saber d vino, oler d tomillo.

Avoir soif : lat. sitire aliquid est rare. Dante a dit de même, Pg. 12, 57, sangue sitisti ed io di sangue t'empio; sanguinem sitiens dans une chronique vers 720 Esp. sagr. VI, 435.

Aller, venir, aller en voiture, monter et d'autres verbes qui expriment un déplacement corporel. Ambulare maria, terrain migrare ; v.esp. andé los oteros Rz. 959 ; la tierra andada (la terre parcourue) Flor. I, 155^; port, muitas terras andei Trov. 208, 2 ; andar terras estranhas Lus. 6, 54 ;

prov. anar viatje GRiq. p. 172 ; v.fr. tant vait li ost le pui e la champaine Agol. 39 ; aler mons et valées Parton. I, 13 ; fuiant s'en va tôt un garet Ren. I, 113 ; s'en fui une valée (à travers une vallée) ibid. 167 ; s'en fuient les plains (à travers les plaines) Otin. 43 ; va et vient sentiers et voies et chemins Ren. II, 104 ; venir le sdblonnier (venir à travers la plaine sablonneuse) Gaufr. 298 ; erra (de iter) trestout Poitau FC. I, 228 ; errai mon chamin Rom. éd. B. 285. Il faut ajouter à ces mots : ital. ei^rare la via, esp. errar el camino (se tromper); lat. errare via, mais au passif ^errae erratae (pays parcourus). — Navigare terram, dans Cicéron : ital. navicar tutte parte {parti se. del 7nare) BLat. 91 ; l'ahhia navicato 83 ; encore aujourd'hui navigare il mare ; esp. navegar el Betis ; port, navegar longos mares Lus. 5, 41. De même v.fr. sigler les mers Ben. II, p. 25. — Chevaucher dans le même sens : pr. çavalgar la batalha G A. 8868. 9088 ; v.fr. Caries cevalchet e les vais et les munz (traverse achevai) Roi. p. 113; avoir chevauché les deux Arménies Rabel. 1, 33; ital. cavalcare il mare (croiser). — Gurrere stadium, aequor, §papi£Îv xb axaStov ; ital. correr una strada ; correr miglior acqua Pg. 1; dans le sens figuré : correr pericolo courir un danger : correr una medesima sorte Ger. 12, 102 ; esp. correr la tierra, el campo, correr toros, correr montes, correr vales S. de Mir. II, 21 ; pr. correr laplanha Choix IV, 231 ; fr. courir la mer, les rues, courir risque ; v.fr. corir une voie herbouse Rom. éd. B. p. 60. — Salire : it. perché non sali il dilettoso monte? Inf. 1, 77; salir balze Orl. 3, 65 ; v.fr. saillir le mont voy. le Dict. de l'Acad. — MoNTARE : ital. montar le scale\ prov. montar l'escalier GO. 65* ; fr. monter les degrés. Prov. puiar un' angarda Jfr. 124*; v.fr. puier le mont Brut. II, 58. — Saltare (franchir) : ital. salta macchie e rivi Orl. 1, 52 ; esp. porqué saltaste las paredes? CGen. 374 ; saltar el foso ; fr. sauter un fossé ; il broche le fons d'une valee (il pique son cheval à travers le fonds d'une vallée Otin. 70). — Intrare avec l'accusatif {regnum, januam) s'est perpétué par l'intermédiaire du bas latin : les chartes offrent souvent des exemples, comme intrare terram etc.; esp. entrar la ciudad\ entraronla Alx. 783; port, entrando as portas Lus. 8, 37; a cidade entrada 3, 59 ; prov. intrar las portas GRoss. 2607'; v.fr. la canhre entre Èracl. 2589; Rabelais l, 23 dit quels signes entroit le soleil.

* Vivre, l'emploi de vivere pour hahitare est espagnol : vivir una casa ; vive una cdrcel ohscura Cald. I, 125*.

3. Beaucoup à' intransitifs composés qui ont le sens de «aller, se tenir debout, s'asseoir », et d'autres semblables prennent une valeur transitive. Le roman présente plusieurs cas nouveaux de ce genre. Circumire rem\ ital. circiiire, esp. circuir una cosa, SuBiRE tecticm, onus , periculuyn \ fr. subir le joug, la peine. Praeterire 7'em\ it. preterire una cosa\ de m. esp. preterir, — CiRCUMVENiRE rcm'^ de m. it. circonvenire , esp. circunvenir, fr. circonvenir. Praevenire a//(?wem, alicui; HslI. prévenir e (prévenir, prédisposer) avec l'accusatif, de même dans les autres langues. Subvenire alicui; ital. sovvenire uno\ mais franc. subvenir à qqun. Convenire aliquem ; ital. conveniy^e uno et esp. convenir d alguno (intenter une action contre qqun) ; prov. convenir avec l'accusatif de l'objet (avouer) Jfr. 140^; v.lr. aussi bienvenir qqun (accueillir) : moult le bienvignent et festient Ccy. p. 123. Supervenire : ital. sopravvenirc, esp. sobrevenir, franc, survenir ne s'emploient que comme intransitifs. — Excedere aliquem ; ital. egli eccede tutti ; esp. una cosa excède d todas ; port, excedem Rhodamonte Lus. 1, 11, mais excède ao vento 1, 40; franc, excéder les bornes. Praecedere aliquem ; ital. précéder e uno, a uno ; esp. précéder à alguno {la noche que precediô al triste dia DQuix. 1, 27); port, précéder huma cousa, arch. a huma cousa ; franc, précéder qqun. — Succurrere alicui ; ital. soccorrere uno, ad uno ; esp. socorrer una necesidad ; port, socorrer seu filho ; prov. socorrer la crotz Choix IV, 92; fr. secourir les pauvres, au besoin. En outre v.esp. AC0RRER (secourir) : acorren la senha PC. 753 ; fueronlos d acorrer CLuc. 11 ; prov. acorrer al paire, acorrer la captiva LR., los acor Choix IV, 297; fossan acorrut G A. 1528. — SuPERSCANDERE aliquid a pour correspondants : ital. SORMONTARE, pr. sobrcmontar, fr. surmonter avec l'accusatif. De même ital. assalire, assaltare, esp. asalir, asaltar, fr. assaillir. Adscendere ripas ; ital. ascendere i mûri Ger. 3, 10. Insultare aliquem et alicui, en roman avec l'accusatif, seul le fr. insulter dans le sens de « braver, mépriser » régit le datif. Ital. discendere il fiume, scendere il monte ; esp. descender el 7nonte\ port, descer os degraos\ fr. descendre une rivière, l'escalier. V.fr. avaler le degré ; prov. davalar los degratz. — Superstare rei et rem (se tenir sur qqch.); ital. sovrastare uno (vaincre), ad uno (surpasser).

Ital. CONTRASTARE il maie (s'opposer à), al desio P. Cz. 8, 2 ; esp. contrastar el fur or de alguno ; mais prov. lor contrastavo la inirada (contestaient) LR. III, 209; vaud. contrastar a Christ Choix II, 100. Adsistere alicui, en roman avec l'accusatif : it. assistere un amico ; fr. assister les pauvres ; esp. asistir d su padre ; dans Apulée adsistere aliquem (se tenir auprès de qqun). Resistere (voy. plus haut p. 99).

— Praesidere provinciam ; ital. presedere aile cose sacre ; esi^. presidir las {d las) conversaciones ; el lucero préside al mar ; fr. présider à l'assemblée, une compagnie. Super- SEDERE rei, rarement rem ; fr. surseoir le jugement, aussi au jugement ; ital. soprassedere intransitif.

4. D'autres intransitifs deviennent transitifs lorsqu'ils prennent un sens factitif, c'est-à-dire lorsque le sujet suscite dans le régime l'activité exprimée par le verbe, en sorte que cette activité appartient proprement au régime, le sujet se bornant à provoquer l'action : lat. moror je m'arrête, moror aliquem je fais arrêter quelqu'un. La nouvelle langue possède plus de factitifs que la langue ancienne, et beaucoup de ces verbes se sont répandus dans tous ou dans plusieurs dialectes. La liste suivante contient aussi quelques verbes qui sont devenus transitifs en conservant leur signification primitive.

Apprehendere comprendre, en roman aussi « apprendre et enseigner (faire comprendre) », ce dernier sens en v.it., par ex. io t'apprenderô corne io potro ; fr. il lui a appris le droit ; deœ apris li avoit Dolop. p. 411.

Gessare cesser et faire cesser, discontinuer, éloigner, éviter : ital. dio Io cessi! cessare la mala ventura ; prov. sessar la pena LR. I, 541 ^ ; fr. cesser le travail. Ce verbe en espagnol et en portugais ne semble se présenter que comme intransitif.

CoGNOSCERE, prov. v.fr. connaître, faire connaître : m'as tu dih e conogut GRoss. 6561 ; à ces dous frères a sun conseil coneû (communiqué) TCant. 32, comp. FC. II, 169, V. 105.

Crescere croître, développer : it. ecco chi crescerà i nostri amori Par. 5, 103 ; corne fgliuola cresciuta avete (élevée) Dec, 2, 8 ; v.esp. por su precio crecer Bc. Mil. 628 ; port. crescer a honra ; prov. ill cresca sonpretz Choix III, 255 ; vos cresca honor Jfr. 122^; v.fr. li prince deit iglises creistre TCant. p. 60; fr.mod. (chez les poètes) joowr croître ta colère Corn. Cid ; aussi val. cr caste croître et élever, nourrir.

— On emploie très-bien le factitif : ital. accrescere , esp.

acrecer, fr. accroître. Le v,fr. descroistre est aussi usité comme factitif, voy. Scheler sur Baud. de Gondé p. 383.

CuRRERE : ital. le vie correvano sangue (étaient baignées de sang) Malesp. c. 7; esp. las unas corriendo sangre (le sang en jaillissait) SRom. 234, JEnz. p. 12^ ; corrieron sangre los rios Cald. I, 6* ; de même port, os rios corrérào sangue.

Descazer prov. périr, abîmer : deschai selhui Choix III, 187 ; mi dechai 225, Jfr. 138* ; v.fr. par feyupw est mains hom déchus GNev. p. 67. Le valaque scedeà est transitif et intransitif.

Descendere descendre et faire descendre : ital. discendere una cosa ; esp. el cuerpo descendieron Bc. Duel. 154 ; port. descer a ponte levadiça ; descer a sohe7^ha\ prov. cui dieus dissenda (humilie) Choix V, 275 ; a lo bran dissendut (abaissé) Fer. 1612 ; fr. descendre un tableau.

Desperare désespérer et réduire au désespoir : ital. disperare, esp. prov. desesperar, fr. desespérer.

Errare se tromper et tromper : ital. se il pensier non m' erra ; v.esp. non vos cuedo errar Atx. 914.

Fugere fuir et sauver qqch. : ital. fuggire le sue fortune.

Intrare entrer et faire entrer : esp. entrar una cosa en el apose7îto ; port, entrar estacas na terra (planter des pieux).

Llegar esp. arriver et apporter : llegar una silla ; port. chegar huma cadeira.

Monter fr. signifie aussi faire monter, c.-à-d. mettre à cheval: mo7iter un cavalier; il a monté toute sa compagnie ] transporter en haut : monter du foin au grenier ; prov. montar élever : l'avia montada en pretz et en onor Choix V, 390. — Esp. PUJAR monter, renchérir, prov. puiar monter, lever : pueia lapulcella Jfr. 121^. De m. esp. subir monter, élever : subir una cosa al cielo.

MoRi est resté intransitif, seul le part, mortuus peut être employé, activement et passivement, comme factitif avec le sens de « qu'on a fait mourir, qu'on a tué » : ital. io Vho morto [eum interfeci), egli fu morto (interfectus est) ; de même esp. muerto, port, raorto, prov. v.fr. m^ort (dans Eulalie : furet morte, occisa est). Dans les deux dialectes de la France le sens iactitif du participe a été quelquefois étendu à l'infinitif : elas se layssharian monr o ardre Matf. Ermeng. M. L 208, ele fist vostre frère morrir et enherber PDuch. 26, ou au futur, comme dans il morront maint chevalier Gayd. p. 251.

Passar pr. pour far passar : la domna que passet Jaufre Jfr. iQn^\ passar lo fer Fer. v. 274; de même ïv. passer une chose-, esp. pasar alguna cosa (absorber).

Perire périr, tuer ; prov. volon crestiantat périr, sel que péril 7^ei Farao Choix YV, 116; v.fr. ont toute joie perie, voy. LR. s. V. Vii. perire est aussi employé pour far perire.

Resurgere ressusciter : pr. Zo Lazer r essor zis (suscitasti) Choix IV, 425 ; v.fr. seint Lazaron de mort resurreœis Roi. p. 73.

Revenir prov. revenir, réparer, par ex. revenir sa perda Choix IV, m.

Son ARE sonner, faire sonner : ital. suonare il violino ; esp. sonar instru^nentos ; pr. sonar la campana, sonar flaustel ; fr. sonner les cloches.

Sortir fr. a aussi le sens de faire sortir : on Va sorti d'une affaire.

ToRNARE ital. revenir, tornare una cosa ramener, rendre ; de même esp. port. prov. tornar avec l'accusatif.

TuMBAR esp. tomber, tumbar una cosa renverser ; de même avec l'accusatif port. pr. tomdar, v.fr. turnber LR. IV, 371.

5. Plusieurs verbes, pour animer ou renforcer l'expression, se font quelquefois accompagner par un substantif du même radical à l'accusatif, qui reste rarement seul : il s'unit d'ordinaire à un attribut qui donne à l'idée du substantif, déjà contenue dans le verbe, et par conséquent pléonastique, une application déterminée. On peut avoir aussi un accusatif non pléonastique et plus semblable à un vrai régime, qui désigne un objet pris en dehors de l'attribut : car il y a une différence entre hic gaudet mea gaudia (Térence, Andr. 5, 5, 8) et summum gaudium gaudet. De cette manière aussi des verbes intransitifs peuvent être construits comme s'ils étaient transitifs. Ce procédé convient surtout au style poétique, et toutes les langues paraissent en faire usage. Ex. gr. pouXïjV PouXsustv, yivBuvov xivBuveuetv , iJ.a;(r^v [j^d^eaGai, [xépipav [Aeptt^vav, 'jréXsp.ov xoXspi.sîv, ç66ov «poêetaôai ; lat. jurare jusjurandum, ludere ludum, nocere noxam, pugnare pugnam, rider e risum, servire servitutem, somniare s omnium, vivere vitam, vovere vota ; b.lat. jussionem jubere Cap. Car. Calv. tit. 45, 4, certamen certare HL. I, 29 (ann. 795); m. h. ail. dienst dienen, rat rat en, slâf si a f en, spil spiln, sprunc springen, strît strîten, uop ûeben\ cette expression est tout-à-fait familière aussi à l'allemand moderne. Ex. romans. Ital. cavalcare un cavallo Dec. 2, 9, esp.

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