AD
Ce qu'exprime cette particule c'est essentiellement le mouvement vers un but ; de là découle le sens de proximité. Le dacoroman, outre a, emploie aussi la forme plus forte la.
1. Mouvement dans l'espace, d'abord la dii^ection : ire ad aliquem ; situs ad meridiem ; ital. andare alla aorte ; tir are al segno ; esser posto a tramontana ; les langues sœurs se comportent de même. Il faut remarquer l'emploi de ad avec les noms de ville : ital. fuggire a Napoli ; esp. volver d Madrid \ port, hir a Lisboa\ prov. venir a Tortosa\ franc, se rendre à Marseille \ val. se duce la Roma. On s'est décidé de bonne heure à appliquer ad, comp. ambulavi ad Aritio Brun. 433 (ann. 715), c.-à-d. andai a Arezzo\ portaverunt ad Romam Esp. sagr. III, 391 ; venerit ad Cordubam XIV, 463, et, en assignant in aux noms de pays, on a établi une distinction que d'autres langues ignorent. Ce n'est qu'au sud-ouest que ad répond à la question quo aussi devant les noms de pays : venir d Castiella déjà dans le PCid, pasar d Espana, d las Indias ; port, vir-se d Portugal ; franc., au moins devant des noms qui exigent l'article, comme aller aux Indes. Cet emploi de ad, non-seulement pour indiquer qu'on se dirige vers un pays, mais aussi qu'on y entre, apparaît déjà dans Eutrope et est fréquent au v® siècle. L'Espagnol Idace dit ad Baeticam transierunt ; ad Gallaeciam venerat ; de Gallaecia ad Lusitaniam succedit ; des chartes espagnoles donnent : venientes ad Gallecia terra Esp. sagr. XL, 362 (ann. 757); cum ad Spanias venissent XIY, 356 etc.
2. Proximité : lat. ad urhem esse; ital. stare alla porta; richiamarsi al giudice et ainsi partout. Ce sens passe à celui de séjour : ad aedem esse ; b.lat. tam in pago quam et ad palacio Form. Mab. 51 ; ital. esser e a casa ; stare al rezzo ; esp. estar d su posada ; vaud. scriptas al novel testament Choix II, 90; pensar al cor (penser dans son cœur) 107;
prov. al cor iraiz (irrité dans son cœur) Choix IV, 272; franc. être à la campagne, à la chasse, au palais. De même avec (les noms de ville : ital. essere a Napoli ; prov. se défendre a Sur ; franc, demeurer à Marseille et avec des noms de pays munis de l'article (comme pour répondre à la question quo) être à la Chine, au Brésil ; val. fî la Vienna, templul la Efes^. En italien et en valaque on emploie aussi in devant les noms de ville; l'espagnol ne dispose que de cette préposition (voj. In).
3. Ad exprime aussi le moment : ital. venir e a mezzo di, aile nove, ritornare a pasqua ; esp. llegar d las ocho, a la noche ; franc, arriver à six heures, à jour préfixé ; v.fr. a cest jour d'ui, a icele ore (alors); val. la ameatzi (vers midi), la patru oare (vers quatre heures); comme aussi le terme dans le temps : ital. oggi a otto (d'aujourd'hui en huit), di cinque a sei etc. Dans la première acception cette préposition se présente extrêmement souvent en b. latin : ad sequentem annum, ad horam nonam, au lieu de l'ablatif qui est plus usité.
4. Pris abstraitement ad s'emploie aussi au double sens de mouvement ou de tendance et de proximité, et peut exprimer ainsi le but ou la convenance : cogère ad. aliquid, milites ad naves, facere ad exemplum alicujus. Ital. incitare alla collera, pensare alV amico, scrivere al fratello, tagliare a pezzi, scala a lumaca, paventare alV impresa, fare al senno di chicchessia, cappello alla moda, calzoni alV inglese, a cio ch'io vedo. Franc, mouvoir à coynpassion, condamner à mort (b.lat. ad mortem dijudicare Nith. 1,3), verre à vin, marché aux herbes, vivre à sa fantaisie, s'habiller àJ espagnole.
5. Ad se prête particulièrement dans les nouvelles langues à rendre le datif du but employé en latin avec esse, venire, habere, ducere, vert ère, dare etc. Esse suit rarement cette construction, par ex. prov. neguna re que a plazer me sia (gaudio mihi sit) Choix III, 335. On se sert plus volontiers du nominatif de l'objet : prov. ^on l'es honors III, 278; ital.
l. En b. latin pour répondre à la question uU on emploie plus volontiers devant les noms de ville et de pays apud que ad, d'après le latin aimd urbem, apud exercitum esse. Ce mot se trouve souvent dans Prosper, Idace, Grégoire de Tours, mais le roman n'a pas laissé prendre cette acception à son appo, ap, ah.
non rè noja Ger. 12, 98 ; franc, cela vous fait honneur. Venire, par ex. auxilio : franc, venir au secours etc.; mais surtout au sens figuré : ital. questo mi viene a fastidio ; franc. tout lui vient à souhait \ de même en b.lat. defunctis ad requiem fiât, of/erentibus ad mercidem maniât Mené, Lat. Messen p. 19. Habere ludihrio etc. : ital. avère a schifo, a sdegno ; forse cui Guido vostro ebbe a disdegno Inf. 10,
63 ; esp. haber una cosa a maravilla PC. 2312 ; tener d mal, d merced; prov. tener a folor PO. 202, a dan 284, a vent (comme rien) Jfr. 152^, ad esquern Choix V, 32, a nom (pour nom); franc, tenir qqch. à honneur, à injure, Ducere laudi : ital. pigliare, prendere qc. a Iode, a maie, a sdegno; recare a ingiuria, a disonore. Vertere vitio, en roman tornare, transitif et intransitif: it. tornare ad onore (tourner à honneur) ; prov. tornar a mal (interpréter mal) PO. 265 ; franc, la chose tourne à mal ; cela vous tourne à déshonneur. Avec tous ces verbes on trouve aussi in employé dans le même sens, voy. plus bas.
6. Dans la construction avec un double accusatif {p. 108) celui qui joue le rôle d'attribut, s'il exprime le but, peut être également muni, dans beaucoup de circonstances, de ad, ainsi: ital. avère uno a 7naestro\ eleg gère uno are \ prov. elegir ad abbat G A.
64 ; nol vol g a senor Boèce 47 ; preza a molher G Ross. 15 ; v.fr. eslire à roi Brut I, p. 254 ; enoindre à rei TCant. p. 55 ; avec une forme de l'accusatif : donrai à mon fil oissour (pour femme) fille de roi FI. Bl. 303 ; fr.mod. prendre qqun à témoin. Ici ad entre en concurrence avec in et pro. Cette construction est fort usitée aussi dans le plus ancien b. latin, par ex. ad episcopo electus Brun. 433 (ann. 715) ; tollere aliquam ad uxorem Leg. Rothar. n. 180; sacratam feminam ad mulierem habeat Pipp. Capit. (ann. 744), comp. le pr. penre a molher, it. sposare a moglie Malesp. cap. 104.
7. Ad rattache V expression du prix au verbe acheter et aux autres verbes analogues : ainsi ital. comprare, vendere, appigionare a caro prezzo, a dieci zecchini ; esp. comprar, vender d veinte reaies (aussi avec en)\ franc, acheter, vendre à vil prix \ donner à un certain prix\ avoir qqch. à bon marché; lat. emere triginta minis. Comp. p. 110.
8. Ad mérite une attention particulière lorsqu'il répond à l'ail, mit ou à l'ablatif latin seul ou accompagné de cum. Il faut distinguer les cas suivants. 1) Ad est placé devant le nom de Y instrument qui sert à accomplir une action, il répond donc
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à l'ablatif instrumental. Ital. batteansi a palme (palmis se pulsabant) Inf. 9, 50; un orto che lavorava a sue mani Dec, 8, 2 ; il troncone ad ambe mani afferra Orl. 14, 45. Esp. las firiestes a cinchas PC. 3277 ; quien d hierro mata, d hierro muere Gramm., de la Acad.\ port, morrer d espada\ atar d mil nés. Prov. destruire a foc e a sanc; batre a bastos ; v. franc, le bâtent à fuz (fust) Roi. p. 144 ; son vis à ses ongles depiece FC. III, 126 ; prist à dous mains TCant. p. 145; à s'espée H out le chief coupé Agol. 453 ; fr.mod. travailler à l'aiguille ; fusil chargé à balle ; bâtir à chaux ; gagner à la pointe de Vépée, à coups de bâton. Le bas latin dit de même ad sana mano revestire Bréq. 348^ (ann. 697); ad suis manibus detenebat Tir. 58» (ann. 872); ad spongiam detergere Vegèce 3, 4, 2. — 2) Avec un substantif abstrait ad exprime la circonstance qui accompagne une action, il répond donc à cum, mais l'expression prépositionnelle peut d'ordinaire être convertie en un adverbe. Voici quelques exemples des nombreuses locutions de ce genre. Ital. fare a fur or e (lat. facere cum furore, furiose), fare una cosa a fatica, ad arte, errare a studio, piagnersi a ragione, ritrarsi a forza, andare a gran rischiOy camminare a passi lenti, gridare ad una voce. Esp. andar d pries a, obrar d maestria, gritar d voces. Prov. jutjar a dreit, vezer apenas, faire ad afan ; v.franç. se partir à duel et à courroux, estre reçu à grant feste, ocire à dolor, crier à haute voiz ; franc. mod. faire qqch. à dessein, à force, condamner à tort. — 3) Il faut mettre à part le cas où un substantif concret muni de ad et accompagné d'un adjectif répond à l'ablatif latin. Ainsi ital. stare a testa china (capite inclinato), pregare a mani giunte, parlare a sangue freddo, a viso aperto. Esp. hablar d boca llena, cabalgar d rienda suelta, dur d manos llenas, d ojos cerrados, huir d espaldas vueltas. Franc, recevoir à bras ouverts, prier à mains jointes. Cette tournure pourrait être généralement aussi remplacée par l'accusatif avec l'article défini : los ojos cerrados, vueltas las espaldas (voy. p. 111). En français la manière d'être d'un objet est mise en relation directe avec cet objet au moyen de ad ; ainsi dans l'ancienne langue : Guillaume au court nez, Berte aux grands pieds, sa dame au cors gent, escu au lion, espée à or, espérons à or ; encore en français moderne : Aurore à la face vermeille, écuelle à oreilles, chandelier à branches. — Cet a roman, qui appa-
raît ici avec un sens si particulier, est-il véritablement le latin ad, ou bien faut-il le regarder comme un autre mot ? Le provençal possède pour cum une particule spéciale, ab, qu'il était facile d'abréger en a et dont le sens conviendrait bien ici ; elle aurait passé aux langues sœurs dans l'acception citée : hattersi a palme reviendrait exactement à hattersi con palme. Telle était déjà l'opinion de Perticari Proposta II, 2, p. 192 et de Raynouard Choix VI, 320. Mais cette explication est aventurée en ce qu'elle suppose l'introduction de la particule ah dans des dialectes qui en possédaient depuis longtemps l'équivalent, savoir cum. En italien, il est vrai, le mot est aussi usuel qu'en provençal, mais avec une autre forme (appo) et un autre sens ; il manque absolument en espagnol. Ce qui inspire encore plus de défiance, c'est le fait que devant les voyelles le provençal applique la forme ad (ad espero avec l'éperon), quand ah eût été tout aussi commode : il distingue donc les deux particules. Il existe même dans la signification des prépositions ad et cum (fr. avec)^ appliquées aux cas dont il a été question, une différence légère, mais cependant sensible, et qui donne quelque poids à l'opinion qui reconnaît dans la première le latin ad. En effet ad semble n'exprimer partout, et là même où il remplit les fonctions d'un ablatif instrumental, que la manière selon laquelle quelque chose se produit. Aussi lorsque l'instrument doit être mis en relief ne peut-on se passer de cum. L'ital. egli lavora a sue 7nani répond proprement à la question : comment s'occupet-il ? mais lavora colle sue mani già stanche fait ressortir l'instrument avec lequel s'effectue le travail ; et ainsi se comporte aussi le franc, travailler à l'aiguille vis-à-vis de travailler avec la même aiguille. Mais le fr. à après des substantifs {Guillaume au court nez) n'est autre chose qu'une forme du prov. ab (comp. la filha ah la g enta faisso) qui est rendue de même dans d'autres circonstances, ainsi dans se hattre à l'ennemi (prov. ah lo guerrier).
9. Enfin il faut aussi à propos de ad citer quelques particules qui indiquent le terme d'une manière encore plus précise : savoir ital. fino a, sino a (sur fino da, sino da voy. de) ou infîno a, insino a, esp. hasta, port, té, até, prov. entro et TRO, duesc'a et tresqu'a, franc, jusqu'à. Exemples. Ital. hattere fin' alla morte (usque ad necem) ; andare infino alla porta. Esp. venir hasta Cadiz, hasta la noche ; port. até 0 fim. Prov. tro lo ser, tro al fon (jusque dans la source) LR. I, 157^, entro a trenta Jfr. 159^ ; duesc'aljorn ; franc.
jusqu'à l'Océan, aussi jusquES au ciel. Ces prépositions expriment aussi le sens adverbial de même : esp. hasta sus enemigos le estimaron (même ses ennemis l'estimaient); franc. il aime jusqu'à ses ennemis ; b.lat. qui tremor usque Hispaniam attigit (qui atteignit même l'Espagne) Gr. Tur. 5, 34 ; usque ad Susam urhem eœpugnavit Esp. sagr. VI, 432 (c. 720).