‹ Grammaire des langues romanesChapitre 44 sur 141 · Réfléchi. — Ce genre de verbe, après l'extinction du · texte numérisé non relu

Réfléchi. — Ce genre de verbe, après l'extinction du

VOTX DU VERBE. ACTIF. RÉFLÉCHT. -175

passif organique, a acquis une importance extraordinaire. Le latin exprime le sens moyen, soit par le passif ou le déponent, comme dans cruciari, delectari, falti, inclinari, laetari, moveri, pasci, vey^sari, soit par l'actif accompagné du pronom réfléchi, comme dans se ahstinere, se accommodare, se cogère, se continere, se deflectere, se delectare, se praestare. Dans les langues modernes c'est de cette dernière manière qu'il est presque partout rendu. Voici quelques points qui appellent l'attention. 1) Le réfléchi au sens propre est un transitif dont l'action s'exerce sur le sujet lui-même, le pronom est donc à l'accusatif; ainsi ital. dans astenersi, hattersi, gloriarsi, inchinarsi, lodarsi, vedersi, vestirsi. L'addition d'un second accusatif, comme dans credersi hella, rendersi odioso, far si poeta, ne porte pas préjudice à la nature du réfléchi. — 2) Il n'est pas essentiel au réfléchi qu'il exprime une action dirigée par le sujet sur lui-même. Il peut aussi bien exprimer une activité interne qui se produit dans le sujet, ce qui semble avoir lieu par ex. dans it. destarsi, esp. despertarse, pr. se rissidar, fr. s'éveiller ; ital. addormentarsi, esp. adormecerse, prov. s'adormir, franc, s'endormir ; ital. spegnersi, esp. eœtinguirse, fr. s'éteindre. Il y a aussi certains verbes exprimant des sentiments qui prennent la forme réfléchie, et qui, dans certaines acceptions, ne peuvent y renoncer, par ex. ammirarsi, maravigliarsi (plus rarement maravigliare), esp. admirarse, r/iaravillarse , fr. s'étonner ; ital. pentirsi, esp. arrepentirse, fr. se repentir, b.lat. se poenitere Form. Bal. 13 ; ital. vergognarsi, esp. avergonzarse, prov. se vergonhar. En valaque des transitifs employés comme neutres s'adjoignent volontiers se : se certà (certare), se zucà (jocari), se dur à {jurare), se rugà (rogare). — 3) Le réfléchi est dit impropre quand le pronom qui l'accompagne est au datif et l'objet à l'accusatif; en efîet il n'exerce pas ici d'action réflexe : ainsi dans figurarsi, persuadersi , yromettersi una cosa, prendersi la lihertà, vestirsi un abito. — 4) La forme réfléchie est en outre l'expression d'une activité exercée par plusieurs sujets, l'un sur l'autre, par ex. ital. il fratello e la sorella si amano ; esp. el agua y el fuego se destruyen ; fr. ces deux hommes se battaient, se disaient des injures. C'est là le sens réciproque, et comme il peut être confondu avec le sens réfléchi, il est souvent nécessaire de le désigner d'une façon plus précise au moyen de mot» spéciaux ; ces mots sont le plus ordinairement unus alterum : le français se sert aussi de la particule entre

qu'il prépose au verbe : ital. eglino si lodano Vun Valtro ; esp. aquellos se aman uno d otro ; franc, ils s'aident l'un l'autre, ils s' entr' aident ; ils s' entrelouent , ils se louent mutuellement ; val. oamenii se azute unii pre altzii. Au lieu de plusieurs sujets on peut aussi avec quelques verbes, en vertu d'une liberté particulière de la langue, n'en avoir qu'un ; on prépose alors à la personne avec laquelle ce sujet unique est engagé dans une action réciproque la particule cum, qui possède ici son sens propre de communauté, par ex. ital. egli si batte col suo nemico ; prov. conhatutz se sera ah Taulat Jfr. ^^^\ franc, a lui se cumhati Wolf, Lais 335, fr.mod. il s'est battu avec un tel ; esp. yo me veré con él (je me mesurerai avec lui) ; mdtate conmigo (tue-toi avec moi, c.-à-d. tuonsnous réciproquement) Num. 4, 3 (p. 87); yo me abrazé con mi hermano ; prov. s'ieu m' encontre ab sos bailos LR. ; fr. je me suis rencontré avec lui ; ital. io mi sono percosso con lui. Déjà dans le plus ancien b. latin : si dominus cum alio se caedit (se bat avec qqun) L. Burg. 5, 6. — 5) A la 3® personne du singulier et du pluriel le réfléchi peut prendre la place du passif : ital. il libro non si trova {liber non reperitur). Cet usage étant restreint à une seule personne, il sera examiné plus bas au chapitre XL — 6) Souvent des intransitifs ou des transitifs employés avec une valeur intransitive, rarement des transitifs avec leur valeur propre, s'adjoignent arbitrairement un pronom personnel qui renvoie au sujet. Ce pronom alors se met au datif, datif qu'il faut distinguer du dativus ethicus (voy. p. 59) et qui a plus de la nature du dativus commodi. Les verbes qui expriment un mouvement corporel ou un état de repos, favorisent surtout cette construction. Ex.: it. stoltissimo si è estimar giuste tutte le cose (stultissimum est existimare omnia justa esse) ; io mi son un che noto Pg. 24, 52; come ti stavi altéra 6, Q2\ già mi vivea felice Orl. 13, 5; ella si sedea umile P. Cz. 14, 4; che si giace 2,4; tuti rimani Pg. 24, 91 ; il vento si tace ; mi credo ; tu ti pensavi ; del troppo si teme Par. 22, 27 ; non so ch'io mi dica o ch'io mi faccia ; andarsi, venirsi, dormir si, incominciarsi. Esp. yo me era mora S Rom. 284 ; estdte quedo\ quedate conmigo; de m. andarse, irse, salir se, entrarse, huirse, pasarse, tar darse, callarse, morirse, cuidarse, temerse, curarse, saberse, reirse. Prov. s'anar et s'en anar ; s'en issir Choix III, 292 ; se morir V, 23 ; s'oblidar Io dan IV, 63 ; se pensar III, 68 ; se voler Boèce

VOIX DC VERBE. ACTIF, RÉFLE'cHI. in

185, Choix II, 251 ; se cossirar III, 226 ; se cuiar (souvent); se comensar 474 ; se cessar II, 86 ; se taisser {tacere) GO. 61^ ; s'aver dolor Choix lY, 59, s'aver meraveillas III, 68 ; surtout la formule si s' es (ital. se si ê, si cela est) comme dans si s' es foudatz III, 118, si s' es orguelhs 23. Le v. français se comporte presque comme le provençal, mais le français moderne a beaucoup restreint cette construction. Le plus ancien b. latin ne l'emploie pas souvent non plus : quae michi (h)abui Mur. III, 569 (ann. 757); ego ynihi amhulabam Form. Siy^m. 30; perrexit sibi Esp. sagr. XXXVI, p. xxiii ; se taceant, HL, 136, répond au prov. 5e taisson. Ce n'est pas là un pléonasme toutà-fait dénué de sens, il donne à l'expression plus de bonhomie ; il se présente assez fréquemment dans les textes de l'ancien allemand, où l'on trouve les expressions suivantes (que nous traduisons en allem.mod.) : du bist dir, ich weiss mir, sie kamen sicJi, er gieng sich, er sass sich, ich stand mir, ich schlief mir, er sprach sich, ainsi donc tout-à-fait comme en italien. — 6) A l'inverse un nombre important de réfléchis propres peuvent, sans porter atteinte à leur signification, se passer du pronom. Le latin déjà usait de ce procédé avec beaucoup de verbes de cette classe, comme abstinere, deflectere, inclinare, lavare, movere, mutare, vertere pour se abstinere etc. Les verbes romans les plus importants employés sans pronom sont à peu près les suivants. Gollocare : esp. colgar (pendre), pr. colgar (se coucher) : soleilh vai colgar Jfr. 193 ; de même v. franc. estoit allé cidchier TCant. 96 ; fr.mod. coucher dans un lit, mais le soleil se couche. — Derivare : ital. derivare et derivarsi, esp. derivar, fr. dériver. — Inclinare : ital. inchinare, fr. incliner, v-.fr. li enclina TCant. 125, 15 ; aussi DECLIN ARE lat. et rom. ; puis clinare pour se dinar e dans Lucrèce : ital. a quel parlar chino la donna Ger. 4, 70. Synonymes : ital. abbassare, esp. baxar, franc, baisser. — Lavare (se laver) : prov. autra ves lavon Flam. v. 575 ; v.fr. lavé ont Ccy. 234 ; fr.mod. donnez à laver. — Levare (rom. s'élever) : ital. se tu non levi PPS. I, 10 ; leva su ! Dec; levando il sole P. Son. 157; esp. la estrella leva\ prov. leva sus! LR. I, 62^; soleils leva 63^; una aura levet 193"; v.fr. lieve sus! Rq. I, 535; li solel leva Agol. 630; fr.mod. les blés commencent à lever. De même v.fr. tolez de ci (levez-vous d'ici) MFr. I, 302, tolez! Trist. II, 107 (te toi ibid., toi tei 109); esp. alzad del suelo! Gald. I, 80^ (très-usité). — Movere (rom. se lever, sortir) : ital. or muovi! Inf. 2, 67 ; corne mosser gli astor celestiali Pg. 8, 104 ; DiEz m \2

nS PROPOSITION SIMPLE.

v.esp. a mover ha mio Cid PC. 169 ; Almoçore moviô para Castylla Fern. Gonz. 199; prov. de dieu mou tôt saber Choix V, 310 ; chantars no pot guaire valer, si dins del cor no mou lo chans III, 56; v.fr. chançon muet de fine amour Ccy. 366. — Mutare (se changer) : esp. el tiempo muda; prov. lo coms muda e camhia Fer. 428 ; fr. le temps a CHANGÉ. — Partiri: it. esp. port. pr. \ .iv . partir si, partir se, se partir (se séparer, s'éloigner) ; esp. port, fr.mod. dans le même sens pa7^tir sans se. — Resuscitare : ital. risuscitare, esp. resucitar, fr. ressusciter avec ou sans le pronom réfléchi. — ToRNARE : esp. port. prov. tornar, fr. tourner (tourner, se tourner); de même aussi prov. virar Choix V, 283, comp. lat. vertere pour se vertere. — Usar prov. (s'user) : lo mais d'amor franh e us* e briza III, 220; v.fr. fer use Rou V. 67 ; mais en fr.mod. les pierres s'usent. — Yestire pour se vestire se trouve déjà dans Apulée ; et parfois aussi en ital. esp. prov. vestir. De même calceare : ital. calzare pour calzarsi (se chausser), pr. causar (ella vai vestir e causar Jfr. 136^), fr. chausser. — Le style de la poésie supprime souvent le pronom, ainsi ital. adunare pour adunarsi, arricchire pour arricchirsi, dans des poètes du xiii^ siècle tormentare, stancare, dolere, innamorare , meravigliare , voj. PPS. I, 184. 187. 262. 282. 357; en esp. sosegar pour sosegarse, esforzar pour esforzarse ; en franc, calmer, évanouir, plaindre, renfermer, formes qu'emploie par ex. Malherbe au lieu de se calmer etc. D'autres exemples (de l'ancien roman) ont été réunis et expliqués par Tobler, Zum Alexanderlied p. 43. Il peut ainsi arriver qu'un verbe, sous une seule et même forme, soit à la fois transitif, factitif et intransitif, comme Fit. tornare qui signifie tourner, faire tourner (rendre) et se tourner. — 7) Il reste encore à indiquer qu'il existe des verbes exclusivement réfléchis, dont l'emploi primitif s'est tout à fait perdu en dehors de cette forme. Par ex. : ital. accorgersi, addarsi, affarsi, astenersi, avvedersi, diportarsi, impareiitarsi, ingegnarsi, lagnarsi, pentirsi, rammaricarsi, vergognarsi; esp. abstenerse, antojarse, deportarse, desperezarse, portarse, quexarse , regodearse, solazarse; fr. se défier, se gausser, se méfier, se moquer (v.fr. moquer qqun QFA. 184), se repentir, se soucier, se souvenir ; quelques-uns de ces verbes ont déjà été signalés plus haut *.

1. La conjugaison du réfléchi suit, en ce qui concerne la place du pronom par rapport au verbe, les régies qui seront données ta la qua-

Page 1