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CHAPITRE DEUXIEME

Article.

Nous passons maintenant à l'examen d'un élément du discours encore inconnu au latin ; il n'a pas l'air d'accompagner le nom et cependant il lui est parfois si indispensable qu'il en devient presque une partie complémentaire. Ce mot atone, qui ne dit rien par lui-même, l'article, a pour mission de mettre en relief un objet comme individu, soit qu'il s'agisse d'un individu déterminé ou d'un individu indéterminé. Dans le premier cas on se sert du démonstratif ILLE, dans le second du nom de nombre unus. Si l'idée doit rester générale on n'ajoute aucun article. L'introduction de l'article, surtout de l'article défini, a été un avantage pour les jeunes langues. Grâce à ce procédé facile l'objet se

1. Pour un nombre indéterminé plus petit l'italien, ainsi que l'observe Mussafia, se sert de quattro : venite a far quattro passi; ho da dirvi quattro parole; con quattro lagrimette lo sedussn.

présente à l'esprit avec plus de précision et de vivacité, l'expression gagne en chaleur et en réalité ; dans l'ancienne langue ces nuances ne se reconnaissent que par le contexte. D'autre part on ne doit pas se dissimuler que la méthode des langues modernes porte beaucoup de préjudice à la simphcité de l'expression et que certaines élégances de style qu'on peut obtenir par un emploi plus libre ou par la suppression de l'article ne sont pas une compensation suffisante.

En ce qui concerne l'histoire de \ article défini ce qu'on peut dire c'est qu'il a dû se former de bonne heure : à partir du Yt siècle les chartes présentent des exemples suffisamment nombreux de ille employé avec cette valeur. Il serait superflu de réunir une nouvelle collection de ces exemples, car celles qui ont été composées par d'autres savants, surtout par Raynouard {Choix I, 39. 47-49) suffisent parfaitement à établir le fait en question. Aussi dès les plus anciens textes romans voyons-nous l'article en pleine application. Il est vrai qu'on ne le trouve pas dans les Serments, bien qu'il eût pu s'y présenter en deux passages : pro Christian pohlo et si Lodhuvigs sacrament, où l'offre la version allemande {thés folches, then eid). Mais d'une part le style de ce petit texte trahit l'intention de se rapprocher des formes latines, et d'autre part l'article n'avait peutêtre pas encore acquis à cette époque toutes ses prérogatives. Dans le texte le plus rapproché en date on ne peut être surpris de l'absence de l'article tout au plus qu'en deux passages, bel auret corps et sovre pagiens, il est fréquent dans le reste du texte. Il se présente aussi dans le Boèce provençal et dans les textes français qui suivent immédiatement ^

L'histoire de V article indéfini n'est pas aussi claire. Des auteurs latins, surtout de l'époque ancienne, employaient le numéral unus avec une valeur plus ou moins pléonastique comme pronom indéfini dans les cas où le roman ou l'allemand appliquerait sans contredit l'article indéfini ; mais il ne faut peut-être voir là qu'une conception personnelle et non une intention de se conformer à un précepte grammatical obligatoire. Néanmoins c'est dans celte signification afiaiblie de unus que réside le germe de l'article indéfini. Mais ce n'est qu'à une époque tardive et peu

1. Si l'on compare au point de vue de la statistique de l'article l'évangile de saint Marc, ch. 1, v. 1-9, voici le résultat auquel on arrive : tandis qu'en grec il y a 22 exemples, le gothique n'en offre aucun ; le v.h. allemand et le français ont le même chiflpre de 19.

ARTICLE. il

à peu que les nouvelles langues ont dû en sentir la nécessité : à l'origine Fidée dans sa généralité a dû se montrer encore apte à embrasser la notion voisine d'individualité indéterminée, jusqu'à ce qu'enfin la langue sur ce point aussi ait exigé plus de précision. Du moins l'article indéfini est-il rare dans les chartes du moyen âge à côté du défini très-répandu ille ; il faut de la peine pour l'y découvrir, et en général unus peut y être considéré comme un nom de nombre ou un pronom indéfini ; cependant l'usage qui en est fait est déjà bien plus étendu qu'en latin. C'est lorsqu'il suit son substantif que ce petit mot s'éloigne le plus du sens de l'article, comme dans le passage calice^n argentewn, capsulam unam communem de serico Bréq. 20 (an. 475) et dans beaucoup d'autres. Il a plus du caractère de l'article lorsqu'il précède le substantif, comme dans ces passages : cum ad eum unus cuneus hostium adventaret Greg. Tur. 4, 49 ; hàbet ibi ecclesiam majorem et unam capellam Mab. I, 629 (vf siècle); infra ipsa terrula est uno pero, ce qui est tout-à-fait italien, Brun. 479 (an. 730); dédit nohis unam villam Esp. sagr. XL, 354 (an. 745); non convenit uno episcopo dicere etc. Hincm. 0pp. II, 605 (Ampère); se adunarunt ad unum consilium Mur. III, 711 (ix® siècle); collecti in uno concilio Mab. III, 615 (an. 859); cf. DC. s. v. unus. Le sens décidément étranger à toute notion pronominale, comme dans la phrase homo est unum anhnal^ où unum n'a qu'une valeur pléonastique, ne se trouverait guère représenté dans les anciens diplômes. Si l'on considère les plus anciens textes de la langue vulgaire, on trouvera qu'il n'y avait pas place pour cet article dans les Serments ; Eulalie n'en ofire qu'un seul exemple {ad une spede). Parmi les langues romanes actuelles, le valaque est celle qui en restreint le plus l'emploi. Dans les domaines grec et allemand l'article indéfini n'a été introduit de même qu'après le défini. Il se risque déjà dans le Nouveau Testament (Winer, Gramm. % 17, 4), passe de là dans la Yulgate et dans la traduction d'Ulfilas, par ex. xpoasXOwv eTç -^pajApLaTsuç, accessit unus scriha, duatgaggands ains hokareis Matth. 8, 19. Le grec moderne evaç se comporte à peu près comme le roman unuSy mais la poésie, même lorsqu'il est pris dans le sens de tiç, s'en passe beaucoup plus aisément (y.6pY5 ^avOt] lyoùïcn^e.^ « une jeune fille blonde regardait au dehors », voy. Millier Neugriech. Volkslieder I, 4). Le v.h. allemand aussi emploie encore avec réserve l'article indéfini, à peu près comme la romana rustica, autant du moins qu'il nous est possible de nous en rendre compte.

DIEZ tll 2

Voici encore quelques points à relever à propos des deux

articles. 1) Si l'article défini au génitif ou au datif est placé

devant un attribut, l'idée principale précédant, la désignation

casuelle n'est pas répétée : on dit ainsi di Roma la bella (et

non délia hella), à Frédéric le grand (et non au grand). —

2) L'article indéfini, conformément à l'idée qu'il représente, n'a

pas de pluriel. Cependant comme unus en qualité de pronom

peut passer à ce nombre, l'espagnol et le portugais ont pris

l'habitude de lui accorder comme article la même faculté : leo

unos libros {îr.je lis des livres); ha humas pessoas (il y a

des personne s)\ déjà dans le PCid : unos preciosos escanos

V. 1770; toutefois il peut aussi être supprimé. Mais il est surtout

attiré par des mots qui ne sont usités qu'au pluriel, ou qui à ce

nombre désignent un couple d'objets de même nature, comme

unas bodaSy unas letras Alœ. 735, unos zapatos PC. 3097,

unas manos ; v.port. humas esporas, hums zapatos SRos.

II, 269. En vieux français on trouve aussi unes armes, unes

chausses, uns espérons, unes hueses, unes joes (Orelli

p. 41), unes lettres TCant. p. 74, de même prov. unas novas

(une nouvelle) Choix III, 398, unas toalhas Leys II, 92,

unas forças (un gibet) G Ross. Le pluriel latin dans unae

nuptiae, unae litterae ne donne qu'un sens numéral, le m. h.

allemand dans einen zîten, zeinen pfingesten a plutôt une

signification pronominale. — 3) Pour le valaque il faut encore

observer : a) Tandis que toutes les langues sœurs préposent

immédiatement l'article au nom lorsqu'aucun attribut ne vient

s'intercaler, le valaque unit l'article déterminé au nom comme

un suffixe, ce qui donne sans contredit à l'expression une plus

grande brièveté : dinantea usiei casei unui gredinariu =

ital. dinanzi alla "porta délia casa d'un giardiniere. Il n'est

préposé qu'à des noms de personnes masculins, qui d'ailleurs au

nominatif ne sont pas accompagnés de l'article, par ex. nom.

Mihail, dat. lui Mihail, gén. a lui Mihail. Sur l'article cel

voy. plus bas § 18 ; — h) Au lieu du fém. una c'est une forme

plus brève o qui est entrée dans l'usage pour le nominatif et

l'accusatif, de sorte que una est restreint au sens numéral et

pronominal, par ex. ai tu o peane eu tine? Am una (As-tu

une plume avec toi? J'en ai une).

Après ces observations préliminaires nous passons aux détails. La règle simple n'est pas appliquée de la façon la plus rigoureuse. Certaines idées auxquelles l'article ne semble pas convenir le prennent néanmoins; des formules ou des locutions d'origine

ancienne le rejettent. Dans l'ensemble les langues concordent, mais elles se séparent souvent assez nettement dans les détails. La matière dans toute son étendue est difficile à épuiser ; nous ne pouvons accorder ici une place qu'aux principes les plus importants.

1 . L'article n'est dû en réalité qu'à la troisième personne ; la première et la deuxième, la personne de celui qui parle et de celui à qui l'on parle, sont suffisamment désignées par leur énonciation même. Les pronoms ego et tu sont en conséquence immédiatement préposés au substantif et jouent en quelque sorte euxmêmes le rôle de l'article : on dit ainsi it. io infelice, tu anima bella, noi cittadini, voi pastori etc. Mais si le pronom contient l'idée principale et si le nom suivant ne fait que compléter l'idée, on ne peut rien objecter contre l'emploi de l'article : ital. io il signore iddio tuo, esp. yo el rey, fr. moi le seigneur, grec è^w 6 tXy]|jlwv, ail. ich der Heiland. — Les points suivants demandent à être examinés de plus près : 1) En espagnol l'article ou le démonstratif correspondant prend la place du pronojn de la première ou de la deuxième personne sous -entendu par Tesprit, sans que pour cela le verbe passe à la troisième personne. Voici des exemples de cette tournure : como los rey es hahemos de guardar la fe (se. nosotros) SPart. I, p. 74; las très rompamos candados (se. nosotras) ; los que el debdo avedes (vosotros) PC. 716; ea caballeros los que seguisi DQuiœ. I, ch. 18. Si le nom accompagné de l'article est au cas oblique, la personne ne peut être déterminée que par le contexte : un agravio entre los dos disculpa tiene (entre nosotros) Cald. I, 263^ ; quedô de acuerdo entre los dos {nosotros). La même ellipse du pronom personnel se présente pour amho qui cependant exclut l'article : importa mucho à la salud de entrambos (se. nosotros) DQuiœ. 1, c. 15; de même ital. un sol voler è d'ainendue (se. di noi) Inf, 2, 139 ; acceso di furor contr' ambidue (noi) Ger. 4, 56 ; fr. je sais ce quil faut à tous deux (se. à vous) Mol. l'Avare 1, 5; et en lat. ut pro utroque (nostrum) respondeam Cic. Leg. 1, 11 ; ut jam cum utroque (vestrum) loquar Lael. § 10. On ne dirait pas en allemand : um mit heiden (au lieu de euch beiden) zu reden. Il va de soi qu'on peut aussi ajouter le pronom. — 2) Une liberté plus grande consiste à munir de l'article le vocatif, c'est-à-dire la deuxième personne. Gela a lieu surtout : a) Lorsque le vocatif est accompagné du possessif. Ital. caro il mio amico ! caro il mio amatissimo

signor Florindo! En v.esp. partout : la mi mugier tan complida ! PC. 278 ; las mis primas ! 2790 ; la mi aima! Bc. Duel 8 ; ay ojos, los mis ojos ! Rz. 762; madré, la mi madré! Nov. 7. Prov. lo mieus belhs amicœ! Choix III, 23; vos Ihi meu amie! G Ross. 7218; los mieus amans! Choix TV, 136; v.fr. la moie gent ! Roi. p. 100; H nostre deu! 595; la moie ame! FC. II, 181. b) Sans l'adjonction du possessif, surtout dans la poésie populaire. Ital. vaghe le montanine pastorelle, donde venite si leggiadre e belle? Esp. los romeros bien vengays ! SRom. p. 8 ; que hazeys, la blanca nina? ibid. 242; dios te bendiga, la muchacha! Nov. 1 ; rey, el mejor de toda Espana! PC. 3283 ; amad la justicia todos los que juzgais la tierra S. Prov. 127. Prov. ai belh cors, la genser quel mo?i remanh! Choix III, 9; venetz manjar, lipro home del mon! IV, 349 ; v.franç. Iode, la meie aneme, nostre segnor Lib. psalm. 145, 1 ; dans une chanson populaire : bonjour, la belle Claire ! passez votre chemin, la fille! La Font, (formule assez usitée). L'article semble avoir pour mission d'ajouter à l'exclamation ou à l'interpellation de la vivacité et de l'énergie. Ainsi grec r^ r.Tiq h(dç>yj ! (goth. seulement ma^?z urreis !) Luc 8, 54; v.h.all. druhtîn mîn ther guato! Otfr. 3, 7, 1 ; m. h. ail. herre got der guote! gotder riche! sun der mine! On peut de la même manière employer le pronom démonstratif : it. di grazia, quel signor e, da che parte si va'\ (Blanc 288)^ — 3) Lorsqu'on français l'article se trouve placé entre deux titres, comme dans Monsieur le comte, on a là une espèce de composé et l'article ne disparaît pas au vocatif. — Nous savons déjà par le tableau présenté au tome II, p. 49 que le daco-roman unit l'article au vocatif (sur les rapports de l'article avec le possessif, voj. p. 103).

2. n était d'usage en grec de préposer l'article aux noms de personnes, en roman et en allemand l'article n'est pas usité dans cette circonstance. L'italien seul l'emploie devant les nom.s de famille ou de lieu d'origine d'hommes célèbres ou connus (ceux de l'antiquité exceptés), comme aussi souvent devant les prénoms de femmes connues, et dans ce cas il possède encore presque sa valeur démonstrative. On dit l'Allighieri, il Boccaccio, il

1. Bel aussi est en quelque sorte destiné à annoncer par lui-même le vocatif, auquel cas il signifie proprement «cher» ou répond au possessif latin : bel fiz = fili mi LRois 190; bels sires = mi domine 193 ; prov. bel companho Choix III, 313.

iRTICLE. 2\

TassOy il Buonarrotti, il Correggio, VAretino, il Winkelmann, mais non pas il Dante, il Torquato Tasso (car Dante et Torquato sont des noms de baptême), de même la Fiametta, la Griselda; con Giovanni la Cornelia degli Alessandri congiunse Mach.^ Cet usage est suivi par l'espagnol et le français dans les noms italiens quand ils disent el Dante y el Tasso, le Tasse, le Titien. D'anciens auteurs espagnols mettent aussi Farticle devant d'autres noms illustres : el Cambises, el César, el Bruto, la Pantasilea et les écrivains modernes l'emploient surtout devant les noms de femmes d'une classe inférieure : la Montiela, la Camacha, la Canizares ; il a souvent une valeur démonstrative : el Fahio, el D. Juan, port, o Lourenço de Sousa (c.-à-d. le Fabio dont il a été question, le D. Juan bien connu), o Gama, pr. de même lo Lazer Choix IV, 425, la Biatritz d'Est M. 83. A cela répond l'emploi de l'article en gothique pour donner une certaine énergie à l'expression, comme dans sa Baraba, thamma Johannê, sô Mag^ dalênê.

3. Les noms communs qui ne s'appliquent qu'à un seul être acquièrent la valeur de noms propres et rejettent l'article. On a en premier lieu le nom Dieu qui, pris dans le sens de l'être suprême, n'est jamais accompagné de l'article. S'il est vrai, comme l'admet Fernow (SprachL § 356), que la forme secondaire italienne iddio soit une réduction de il dio, et que la présence de l'article soit devenue dans cette expression si insensible qu'il ait pu se maintenir au plur. gli iddii ou au fém. la iddia, nous aurions là une exception curieuse à laquelle ne pourrait pas être comparé le grec mod. h 6£cç, formule dont l'origine remonte à une époque antérieure au christianisme. Mais il y a lieu de supposer ici une abréviation de la locution trèsusitée domeneddio, produite par la chute de domen et le changement de eddio en iddio (comp. iguale de eguale), ou bien, comme l'explique Blanc, on a compris la locution mercè di dio comme si c'était m.ercè d' iddio ^. L'article lui préposé en valaque au mot dumnezeu au datif n'a rien d'étonnant, puisque les noms propres eux-mêmes ne peuvent s'en passer. Le respect

1. Sur la raison qui a fait appliquer l'article aux noms de femmes, voy. Galvani dans VArch. sior. ital. XIV, 359.

2. Emmanuel Bekker a montré dans les dernières pages qu'il ait consacrées à des questions romanes que 17 dans dameldiex ne doit pas être regardé comme un article, mais bien comme une lettre dérivée de n (Monatsberichte der berl Ahad. 1866, p. 331).

commandait de ne pas individualiser au moyen de Tarticle l'être dont on n'avait pas une notion précise; au contraire l'article accompagne partout la conception opposée le diable (5 ^taêoXoç, plus rarement §ia6oXoç dans le Nouv. Test.), bien que l'usage ancien soit encore hésitant : diaule servir dans Eulalie ; ne deàbles nen ont sur deu poested LRs. 111 ; enduremenz de diaule SB.; quide que ço deable seit Trist. II, p. 30; on diables renha LR. I, 448 ; aussi anemis (l'ennemi) sans article NFC. II, 40, au contraire lo diables Boèce 139, li diable LJ, (souvent) . Des individus de nature neutre comme le soleil, la lune, le ciel, la terre, ces dieux de l'ancienne mythologie, ne sont plus susceptibles d'être personnifiés par la suppression de l'article, il en est de même en grec pour -îjA'.oç, aeXYjvr^ oùpavcç, x4 qui dans la langue moderne sont ordinairement accompagnés de l'article, et en gothique pour les mots sunno, mena, himins, airtha, auxquels l'article est toujours appliqué en allemand moderne. Il semble qu'on trouve encore dans l'ancienne poésie romane un reste de sentiment pour une conception personnelle du soleil, surtout quand on se le représente comme agissant. Prov. aranovei luzir soleill GProvr, on soleill lutz P. d'Auv. Ms.', soleilh vai colgar GRoss. 2223; que anc sollels no ipoc intrarJfr. 168^; quan fo soleils levatz GRoss. 4576; sols fo levatz 1313; v.fr. quant soleil esclarist Charl. V. 383. 443 ; solels est resconsés Gar. I, 20 ; kant solaus iert leveiz G Vian. 1272 ; solaus leva Ccy. 1523 ; même dans la langue des chartes si solels del mon era cubertz Coutum. d'Alais 1, 31 ; on trouve aussi, il est vrai, li soleilz, qui est la forme constante du Liv. d. rois. Pour la lune, en dehors des poètes pénétrés de la littérature classique, l'absence de l'article se remarque moins souvent : luna lutz se trouve par ex. dans GRoss. V. 1040. Le jour aussi, en tant que phénomène naturel, s'emploie souvent sans article : canjorn près a esclarsir Jfr, 68^ ; quand jors iert esclaris GVian. 14 ; la nuit aussi sans doute, ainsi même dans Pétrarque : notte 7 carro stellato in giro mena Son. 131 ; v.fr. nuiz est venue SSag. p. 38. Les noms des trois royaumes éternels. Yen fer, le purgatoire et le paradis n'ont pas non plus besoin d'article dans la nouvelle langue ; Dante le leur attribue volontiers. De plus quelques abstraits employés avec un léger sous-entendu de personnalité allégorique se passent généralement de l'article. Pour amor il est inutile de citer des exemples. Natura évite l'article déjà dans les auteurs les plus anciens, comme çuatç dans Anacréon. Pr. cum

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la saup formar natura Choix III, 81 ; aissi parti natura IV, 416; natura-s meravelha 466; v. franc, sis oust nature furmez LRs. 246; nature le forma Brut. II, p. 65; et ce procédé est appliqué partout encore au xvi® siècle. V.ital. in oui natura mise tutta misura PPS. I, 49. Y.esp. aquellos que natura fizo parientes FJ. 68^; port, alli cosas natura quiz esynaltar R. Egl. 5 ; nas feras cuja mente natura fez cruel Lus. 3, 126, mais aussi aquelles que criou A natura sem lei 1, 53. Aussi le mot natura se présente-t-il sans être précédé de l'article à côté d'idées analogues qui en sont munies, comme en ital. quantunque puô natura e' l ciel P. Son. 210; esp. con natura y la virtud Flor. éd. Wolf II, 97. Seule la langue française ne renonce pas à l'article. Un autre mot de cette espèce est fortuna. Ital. veggio fortuna in porto P. Son. 231 ; toile ogni altro hen fortuna Orl. 3, 37. Esp. quando d fortuna place S. Prov. 116; los casos de fortuna Gare. eleg. 1. V. franc, ce jor les mena bien fortune Ruteb. I, 317 ; dans Montaigne avec et sans article. Ces deux mots se présentent-ils dans le sens d'êtres mythologiques l'article leur est de nouveau appliqué : it. io lono la Natura RLat. 25 ; de' hen che son commessi alla Fortuna Inf. 7, 62 ; esp. una ohra quiso la Natura hacer Gare. egl. 2 (p. 53); madré la Fortuna Flor. 255^ ; port, deus ou a Fortuna GVic. III, 382. — Enfin il est d'usage d'employer sans article les noms des jours de la semaine et des mois : ital. il fine di Gennajo ; io verra domenica ; de même en esp., en port, et en français. En valaque duminece signifie « tel dimanche » , duynineca « le dimanche en général ».

4. Les noms géographiques sont soumis à des règles spéciales. 1) En ce qui concerne les noms de pays la règle n'est stricte qu'en français : ces noms reçoivent l'article, à moins qu'ils ne soient originairement noms de villes, ainsi l'Europe^ la France, le Portugal, le Canada, mais Naples, Valence, Venise. S'ils se trouvent dans le rapport du génitif, la règle subit des restrictions. L'article disparaît lorsque le nom de pays est uni au sujet comme marque de distinction, surtout de provenance, comme dans les locutions les laines d'Espagne, le fer de Suède, les vins de France, la noblesse de Hongrie, même Vhistoire de France et dans les titres le roi de Saxe, l'empereur d' Autriche. Au contraire l'article reste quand l'idée principale exprime quelque chose qui tient au pays tout entier, une possession totale du pays : ici le nom de pays est plus indé-

pendant de Tidée principale : les richesses de la Hollande, la fertilité de la Pologne, la liberté de la Suisse, la marine de r Angleterre. Au premier cas répond d'ordinaire en latin un adjectif, au second un substantif : aurum Hispanum signifie rigoureusement de l'or d'Espagne, mais aurum Hispaniae, l'or de l'Espagne, Il est vrai que Técrivain a le droit de choisir entre les deux modes ; comparez les titres d'ouvrages connus : histoire littéraire de la France et histoire littéraire d'Italie. L'article disparaît aussi dans une proposition générale après des prépositions : il est en France ; il vient d'Espagne. — En italien, en espagnol et en portugais la règle est moins précise. La plupart des noms de pays peuvent être employés avec ou sans article, cependant il est devenu indispensable à quelques-uns d'entre eux, d'autres s'en passent absolument. En italien on dit par ex. Vltalia et Italia, mais la Sarde gna, la Sicilia, la Corsica, la Cina, ilMessico, et simplement Cipro, Corfù, Malta, Majorica, Minorica. Esp. la Espana et Espana, mais la Mancha, el Elha, el Chile, la China, el Perû ; en portugais Portugal et Castella entre autres ne se font pas accompagner de l'article. Pour le rapport du génitif on applique à peu près la règle du français et l'on dit ainsi : it. il parlamento d'Inghilterra, V imper at or e d'Austria, i principi délia Germania, le città delV Italia', esp. la sdhana de Holanda, el rey de Prusia, la riqueza de la Inglaterra, et après des prépositions : it. egli mori in Ispagna ; esp. yo vuelvo a Francia. Le daco-roman emploie l'article : nom. Persia, dât. Persiei. — 2) Les noms de villes, à part quelques exceptions peu nombreuses, comme ital. la Mirandola, il Cairo, esp. la Coruna, la Bahana, fr. le Havre, la Rochelle, la Haye, ne prennent pas d'article. Yal. avec article Roma, Londonul. — 3) Les noms de montagnes prennent toujours l'article en italien, excepté chez les poètes : l'Apennino, il Vesuvio, l'Etna ; les noms moitié mythiques Ida, Os sa, Pelione le rejettent, Olimpo, Parnaso pris dans le sens de noms communs se l'adjoignent. Il est usité aussi en espagnol : el Caucaso, el Etna, el Lihano, el Olimpo, el Yesubio. Le français l'exige : F Etna, le Vésuve, le Mont-Cenis. L'article accompagne aussi les noms de lacs, de mers et de rivières ; cette règle n'est pas observée partout avec la même rigueur et moins encore dans le style élevé.

5. Dans les cas suivants les noms propres ne peuvent pas se passer de l'article : 1) Quand ils sont au pluriel : ital. gli

Scipioni, ambo gli Enrichi, esp. los Mendozas, franc, les Corneilles, val. Ciceronii. — 2) Quand ils sont employés avec le sens de noms communs : it. l'Omero di Portogallo, l'Atene d'Italia, esp. la Venus de Medicis, la Galatea de Cervantes^ franc, le Bémosthène du siècle, le Jupiter de Phidias. — 3) Quand un adjectif qualificatif les précède : ital. il divino RaffaelCy ilverodio, l'inclita Borna, esp. el grande Alexandro, la casta Lucrecia, la antigua Tehas, franc, le bon Charles, le vrai dieu, la puissante Rome. Si l'adjectif est placé après, il attire à lui l'article qui n'est là que pour lui : ital. Raffaele il divino, Genova la superba, esp. Aleœandro el grande, Alonso el sabio, prov. Girardet lo ros, Tolosa la gran G A. 142, fr. Charles le bon, Rome la grande, \3il. (avec cel) Vasilie cel mare, Roma cea vechiç. L'adjectif se comporte ici comme une apposition et équivaut à un substantif : Giuliano il crudele est comme Giuliano Vapostata. Dans le style poétique l'article placé devant l'adjectif qui suit peut tomber : ital. Angelica bella, Ercole invitto, Roma santa, esp. Venus divina, Fenix hermosa, la voz de Boris bella, port. Mavorte valeroso. D'autre part il tombe nécessairement : a) devant l'archaïque magnus : ital. Alessandro magno, Costantino m., Carlo m., esp. Aleœandro magno, S. Basilio m., franc, seulement Charlemagne (v.fr. Caries li magnes Roi., Hue le maine Ben. I, 348). b) Devant le nom de la patrie : ital. Pietro Aretino, Paolo Veronese, prov. Arnaut Catalan, Peire Espanhol, franc. Claude Lorrain, esp. généralement Fernande z el Castellano, Juan -Kh Ingles-, grec OouxuBiSyjç 'AÔYjvaîoç (aussi avec l'article), c) Devant les noms de nombre qui servent à distinguer des personnages du même nom : it. Ottone quarto (il quarto Ottone), esp. Bon Fernando tercero, B. Alonso ultimo (mais aussi el tercero, el ultimo), prov. Frédéric terz Choix Y, 113, fr. François second, Louis neuf, val. avec l'article Henric al patrulea (Henricus IV), Josif al doilea (Josephus II). De même aussi ital. libro primo, esp. capitulo primer o, franc, tome quatrième. — 4) Les substantifs qu'on construit avec des noms de personnes se comportent comme des adjectife : ils se font précéder de l'article, ainsi it. il re Alessandro, il duca Alfonso, il conte Orlando, il cardinal Bembo, il signor Federico. L'article s'omet devant les titres ecclésiastiques de frater, soror et l'adjectif sanctus : ital. frate Antonio, santo Arrigo, san Paolo, mais val. suntul Pavel etc.; devant le titre docte de magister : ital.

maestro Lodovico, esp. maese Nicolas^ franc, maître Alain, de même que devant les formes dérivées de dominus : esp. Don Alfonso, Dona Sancha, prov. En Blacatz, Na Maria, v.fr. Dant Noble le lyon, Dant Gérard, fr.mod. Dom Mabillon. Les titres composés avec le possessif, comme fr. monseigneur, monsieur, madame, mademoiselle, it. monsignore, messere (et ser), madama, madamigella ne tolèrent jamais devant eux l'article défini, mais ils ne le suppriment pas lorsqu'un second titre suit : franc, monseigneur le maréchal, madame la duchesse, monsieur Charles, it. madamigella la haronessa, messer Lodovico, ser Brunetto.

6. Les idées génériques prises dans un sens collectif demandent l'article défini comme en grec et avec plus de rigueur qu'en allemand. Ainsi ital. l'uomo è mortale\ esp. el hombre es mort al ; fr. l'homme est mortel ; val. omul este muritoriu ; 6 àv6pa)TOç Ovr^Toç èaiu Ces passages de la Bible : stulti in ipsa die cognoscetur ira ; mulier diligens corona est viro suo sont rendus en italien par : il cruccio dello stolto è conosciuto lo stesso giorno ; la donna di valore è la corona del suo marito ; esp. del loco d la hora se conocerd su ira ; la muger virtuosa corona es de su marido ; franc, l'insensé découvre sa colère ; la femme vigilante est la couronne de son mari (Proverb. 12, 16 ; 12, 4).

7. Les abstymits qui expriment des qualités intellectuelles ou corporelles ou des manières d'être se font également volontiers accompagner de l'article défini. Aussi dit-on : ital. la sapienza è migliore che le perle ; l'odio muove contese ; il sonno è dolce, Esp. mejor es la sabiduria que las piedras predosas; el odio despierta las rencillas. Franc, la sagesse est plus estimable que ce qu'il y a de plus précieux ; le sommeil est l'image de la mort. Val. dreptatea este fundamentul imperetziei (it. la giustizia è il fondamento del regno). L'article défini a charge de représenter ici l'idée abstraite comme quelque chose d'absolu, l'indéfini ne pourrait qu'en signaler un côté, un rapport, comme ital. una giustizia come quella di Salomone. Mais le proverbe, avec la concision qui lui est propre, supprime l'article même devant de semblables abstraits. L'article défini disparaît volontiers lorsque l'idée est personnifiée, surtout chez les anciens; c'est dans le Roman de la Rose qu'on peut le mieux se rendre compte de ce procédé.

8. Les noms de matière se comportent à peu près comme les abstraits. Si la matière est considérée dans son ensemble

on la munit volontiers de l'article défini. Ital. la sua ren-' dita è migliore che l'oro ; se tu lo cerchi corne Vargento. Esp. sus frutos son mejores que el fino oro ; si como d la plata la buscares. Fr. si vous la recherchez coynme l'argent. En ce cas ni le grec, ni l'allemand n'emploient l'article : ihr Ei7ikommen ist besser denn Gold ; so du sie suchst wie Silber ; y.peTcaov ^àp a'JTY)v èiJLTropsùsaSai ^^ /puŒiou xal àp*fupiou GYjaajpoù; ; èàv ^Y)T-^<aY); aOxYjV wç àp^upiov (Prov. 3, 14 ; 2, 4). — L'ancienne langue allemande faisait accompagner de l'article indéfini les noms de matière, lorsqu'il s'agissait d'une partie de la matière : wîz alsam ein snê ; grûen alsam ein gras ; schoene al s ein g oit ; ein wazer iesch (demandait) derjunge man. Cet usage n'est pas inconnu au roman : ital. lo spazzo era una rena Inf. 14, 13; corne un ghiaccio nel petto gli sia messo (un morceau de glace) Orl. 23, 64 ; esp. blanca cuemo un cristal Alœ. 1191 ; un oro colado Cron. rim. éd. F. Michel v. 929 ; cada voz es un veneno Cald. I, 263*; pr. us argens GBoss. 4257, una lia Fer. 4280, unhplom M. I, 185; V. franc, une avainne (un champ d'avoine) G. d'Angl. p. 109, une porre (de la poussière) SSag. 70.

9. Lorsque le substantif, soit abstrait soit concret, s'unit au verbe de façon à n'exprimer avec lui qu'une idée unique, on ne lui adjoint plus d'article. Nous avons des exemples de ce procédé dans une masse inépuisable de locutions, la plupart d'origine ancienne. Ital. par ex. aver compassione, correr pericolo, dar risposta, far onore, far motto, metter cura, por mente, prender moglie, prestar fede, riprender via, sentir famé, tener compagnia. Esp. correr monte, dar fin, hablar palabra, hacer fiesta, meter mano, mudar manera, prestar paciencia. Franc, avoir pitié, courir risque, demander pardon, faire signe, livrer bataille, mettre fin, porter envie, prendre garde, prêter serment, trouver moyen. Val. aveà lipse (habere inopia^n, carere), face prune (filium parère), prinde vorbe (suscipere sermonem), pune nume (imponere nomen) . Le substantif dans ces locutions représente l'idée principale : aussi ces deux parties du discours peuventelles souvent être rendues par un seul verbe qui contient l'idée du substantif : rispondere, parlare au heu de dar risposta, far motto. Dans beaucoup de phrases sanctionnées aussi par un fréquent usage où l'individualité du verbe ressort nettement, on s'épargne l'emploi de l'article qui ne serait qu'une addition inutile. Ces sortes de phrases ont été surtout usitées dans l'an-

cienne langue, par ex. franc, ceindre espée, prendre escu, vuidier arçon ^ vestir robe nueve, renoier crestienté , traiter paix, tolir vie. L'article est supprimé aussi lorsque le substantif dépendant d'une préposition désigne d'une manière générale le moment, la manière et le lieu. Ces locutions, qui ne se rattachent pas nécessairement à un verbe déterminé, sont également nombreuses : ital. andare a caccia^ a cena, in chiesa^ venire dacasa^ sortir e di casa ^ dicorte, levarsi inpiede, venire per tempo, nuotar per mare, vivere in ozio, avère in mano, prestare ad usura, cominciare da capo. De même avec le verbe être : essere a casa, a corte, a palazzo, a teatro, a letto, in campagna, in cielo, in paradiso. Il n'est pas nécessaire d'emprunter des exemples aux autres langues (voy. t. II, p. 429); nous ne citerons que quelques expressions valaques : merge a case [ire domum), vent in minte {venire in mentem), vent pre liime (venire in mundum, nasci), fi in pedûre {esse in silva), fi de fatze, {esse de fade, c.-à-d. esse praesentem). L'allemand dans les locutions de ce genre retient mieux l'article, mais son plus ancien dialecte s'en passait aussi facilement que le roman, cf. in himinam (èv toÏç oùpavoîç), in thiudangardjai (ev ir^ paaiXsfa), in authidai (èv ty^ èp^HJ-^p), in alh {de, xb hç>Q'i), in karkara {de, çuXay/riv).

10. Lorsqu'un substantif s'emploie pour préciser le sens d'un autre substantif, pour en indiquer la matière, le contenu, la destination, en un mot pour en faire connaître les propriétés, on ne lui adjoint pas d'article, et ce procédé a déjà été signalé à propos des noms de pays. L'union des deux noms s'effectue surtout au moyen des prépositions de et ad. Ex. ital. vaso di vetro, hicchiere di vino, dignità di principe, nave a remi, veste a fiori, scala a lumaca, hicchiere da vino, mulino da vento, azione da cavalière; esp. azeite de oliva, haril de harina , navio de carga, molino de viento ; franc, monnaie d'or, verre de vin, verre à vin, magasin à foin ; val. inel de aur, otzet de vin, vas de vin, moare de vunt (on dit plus souvent in vunt). Quand le second substantif exprime d'une manière précise le but du premier, il exige la présence de l'article : ital. cassa délia farina (la boîte destinée à la farine), cassa di farina (une boîte avec de la farine), donna dal latte (la femme qui apporte le lait); franc, bouteille au vin, pot au lait, magasin à la farine, marché aux herbes, poste aux lettres, femme aux cerises. Cette attribution d'un sens plus précis au second substantif a, assurément, quelque chose d'arbitraire, aussi les

diverses langues se contredisent-elles entre elles et avec ellesmêmes : pourquoi par ex. bouteille au vin et verre à vin ?

11. Le substantif qui joue le rôle d'attribut uni aux verbes être^ devenir, paraître, naître, mourir, lorsqu'il désigne le rang social, la nation, la parenté, les qualités morales, rejette l'article indéfini. Ital. io son dio geloso ; figliuol fui d'un beccajo ; egli è capitano ; io sono Tedesco ; egli è diventato pittore ; semhra uomo féroce ; questo mi pare atto vile ; nacque gentiluomo ; mori cristiano. Esp. yo soy soldado ; sodés ardida lanza PC. ; era homhre diligente ; hijo es de un labrador ; soy Espanol ; se ha hecho gentilhombre. Fr. il est roi ; il est fils de son père ; il est père de quatre enfants ; il est devenu grand orateur ; il me paraît honnête homme ; il se montre homme de courage ; il naquit prince et mourut mendiant. On a là des verbes régis par un double nominatif, au nombre desquels on peut compter aussi farsi et mostrarsi ; le nom attribut prend la place d'un adjectif auquel en ce cas on n'appliquerait pas non plus d'article : sembra gentiluomo revient à sembra gentile. Si on individualise le second substantif l'article indéfini reparaît. Ital. questo è un Italiano che conosco. Fr. toujours après le démonstratif c'e^^ : c'est un Français etc. Val. avec ou sans article : Antonie este mare filosof', din neamul este un Sas (di nazione è Sassone), mais aussi Romen de nastere. — Les verbes avec un double accusatif ont la même action que les précédents, même lorsque le second accusatif est rattaché au verbe par une préposition : ital. Io credo galantuomo ; Io fecero re ; Io elessero in papa, ou au passif : fie creduto galantuomo-, fu fatto re^. On trouvera d'autres exemples au chap. 5 à propos de l'accusatif.

12. L'apposition dispense de l'emploi de l'article, qu'elle soit produite par un seul substantif, comme ital. dio padre, esp. tierra madré, prov. Albert marques, ou par un substantif accompagné d'une épithète, comme ital. quegli è Orner o, poeta sovrano Inf. 4 ; Virgilio, dolcissimo padre Pg. 30 ; vide in quel bel seno, opéra di sua man, Vempia ferita Ger. 12,

1. 1] faut observer qu'avec le verbe nommer l'ancienne langue emploie volontiers l'article : ital. che ha nome la pantera PPS. I, 190; esp. â esta llaman la floresta SRom. 63; v.fr. si ot non (nom) H quens Pavien Ruteb. II, 209; il avoit nom le seigneur de Gontay Com. 345; m'apelle on un lévrier \ gr. xaXeÏTai -rà ôvojxa aùxoù ô Xoyoç; (pwvstTÉ [xe ô SiôàcxaXoç N. Test.', m.U.alI. man hiez in der Bâruc ; ich heize ein ritter.

81; esp. Sevilla, ciudad famosa\ su hermano, honradisimo cahallero\ (aquel) duerme, garzon cansado y afligido Gare. egl. 2 ; port, a unica Phénix, virgem piira ; prov. lo reys engles, coms peitavis ; Alazais, molher d'En Barrai ; franc. Goa, colonie portugaise ; cet amour, source de tant de haine ; val. prietenie, repaos vitzii noastre (amicitia, recreatio vitae nostrae) . Cette règle procède en principe de celle qui a été exposée dans le paragraphe précédent, si l'on considère l'apposition comme l'abréviation d'une phrase composée avec le relatif et le verbe substantif : Omero^ poeta sovrano équivaut à Omero che fu poeta sovrano. L'article n'est pas, il est vrai, absolument éliminé, il peut s'employer avec à propos pour mettre en relief le substantif. Il est couramment usité en valaque, par ex. nenorocirea ta, o urmare nebuniilor taie (ital. la disgrazia tua, [un] effetto délie tue stoltezze); religiunea, fiia ceriului (la religione , [la]figlia del cielo).

13. Lorsqu'un régime qui dépend du verbe hahere ou tenere indique une propriété essentielle du sujet et que ce régime reçoit une qualification, il prend l'article défini et l'adjectif est traité comme un attribut. Ital. hanno dura la testa PPS. I, 4 ; gli^occhj ha vermigli e la barba unta ed atra Inf. 6 ; avea l'anima torta Orl. 3, 5 ; un abete ch'alta avea la cima Orl. 4, 14; stanco ho il destrier 2, 39. Esp. tenian los cdbellos de oro (subst. pour adj.) Nov. 5; ténia delicado eljuicio Nov. 11 ; port, a mai hebrea teve Lus. 1, 53; sereno o tempo tens 2, 61 etc. Prov. lo kap te tremblant Bth. 116; tant a lo vis esvanuit 202 ; avial cor dolent 101 ; franc, elle a les cheveux blonds ; il a l'esprit pénétrant ; il a la mémoire sûre. Gela a lieu aussi après d'autres verbes d'une signification analogue à celle de habere, dont plusieurs sont particulièrement employés en espagnol. Ital. lunga la barba portava\ esp. luenga trae la barba PC,\ la galera las vêlas traya de seda S Rom. 244 ; los perros lleva cansados (les chiens qu'il conduit sont fatigués) 259. L'ancien style se passe plus volontiers de l'article que le nouveau : v.fr. bel auret corps, bellezour anima Eulal.\ pr. corps ac bo e pro Bth. 28; v.it. quella ha bionda testa PPS. I, 31. Le grec favorise en ce cas l'article : Toùç ovuxaç \>^^'^à\o\ic, e^wv Theophr. (Winer Gramm. § 17, 2); ïyti Tov TïéXsy.uv è^uxaTov (la hache qu'il a est très-aiguisée); iîstcwpwjjiévYjv £X£T£ TYjv xapâiav u[Aa)v? (goth. daubata habaith hairtô ûtjar? adhuc caecatum habetis cor vestrum^.) Ev. Marc. 8,

17 ; gr.mod. £?/,£ xà jj-axia aav èXaiav (elle avait des yeux comme des olives) MùUer Volksl. II, 50. Le valaque n'exige aucun article, par ex. ea are nas frumos (ella ha il naso forynoso). — Dans le cas où l'on peut rendre le sens de la préposition cum par habere il est aussi généralement d'usage d'employer l'article : ainsi ital. venue con la testa alta {avendo la testa alta); esp. con los brazos abiertos ; grec tJi.£7aXY) tî^ çwvy^ Içrj Ad. Apost, 26, 4.

14. Plusieurs substantifs immédiatement unis les uns aux autres , dont chacun à Tétat isolé exigerait l'article défini , peuvent s'en passer lorsqu'on a en vue l'ensemble des idées qu'ils expriment plutôt que chacune de ces idées isolément. Il est presque superflu de citer des exemples d'un procédé aussi fréquent. Ital. misericordia e giustizia gli sdegna Inf. 3, 50 ; simula e patria e stirpe e setta e nome e sesso Orl. 3, 76 ; amor, senno, valor, pietate e doglia facean un dolce concento P. Son. Esp. enagena de sus ojos muerte, danos, enojos, sangre y guerra Gare. Le français retient mieux l'article : il dit la miséricorde et la vérité ne vous abandonnent point, tandis que l'italien et l'espagnol se contentent de substantifs sans article : benignità e verità non t'abandoneranno ; misericordia y verdad no te desamparen. Val. demi hertie, peane si cerneale (it. dammi carta, penna ed inchiostro)\ avec l'article : sorele, luna, stelele simt trupuri ceresti (il sole, la luna, le stelle sono globi celesti). Deux substantifs peuvent s'attacher l'un à l'autre et devenir ainsi des formules compactes dont l'essence serait détruite par l'adjonction de l'article, par ex. pr. cel e terra, sol e luna, patz e guerra, espada e lansa, foc e sanc, ou avec une allitération qui resserre encore les liens de la formule : brancs e brotz, dolz e dans, fuelha ni flor, frug ni flor, fer ni fust, planca ni pon, pueg ni plan, sens e saber.

15. Dans la phrase négative avec nunquam l'idée sur laquelle porte la négation, lorsqu'elle est prise dans un sens général, peut se passer de l'article indéfini. Voici quelques exemples : ital. timida pastorella mai si presta non volse piede Orl. 1, 11. Esi^. nunqua en tan buen punto cavalgd varon PC. 411 ; ponzonosa fiera nunca fué aborrecida tanto Gare. cane. 5; port, cithara ja mais cantou Victoria Lus. 2, 52. V. franc, oncques cuer n'eut si dure destinée Ch. d'Orl. 131 ; fr.mod. jamais contre un tyran entreprise conçue ne permit d'espérer une si belle issue Corn. Cinn.;

jamais femme ne fut plus digne de pitié. Lorsque la négation s'opère avec non ce procédé se présente le plus souvent dans le cas où une proposition relative se rapporte à l'objet nié. Ainsi ital. non avea membro che tenesse fermo Inf. 6, 24 ; corda non pinse mai da se saetta che si corresse 8, 12 ; se non trova campione che lo faccia mentir e Orl. 4, 58. Esp. vasallo que traspassa mandado de senor nol dehie valer etc. Bc. 8il. 740. Prov. ja amicx non er memhratz qu'anc iratz fos Choix IV, 13. C'est à la suppression de l'article dans la phrase négative que plusieurs substantifs comme persona, res, passus, punctum, gutta, mica (fr. personne^ rien, pas, point, goutte, mie) doivent leur acception abstraite; nous reviendrons sur ce point. Cette expression concise est familière aussi à l'anc. allemand : nie man (niemand) so hôhez lop getruoc ; ez wart nie wîp so hôch ; ezn geschach nie kinde alsâ wê ; gesprach nie wort ; ich ver gaz ir nie tac = Y. franc, jamais j or, oncques Jor ; angl. never man was so enamoured. — Après la préposition sine lorsqu'un infinitif suit et dans d'autres cas où le génie des langues romanes sent une négation complète ou atténuée, comme dans la phrase dépendante du comparatif, dans l'interrogation, dans la proposition conditionnelle, on se passe souvent de l'article indéfini. L'article fait même défaut avec le verbe chercher, lorsque le régime est indéterminé, comme it. cercate fonte più tranquille P. Son. 20 ; port, busca Mouro que por piloto d nao Ihe mande Lus. I, 83.

16. Il n'est pas rare de supprimer l'article lorsqu'il se trouve en contact avec les adverbes de comparaison quomodo et sic et avec leurs synonymes. 1) Après quomodo cette suppression est fréquente, surtout chez les poètes. It. come nocchier PPS. I, 318 ; com' aquila vola Inf. 4, 96 ; come cieco va Pg. 16, 10 ; sono in voi si come studio in ape 18, 58 ; come volgesi schiera 32, 19 ; corae sole farfalla P. Son. 110 ; quai cervo fugge 174. Esp. como sierpe ponzonosa Gare. cane. 5 ; como arco turquesco BQuiœ. I, 15; como liebre 16; port. como dama Lus. 2, 38 ; como menino 43 ; como paciente ovelha 3, 131. Prov. clars com dia\ v. franc, blanche cume flur Roi. p. 107; vermeil come cerise Rom. fr. 9. Mais aussi it. bianco come la neve; esp. hijos como una flor\ port. candida como a bonina. L'article manque de même après des formules adverbiales d'une signification analogue : ital. a guisa di fanciullo ; in forma di candida rosa ; prov. a lei de fin

amador ; v. franc, en guise d'orne fier. — Quand sic ou tam précède un adjectif attributif on supprime avec élégance l'article : it. si perfetto destHero ; si gran dono ; cosi nohil soggetto ; esp. tan estrano cuento; tan grande culpa; port, tâo grande reputaçào ; tainanha vergonha ; v.fr. si lonc sermon SB, 525"; si bêle famé Bert. 68. Fr.mod. avec l'article : un si savant homme, mais dans Marot : si belle créature, et encore dans Malherbe : en si belle prison ; aussi ital. una cosi bella fanciulla\ esp. un ta^nano secreto. On dépouille aussi la plupart du temps les adjectife de comparaison de l'article : ital. simile i^npresa ti conviene; esp. en semejante caso; franc. pareille occasion. Il en est de même pour talis et tantus, voy. plus bas §21.

17. La poésie se débarrasse sans scrupule des deux articles comme d'éléments prosaïques partout où le sens le permet, mais surtout lorsque le substantif est accompagné d'une épithète. Nous ne pouvons citer ici qu'un petit nombre d'exemples. Dante dit : duro giudicio lassû frange In fi. 2, 96 ; tuono accoglie d'infimiti guai 4, 9 ; rinnovello disperato dolor 33, 5 ; secol si rinnuova, torna giustizia e primo tempo umano Pg. 22, 70. Pétrarque : ecco d'un ve?ito occidental dolce confiorto Cz. 2; in nobil sangue vita umile e quêta Son. 179. L'Arioste : perché alto misterio mi fiacesse palese 3, 12. Le Tasse : orrida maestà net fiero aspetto terrore accresce 4,1 \ nel palagio régal sorge antica torre 6, 62. Calderon : con alas de lino vuela alla nave presumieyido todo el mar pequena es fiera I, 90^. Camoens : edificarCio novo reino 1, 1 etc. Chaque page de ces poètes témoigne de la liberté dont jouit le style élevé, surtout en italien, puis en espagnol et en portugais, pour laisser de côté l'article, qui n'a pas même l'avantage de désigner exactement le cas. La poésie populaire, naïve, se comporte dans ce cas comme la poésie artistique. Le substantif tout seul suffit à Tancienne romance espagnole , elle dit par exemple {el) cavallero con vergûenza estas palabras dezia S Rom. 251 ; cabellos de mi cabeza me llegan al corvejon 308. La poésie héroïque française et provençale présente cette particularité qu'elle supprime volontiers l'article devant les noms de peuples au pluriel : Angevi van prumier GRoss.; Breton sont vanteor ; tel plait ont Romain commencié Brut.; dient paien Agol.\ prengent Franceis Charl.\ mélange des deux procédés: Breto e lhi Gasco GRoss. 1885; Frances e lhi Breto 8063; Franc les enchaucent, Mancel et Angevin et li Normant DiEz m 3

Gar. I, 108. Peut-être le sovre pagiens (ÏEuMie doit-il déjà être considéré comme un exemple de ce procédé (voy. plus haut p. 16)*. On le trouve parfois aussi en espagnol : Moros lo reciben PC.\ aforzaron christianos Bc. En outre le vieux français emploie très-souvent sans article l'adjectif belle devant des noms propres : bêle Aude GVian. 42, bêle Yolans, bêle Boette Rom. fr., par conséquent comme l'angl. fair Rosamond. La même suppression se produit çà et là dans tous les dialectes devant des substantifs jouant le rôle d'épithètes : ital. re Cay^lo, re Sacripante Orl.\ esp. rey Alexandre Alœ.; conde Claros SRom,; prov. comsF. GRoss.\ v.franç. rois Ekenbright vov. Havelok, rois Pépins Bert., cuens Tibaus Rom. fr.

18. h' adjectif en s'unissant au substantif n'écarte pas l'article, il peut même l'attirer, comme nous l'avons vu. En valaque dans ce cas l'article défini suit le premier nom, qu'il soit substantif ou adjectif, par ex. ^pomwl dulce ou dulceh pom, fém. penura albe, albsi penure^. L'article indéfini fléchi précède et

1. Est-ce là un trait emprunté à l'ancien allemand? Otfried et le Ludwigslied disent tout aussi facilement sans article Frankon, Northman, Kriachi.

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