‹ Grammaire des langues romanesChapitre 22 sur 141 · CAS. DOUBLE ACCUSATIF · texte numérisé non relu

CAS. DOUBLE ACCUSATIF

cabalgar un caballo Alx. 619, prov. cavalcar un cavall LR., v.fr. chevalchier un cheval Rou II, 567, un destrier, une anesse Ren. I, p. 8, val. celçrï un cal, b.Iat. caballum cahallicare L. Sal. Esp. calzar un calzar S Rom. 108, pr. cauzar las cauzas GO. 59. Esp. caminar largo camino S. Prov. 38. Esp. cazar la caza SRom. 244. Esp. contar un cuento, v.fr. conter un conte. Prov. cornar lo corn Jfr, 160^, v.fr. corner le cor Brut II, p. 67. Prov. cridar grans critz G A. 699, v.fr. crier son cri Gar. II, 110. Prov. cujar un cug (le cug qu'ieu cugiei Guill. de S. Leid Ms.). Esp. cuRSAR un curso. Esp. demandar demandas Apol. 503. It. GiucARE un giuoco, fr. jouer un jeu. Prov. jauzir lojoy Choix y, 117, II, 222. Esp. llagar llagas Rz. 1039. V.fr. uv^TER le munt LRs. 30, Ch. d'Ant. I, p. 51. Esp. mûrir gloriosa 7nuerte, morir mil muertes etc. , aussi dans d'autres langues. Esp. pebir un pedido Alx. 1462. Esp. perder una perdida Flor. I, 245^, port, perder huma perda R. Men. c. 6, GYic. I, 272, v.fr. perdre grant perte Eracl. 3281. Ital. soGNARE de' sogni, esp. sonar un sueno, prov. somjar un somje. Prov. sudar sudor Pass. de J. C. 32. V.franç. TOURNER un tour (faire un voyage) TCant. p. 99. Esp. valer grant valor PC. 2559. Esp. venir una venida [la venida que yo vengo SRom. 6). Esp. vestir un vestido ibid. 108. Ital. VIVERE una vita tranquilla, esp. vivir vida lazdrada Bc. Mill. 117 j port, viver vida folgada etc. — L'identité du radical n'est même pas nécessaire, l'analogie des idées suffit. Un exemple latin est edormiscere unum somnum Plante, Amph. 2, 2, 65, ital. dormir e un brève sonno, esp. dormir sueno seguro, port, dormir doce somno ; de même prov. FERIR grans colps Choix IV, 214 ; ital. pianger lagrime, esp. llorar lagrimas, fr. pleurer des larmes\ v.fr. ne tinter un mot TCant. p. 23; fr.mod. ne sonner mot\ puis it. camminare assai viaggio, v.fr. errer le dreit chemin (voyager dans le bon chemin) TCant. 33, de là au passif chemins esrez (parcourus) Rou II, 25 ; franc. mod. aller son chemin, et beaucoup de phrases analogues à celles que nous avons mentionnées au § 2 à propos du verbe aller. Camoëns a dit pléonastiquement que medos nào temia 3, 63 ; et Dante poétiquement ARRISEMI un cenno (elle me fit signe en souriant) Par. 15, 71; Calderon rayos brilla el sol (le soleil lance des rayons) I, 21^ etc. Dans les formules aetatem vivere, hiemem dormire l'accusatif semble se comporter comme un attribut, mais la

preuve qu'on le considérait ici aussi comme un régime est donnée par la tournure latine vivitur aetas, dormitur hiems, et par la présence du pronom personnel dans les locutions espagnoles analogues : aquella noche no la durmieran Nov. 9, dormidhA (dormez-la, la nuit) S Rom, 242 ; port, as noites mal AS dormia R. Egl. 4 ; esp. los dias no los vivo CGen, 263. ViNCERE BELLUM est aussi romau : it. par ex. vincer la punga Inf, 9, 7, vincer e la guerra Dec. 5, 2, esp. vencer la lid, la batalla Bc. Mil. 198, prov. venser batalhas Choix IV, 276, v.fr. vencre la bataille Roi. p. 111, vaincre l'estor Gar. I,

6. Le double accusatif, de la personne et de l'objet, qui s'applique avec les verbes qui signifient « enseigner, cacher, demander [docere, celare, poscere, rogare etc.) » ne s'est pas maintenu dans les langues filles, qui mettent la personne au datif et l'objet à l'accusatif (voy. le Datif )^ Au contraire, le double accusatif du régime et d'un attribut qui s'y rapporte est resté usité avec différents verbes, bien qu'il soit troublé dans certains cas par l'application des prépositions pro et ad, comme en allemand par fur et zu ; le plus ancien moyen âge fournit déjà des exemples de ce procédé (voy. le chap. suivant). Il n'est pas indifférent pour cette construction que l'attribut soit un substantif ou un adjectif. Exemples de verbes de ce genre : 1) Faire se construit partout avec l'accusatif sans préposition. Les verbes qui le remplacent sont nombreux. Facere : ital. lo fe' di Babilonia soldano Bocc. ; altri idol si faccia un dolce sguardo Ger. 4, 17 ; esp. el amor hace al pastor palaciego\ hacia la lanza pedazos ; fr. il le fit chevalier ; val. te au fecut preot (il t'a fait prêtre) ; stiintzele fac pre om pretzuit (les sciences rendent l'homme estimable). Les langues germaniques demandent ici la préposition, même dans la période la plus ancienne (goth. du, v.h.all. ;2:z), mais non pas le grec moderne : 6 paaiXsuç tov hm\}.z -^e-^epdXri'^ (le roi l'a fait général) . Reddere avec un adjectif : it. il chiaro umor il seno adorno rende Ger. 4, 76 ; fr. cette action l'a rendu odieux (non pas l'a fait, comme dit encore Corneille). L'espagnol, qui donne a rendir un autre sens, se sert de hacer : hace lo amargo sabroso. Re-

1. Une exception sans importance à cette règle est la construction du verbe enseigner en valaque avec un double accusatif : cime te au invetzat aceasto? (qui t'a enseigné cela?); val. du sud invetzatorlu inveatze Petrulu gramatichia (le maître enseigne la grammaire à Pierre).

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