CAS. GÉNITIF AVEC LE SUBSTANTIF
NFC. II, QQ. Au XI v^ siècle l'ellipse devient déjà plus rare, cependant Marot dit encore ci gist le corps (de) Jane III, 241. Des traces de l'ancien usage se retrouvent encore dans le français moderne fête-dieu, hôtel-dieu, église Saint-Pierre, musée Napoléon et autres locutions du même genre, et aussi après des substantifs qui ont acquis une valeur prépositionnelle, dans cette langue comme dans les autres. It. sans di : palazzo Borghese, villa Pamfîli, casa madonna Lisetta, casa la donna Bec, 4, 2, in casa i marchesi Capilupi; v.port. en cas Gonçalo, de là le fr. chez pour en chez. En b. latin le génitif possessif est souvent aussi rendu par de : monasterium de S, Mauritio Bréq. p. 9"" (ann. 523), terminus de 7iostra donatione 26^ (ann. 528), abba de monasterio 52^ (ann. 546), silvas de ipso agro 246^ (ann. 663), episcopos de rigna nostra 284^ (ann. 677), signum de testibus Tir. 34^ (ann. 800) ; mais souvent le génitif non caractérisé et dépourvu de flexion rappelle le procédé roman : filius Cuniberto, de morte germ,ano nostro, de parte genetore suo, de parte Bertino àbbate etc. — b) Dans les mêmes dialectes la possession peut aussi être exprimée par le datif, également avec des mots personnels, mais ce cas s'applique à peine immédiatement avant des noms propres. Ex. pr. filha's al rei (filia est régis) Boèce 161, filha a Vemperador Choix V, 151, las saetas al diable GO. 267, la domn'a Tristan III, 140 ; v.fr. arche al deu de Istael LRs. 18, filz as cunturs Roi. p. 27, le langaige as Sessons Brut, la tors as puceles FI. Bl. 1896, la Remise à la virge, les armes au prou conte Olivier, la gent au roi, les gens à Sera/le ; voyez de nombreux exemples de ce procédé dans Orelli 39 et Burguy I, 59. Marot dit encore la mère au berger III, 295, l'espouse au mari vénérable 248. Frère au ro^, frère le roi et frère du roi sont synonymes dans l'ancienne langue, exemples dans Brut I, p. 19. 20. Cette construction persiste en fr.mod. dans les expressions fils à putain, chape à l'évêque. Elle est rare en italien, voy. par ex. Ger. 1, 44: al re minor figliuolo. Il faut rapprocher l'anglais servant to his master, secretary to the duke, et un procédé du slave en vertu duquel un génitif dépendant d*un substantif peut être transformé en un datif, ainsi que le remarque Dobrowsky Institut, p. 629. On doit également renvoyer à l'usage valaque mentionné plus haut (gredina vicinului). — L'elhpse du nom qui exprime l'objet possédé ne s'effectue que dans un petit nombre de cas déterminés ; ainsi avec festa : prov. la sant Miquel Choix V, 2QQ, DiEz m 9
fr. la saint Pierre ; val., avec filius : Alesandrul lui Filip, comp. v.fr. la Salemon SSag. 17 pour la femme de S.K — 3) Génitif de dénomination. Il est de règle après l'idée générique de mettre au génitif l'individu neutre qui s'y rapporte et qui prend alors la valeur d'une apposition. On dit ainsi en ital.
1. Cette ellipse se produit aussi avec certains noms propres espagnols et portugais. En efîet avant l'apparition des noms de famille le nom du fils était accompagné du nom du père, ainsi : Fernan [hijo) Rodriguez, Buy {hijo) Gonzalez, Sancho {hijo) Froilaz. Le grand père du Gid se nommait Layn Galvo, le fils de ce dernier Diego Laynez (fils de Layn), le Cid ensuite Ruy Diaz, c.-à-d. Rodrigo fils de Diego. On peut trouver des exemples de cet usage aussi haut que le ix' siècle. Les chartes disent ou Roderici, ou Roderiquiz {Rodriguez), ou même Roderiquici. La finale ez (iz) pourrait avoir sa source dans le génitif de la troisième déclinaison latine, et cette dérivation semble claire pour Juanez ou Feliziz par exemple : les noms de la première et la deuxième déclinaison se seraient alors réglés sur les premiers, comme dans Garcia Garcez, Pelayo Pelaez, c'est ce qui est arrivé en effet dans Lunes (lat. Lunae), Miercoles {Mercurii). A la vérité les noms de la deuxième déclinaison sont beaucoup plus nombreux que les autres et sembleraient avoir plus de droits à servir de modèles, mais l'espagnol ne pouvait pas utiliser les génitifs en i, car cette voyelle atone n'est pas volontiers tolérée à la finale. Cependant les formes en az, comme dans Anaia Anaiaz, Dia Diaz, Ecta Ectaz, Froila Froilaz, Mutarra Mutarraz, Sunna Sonaz, Vêla Velaz, ne s'accordent pas bien avec cette étymologie du lat. is. Quelques savants expliquent ces patronymiques par le basque. Schmeller quia consacré à ce sujet une dissertation spéciale cite comme le premier et le seul Espagnol qui ait essayé cette théorie Terreros (1758), mais Larramendi (1729) l'avait précédé dans cette voie. Voyez les objections soulevées contre cette explication dans mon Bict. étym. p. xi (3'' éd. p. XV). J'ai déjà indiqué dans la première édition de cette grammaire le génitif gothique comme source probable de l'expression espagnole, car dans cette langue ce cas se termine par s à toutes les déclinaisons, Rodriguez pourrait répondre à Hrôthareikis, et même la terminaison az, au premier abord si anomale, pourrait, comme le suppose Schmeller, provenir d'une contraction de l'ancienne forme gothique, attestée par le b. latin anis : Frôila Frôilanis Froilaz. Les mots étrangers se seraient soumis à la déclinaison gothique. Il est étrange que l'espagnol ait introduit z pour s (le portugais a s : Alvares), même dans les plus anciennes chartes on trouve ez, az, à peine quelquefois es ou is, de là l'orthographe Roderiquici, Gometius, prov. Sanchitz, qui renvoie au z ; dans Didaci = Diaz de Didacus le s s'explique de luimême. — En v.italien ce rapport s'exprimait de la manière suivante : on revêtait le nom du père de la forme du génitif latin, comme dans Giovanni Boccacci, plus anciennement on faisait sans doute aussi précéder le génitif de l'abréviation Fi (filius), comme dans Figiovanni, Firidolfi (Blanc 167), ce qui répond à l'anglais Fitz-James pour le germanique James-son Jamie-son.
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fior di giglio, esp. instrument o de la guitarra, virtud de la temblanza, fr. jeu du billard, comme lat. metallum auriy morbus podagrae. Il faut surtout observer ce procédé : a) Avec les noms de pays et de ville, où il n'est sujet à aucune exception : ital. regno di Francia, città di Napoli\ esp. tierra de Egipto, isla de Chipre, ciudad de Madrid ; prov. terra de Sardenha, renhe de Suria, castel de Burlatz ; fr. royaume de France, ville de Paris ; lat. oppidum Antiochiae, mais on met plus volontiers les deux noms au même cas : urbs Roma, terra Italia, provincia Sicilia, de même val. cetatea Roma\ gr. lX(oy xToXieôpov. Cette expression prépositionnelle se trouve dès le début du moyen âge : villam de Bertiniaco Bréq. 2^ (ann. 475), villa de Umbriaco, de Nimione 101 (ann. 615), civitas de Althisiodero 259^ (ann. 670)^ b) Avec les noms de montagnes et de rivières ; ici l'usage est hésitant : on trouve it. monte Vesuvio, monte Ato, Mon-gibello, fiume d'Arno ; esp. monte Calpe, monte de Sinay, rio Guadalaviar\ prov. inon Canego, flum Jordan, flwn de Tarn ; ir. mont Cenis, mont de Parnasse, rivière de Seine, avec l'article défini devant des masculins : fleuve du Tigre, rivière du Mein, apposition : fluyn Jurdan LRs., fleuve Loire Mar. (souvent chez les anciens); lat. Rhenus fluvius, Eridani amnis. c) Avec les mots année et mois; mais l'usage n'est pas constant : it. l'anno mil settecento, mese di Gennajo; esp. ano mil sietecientos et ano de mil etc., mes de Mayo\ fr. Van mil sept cent, mois de Décembre, d) Avec les substantifs qui signifient nom, mot, titre : lat. nomen Caesaris, voœ voluptatis ; ital. nome di Francesco, titolo di marchese ; esp. nombre de Cervantes ; prov. nom de joglar\ fr. nom de père, mot d* amour, titre de prince, e) Avec des idées personnelles : ce génitif ne se présente en ce cas que lorsque le nom qui régit exprime la nature spirituelle ou corporelle d'une personne, ainsi on ne dit pas pictor Apellis, mais bien monstrum hominis Térence, flagitium hominis, scelus viri, halleœ viri Plaute ; allem. Schlingel von einem Bedienten, Engel von einem Mddchen. De même ital. il poverino di mio fratello ; esp. el bueno de mio Cid, el malo del conde Don Juan Cast. de D. Sancho
1. L'ancienne poésie fait un usage fréquent de l'apposition, et alors elle met en tête le nom de la ville : prov. en Paris la ciptat GRoss., Memde la ciutat S. Enim. LRom. I ; v.franç. Paris la cité Berte, Langres la cite Gar.; psp. en Paris essa ciudad SRom.; de même m. h. ail. ze Rome in der stete.
87^, el mezquino del home 228^, el lindo de Cornelio, el triste de mi, pohre de mi padre! (voy. p. 113); port, os cativos destes olhos meus Trov. n. 245, o doudo de meu criado S. de Mir. II, 81 ; triste de mim! ibid. 24; pr. diable de gens LRom. ; fr. le fripon de valet, v.fr. la dolente d'empereriz NFC. II, 54. — Une copie du génitif roman semble se présenter dans l'angl. kin g d om of France, island ofSicily, city of Paris, mont h of May, name of Ralpho.
— 4) A propos du génitif partitif (par columbarum, ital. un pajo di guanti etc.) il faut observer seulement que le franc. force se passe de la particule casuelle : force argent [magna vis pecuniae), pr.mod. forçou passer oun. Il en est de même en allemand dans ein Stûck Brot (m.h.all. ein stûck hrotes), eine herde Schafe, gr.mod. eva xoiràSi 7:pc6aTa. Exemples baslatins de de pris dans le sens partitif : de armis, de vestihus terna paria Gr. Tur. 3, 24, quarrada de melle Bréq. 132^ (ann. 629), medietatem de loco 258^ (ann. 670), medietatem de ipsa vinea Mar. 117" (vu® s.), portiones de silva Bréq. 435^ (ann. 721), canadas duas de vinum Mab. II, 657^^ (ann. 742).
— 5) Génitif du complément. Les mots abstraits dont le sens exprime une activité peuvent se faire suivre en latin de l'objet de cette activité au génitif; cette même faculté est accordée aussi à certains adjectifs (voy. § 2). Exemples : amor virtutis, odium vitae, spes mercedis, meius hostium, moeror funeris, religio deorum (crainte envers), mulierum injuria, pecuniae cupido, famés auri, sitis argenti, meraoria amicorum, remedium. doloris. Les langues filles ont imité cette construction avec leur génitif prépositionnel. On dit ainsi ital. amor di dio, odio d'altrui, speranza delV altezza (d'arriver au sommet) Inf. 1, 54, carità del natio loco 14, 1, studio délie lettere, memoria de' heneficj. Esp. amor de dios, lealtad del rey, miedo de muerte, remedio de su ofensa Nuyn. 3, 1, esperanza de la libertad, gana de comida, hallazgo de una cosa. Pr. paor de deu GO. 134, doptansa de lor Choix III, 296, membransa deljoi 448, chausimen del lairo (ménagement pour) ly, 91, cobeitat d'argen 72, voluntat de femna V, 51, cor d' armas (penchant pour) 106, fam d'amor III, 1. Franc, amour de la patrie, haine du prochain, crainte de la mort, étude des lettres, appétit des richesses, désir de gloire, faim des honneurs, soif de vengeance, mémoire des actions, ignorance de la guerre, mais injure à l'honneur, remède à tous maux. B.lat. desiderium de paradiso