‹ Grammaire des langues romanesChapitre 48 sur 141 · PASSIF · texte numérisé non relu

PASSIF

1 . On a observé au livre de la flexion que la voix passive est généralement rendue par esse et le participe prétérit, et cette conjugaison a été décrite pour chaque langue. Sum s'applique au présent, eram à l'imparfait, fui au parfait etc. : sono lodato = laudor, era lodato = laudabar, fui lodato = laudatus sum^. Mais il y a à ce sujet quelques observations à présenter.

1. Il n'est pas facile d'établir à quelle époque le passif a disparu

de

1 ) liQ^ participes passifs des transitifs dont l'activité ne se prolonge pas au-delà d'un instant, comme saisir, surprendre, éveiller, vaincre, abandonner, terminer, tuer, ou au moins implique un but momentané à atteindre, comme faire, établir, orner, bâtir, battre, charger, présentent l'action comme accomplie et parfaite, et le temps formé avec sum et ces participes répond au parfait latin également formé avec sum : il nemico è battuto, l'ennemi est battu = hostis victus est ; era battuto, était battu = viçtus erat. Ensuite: io sono abbandonato, sorpreso\ la cosa è tolta via ; il fanciullo è destato ; Vaffare è finit o ; il colpevole è condannato ; la chiesa è pinta ; la casa è fabbricata ; rotta è l'alta colonna. Sur ce point donc le roman n'a rien changé à la méthode latine. Ce n'est que lorsque le verbe exprime une action qu'on ne commence pas avec l'intention de l'achever, comme aimer, haïr, louer, blâmer, admirer, demander, voir, entendre et autres verbes analogues, que le participe uni à esse indique que l'action se passe au moment où l'on parle : egli è amato da tutti, il est aimé de tout le monde = amatur ab omnibus ; et de même è biasimato, lodato, odiato, riverito, temuto, desiderato, veduto.

la langue populaire ; il peut avoir survécu à la perte de la déclinaison. Voici ce qui est certain : le transport de la formule laudatus sum au présent et la disparition du passif sont un seul et même phénomène ; du moins les expressions laudatus sum et laudor n'ont pas pu exister longtemps l'une à côté de l'autre comme synonymes. On lit dans des chartes : quae ibi sunt aspecta = aspiciuntur Bréq. 55 (ann. 558); sicut a nobis praesente tempore est possessum = possidetur 3lib (ann, 690); ut tibi ihus vel luminaria debeant esse iwocuraia = procurari 450b (ann. 726); recta esse videtur = régi Mur. III, 1029 (ann. 857). Je ne doute pas qu'on ne trouve des exemples plus anciens et plus décisifs du passif roman. D'autres chartes, surtout de l'Italie, présentent souvent fieri pour esse, par ex. erogatum fieri debeat = erogari debeat Lup. 530 (ann. 774) ; fièrent datum = dareniuî 646 (ann. 806); res illas, quae rectas fiunt per Peironem = reguniur Mab. II, 689^ (ann. 835); observata fiât religio = observetur Cap, Lud. pii (Georgisch p. 373); qui recta fit per Lioperto = regitur Lup. 686 (ann. 840); non fiât ipsa causa per pugna judicata aut finita L. Long., voy. à ce sujet Pott, Zeitschr. f. vergl. Sprachf. XIII, 83. Probablement qu'en italien ce fieri, dont le futur s'est conservé dans la langue moderne, a concouru à l'origine, de même que l'ail, werden et peut-être par son influence, à la formation de la périphrase; voy. sur la périphrase opérée avec ce même verbe en anc.milanais tome II, 129. — Une autre trace du passif roman se montre dans la tendance, qui est commune déjà aux plus anciens diplômes, à éviter l'emploi des formules laudatus sum pour le parfait et laudatus eram pour le plus-queparfait, et à les remplacer d'ordinaire par laudatus fui, fueram.

VOIX DU VEllBE. PASSIF. 487

Esse dans le premier cas répond à l'ail, sein, dans le second à werden. On pourrait nommer les verbes de la première classe perfectifs, ceux de la seconde imperfectifs. Mais les participes delà première classe, en renonçant à l'idée de temps, prennent, comme déjà en latin [eruditus est, terra ornata est floribus), la valeur de simples adjectifs. Aussi beaucoup de ces participes sont-ils en italien dépouillés de leur forme participiale, comme adorno, carico, desto, privo de adornato, caricato, destatOy privato (voyez t. II, p. 138), et se comportent-ils en fait comme de simples adjectifs : egli è privo di ragione = expers est rationis, non pas ratione privatur, bien qu'ils conservent avec avère le sens transitif : l'ho privo pour l'ho privato. Les participes de la seconde classe ne peuvent pas s'abréger dans cette langue de la même manière. Si l'on veut marquer dans ces premiers participes, qui ont une tendance à devenir adjectifs, l'idée du passé, on a recours au nouveau participe de esse : il nemico è stato hattuto, l'ennemi a été battu, ail. der Feind ist geschlagen worden. Pour rendre l'idée du présent on se sert de l'actif : batton il nemico, on bat l'ennemi, hostis vinciturK En italien et en espagnol venir e peut aussi se présenter comme l'expression du présent (voy. le § suivant). L'anglais, où le participe passé présente ce même caractère d'indécision, possède un moyen particulier pour exprimer le présent du passif, c'est le gérondif: the book is binding est autre chose que the book is bound. — 2) L'impersonnel passif des verbes neutres est rendu en roman par l'actif: itur, vivitur, ital. si va, si vive, fr. on va, on vit. En italien toutefois l'impersonnel est souvent aussi traité comme passif : da tutti fu andato Dec. 1,1, ce que le français ne rendrait pas par il fut allé de tous. — On a déjà observé que le passif à la troisième personne peut aussi être rendu par le réfléchi, et on a indiqué au livre de la flexion (p. 243) que le valaque use de ce procédé pour la première et la seconde personne aussi.

2. Outre esse le roman fait servir à la périphrase, comme pour l'actif, stare , ire, venire et quelques autres verbes.

1. Suivant que l'on considère l'activité comme momentanée ou durable, certains participes tout-à-fait synonymes peuvent être rapportés îi la première ou à la seconde classe. Quelque manifeste que soit l'idée du passé dans il est battu, la locution il est vaincu s'emploie cependant en parlant du présent, par ex. il veut surprendre l'ennemi, mais il est vaincu; qui veut mourir ou vaincre est vaincu rarement Corn., au contraire ital. già vinta delV inferno era la pugna {victa erat, non pas vincebatur).

1) Stare. a côté de l'esp. esta enamorando, qui est actif, se place comme passif esta enamorado avec le sens d'un état transitoire; cette expression est assez usitée dans ce dialecte et en portugais : estdba ocwpado (il venait d'être occupé) ; esteve guardado (il venait d'être gardé); b.lat. dum starent haec intestata Esp. sagr. YIII, 411 ; extitit relaœata, eœtitit décor atus etc. dans Isidorus Pacensis Esp. sagr. YIII. En italien stare s'unit plus volontiers à des participes de signification neutre qui ont plus de la nature de l'adjectif : stava amriialato comme stava infermo. Des verbes étroitement apparentés à stare sont restare et remanere, mais leur sens individuel se fait trop clairement jour pour qu'il soit possible de les regarder comme des verbes auxiliaires, et cependant on pourrait en général les remplacer par esse : ital. io rimasi maravigliato ; esp. QUEDABA enamorado\ queda dicho (il reste dit = il est dit); v.esp. fincaredes remanida (vous serez abandonnée) PC. 281 ; coydô ser vencedor et fincô et vencido Rz. 230 ; destruye el regno e fmca muy rohado Rim. de palacio 518; v.port. fîquey partida CGer.; prov. remarier vencutz (être vaincu). Ce procédé est surtout favorisé par les langues du sudouest; de là l'emploi fréquent de manere dans les chartes espagnoles : notum omnibus manet Esp. sagr. XL, 364 (ann. 760); manet edoctus YIII, 294 (viii° s.); ubi sedes manet constructa XIX, 349 (ann. 915); ubi reconditae manent reliqiae XYI, 435 (ann. 937). On peut comparer ce qui arrive dans le nord du domaine germanique, où bleiben (suéd. blifva, dan. blive) est employé d'une façon analogue, par ex. dan. jcg bliver elsket = lat. amor, jeg blev elsket = amabar. — 2) Ire (andare) avec le participe passif donne plus de couleur à l'expression que l'auxiliaire ordinaire ; c'est au sud qu'il est le plus favorisé. Exemples : ital. anima che di nostra umanitade vestita vai (qui es revêtue) P. Cz. 2, 1 ; cosî va giuocato (c'est ainsi qu'on joue). Esp. la criatura and a guardada Cast. de D. Sancho 96^ ; el caballero andaba cansado, andaba enamorado ; la cosa va vendida (est vendue) ; port, vou m^uito carregada (je suis très-chargé) S. de Mir. II, 79; anda perdido d' amores por ella ibid. 110; tal andava o tumulto levantado Lus. 1, 35; ando aggravado. Avec des verbes employés comme intransitifs, ir ou andar exprime aussi en espagnol le commencement d'un état : ainsi ir perdido, ir desmayado ; port, hir quebrado GYic. II, 473 ; on peut comparer à cet usage l'allemand verloren geJm, zerbrochen gehn,

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