‹ Grammaire des langues romanesChapitre 26 sur 141 · CAS. DATIF · texte numérisé non relu

CAS. DATIF

à la détermination de la particule ad : les nouvelles langues possèdent encore un datif non prépositionnel dans les formes conjonctives du pronom ille ; ainsi donc dans les cas où les formes absolues du pronom peuvent être converties en formes conjonctives, nous nous trouvons en présence d'un véritable datif, pour le sens au moins, même là où la syntaxe latine n'admettrait pas ce cas ; mais lorsque cette conversion ne peut pas être effectuée, ad est préposition. On rangerait par ex. fr. enseigner à qqn dans la première catégorie, parce qu'on peut dire Je lui enseigne, de même répondre à qqn [je te réponds)^ fier qqch. à qqn {je te fie qqch.)\ dans la seconde songer à qqn {je songe à lui et non pas je lui songe), penser à qqn {je pense à lui et non pas Je lui pense), courir à qqn (non pasj^? lui cours). De ce qu'on ne dit pas je lui songe y mais bien je lui réponds, il ressort évidemment que dans le premier exemple la personne n'est pas considérée comme étant dans le rapport du datif. Cette épreuve par le pronom personnel n'est pas applicable aux objets, mais le datif ne s'emploie guère pour les objets. Des écrivains italiens se permettent aussi quelquefois d'échanger le cas prépositionnel contre le cas pur : pour corse a lui par ex. , ils disent gli corse Orl. 23, 10, au lieu de si volge a lui de même gli si volge, Costa al Pur g. 30. Une preuve de la rigueur avec laquelle on a en général séparé l'expression du datif de l'expression simplement prépositionnelle se trouve dans l'emploi du fr. y (p. 50), qui ne peut représenter que cette dernière expression. Dans beaucoup de locutions ad est décidément rebelle au sens prépositionnel et doit être regardé comme le représentant immédiat de l'ancien datif, ainsi franc, étranger à une chose d'après alienus alicui rei, mais ital. alieno da d'après alienus db. — Le valaque est la seule langue qui distingue le datif par la flexion, c'est-à-dire r.u moyen de l'article fléchi (t. Il, p. 48), par ex. credetzi preceptoridui {crédite praeceptori) ; se supune legilor {se subjicit legihus) ; scumpul altora adune avutzii, nu sie {avarus aliis congre g at divitias, non sibi); ascult lui Géorgie {ausculto Georgio); laude lui dumnezeu {laus deo). Mais si l'on veut insister on recourt souvent aussi à la préposition la (= ad) : scriu la tate meu {scribo ad patre7n) ; dau la totzi {do omnibus) ; place la totzi {placet oynnibus); cette langue se rapproche donc par là de l'usage roman. Dans le valaque du sud une seule et même forme suffît à l'expression du génitif et du datif, et cette forme est assurément celle du dernier cas : on dit par ex. truplu este instrumentu

à\6 PROPOSITION SIMPLE.

a sufletlui {corpus instrumentum est animae); hiljluunzeaste a parintelui (filius shnilis est patri).

Avant d'examiner les différentes constructions du datif, nous avons à tenir compte d'un procédé important propre aux anciens dialectes de la France. Ici en effet chaque substantif personnel ou pronom personnel, même dans la première déclinaison qui distingue à peine le cas, peut se passer après n'importe quel verbe de la marque caractéristique du datif, bien qu'il soit -plus dans l'usage de la mettre. Exemples. Pr. donc venc (a) Boeci tan gran dolors al cor Bth. 41, comp. 67 ; si alcuna chausa querrez lo paer {al paire) Év. de Jean éd. Hofm.; quan quer merce {a) mi dons Choix III, 61 \ portai chan leugier (a) N'Agout III, 287 ; {a) mon Aziman m'anaras dir 145 ; (a) mon Conort dei grat saberli; {a) V autr' estrenh la man {à Vautre elle serre la main) II, 200. Franc, déjà dans les Serments : {à) cist 7neon fradre Karle in damno sit et que {à) son fradre Karlo jurât ; colper le chief {à) Siha LRs 200; la hele que f avoie proynise {à) Berart Sax. I, 28; une epistle enveia {à) S. Thomas TCant. p. 70 ; cilz a donné le chastelain un cop {au ch.) Ccy. 1692 ; {à) son filg baisa la bouche RCam. 39 ; un secours ne font {à) dieu Thib. 133 ; {à) vostre amie foi portés Parton. I, p. 65. Ce procédé s'applique aussi aux objets personnifiés : {à) saint' iglise laissiez tûtes ses fî^anchetez TCant. 69 ; foy que devés {à) la vraie crois Ccy. 2574; dans la Ch. de Roi. p. 76 aussi li nums Joiuse {à) l'espée fut dunet. Ce datif dépourvu de sa caractéristique se perpétue jusque dans la seconde moitié du xiv^ siècle {vaz tost [à] mon seneschal dire TFr. 494), mais à cette époque il devient rare et se perd dès lors peu à peu. On ne doit pas méconnaître que c'est en compagnie d'un accusatif de l'objet qu'il est surtout employé, circonstance qui lui permet d'être reconnu sans aucune difficulté. En général les dialectes du nord-ouest laissent volontiers de côté la particule casuelle lorsque le rapport du nom dépendant est déterminé par le sens de la phrase ; nous trouverons un second exemple de cette pratique avec le génitif. Il est possible que ce trait soit ancien et qu'il ait été d'abord commun à d'autres dialectes romans : en effet la particule casuelle dans la langue populaire ne pouvait avoir d'autre but à l'origine que d'étayer le nom privé de flexion, quand le besoin s'en faisait sentir, et non de traduire avec une rigueur grammaticale l'ancienne forme par la forme nouvelle. Le même sentiment pour la signification de la particule

casuelle se reconnaît aussi dans le grec moderne, où la suppression de elq, qui représente le datif, tant qu'elle ne porte pas préjudice au sens, est traditionnelle, par ex. X^yw xbv çtXov pour elq tov ç(Xov ; eTxa tcv TcwpYtov ; ISwaa xbv àSeXçfv aaç to YpàfxjjLa. On peut aussi rappeler un usage analogue de l'anglais, en vertu duquel to, après des verbes de divers genres, qu'il s'agisse de personnes ou d'objets, peut être laissé de côté, voy. par ex. Wagner, Gramm. § 580.

1 . Intransitifs avec le datif de la personne. Ce sont des verbes qui signifient « être disposé, être d'accord, obéir, appartenir, faire attention, aider, prendre soin, plaire, paraître, s'approcher. » Parmi eux se trouvent quelques transitifs qui deviennent intransitifs lorsqu'ils prennent certains sens déterminés. Les cas qui donnent lieu à quelques remarques sont à peu près les suivants.

Abundare d'où prov. aondar (aider) : aonda a nos GO. 18*; a totz soccor' et aon Choix IV, 48 ; aussi dans le sens primitif, voy. LR. Sur le synonyme adjutare comp. p. 93 s. V.

AccuDiRE ital. (s'appliquer), par ex. a fatti suoi; esp. acudir (secourir) d unaplaza.

Aggradire ital. ad uno, esp. agradar d uno, fr. agréer à qqun (plaire); d'autre part ital. aggradire, esp. agradecer una cosa, fr. agréer une chose (accepter).

Applaudere alicui : it. applaudir e ad uno, esp. aplaudir d alguno, fr. applaudir à qqun. Mais aussi avec l'accusatif de l'objet ou de la personne.

Badare ad uno ital. (prendre garde) ; prov. hadar ad una ren (regarder bouche béante) ; v.fr. héer, par ex. à honor, qui s'est conservé dans certaines phrases du franç.mod. comme bayer aux corneilles.

Condescendere alicui (déférer) dans le plus ancien b. latin : ital. condescendere aile preghiere ; esp. condescender d los ruegos ; prov. condeissendre a sa volontat ; franc, condescendre aux besoins. Voy. sur ce verbe Quicherat Addenda.

Derogare est maintenant intransitif : it. derogare a' diritti suoi ; fr. déroger à son contrat.

Gridare ital. ad uno, fr. crier à qqun [clamare alicui); prov. mon paire me crida LE. — De même ital. garrire ad uno (injurier).

Insultare aliquem, alicui : fr. insulter qqun, à qqun ; dans les autres langues avec l'accusatif.

Invidere alicui n'est resté qu'en italien, et seulement comme

i\H nSOPOSlTION SIMPLE.

latinisme : al mio stato invidendo Orl. 5, 7. Gomp. plus haut p. 98.

Mancare al dovere ital. (manquer à son devoir); fr. manquer au respect, mais manquer le chemin.

Mentiri hominïbus : it. mentir e agli uomini ; esp. mentir d los homhres ; fr. mentir aux hommes.

Obedire alicui: ital. uhbidire a natura et de même, avec le datif, esp. port, ohedecer, fr. obéir \ prov. ohezir als enemicœ Leys III, 188, comp. II, 14. Cependant l'accusatif est usité aussi, sauf en français : ital. ubbidire il '}narito\ esp. ohedecer su 7nandado Alœ. 763 ; non quiso obedescer los mandamientos Cast. de D. Sancho 226^; port, o rei he obedecido (passif) Lus. 2, 185 ; prov. lo saup acullir et obesir Flam. 40, comp. PO. 116. 215 ; v.fr. que je veuil obéir Gh. d'Orl. 174; b.lat. obedire praecepta dans des chartes. — Obtem- PERARE, vieilli en roman, a son régime au datif, en b.latin on le construisait aussi avec l'accusatif : obtempérât jussionem Form. ilf. 1, 32 (souvent).

Obviare rei (venir au devant, détourner) : ital. esp., avec le datif et l'accusatif: ovviare agli assalitori; ovviare i mali; esp. ohviar (a) una dificultad\ franc., avec le datif, obvier à un malheur ; de même prov. obviar a la malissa LR. ; b.lat., le plus souvent avec l'accusatif, voy. Funccius De inerti lat. ling. senect. 732.

Parcere alicui. Le v.ital. parcere se construit également avec le datif : ch'a se medesimo parca Par. 23, 69 ; v.esp. parcir no li quiso Bc. Mill. 391; prov. parcer avec l'accusatif Choix III, 358, M. 95. Les synonymes it. sparmiare, risparmiare, fr. épargner et ménager demandent l'accusatif.

Parlare ital. ad et con uno ; fr. parler à et avec qqun ; esp. hablar d et con alguno.

Prehendere. Il faut remarquer le fr. prendre, qui met la personne au datif lorsque le sujet exprime une douleur physique ou une émotion : la fièvre lui a pris (aussi l'a pris); il lui prit un dégoût ; déjà v.fr. li prent une frissons Gar. I, 86 ; il liprist tel dolor PDuch. 110; talent li prist LRs. 320. Cette expression semble se rattacher à l'impersonnel il lui prend mal ou bien. On dit aussi en italien gli prese la febbre.

Providere avec Taccusatif et le datif, en latin et en roman (provedere, proveer, pourvoir).

Regere : it. reggere (résister) : ai colpi lor non reggerian gVincudi Orl. i, il.

CAS. DATIF AVEC LES VERBES TRANSITIFS. \\d

Satisfacere (satisfaire à) avec le datif, en général de l'objet : ital. soddisfare ad una domanda, al ^placer suo, a tutti ; esp. satisfacer à su oficio ; prov. satisfar al pople ; franc. satisfaire aux lois. Dans le sens de « contenter, satisfaire », il devient transitif : on dit it. lo soddisfeci (je l'ai contenté, payé); esp. quiero satisfacer su enojo (calmer); fr. satisfaire son maître, sa passion, ses créanciers,

SuppLERE en roman, dans le sens de suppléer, prend le datif : ital. supplire ai bisogni, al difetto ; esp. suplir d las necesidades ; fr. la valeur supplée au nombre. — A ce verbe se rattache aussi ital. riparare ai hesogni Orl. 13, 34.

Yacare rei : ital. vacare aile orazioni; esp. vacar d los estudios ; fr. vaquer à ses affaires.

Les impersonnels se construisent presque sans exception./^ avec le datif de la personne qui est atteinte par un événement ou qui éprouve une sensation, alors que le verbe personnel correspondant demande l'accusatif, par ex. ital. gli iocca, prov. li tanh (cela le concerne), li tira (cela le contrarie), port. Ihe cumpre (cela lui est nécessaire), Ihe releva (cela lui est important), franc, il lui prend mal, il lui démange, il lui fâche.

2. Transitifs avec le datif de la personne qu'accompagne ordinairement l'accusatif de l'objet. Ce sont des verbes qui signifient « donner, prendre, envoyer, montrer, enseigner, dire, promettre, défendre etc. » Les deux cas s'impliquent l'un l'autre si la proposition doit être complètement énoncée. La construction latine s'est peu modifiée ; les verbes suivants réclament particulièrement l'attention (pour d'autres verbes voy. Accusatif § 1).

AssicuRARE ital. , io ve lo assicuro \ esp. lo te aseguro; fr. je vous l'assure. Avec l'accusatif de la personne : ital. vi assicuro di ciô ; esp. le aseguraha de esto ; ^. je vous en assure.

Celare et ses synonymes prenaient en latin l'accusatif de la personne : ils veulent maintenant le datif : ital. il vero a te celai, aussi esp. pr. celar, fr. celer \ de même esp. encubrir,

fr. CACHER.

CoMMUNiCARE aliquid cum aliquo, ital., aussi avec le datif : io glieJo ho comunicato ; comunicarono il tutto con Francesco ; de même esp. lo comunicaba à mi hermano ; tengo un negocio de comunicar con vos\ fr. je lui ai communiqué mon intention.

GoNsiLiARi : ital. consigliare una cosa ad uno, de même

esp. aconsejar, pr. cosselhaVy fr. conseiller. Mais l'accusatif de la personne est usité aussi : ital. consigliare uno di qc.^ fr. conseiller qqun etc.; exemples anciens : esp. los consejaha PC. 441 ; prov. ieu lo vuelh cosselhar que etc. LR. I, 487 ; fr. or conseil le rei TCant. p. 166.

CoNTENDERE et DispuTARE , en tant qu'ils ont en roman le sens de disputer qqcli. à qqun : ital. gli contendeva la vista di qc; gli disputava la p aima ; esp. le disputaba el honor\ prov. iran el camp lo plait contendre LR.; fr. il lui dispute la préséance; b.lat. sibi contendit unapecia de terra Form. ital. app.

Defendere alicui aliquid (garantir) : aestatem capellis, a capellis ; ital. un monticel le difende il calor Orl. 2, 34. La même construction est observée lorsque ce verbe a le sens, inconnu au latin et à l'italien, de défendre, par ex. prov. non lo y defen ; fr. on lui défendit le vin.

Digère avec le datif de la personne et l'accusatif de l'objet est employé en roman pour nominare : ital. gli diceva Guccio (le nommait G.) Dec. 6, 10 ; vetta si dice ad una coperta di testa ; esp. Androna le decien Alx. 541 ; d la mejor dicenle Luciana (la meilleure se nomme) Apol. 579 ; cat. a qui dien lo comte de Barcelona Descl. ; prov. a mon vers dirai chanso Choix V, 406 ; b.lat. ecclesiola, cui dicunt nomine S. Eulaliae Baluze Capit. II, p. 1543 (ann. 971). Gomp. m.h. allem. so sprechents einem wuocher (le nomment ainsi), voy. Grimm sur Reinhart p. 112.

Insegnare ital., ce verbe qui a pris la place de docere se construit avec le datif de la personne ; gVinsegno le belle arti; esp. le ensenaban todo ; prov. aquo cugi ad autrui essenhar Choix V, 67 ; fr. enseigner la philosophie ci qqun. Au sens absolu il prend l'accusatif de la personne : ital. insegna ou AMMAESTRA il suo fratcllo; port, ensina os filhos; pr. essenia so fil GO. 115^^; fr. il enseigne la j eunesse . Gomp. plus bas l'Infinitif avec ad.

Maritare ulmos vitibus ; ital. maritare la vite alV olmo, una figlia ad uno ; prov. maridar una piuzella ad un comte LR.; fr. marier la vigne à l'ormeau (mieux que avec); esp. CASAR SU hija con un hidalgo.

Merere aliquid de aliquo, en roman avec le datif de la personne : esp. os lo merezco (je mérite cela de vous) S Rom. 243 ; que vos ynereci? PC. 3270 ; port, sem que to merecesse Lus. 2, 39; Ihe nam tinha merecida a morte; prov. quai

CAS. DATIF AVEC LES VERBES TRANSITIFS. \2i

mal VOS en mier ? Choix lY, 152. De même prov. merir lo ben (rémunérer); dieus li o meira LR.\ v.fr. diex le vos mire (souvent); vos le m'aveiz vilainement meri RCam. 91. Un cas différent est le fr. mériter qqch. à qqun.

Perdonare, mot h.ldXm.'^OMv ignoscere (exemples dans jD(7.), avec le datif de la personne et l'accusatif de l'objet, comme dans l'ital. iddio glielo perdoni etc.; prov. perdonar lo deute a alcun (remettre) LR., perdonar lo mal talen {odium deponere) Choix IV, 143 ; aussi v.fr. pardoner son coruz à qq. TCant. 165, la mort (affranchir de la mort, laisser la vie) Dolop. p. 286. Avec l'accusatif de la personne : v.esp. los perdona SPart. II, p. 15; prov. lo perdonet Choix Y, 183; dieu me perdoneSy com fe la Magdalena B.67; fr., seulement au passif, vous êtes tout pardonné.

Les verbes qui signifient prier, exiger, interroger ont comme leurs correspondants latins l'accusatif de l'objet, mais le datif, non pas l'accusatif, de la personnel Exemples. Quaerere : ital. le cheggio sud dolce favella (je lui demande) P. Son. 120 ; esp. le queria una cosa ; que me quieres ? prov. merce quier a mon companho Choix IV, 83; quan que Ihi quis (tout ce qu'il lui demandait) GRoss. 6596 ; v.fr. U7i seul point ne li quier RCam. 83 ; un seul haisier d'amors li quier Ro7n. éd. B. p. 256 ; un conseil vos requier 43 ; li anquiert noveles Sax. I, 24. — Petere : esp. le pedia licencia \ port. pilotos Ihe pedia o capitào Lus. — Precari : ital. (trèsrarement) del lungo odio civil ti pregan fine V. Cz. 6, 4; prov. il preia a cascu GRoss. 7236 ; lojoglar preguet al rei que etc. Choix V, 32 ; prec li que etc. IV, 222 ; cat. prech a tuyt RMunt. 37'' ; v.fr. à Gilon pri qu'il en die le voir Thib. 116 ; la soe amor li proie Rom. éd. B. p. 168 ; je te le proi (je t'en prie) Ruteb. II, 135; fr.mod. prier qqun de qqch. — RoGARE : esp. ella hizo lo que le rogaron ; te lo ruego\ port, o rogo a deos, Ihe rogo que\ v.fr. {je) mis congié au plus vaillant homme FC. I, 23 ; li rueve etc. Ruteb. I, 343 ; dans le Fragm. de Val.: rogavit deus ad un ve7^me. — Supplicare en espagnol : una cosa quier o suplicar d vuestra merced DQuix. 1, 29. — Clamare : prov. il clam merce Choix III, 226 ; v.fr. Longis li cria merci Lais ined.

1. 11 ne faut pas se laisser tromper par les phrases italiennes comme dimandollo quello che faces.se ou cio che facesse. Ici quello ou cià est le déterminatif, placé comme de coutume avant le relatif, qui appartient à la seconde proposition et non pas à la première.

107, voy. plus haut p. 101. — Demandare : ital. dimandô il suo palafreno ; esp. vostra ayuda os demanda ; pr. conseill vos deman ; fr. il lui a demandé la me ; on lui a demandé son nom ; v.fr. demanda lui que il queroit Brut I, p. 299; li de^nandai s' amour qu'el fust moie Rom. éd. B. 196. — Percontari : esp. le preguntaba una cosa (il lui demandait qqch.); port. Ihe perguntava cous a alguma. — Enfin ces verbes régissent aussi l'accusatif de la personne quand la phrase ne contient pas de substantif neutre. D'après les Leys II, 14, il est permis d'employer avec pregar et supplicar (comme aussi avec obezir et servir) le datif ou l'accusatif, mais il ne faut pas oublier que le provençal en général renonce facilement à la marque carectéristique du datif. En v. portugais rogar se construit avec le datif et l'accusatif : rogo a deus Trov. n. 68 ; rogo nostro senhor n. 16. — Il va de soi que les constructions avec le datif que nous avons observées ont aussi pénétré en bas latin (comp. Pott, Plattlateinisch p. 324). Yoici quelques exemples : qui alteyn aliquid quaerit Cap. Lud. pii (Georgisch p. 850); postulavit nohis praedictus ahbas HL. I, p. 74; vobis et fratribus vestris petivimus Bréq. 220^ (ann. 657) ; petiit celsetudini nostri ibid. 409^ (ann. 716) ; petiit pietati nostrae Marc. 771 (ann. 834); petivit nobis licentiam Form. M. app. 12; petivit nobis locellum Bréq. 53^ (ann. 558); rogo tibi, ego vobis rogo dans des mss. de la L. Sal.\ rogarunt ad illa comitissa Esp. sagr. XXXYI, p. xxxix (ann. 1032). Supplicar e avec le datif, comme dans le latin classique, mais aussi avec l'accusatif, par ex. supplico dominationi vestrae Form. M. 2, 31 (souvent); charitati vestrae Bréq. 191^ (ann. 642); ad successores nostros Form. Bign.; dominum supplicare Bréq. 429^ (ann. 721); supplicamus fratres 487^ (ann. 745).

On doit avant tout observer le cas suivant. Lorsque l'infinitif d'un verbe transitif qui gouverne un régime, ou une phrase entière équivalente au régime, se construit avec les verbes faire, laisser, voir et entendre, le sujet logique de l'infinitif se met au datif. 1) Faire, facere. Ital. lo feci vedere a tutti (je le fis voir à tous); lo fece port are alla fante (par la servante). Esp. hizo verter lagrimas d muchos hombres. Prov. a tôt lo mon se fes duptar\ vos (ace.) faitz als pros honrar. Franc, on lui a fait souffrir de grands maux ; je lui fais savoir que etc. ; b.lat. hoc comitibus scire façiant Cap. Car. Calv. Baluze II, 66. — 2) Laisser, lasciare, dexar.

Ital. lascia farlo a me (laisse-le-moi faire); non mi lascio vincere all'ira (par la colère). Esp. deœôs leprender (se laissa prendre par lui) PC. 3351 ; dexas llevar al vient o el amor y la fe Gare. EgL 1. Prov. se laissa dechazer a Richart (par R.) Choix IV, 175 ; fr. il se laisse conduire à qqun. —

3) Voir, viDERE. Ital. vedo farlo a lui (je lui vois faire cela); veggio trarwi ad una viva dolce calamita P. Cz. 18, 2. Esp. vierades al redentor dar su espiritu JEnz. 14. Prov. als us viratz vestir ausbercx Choix III, 408 ; dous semblan quel vi far 83 ; fr. il a vu jouer ce rôle à une telle. —

4) Entendre y audire, intendere. Ital. l'udii a molti dire (je l'ai entendu dire à beaucoup). Esp. yo le oi decir muchas disculpas. Prov. ieu aug dire a vos et als autres que etc. Choix IV, 12 ; fr. je le lui ai ouï dire ; je l'ai entendu dire à plusieurs personnes. — Toutes ces phrases contiennent deux verbes avec deux personnes actives, dont l'une (en qualité de sujet) fait, laisse, voit et entend, et dont l'autre agit par rapport au vouloir ou à la sensation de la première. Si cette transition cesse d'opérer sur l'infinitif, la seconde personne est mise à l'accusatif comme un régime neutre : io lo (non pas gli) faceva le gare (je le faisais lier); lo lascio vendre (je le laisse venir) ; lo vedo m or ire (je le vois mourir) ; fodo cantare (je l'entends chanter). Le datif dans cette construction semble avoir été directement tiré de l'accusatif latin (id te facere jubeo, sino, video, audio), afin de rendre sensible la nature personnelle de l'objet actif; car la tendance des langues nouvelles, comme nous avons eu l'occasion de le remarquer dans diverses circonstances, est incontestablement de mettre la personne au datif, surtout lorsqu'elle se rencontre avec des objets ; et ce procédé semblait s'expliquer de lui-même par le fait que même la particule casueUe, dans une partie du domaine, tombe généralement (p. 116). Nous apprenons donc à connaître ici une construction du datif avec l'infinitif qui dans ses éléments est tout-à-fait conforme à celle de Y accusatif avec V infinitif. — Voici ce qu'il faut encore observer : 1) On peut aussi sousentendre le régime de l'infinitif et mettre la seconde personne au datif, par ex. ital. Torello non lascia rispondere al famigliare (ne permet pas au serviteur de répondre); fr. laissez faire aux dieux. — 2) Au lieu d'employer le datif il est souvent permis d'adjoindre à la seconde personne de ou per, en prenant l'infinitif au sens passif : ital. lo sentiva dire dalla gente ; lo vidi ammazzare per due assassini. Le style moderne, surtout en

français, a généralement beaucoup restreint la construction avec le datif : c'est ainsi que dans le vers se laisser séduire au premier imposteur Héracl. 1, 1, où Corneille s'est conformé à l'ancien usage, au doit être corrigé aujourd'hui en par le. — 3) On est tenu d'employer l'accusatif au lieu du datif lorsque le dernier cas pourrait être regardé comme dépendant de l'infinitif : pour audio illum cantilenam canentem, on doit dire l'odo cantare una canzone et ne pas employer gli, ce qui pourrait donner à la phrase le sens de audio illi cantilenam cani. Au reste l'accusatif est employé dans d'autres circonstances encore.

3. Certaines idées verbales rendues par une périphrase composée d'un verbe d'une signification générale comme avoir, perdre, porter et d'un substantif, prennent aussi le datif de la personne. Exemples. Ital. senza sospetto aversi (sans se soupçonner entre eux) Orl. 1, 22; ti usera ingratitudine (à ton égard) Mach. Disc. 1, 59; portare odio, am.ore, henivolenza ad uno ; perdere il rispetto ad uno. Esp. yo y B. Antonio os teniamos compasion Nov. 10; el amor que el D. Lope la (pour le) ténia Nov. 11 ; el mal talante que vos avia CLuc. 65 ; te auran embidia S Rom. 314 ; le perdisteis elrespeto? Cald. I, 17^. Prov. avian nos pietat GO. 139^; merce m'aiatz Choix IV, 475 ; la voluntatz que vos li avetz V, 417 ; tort vos aurai III, 308 ; fai semblan que m'aial cor fello (à mon égard) 349 ; vos aia tan fin* amor 395; vos port guerentia lY, 9. Franc. (irQ^-VBXQmeni) porter amitié, affection, respect à qqun ; mais non pas vous m'avez tort ; je vous ai envie etc.

4. Dans d'autres constructions, usitées surtout au sud-ouest, le datif subit à peine une influence de la part du verbe, il exprime seulement un rapport local du régime, auquel correspond généralement la préposition in. Ital. io mi ti voglio scusare (c.-à-d. appresso di te) Dec. 8, 10 ; che cosa é ch'io ti veggio {in te) 3, 10 ^ Esp. no le hallaron ninguna herida {en él) DQuiœ. 1, 5: la cadena que V. M. debio de conocerme {en mi) Nov. 11 ; vile un rostro de lamprea {en ella) JEnz.; esto les pude entender {de ellos) Cald. I, 268^ ; port, olhay se vos sey os tyros {em vos, si je reconnais sur vous la marque

1. Mussafia remarque à ce propos : « Un bell' esempio di a per m è il seguente : Porta alcun' arma che Vantica gente Non vide mai ne fuor ch'SL lui la novan Orl. 9, 28 (dans ses mains, avec lui).

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