CHAPITRE SIXIEME
Cas dépendant de prépositions.
La syntaxe doit considérer la rection et la signification des prépositions. 1) Rection. En latin ces particules régissent soit l'accusatif, soit l'ablatif, soit l'un et l'autre cas à la fois. Dans les langues filles, grâce à la chute des flexions casuelles, la règle
est simple : les prépositions régissent l'unique cas oblique conservé, où l'on doit reconnaître l'accusatif, car il sert de régime aux transitifs. De et ad comme particules casuelles ne se présentent donc après aucune préposition, ou, à l'inverse, lorsque ces mots se présentent (ital. avanti de, contro a), ils sont les véritables prépositions, et ce qu'on nomme préposition est réellement adverbe. Ce n'est qu'après des mots qui étaient à l'origine des substantifs (ital. intorno di una cosa à l'entour d'une chose, esp. enf rente de en face de) que de est incontestablement la marque du génitif. Sur les diverses particularités de la rection il faut faire les observations suivantes : a) Quelques prépositions anciennes peuvent ou doivent être mises en rapport avec le nom au moyen de de ou ad, comme des adverbes. Pour établir la liste de ces anciennes prépositions, on peut encore ajouter à celles qu'on connaît les adverbes employés en latin déjà comme des prépositions, foras, intus, rétro, us que et enfin intro, subtus et sursum (t. II, p. 447). En dehors de ces cas l'italien se permet encore de dire circa di et a, contro a, oltre a, sopra a, fuori di, rétro a, dietro a, dentroa, sotto a, et aussi a-yan^z et dinanzi avec di et a. Lorsqu'un pronom personnel suit certaines prépositions, cette langue intercale volontiers un di qui n'est peut-être qu'euphonique : ainsi contro di me, senza di te, sopra di voi, sotto di me, verso di noi, davanti di lui, dinanzi di lei. L'italien favorise particulièrement la médiation au moyen de di et a. L'espagnol ne recourt à de qu'avec fuera, antes, acerca, dentro, despues, detras. Prov. ans de, duesc'a, fora de, prop de. Franc, seulement hors de et jusqu'à ; même les prépositions nouvellement formées dès , depuis, derrière se construisent avec l'accusatif, et il en est aussi de même de celles qu'annoncent la particule par : par dedans, par dehors, par dessus, par dessous. C'est tout ce qu'il y a à remarquer sur la rection des prépositions anciennes ou des nouvelles qui en dérivent. Quelques adverbes se construisent également avec de : ital. di qua da et di là da, esp. aquende de et attende de, mais prov. de sai, de lai, franc. deçà, delà avec l'accusatif. — h) Les prépositions qui étaient originairement des substantifs régissent, comme nous venons de le dire, le génitif : ital. intorno di, ail' incontro di, in mezzo di, cependant elles prennent aussi dans cette langue le datif qui touche de si près au génitif, fino (jusqu'à) prend toujours le premier cas ; ensuite esp. debaxo de, encima de, enf rente de, en medio de, al rededor de ; prov. latz de, enviro de ;
CAS DÉPENDANT DE PREPOSITIONS. Hi
franc, environ de, vis-a-vis de, lors de\ celles notamment qui débutent par au prennent le génitif : au dessous de, au dessus de, au devant de, au long de, auprès de, autour de, au travers de. Les mots suivants sont devenus prépositions et régissent l'accusatif : esp. cahe, hdcia, hast a, prov. costa, endreg, entorn, en mie g, part, viro, franc, chez, parmi et quelques autres. — c) Les adjectifs neutres dont on fait des prépositions prennent, conformément à leur signification, de ou ad : itaL presso, vicino a et di, esi^.junto d, port, perto de, prov. près de, franc, près et proche de ; ou bien ils se débarrassent de ces intermédiaires et régissent l'accusatif : it. lungo, esp. baœo, prov. long, mest, fr. après, souvent aussi près et proche. Les participes présents régissent le même cas : ital. rasente (mais aussi avec a), pr. rasen, seguentre, fr. joignant, suivant; les participes passés ital. eccetto (et salvo), esp. excepto, franc, excepté et hormis se construisent de même sans aucune préposition. — d) On doit signaler encore comme une particularité romane le fait suivant : une préposition peut être considérée comme formant avec le nom qui l'accompagne une expression unique, qui est alors susceptible d'être régie dans son ensemble comme un mot isolé ; toutefois cela est rare. Esp. dos mozos de hasta veinte anos, homhres de d cahallo, rimas de d seis versos, franc, avec de la farine, les guerres d'outre mer (même m. h. ail. die kiinige von iiber mer Grimm IV, 872). — e) Il est aussi usité en roman qu'en grec et en allemand de placer des adverbes sous la dépendance de prépositions ; on dit ainsi ital. fin qui, per domani ; esp. para entonces, por jamas, desde ahora, hasta no mas (c'està-dire ad extremum)y franc, après demain, pour aujourd'hui, dès hier, lat. (rarement) ex inde, plus tard aussi a modo. — 2) Signification. Les prépositions proprement dites sont des adverbes de lieu dont la signification a été étendue aussi bien au temps qu'à des rapports abstraits tout-à-fait étrangers au sens matériel qu'ils avaient à l'origine, par ex. la cause, le but ou le moyen. Un très-petit nombre seulement, comme peut-être pro et post, renoncent dans les langues nouvelles à la signification locale. L'emploi abstrait des prépositions procède donc de leur sens local primitif, et le sens abstrait comme le sens local est proprement unique. Ainsi de dans le sens local ou temporel représente le départ d'un point, dans le sens abstrait la cause. Mais le sens abstrait peut subir des modifications de la part du verbe qui régit ou du nom. La grammaire, vu les con-
iA'2 PROPOSITION SIMPLE.
séquences pratiques qui en résultent, ne doit pas craindre d'en donner l'analyse, bien qu'il soit difficile, en présence des nuances insensibles par lesquelles la langue passe d'un emploi à l'autre, d'atteindre partout la véritable portée qu'elle donne aux mots qui n'expriment que des rapports. Cette partie du discours a acquis de l'importance, car non seulement ad et de, mais aussi in, cum, per etpro se prêtent à exprimer des rapports casuels : les phrases Romae vivere, Romam ire, Roma proficisci ne peuvent plus être traduites sans l'aide de prépositions. — Il faut encore parler ici du sens de plusieurs prépositions qui dans la langue mère avaient un sens variable, déterminé par le cas qu'elles régissaient. a) Celles qui peuvent précéder les deux cas expriment avec l'accusatif le déplacement vers un objet, avec l'ablatif le repos. Comme le roman ne peut pas marquer cette différence par la voie de la flexion, c'est dans le sens du verbe qu'il trouve le seul moyen d'obtenir ce résultat (t. II, p. 432), ainsi : fr. aller en Espagne et vivre en Espagne ; aller chez un ami et être chez un ami ; monter à cheval et être à cheval \ esp. subir sobre azno et estar sobre la mesa ; it. costringere qc. sotto la regola et sedere sotto un albero ; val. me duc a case et eu sunt a case. Cette destruction de l'ancien rapport a aussi troublé plusieurs prépositions dans leur signification : amorinpatriami^âv exemple ne peut plus être rendu en français par amour dans la patrie. Le grec moderne de même emploie elq au lieu de l'ancien iv pour répondre à la question ubi et quo, en sorte que elq tyjv Pw[Ar<v signifie à la fois vers Rome et dans Rome (comme ital. a Roma). Mais en anglais le déplacement et le repos peuvent être distingués au moyen de particules spéciales, comme into et in. — b) Pour la question unde le latin possède des prépositions propres. De, conservé en roman, a charge de représenter ce rapport qu'il transporte aussi à d'autres . particules : franc, je distingue l'ami d'avec le flatteur ; vengo de hdcia el rio etc. Mais devant la plupart des particules de est toutà-fait privé de signification, ainsi en ital. dans di qua, dentro (de intro), dopo (de de post) etc. — c) A la question qua répond ^er, qui n'est pas mal placé non plus devant d'autres prépositions pour rendre plus sensible cette direction. Dante dit, Pg. 22, 140, una voce per entro la fronde gridô (à travers le feuillage); esp. pasar por entre las flores (à travers les fleurs); v.fr. passer par delez le vivier (par devant, praeter stagnum); fr.mod. passer par-devant la maison, par-dehors les murailles.
Il paraît raisonnable de traiter en premier lieu des prépositions les plus importantes qui viennent d'être citées, a, de, in, cum, per, pro et, pour ce qui concerne les autres, de faire connaître par des exemples leurs principales significations. Il n'a pas paru nécessaire de mentionner ici toutes les prépositions tirées de noms. Sur la fusion des prépositions avec l'article, voy. au livre de la Flexion le chapitre du Substantif.