CAS. GÉNITIF
se prête à désigner des rapports purement prépositionnels, et lorOy véritable génitif, a été assigné à l'expression du datif. On peut rappeler de nouveau à ce propos que le datif s'est conservé dans les patois allemands, tandis que le génitif y a beaucoup souffert. Mais on doit reconnaître que le génitif roman dépendant d'un nom possède plus de la nature de ce cas dans sa forme organique que le génitif dépendant d'un verbe. Dans certaines locutions le premier peut s'unir au nom qui régit la phrase sans l'aide de de, sous la forme générale du cas oblique, dans quelques dialectes du moins, en sorte que l'ancien rapport semble en quelque sorte restauré (prov. 'per dieu amor •=. pro dei amore). Le second ne peut pas se passer de la préposition : à côté de l'ital. le cose altriii on ne trouve pas mi sovvengo altrui. Le latin ne fait que rarement usage du génitif dépendant de verbes. Parmi les verbes romans dont le régime désigné par de peut procéder de la construction primitive avec le génitif, les plus importants sont ceux qui ont le sens de se souvenir et oublier ; on a en outre plusieurs verbes qui renvoient à des impersonnels latins : ital. sovvenirsi, ricordarsi, rammentarsi, dimenticarsi, scordarsi, pentirsi, vergognarsi, infastidirsi d'una cosa\ esp. acordarse arch., membrarse, olvidarse, arrepentirse, avergonzarse, disgustarse de una cosa ; fr. se souvenir, se repentir de qqch., mais se rappeler qqch., oublier qqch., non pas s'oublier de qqch. Ces verbes, il est vrai, participent à cette construction en même temps que d'autres réfléchis qui expriment la cause de l'activité au moyen de de (voy. Prép. de, § 7), cependant le régime de ces premiers verbes semble bien avoir une valeur plus objective. Le valaque présente pour le génitif une double forme. Lorsqu'il n'est pas accompagné de l'article on le désigne par c?e : o scafe de ape (axocçY] aquae), nu te uità de mine (ne obliviscaris mei). Dans le cas contraire il est représenté par le datif qui peut aussi être précédé de la préposition a : palma mimei [palma 7nanus), gredina vecinului (hortus vicini), dintele leului (dens leonis), un dusman al pegunetetzii (inimicus impietatis). — Pour Y ablatif \di nouvelle langue n'a créé aucune expression absolue, car l'ital. da correspond au lat. ab : elle exprime les significations de ce cas d'après son sentiment propre au moyen de diverses prépositions. Cependant de prédomine : cette préposition remplace généralement l'ablatif de l'instrument (floribus ornare, ital. adornare di fiori) et celui de la détermination précise [manu promptus, pronto di mano)\ peut-être dans
quelques cas l'emploi peu approprié de cette préposition (usare de = lat. uti, v.esp. fruir de = lat. frui) repose-t-elle sur un échange inconscient de l'ablatif contre le génitif, car les deux cas ont déjà bien des points de contact en latin.
1 . Génitif avec le substantif. — Les rapports logiques de deux objets grammaticalement unis, dont l'un est déterminé, l'autre déterminatif, et dont le second revêt la forme du génitif, n'ont besoin ni d'être énumérés ni d'être élucidés par des exemples. Il suffit de remarquer que le génitif organique de l'ancienne langue est régulièrement exprimé par le génitif prépositionnel de la nouvelle. Mais il faut citer quelques particularités. 1) Le génitif de qualité n'est usité dans l'ancienne langue qu'en compagnie d'un adjectif; dans la nouvelle, où l'emploi de la préposition enlevait à cette restriction sa raison d'être, il s'applique aussi tout seul : lat. vir niagnae eloquentiae; ital. poeta di 7nerito, esp. vaso de plata, prov. verge de doussor. — 2) A propos du génitif possessif, formule dans laquelle la possession du substantif qui régit (dans le sens le plus étendu) est attribuée au substantif dépendant, il faut remarquer un fait important que certaines langues celtiques connaissent aussi. a) En provençal et en v. français la particule casuelle peut être sous-entendue devant des idées personnelles, ainsi que cela a lieu dans les mêmes conditions pour le datif après des verbes (p. 116). Exemples de cet emploi : prov. la fis {de) Mallio Bth. 40, ses deu licencia 19, lo filh sancta Maria Choix III, 408, Venais Tristan II, 314, la molher son senhor III, 400, chapdel sains esperitz IV, 58, entrels bratz sa molher G Ross. V. 6801 ; v. franc, la terre lur seignur, l'enseigne paienur, la geste Francor Roi., la gent lu rei Charl., le fils Odon QFA., la volonté le rei TCant., par le Charlon cornant Roi. etc. Nous avons donné plus haut, p. 72, quelques exemples de la manière dont on peut supprimer le substantif qui exprime l'objet possédé. C'est surtout après des expressions prépositionnelles que la marque du génitif peut être omise : ainsi en prov. de part me, de par{t) Karlo GRoss., daus part lo prior LR. I, 549^; v.fr. de part le rei, ad oes (ad opus) saint père. Avec des idées impersonnelles cette ellipse n'est pas tolérée, car on ne peut pas leur attribuer une véritable possession, et la formule deviendrait obscure ; jamais on ne trouve fuelha l'albre, porta la casa, beutatz lo caval. Ce n'est qu'avec des noms d'animaux, lorsqu'il s'agit de parties du corps, qu'une exception semble se présenter, ainsi v.fr. ou ventre la balaine