‹ Grammaire des langues romanesChapitre 23 sur 141 · CAS. DOUBLE ACCUSATIF · texte numérisé non relu

CAS. DOUBLE ACCUSATIF

DUCERE : ital. riduy^rô questo lavoro perfetto Orl, 3, 4. Yol- VERE et TORNARE équivalent en roman à facere oureddere : esp. volver mora d una (en faire une maure) Nov, 2; port, divino torndra hum corpo humano Lus, 1, 22 ; prov. torna hrau dehonaire (rend doux l'impétueux) Choix Y, 25. Sacar et TRAER en espagnol : te puedo sacar musico (te rendre musicien) Nov. 7 ; deseamos que nos saques verdaderos (que tu confirmes notre témoignage) DQuiœ. 1, 11; esta fama traia deseoso d D. Juan (rendait désireux) Nov. 10 ; port, o cheiro traz perdido e a cor murchada (l'odeur est perdue et la couleur détruite) Lus. 3, 134. Certaines langues germaniques appliquent de même le sj nonjme hringen : go th. frijans izvis hriggith (rendez-vous libres) ; m.h.all. underiânic bringen; angl. he brought us acquainted (voy. Grimm lY, 024). —

2) Laisser avec un adjectif : il n'est pas nécessaire de citer des exemples de cette construction. Avec un substantif : ital. lo lasciô erede ; esp. le deœô huerfano ; prov. no vos grupirai orfes Ev. de Jean éd. Hofm. ; fr. il le laissa maître de telle chose \ comp. m. h. ail. die ^nuozen mich maget lâzen. —

3) Voir avec adj. ou subst. : ital. la vedo bella ; lo vedo maestro delgiuoco ; esp. la vi deidad (je vis une déesse en elle); port, vi tudo escuridâo (je ne vis autre chose que ténèbres); fr. on le voit bon fils. Entendre avec l'accusatif est plus rare, ainsi prov. vos aug castiador Choix lll, 381. ^ax^ trouver et savoir prennent volontiers ce cas : ii. lo trovo gran poeta\ esp. todo hallareys verdad SRom. 81 ; prov. lo sap nualhos Choix lY, 67 ; fr. je le sais bon homme. Connaître prend volontiers une préposition :ii. lo conosco per buon uomo\ esp. le conozco por buen homhre ; pr. los a messongiers conoguts Choix II; 147; v.fr. Osmont congnust li reis à félon Rou I, p. 154 ; fr.mod. je le connais pour bon homme. Nommer, montrer avec l'accusatif sans préposition, par ex. ital. io mi chiamo Federico ; questa cosa lo mostrava cavaliero egregio etc. A ces mots se rattache le prov. traire (citer) : puesc en traire lo vers auctor (je puis produire la chanson comme témoin) Choix Y, 116, comp. III, 97. Les anciens dialectes de la France favorisent ici le nominatif de l'attribut comme avec facere, voj. p. 89 : cla'inet se dolens, chaitius, pechaire G Ross. 6471 ; se claime chetis Gar. I, 266 ; Aude m'apellent G Vian. 1791 (l'accusatif est presque toujours At6dain). Le même fait se produit aussi avec nomen habere : nun (no7nen) aw^et Euuruins SLég. 10, 2; Guenes oth num ibid.

30, 1 ; reys joves aviatz nom agut LRom. IV, 320 ; si ot non II cuens Pavien, voy. plus haut p. 29 note ; b.lat. Ismaracdus habeo nomen S. Euphros. éd. Boucherie. Cf. en allemand Grimm IV, 591. 622. — 4) Croire et quelques verbes d'un sens analogue s'emploient soit avec l'accusatif, soit avec une préposition : ital. lo credo, lo giudico, lo reputo gran poeta ; lo reputo PER santo ; ella si tenue morta ; io non lo stimo un fico ; esp. reputôle muy sàbio, por muy sabio ; lo jùzgo POR loco ; tengo esta cosa por milagro ; fr. je le crois, je le répute homme d'honneur ; je le tiens honnête homme, POUR honnête homme ; f estime ce livre deux écus ; mais en V. français on trouve tenir à bon, à corteis, à riche, par ex. Eou I, p. 169. 120, FI. Bl. 1349; les tienent à frères (pour frères) G. d'Angl. p. 72. — 5) Avoir avec un substantif demande pro : ital. avère una per moglie, fr. avoir pour femme. La suppression de la préposition est plus rare, par ex. esp. hyo las he fijas (je les ai pour filles) PC. 3315. — 6) Nommer, choisir et des analogues se construisent surtout avec l'accusatif: it. lo pronunciarono e dichiarirono gonfaloniere\ lo elessero re ei k re\ fu confermato re de Romani ; fecesi incoronare imperadore ; esp. le declararon y coronaron rey ; escogiôle por hijo ; prov. lo elegron rey\ lo coronaron emperador ; franc, il le nomma son successeur ; on Va choisi pour chef\ v.fr. se faire clamer roi Ren. III, 258 ; enuindre qqun rei et à rei LRs. 53. 55 ; adouber qqun chevalier (souvent); val. el à denumit de capitan,

7. Dans les cas dont il a été question aux § 2 et 5, l'accusatif, bien qu'on ne puisse pas admettre, logiquement parlant, une action de la part du sujet, est cependant grammaticalement régime et se laisse, en conséquence, convertir en un sujet passif: car rien n'empêche de dire egli fu riso da tutti, la strada fu corsa, un giuoco fu giucato, bien qu'il y ait plusieurs cas où cette conversion semblerait forcée. Mais l'accusatif joue un rôle important quand il n'exprime pas le régime et qu'il ne fait que déterminer l'attribut : il prend alors une signification adverbiale et peut ainsi dépendre aussi d'adjectifs. Ce fait se produit dans plusieurs cas. 1) Avec les intransitifs coûter et valoir : ital. questa cosa Costa la vit a ; non vale un lupino ; fr. cela vous coûte la vie ; cette étoffe valait dix francs ; v.fr. acata mil besans Eracl. V. 690. Puis avec les transitifs acheter, vendre, payer, lorsqu'on ajoute l'expression du prix ou de la valeur : ital. vendere una cosa mille lire ; gli occhi tuoi pagheran ogni

CAS. ACCUSATIF DETERMINATIF. -H^

stilla un mar di pianto (chaque goutte par une mer de larmes) Ger. 12, 59 ; prov. Josep trenta deniers vendero Leys III, 250 ; v.fr. que Judas trente deniers vendi SGraal 34 ; fu vint e quatre souz venduz Ben. II, p. 70; Ir.mod. je l'ai acheté trois écus ; il me l'a vendu cinquante pistoles ; je le paye argent comptant ; d^M^ûje joue un franc. Peut-être cet accusatif, que l'espagnol et le portugais remplacent par por, l'italien et le français aussi bien par per, par, le valaque par eu, doit-il son existence à une ellipse commode de cette préposition, semblable à celle qui s'effectue par ex. avec les noms de rues (fr. je demeure rue Montmartre) et en valaque aussi avec les noms de \i\ie^(Aleœandrielusenascù Pela mûri Vavylona val. du sud). — 2) Les déterminations de ^em/)5, aussi bien un moment précis qu'une étendue de temps , sont exprimées également au moyen de l'accusatif: ital. egli venne il giorno seguente (postero die)\ rivenne la sera {vespere); visse trent' anni (iriginta annos, annis) et de même dans d'autres dialectes, par ex. val. sedeà a case ierna {Même tenere se domi); comp. Prép. ad et in. — 3) Les adjectifs qui indiquent une étendue dan^ l'espace mettent à l'accusatif le mot qui les précise : ital. un fosso largo tre piedi {fossa très pedes lata); grosso quatro dita ; alto cinque piedi ; lontano di qui sei miglia ; franc. long DE trois pieds, et de même en val.: lung de, lat de etc. Immédiatement après un verbe : it. scostarsi unpiede {pedem discedere); esp. torcerunpunto; pr. se partir un dorn Choix III, 73 ; fr. reculer un pied, d'un pied. — 4) Un substantif réuni à un adjectif pour exprimer la qualité et le mode d'une activité peut être mis à l'accusatif absolu qui en ce cas répond à l'ablatif latin. Ital. nudo ciascuno il piè calca il sentiero Ger. 3, 7 ; Isabella non ben asciutta ancor l'umida guancia etc. Orl. 23, 69. Esp. vino la caheza nuda {venit nudo capite)\ yo quedé llena de turbacion el aima-, port, drvore secca vou correndo (avec les mâts secs de voiles) . Prov. venc los sautz menutz (à petits sauts) GRoss.; s'en levon boca dejuna (k jeun); v.fr. pleine sa hanste l'abat mort de la sele Roi. 101 ; Ogier chiere hardie (à la mine hardie) Gaufr. 315 ; son fis chiere membrée 313, mais aussi avec la préposition : Gaufrey à la chiere membrée ibid. 315; fr.mod. il s'est retiré les mains vides ; il vint le regard farouche, le cœur gros de soupiras ; il vint les bras nus ; en allemand avec quelques adjectifs : er stand da den Mund offen, die Taschen leer. L'adjectif est attributif, aussi ne peut-il se placer

entre l'article et le substantif. Les participes passés sont aussi traités de la même manière. Esp. recihir dbiertos amos los hrazos ; la su sena alzada ; las lorigas vestidas é cintas las espadas PC; ando perdido el tino GVic. Prov. huelhs ubertz es dormens Choix III, 390 ; venc ves el lansa baisada Jfr. 67^ ; lo fre ahandonat Fer. 3712 ; lor senheiras levadas G A. 292 ; v.fr. extrêmement souvent : le col bessié ; bras estendus ; escus troès ; estriers perdus ; espée traite ; le heaume lacié ; chaussiés les espérons ; goule baée {uns granz leus gole baée familleus se fiert entre ses flos Rom. éd. B. p. 118); fr.mod. les y eux égarés etc. ; ail. das Haupt geneigt. On ajoute souvent la préposition cum pour exprimer la circonstance accessoire, et c'est là le procédé le plus usité en italien : venne con la test' ait a ; con piene le pugna ; colle piante asciutte ; coi pie rossi ; col mso mesto ; col pugno chiuso ; col piè mezzo arso. Esp. con los brazos ahiertos ; con el cabello desparcido. Les deux procédés sont mêlés dans le prov. mas juntas db cap de Choix III, 60. Comparez plus bas la préposition ad, § 8, 3. En v. français le mode d'une action (du moins avec les verbes qui expriment un mouvement) est aussi rendu par l'accusatif d'un substantif non accompagné d'un adjectif attributif. Après avoir dit venir les sauz menus, on a fini par dire aussi aler, venir les sauz, les galos, les grans galos, le trot, le cors, tôt le troton ; chevaucher ambleure et troton Sax. I, 39, et en fr.mod. encore aller le galop {au galop) etc. Enfin la détermination du lieu qu'occupe l'idée principale est exprimée de même par un substantif accompagné d'une préposition. Esp.' estaba la espada en la mano, el pié en el estribo ; port, os giolhos no châo. Prov. résout al col; v.fr. lances el puing ; heaume el chief; sa main à la mais se le ; fr.mod. les sanglots à la bouche ; la main à la joue; ail. das Schwert in der Hand, mais on ne dirait pas en latin stabat ensem in manu. Ce serait méconnaître le génie de la langue que d'admettre une ellipse du participe ou du gérondif de habere dans les cas où la préposition cum est sous-entendue, bien qu'on trouve çà et là des exemples de l'emploi de ce participe ; une telle explication est tout au plus tolérable dans l'enseignement pratique. — 5) L'accusatif qu'on est habitué à appeler Y accusatif grec (xaVoç Ta o[j.aaTa; humeros deo similis ; membra sub arbuto stratus) est étranger au roman de même qu'à l'allemand, mais d'anciens poètes italiens déjà ne craignent pas d'en faire usage ; nous ne décidons pas la question

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