MODE. IMPÉRATIF
veiatz (videatis) et auiatz (audiatis) , mais il n'en est pas de même pour le synonyme de ce dernier verbe : on dit ainsi auiatz (subj.) et entendelz (impér.) Choix III, 205; entendetz e veiatz 312. Les formes françaises ne peuvent pas non plus renier leur dérivation du subjonctif: sois soyez, aie ayez, veuille veuillez, sache sachez (t. II, p. 232). — Sur l'emploi de ce mode il faut faire les remarques suivantes qui reposent surtout sur la distinction entre l'expression positive (jussive) et négative (prohibitive). 1) L'impératif positif est rendu dans toutes les langues par la forme connue de ce mode : ital. cantal cantate î etc., qui est rarement remplacée à la deuxième personne par le subjonctif (dicas, respondeas), à moins que le sens ne soit prohibitif. Au contraire l'emploi de la troisième personne de ce dernier mode est fréquent : ital. venga! esp. detenganle! demne! v.fr. morgent l'un et Vautre de mort! (uterque moriaturf). Cette personne exprime proprement le commandement dans les cas où par politesse on l'emploie à la place de la deuxième personne: ital. entri! (entrez!); esp. diganme senores! La première personne encourage, excite : lat. eamus ! ital. cantiamo! esp. dexemos estas cosas ! prov. tug diguam amen! Le français, qui s'écarte de l'usage des langues sœurs, applique ici la forme de l'indicatif, mais sans l'accompagner du pronom personnel dont elle ne peut se passer ailleurs : cJi^antons ! allons! cherchons! et Eulalie se sert déjà de la forme de l'indicatif dans tuit oram {oremus omnes)\ seuls soyons et ayons concordent avec la flexion du subjonctif; veuillons et sachons sont des formes spéciales ^ Une particularité des langues du sud-ouest est l'emploi de l'infinitif à la place de l'impératif positif, d'ordinaire après une exclamation, par ex. valme senor é curiaryn' deste espada ! PC. 3676 ; zagales levantar de ahi! GYic. 47^; asi que perdon y proseguir ! (ainsi donc pardon et continuez ! ) DQuix. 1 , 24 ; paciencia y escarmentar 1, 23 ; port, a harca ! chegar a ella! GYic. I, 221 ; eia, todos apear ! 243 ; aviai vos e partir ! 245. En vieux français aussi on trouve l'infinitif (avec de) employé dans le
t. Il est remarquable que cet emploi de l'indicatif pour l'impératif ait son pendant en gothique : gïbam signifie nous donnons et donnons. Mais Grimm IV, 82 interprète ce phénomène d'une autre manière : « Il est possible et même croyable qu'à une époque ancienne les formes de l'indicatif visam et visith se distinguassent d'une façon quelconque de celles de l'impératif visam et visith, comme amatis et amate se distinguent en latin. »
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même sens après la particule impérative or (p. 196), par ex. or de bien faire! Aubri, dans Fer. 168^; mais cet infinitif est généralement traité comme un substantif : or del requerre! RCam. 93; or del aler! or del monter! or tost du haster FC. IV, 214, il peut même être remplacé par un mot de ce genre : or, ditzcascus, de guerra! GRoss. 583 ^ — 2) L'impératif prohibitif est rendu par les diverses langues d'une manière assez différente. Mais elles s'accordent pour exprimer la négation au moyen de la particule non (fr. ne), déjà usitée en bas latin au lieu du classique ne, et non sans exemple dans le latin classique, voy. Yossius Vit. serm. 1, 35. a) L'italien n'emploie ici le véritable impératif qu'au pluriel, même quand il s'applique à une seule personne : ani^na mia, non temete ! PPS. I, 9 ; non isperate mai V)eder lo cielo ! Inf. 3, 85 ; amici, non mi fatè questo torto ! Pour le singulier il se sert de l'infinitif dès les temps les plus anciens : bella, non dispregiaremi ! dans CiuUo d'Alcamo Nann. Lett. p. 9; non ti crucciare! Inf. 3, 94 ; non impedir lo suo fatal andare ! ibid. 5, 22 ; di me non pianger tu ! P. Son. 238; à côté de l'impératif positif : levati su donzello e non dormire ! PPS. II, 187; lasciami la divina giustizia mandare ad esecuzione ne ti voler e opporre Dec. 5, 8. Le daco-roman dans le même cas a recours aussi à l'infinitif: nu asteptà! [noli exspectare !) \ nutzi uità! {ne obliviscaris !) . b) En espagnol, portugais et provençal au contraire le subjonctif est appliqué régulièrement dès les plus anciens textes et s'emploie souvent à côté de l'impératif, ainsi habed vuestro derecho, tuerto non querades vos! PC. 3612 ; no hables mas de esa cosa, habla de esta ! port. nâo ouças! nâo tomes! nâo temais! prov. no m'enprezes meinhs! Choix III, 55; no us dulhatz ! QQ\ non oblides GO. 81'' etc. Le sarde se sert de la même expression : non mandighes répond à l'it. non mangiare. Le provençal toute-
1. En raison de l'étymologie de la particule or (du subst. hora) on a considéré cette combinaison avec de comme une construction avec un génitif, et des passages comme ueimais es ora de colgar Jfr. 171^ ou oimais es temps del ir GA. 3684 semblent favorables à cette opinion. Si elle est fondée on doit toutefois reconnaître que le sentiment de cette construction n'était plus vivant : or s'y présente trop clairement comme une simple particule, et même il n'est pas indispensable, puisqu'on trouve pensez del envair Roi. p. lvi, éd. 1837 (aussi or pansez dou déduire Sax. II, 95); e G. lor escrida del evaîr, e K. preguals sens del esbaudir GRoss.