‹ Grammaire des langues romanesChapitre 53 sur 141 · MODE. IMPÉRATIF · texte numérisé non relu

MODE. IMPÉRATIF

fois applique aussi l'infinitif, surtout dans des traductions en prose : non agaitar ver gêna î (virginem ne conspicias !) GO. 7^; non demorm^ ! [ne protrahas!) 16^; non escoltarl {noli audire!) 63^; no manjarl (ne comedas!) 72^; trèsrarement dans des poésies : no m'aucire ! Choix I, 334 ; non coheitar gran sensa ! IV, 456 ; non creire cosselh guereiador! GRoss. 8331; am lo fol no f acompanhar ! LR. I, 541^; 'no ho mudar per negun plai! 551^; dels autres frugs manja, mas non manjar d'aquest P. Corbiac v. 101 ; vaud. nontemer! Choix 11, 85; non atendre! 96. c) Enfin le français se contente de l'impératif, même dans le sens prohibitif: crois ! ne crois pas ! croyez ! ne croyez pas ! Mais en vieux français l'infinitif était assez fréquent : ne te tamer ! {ne timeas!) LRs. 17; ne t'esmaer! Charl. 674; ne commencier! RCam. 42; n'ester pas! FC. II, 78; ne te movoir, iluec

m' atent ne dire a nul ce que tu sez! Trist, I, p. 93 ;

voj. les remarques de Bekker sur le Ferahras 156*. Il faut rappeler à ce propos le procédé correspondant du grec et de l'allemand : ij.y) l^k aixiàaOat toutwv ! (n'en rejette pas la faute sur moi!) Buttm. ; frisch anfangen! weghleihen! stillschweigen ! nichts anruhren ! ainsi donc positif et négatif. — 3) La périphrase opérée au moyen du présent de velle et nolle, comme dans velim existiynes, nolo putes, volo vos scire, n'est pas non plus étrangère au roman. Ital. vo' che sappi {velim scias) Inf. 4, 33 ; vo' che m'insegni 6, 77 ; non vo' che tu favelli 32, 109. Esp. quiero que sepa senor andante DQuix. 1, 12 ; ou v.esp. quierasme ayudar Fern. Gonz. 281 ; prov. voill sapchatz Choix IV, 14 ; voill quem digatz 29 ; franc, je veux bie7i que vous le sachiez. La formule noli putare trouve déjà un pendant dans les textes les plus anciens : ital. non vogliate usar etc. PPS, II, 183. Esp. non quieras errar en cl tu corazon contra Bios Cast. de D. Sancho 89^ ; non querades seguir esta carrera CLuc. 25 ; no me quieras olvidar S Rom, 49 (positif : vos me la querays contar S Rom. 6) ; port, no queirades fazer que vos esté mal D. Din. p. 6. Prov. no vuelas dampnar LR. I, 540^; no vulhas estranhar {nolite peregrinari) 6^0.139*; v.fr. ne vueillez et vueillez ; encore dans Molière ne veuillez point nier les choses {le Méd. malgré lui). Fac avec le subjonctif a aussi persisté : ital. fa ch' io sappia {fac scia7n)\ fa, fa che le ginocchia cali Pg. 2, 28 etc. ; val. fe se intre (fac ut intret). — Sur le futur de commandement voyez ce temps.

4. L'optatif et l'impératif sont souvent renforcés par certaines particules qui font nettement ressortir la signification de ces modes. Les plus importantes sont si, que, or et car. 1) Le conditionnel si sert à l'expression énergique du souhait, comme dans si nunc se ostendat ! it. oh se voi sapeste! o se potessi dormir e! esp. o si pudiese un rato aqui dormirme! oh! si supiera quien es! Gald. I, 8^ ; franc, (imparf. de l'ind.) oh! si je pouvais le voir ! — 2) Que s'emploie avec le présent du subjonctif pour insister, et cela a) avec une valeur d'optatif : ut illum dii perdant ! ital. che dio vi henedica ! che fiamma dal ciel in me scenda! Ger. 4^ 57 ; esp. que dios te guarde de mal! franc, que Dieu veille sur vous! Gomp. gr.mod. 6 Bsbç va caç Swarj y.aXïjv uYsiav! m. h. ail. daz dich schiere got gehoene! daz dez ros unsaelec si! (soit malheureux); ail. mod. ach, dass es nie geschehen wdre ! b) Avec une valeur d'impératif. Que en ce cas est devenu tout-à-fait indispensable au français pour la troisième personne, tandis que l'ancienne langue se contentait du verbe tout seul : qu'il entre! quil le fasse! qu'il parte tout à l'heure! A ce que répond le valaque se qu'on prépose à toutes les personnes : se ne intornem! (revertamur !) se intrem ! (intremus !) se nu mergi ! (noli migrare!). — 3) La particule temporelle or (ara), qui a ici une force intensive comme l'ail, doch, accompagne quelquefois en italien, en provençal et en français l'optatif ou l'impératif proprement dit. a) Or avec l'optatif : ital. or foss' io morto! (que ne suis-je mort!) P. Sest. 7; ch'or avess' eo tanto! FFS. I, 283; prov. ara m'alberc dieus! Choix Y, 339; ar semblés ironda! PO. 9; ar agues ieu mil marcœ de fin argen! Choix y, 350; v. franc, or les vosist (voulût) empirier! pleust or à dieu! b) Avec l'impératif: ital. or m'ajutate! Inf. 2; or ti fa lieta! Pg. 6, 36 ; prov. aram digatz! Choix lY, 9; ara, dis el, er faitz de plan! Jfr. 67''; or m'escoltatz! GRoss. 1994 ; v. franc, ore te tais! LRs. 164 ; bêle, or ne plourez noient! Berte 70, encore aujourd'hui dans le langage familier : or dites-nous etc. De là les interjections ital. orsû! fr. or çà! — 4) Le v. français car semble un peu plus expressif que or. a) Avec l'optatif (conditionnel) : ha, kar fusl mis sires od le prophète! (utinam fuisset dominus meus ad prophetam !) LRs. 361 ; car vos eust H lox mengiez! FC. II, 144 ; car eussiez moi et lui assemblé! Agol. 1293 ; car la tenise en France! Charl. ^21. Z?) Avec l'impératif : car t'i acorde! G Vian. 3347; kar le m'enseinez! Charl.

19; car cheviauchèsî Gar, I, 59; ceste bataille car la laisses ester! Roi. p. 119; de vos 7îovelles et car nus en contés! Og. I, p. 195; car retornons! G Vian. 1482; car H aluns aider! Roi. p. 52; quer ine creaz! GRoss. Mich. p. 359. Le provençal ne présente ce mot que dans quelques poèmes et l'a peut-être emprunté au français : quar me créât z ! GRoss. 6674 ; quar senher vostre nom si lo camgatz ! 6678 ; quar portatz est carho! 6753 ; quar me digatz! 6894*.

Les nouvelles langues s'écartent beaucoup de la langue mère dans l'emploi de ce mode. L'infinitif a conservé en général ses anciennes prérogatives, mais les fonctions nouvelles qu'il a enle-

1. Sur la manière dont car (du lat. quare) a été rendu propre à accompagner l'optatif et l'impératif on peut avoir différentes opinions. Si l'on se tient au sens actuel (= nam), on pourrait admettre que cette particule était destinée à donner une certaine énergie au souhait et l'on pourrait invoquer l'exemple de uti-nam. Mais nam, comme le gr. yàp ou lall. denn, accompagne bien l'interrogation, mais non le souhait, qui dans uti-nam est indiqué par uti et non par nam. — Si, laissant de côté la signification nam, on revient à celle de quare, il serait alors possible de rattacher le mot français à Ja signification conclu sive du latin, qui répond à peu près à ei-go, voyez la remarque de Donat sur Térence Andr. 4, 2 : ergo semper addimus, vt hortemur tarde quid facientes. Mais en ce cas non plus le sens ne satisfait pas: car indique une prière, ergo un ordre. — 11 reste encore le sens interrogatif de quare, qui se retrouve en provençal ; en ajoutant à ce mot non on peut exprimer un souhait : quar no ves? (pourquoi ne viens-tu pas?). Mais ce quar no, en raison du changement de l'interrogation en une exclamation, aurait perdu la négation qui n'avait plus ici de raison d'être, ainsi que cela a dû se passer pour le m. h. ail. wan (pourquoi) de wande ne : wan waer ich tôt! = prov. quar fos ieu mortz! — Mais à côté de car un certain nombre de textes emploient aussi cor, auquel s'ajoute encore parfois or. Ex. : cor fussiens or andouz ansamble! Dolop. p. 371; cor m'eust or son lit presteit! Wack. p. 32; cor le jetés MFr. I, 536; cor Vapelez! FC. I, 214; dame et cor souffres ! FI. Bl. 1053. La plupart des éditeurs, et Bekker avec eux, écrivent c'or (c.-à-d. que or), de sorte qu'à l'optatif or que nous connaissons déjà on aurait encore préposé que. Cette opinion semble juste, du moins le changement de car en cor, admis par Wackernagel {Allfr. Lieder p. 145), ne trouve aucun appui dans les lois phoniques du français, et l'adverbe car avec le sens causal ne se présente jamais sous la forme cor. 11 semble qu'on doit aussi séparer de cette expression le prov. quora, roum. cur {= qua hora) qui ne s'apphque qu'au temps : coia la veirai! quand la verrai-je? Or si cor est pour que or, car aussi pourrait être pour que ar (Raynouard écrit quelquefois qu'ar dans le GRoss.); mais ar n'est pas une forme française.

vées à d'autres modes sont si importantes que la signification syntactique de ce mode s'est étendue dans une forte proportion ; ce n'est qu'en valaque qu'il est tant soit peu restreint par ce qu'on nomme dans cette langue le* supin (voy. t. II, p. 243). Le roman concorde ici sur bien des points avec l'allemand, mais il l'emporte sur cette langue par l'emploi plus libre qu'il fait de l'infinitif. Ainsi l'esp. ^or no haber visto ne peut être littéralement rendu en allemand qu'après sa décomposition en porque no hahia visto, weil er nicht gesehen halte. Et il en est de même pour des phrases comme lo mostraron con proveerles magnificamente ; d no haber venido estos amigos ; sin quedar herido el cdballero ; el querer cohrar la honra perdida ; si no sucediera venir el duque. L'espagnol à la vérité surpasse sur ce point ses langues sœurs elles-mêmes. Le grec moderne a, à son détriment, complètement abandonné l'infinitif, en sorte que la phrase simple de l'italien esser ou l'esser paver 0 non è onta doit être rendue par la phrase composée Sèv sTvai èvTpOTUY], va eTvai Ttvàç 'K'zlùiôç « il n'y a pas de honte à ce que quelqu'un soit pauvre ». Cette même périphrase de l'infinitif par un mode fini est admise aussi par le daco-roman, ainsi amicul mieu nu va ce face schimbul, lit ter. « mon ami ne veut pas qu'il change = ne veut pas changer », ou nu poate ce fie un lue ru ca acesta « il ne se peut pas que qqch. comme cela soit = qqch. comme cela ne peut pas être ». Les faits les plus importants qui concernent ce mode, en dehors de l'emploi passif signalé plus haut, sont les suivants.

1 . En latin l'infinitif s'emploie comme substantif neutre au moins au nominatif et à l'accusatif, et en ce cas il se fait accompagner de certains pronoms : illud peccare, hoc ridere, vivere ipsum, meum intelligere (Schneider II, 368) ^ Le grec l'emploie il est vrai à tous les cas, mais seulement au singulier. L'allemand moderne ne l'applique au pluriel que rarement. Le roman va plus loin que toutes ces langues, car ici ce mode en qualité de substantif, muni de l'article ou d'un autre mot déterminatif, est susceptible d'être employé à tous les cas et, bien que sa nature abstraite s'y oppose, même au pluriel. On dit it. il mio parère y un parlare élégante, roco raormorar \ esp. mi parecer, un callar ; pr. lo partir s, un belh plorar. En français cet usage n'est admis que pour les infinitifs qu'on considère

1. « Infinitivo Lucretius saepe utitur pro casu recto substantivi, ex. gr. divitiae grandes homini sunt vivere parce. » Lachm. in Lucreiium.

expressément comme des substantifs, comme le lever, le pouvoir, mais non pas le mentir, le parler, le tomber, le tromper, le vendre, un prier qu'on trouve en v. français et çà et là encore au xvi® siècle. Exemples d'infinitifs qui s'emploient aussi au pluriel : ital. il baciare (le baiser), dire, piacere, solere, vivere ; plur. i baciari, diri, piaceri, soleri, viveri (vivres), chez les poètes aussi i soffriri Pg. 19, 76, i dipartiri P. Son. 250 etc.; esp. el corner, dar, decir, haber, tomar; plur. los comeres, dares, decires, haberes, tomares ; prov. lo chantars, cuidars, estars, poders, volers ; plur. li chantar, cuidar, poder, voler ; franc, le baiser, être, loisir, plaisir (ancien infinitif pour plaire), pouvoir, vivre, v.fr. boivre (boisson Trist. Hag. 273^); plur. les baisers, êtres, loisirs, plaisirs, pouvoirs, vivres, boivres MFr. II, 91. En valaque tout infinitif semble, ordinairement avec le sens des noms allemands en ung, pouvoir s'employer comme substantif. En ce cas l'infinitif renonce à l'apocope de la finale re, à laquelle il est soumis dans son acception verbale, et se présente sous sa forme complète. Exemples : adaogere augmentation, aussi supplément, certare dispute, querelle, cruzare épargne, économie, cedeare chute, cantare chant (comme it. cantare), cuventare discours, aussi raison, fire (fieri) essence, existence, nature, gustare nourriture, petit repas, lesnire soulagement, légèreté, 'mentuire salut, contentement. Mais ces substantifs verbaux se distinguent des mots de ce genre propres à toutes les langues romanes en ce qu'ils sont du genre féminin avec la flexion plurielle en i : urmare, urmari, avec l'article : urmarea, urmarii. Le b. latin aussi traite ce mode comme un nom déclinable à tous les cas, par ex. de adframire L.Sal. ; pro velle Bréq. 79^ (ann. 584) ; qui eis donavit ipsum vivere vel regnare, où ipse, selon l'usage traditionnel, représente l'article, 81^ (ann. 584) ; da vadia de probare et tu da vadia de placito Form. ital. n. 24 ; outre velle les verbes esse et posse se prêtent surtout à cet emploi. Les Serments ont in quant deus savir et podir me dunat, ce que la traduction allemande rend par gewizci indi mahd. Les verbes réfléchis conservent en italien, en espagnol et en portugais leur pronom : il pentirsi, el desmayarse, mais le français dit le repentir, le souvenir. — Au point de vue de la syntaxe voici ce qu'il faut surtout remarquer : 1) De l'infinitif pris substantivement peut dépendre un nom au génitif, nom qui peut être actif ou bien passif, objectif. Exemples du premier cas : ital. lo spuntar

del sole (quando spunta il sole)\ il tornar délia mente \ il tremolar délia 7narina ; al cader d'una pianta. Esp. al salir del dia ; al romper del alha. Prov. al entrar del estor ; Vencontrar dels brans. Exemples du second cas : ital. il trapassar del rio ; ad ogni muover d'anca. Esp. el perder de lo ganado ; al entrar de la eiudad. Prov. lavars dels pels GO. 290 ; lo tener de la man Choix II, 202 ; Vamars d'aquest segle LR. I, 399 ; lo pregar d'autra\ per heure de vi. Ici encore le français est dépassé par les autres langues, il ne tolère pas de tournures telles que le tomber de cet arbre, le mouvoir du pied, le perdre du gagné. — 2) L'infinitif nominal peut en outre continuer à exercer sa force transitive sur le nom, du moins dans la plupart des dialectes ce procédé ne présente aucune difficulté. Par ex. ital. lo scender questa roccia Inf. 7, 6 ; al passar questa valle P. Cz. 16, 7 ; gli costa caro questo difj'amare altrui. Esp. un secreto desearos CGen. 332; el huir la ocasion BQuiœ. 1, 34; el comunicar los maies Cald. I, 265* ; el reprender d otros ; Cain fuè mal castigado en non temer d Bios Cast. de D. Sancho 226* ; port, fazo mal sen en vos amar Trov. p. 23. Cat. façam axi del pendre la ciutat Descl. p. 598^. Prov. als colps dar = al dar los colps B. Chrest. fr. 124, 12; al fugir folors M. 671, 4. Y. franc, au doner le don Rut. I, 67 ; au passer la porte II, 36; à un tertre monter (au moment de monter) PDuch. 159; au prendre le congié FI. Bl. 1168. Dans Montaigne il se penoient du tenir le chasteau Monn. Chrest. I, 133 ; le paistre Verbe est salutaire au jeune cheval ibid. De même gr. to èTriaToXYjv Ypa?£iv ; m. h. ail. (rarement il est vrai) ein grûezen die vrouwen (un salut adressé aux dames) ; cette construction est impossible en allemand moderne comme en français moderne. L'accusatif est plus précis que le génitif : dans la locution il trapassar del fiume on pourrait aussi concevoir le fleuve comme actif, comme franchissant ses rives, il trapassar il fiume écarte toute équivoque. Avec le parfait de l'infinitif le nom dépend directement du participe , mais l'expression substantivale reste la même : l'età del dovere avère avuto marito Bec. 4, 1 ; el hdber hallado compania Nov. 2. — 3) Des adverbes aussi peuvent accompagner cet infinitif : ainsi ital. il ben giudicare, il conoscer chiaramenie, V andar piano\ esp. el bien morir\ prov. son vestir vilmen (son costume misérable) Choix IV, 333 ; gr. to y.ax,wç ^éyeiv, to >taXôç GvYjaxetv ; franc, non pas l'aller

doucement, le tien juger, mais sans article ; au contraire le V. franc, disait bien son sagemant parler, son largemant douer Brut II, 84. — 4) Cet infinitif a souvent sous sa dépendance d'autres mots avec lesquels il prend dans la phrase la place d'un seul substantif : ital. il dire di non aver avuto tempo nongli giova; esp. el sobresalto del estar en duda de conocerle etc.

2. L'infinitif a en outre acquis la faculté de s'unir avec une autre partie du discours au moyen d'une préposition et de remplacer alors d'une manière générale le gérondif latin, ou ce qu'on nomme le participe futur passif. C'est là Yinfinitif prépositionnel qui se comporte envers l'infinitif pur comme le cas accompagné d'une préposition vis-à-vis du nominatif et de l'accusatif, et qui se distingue de l'infinitif pris substantivement surtout parce qu'il possède partout essentiellement la force verbale de l'infinitif pur. Nous reviendrons sur ce trait important. La littérature latine ne présente aucun exemple d'une construction prépositionnelle : même le précédent du grec, qui a suggéré au latin plus d'une liberté dans l'emploi de l'infinitif, est resté ici sans influence*. Les plus anciens textes romans, comme le Boèce, usent de cette construction, bien qu'avec une certaine restriction ; les Serments et Eulalie n'ofîrent aucun passage où elle aurait pu se présenter. Mais elle a dû se développer dès le début du moyen âge : c'est en vain que les scribes les plus inhabiles s'efibrcent d'éviter un idiotisme aussi évident, l'histoire de la langue peut en recueillir dès les premiers siècles un nombre suffisant d'exemples. En voici de diverses époques : licet uni-

cuique de rébus suis tum ad sancta loca seu parentum.

meliorare Form. Mdb. 36, s'il est certain qu'on doive construire licet ad meliorare, comp. v. franc, loist à faire ; per manus nostras recipimus vel ad recipere habemus Bréq. 433* (ann. 721); ad abitare aut lavorare Brun. 543 (ann. 752, autog.); quod dédit ad pastinare 584 (ann. 765); quam ad reddere etc. Mab. Bipl. p. 499 (ann. 775); obtineat me ad habere Form. M. app. 33 ; firmavimus et confratribus nostris ad firmare rogavimus, voy. BibL de l Ecole des

1. Vossius toutefois remarque [ArisL 7, 50) : « nec ignotum antiquis jungere praepositionem infinitivo, si Lucretius sic locutus : ad sedare sitim (ubi vulgo etiam in optimis membranis nostris at sedare) fluvii fontesque vocabant, quomodo apud Macrobium is locus legitur, lib- 6. Sat. c. 1.»

chartes II, p. 78 (ann. 780); hanc paginaw. Artuino notmHo a scrivere tolli = tolsi a scrivere Tir. 28*^ (vers 780, apogr.); a scrivere tolli 33^ (ann. 800); conque stum vel ad conquirere Marc. 802 (ann. 878) ; quae mihi pertinet ad obère Tir. Çi%^ (ann. 890, autogr.); cepit ad vendere Esp. sagr. XXXYI, p. xx (ann. 1015); pro aqua prendere p. XL (ann. 1039) ; qui pro emere fuissent p. lxxii (ann. 1085); pro separare conjugium For m. ital. 19 ; potestatem de quatuor viis amhulare ibid. app. Souvent l'infinitif est remplacé par le gérondif, ainsi que nous l'avons observé plus haut pour l'infinitif passif : pro vina et melle emendum Bréq. 132 (ann. 629); tradimus ad proprium per habendum HL. I, 31. 76 (ann. 804. 842). — Il n'est pas croyable que le roman ait emprunté cet usage à l'allemand. Cette construction s'est bien plutôt introduite d'elle-même, en raison de la tendance connue des nouvelles langues à se débarrasser d'une manière quelconque des expressions grammaticales, comme ici du supin et du futur du participe, qu'elles pouvaient remplacer par d'autres mots. Le valaque la connaît aussi, et précisément pour cette langue il ne peut être question d'une influence de la syntaxe allemande. Le slave l'ignore.

3. Le portugais présente un trait particulier qui se trouve déjà dans les textes les plus anciens. Il accorde à l'infinitif, pour désigner des rapports personnels , une flexion tout-à-fait verbale (t. II, p. 171), mais, comme le prouvent les prépositions dont on le fait précéder, ce mode ne devient pas pour cela un véritable temps. Toutefois, cet infinitif ne s'emploie que dans le cas oià il est possible de l'échanger contre un mode fini , où par conséquent il peut se dégager du rapport de dépendance qui le rattache au verbe principal. Il est indifîerent que cet infinitif ait son sujet propre ou non. Exemples où le sujet n'appartient qu'à l'infinitif : tempo he de partir es (c.-à-d. tempo he que tu parlas, tempus est hinc te àbire)\ deos te desembarace a juizo para te remediares (para que te remédies) ; basta sermos dominantes (que somos d.) ; nao me espanto f attardes tdo ousadamente (de que f allais)', vio nascerem duas fontes (que nasciào). Exemples où le sujet est commun aux deux verbes : nao has vergonha de ganhares tua vida tào torpemente (de que ganhas) ; todos sdo alegres por terem paz (porque tem) ; este nao podeis achar sem me matardes (sem que me matais). Cet infinitif fléchi s'unit aussi, comme l'infinitif non fléchi, au pronom personnel, en tant que

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sujet ou régime, ainsi dans les passages : nào he necessario pedires me tu isso (que tu me peças isso) ; vimos as ursas banharem-se Lus. 5, 15. Si cette condition fait défaut, si l'infinitif dépend par exemple d'auxiliaires du mode, il ne se conjugue pas : pudestes ouvir, sahes dar, queres crer, de m. parecem vencer, vereis vir, pretendem, vingar-se. On supprime parfois la flexion, lorsque la clarté de la phrase n'en souffre pas, p. ex. deves huscar outro modo para vos mays descanssar (pour descanssar des) CGer. II, 270 ; parfois on l'ajoute arbitrairement : de morrermos desejando {desejando 7norrer) I, 293 ; nam curées de mays chorardes ibid. 289 et le contraire nam cures de te queixar R. Egl. 3^

4. L'infinitif, lorsqu'il n'est pas employé comme substantif, s'appuie toujours sur un autre mot. U infinitif indépendant n'est toléré que dans le discours passionné, par exemple lorsqu'on donne un ordre rapide, qu'on appelle au secours, ainsi que nous l'avons vu plus haut en parlant de l'impératif. Il faut de plus observer : 1) Cet infinitif peut s'employer avec une exclamation ou une interrogation. Ital. io dir bugie ! ma io perché venirvi o chi 7 concède? Inf. 2, 31. Esp. senor de tan ait a suerte padecer tal ! JEnz. 14a ; yy-me yo con él? DQuix. 1,4; yo dispertar de dormir en lecho tan eœcelente^ Cald. I, 10*. Pr. estar ses joy a deshonor! Choix III, 168. Franc, trahir vos intérêts et la cause publique! Corn. Cinn.\ de quel front soutenir ce fâcheux entretien'? Rac. Brit. ; la tragédie en fait un usage très-fréquent. Ces phrases expriment une surprise mêlée de contrariété, elles négligent la grammaire pour arriver plus vite au but. Il va de soi que d'autres langues aussi adoptent cette tournure. Le grec par ex. dit es xauia Bpaaai ! (que tu puisses faire de telles choses!), le latin (dans les comiques) tantam esse in animo inscitiam, ! hanccine mulierem alere ! haeccine fieri! hinc abire ma^ trem? minime. AUem. (avec ou sans la préposition) dergleichen zu behaupten! was nun anfangen? — 2) L'infinitif

1. Le galicien aussi conjugue ce mode; voici un exemple ancien : para sairen e entraren Esp. sagr. XLI, 351 (charte de 1207). L'espagnol littéraire ne possède pas cet infinitif, nous ne saurions dire s'il est connu de certains patois. Gil Vicente se trompe, lorsqu'il dit en espagnol par ex. teneis gran razon de llorardes vuestro mal II, 71. Gamoëns dans ses drames ne commet jamais cette méprise. Mais cet infinitif se trouve déjà chez certains poètes du Cancioneiro gérai qui s'efforcent d'écrire en espagnol, voy. Gessner, Bas Altleonesische p. 26.

historique du latin n'a pas trouvé d'application dans les langues filles ; le français seul connaît un procédé analogue. Pour indiquer le début rapide d'une action on se sert parfois dans cette langue de l'infinitif accompagné de de au lieu du parfait, par ex. il s'en alla passer sur le bord d'un étang, grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes, grenouilles de rentrer dans leurs grottes profondes! La Font. Fahl. 2, 14. Ce procédé ne s'explique certainement pas par une ellipse : le de préposé semble avoir sa source précisément dans cette tendance de la langue à échanger l'infinitif pur contre l'infinitif prépositionnel. En V. français les exemples de cet usage ne doivent pas être nombreux. Blanc, 496, en a signalé quelques-uns avec un a préposé dans la littérature italienne moderne, par ex. quindi finalmente a moderarsi i timori e Vire guelfe de' reggitori di Firenze (pour coraminciarono a moderarsi).

Il nous reste encore à traiter en détail de l'infinitif pur, de l'infinitif prépositionnel et de l'infinitif accompagné d'un sujet. Il semble raisonnable de commencer par établir des règles applicables à toutes les langues romanes et de passer ensuite à l'examen des divergences propres à chacune d'elles : il résulte de là que la théorie de l'infinitif pur contient aussi des constructions prépositionnelles.

1. Lorsque l'infinitif est rattaché à un nom par l'intermédiaire du verbe être, comme dans vivre est difficile ; fuir le vice est une vertu, il est évidemment sujet et se passe de toute préposition. Mais si l'on insiste sur le nom qui alors, dans la construction ordinaire, est placé en tête, l'infinitif doit être regardé comme un attribut, comme un mot plus dépendant : il est beau de mourir pour la patrie. Néanmoins dans cette circonstance l'infinitif pur s'emploie souvent dans le domaine roman, seulement ce temps a été altéré en français par la présence de l'impersonnel il dont cette langue ne peut se passer : en efiet dans il est beau la place du sujet et de l'attribut est occupée grammaticalement, et l'infinitif doit s'unir au nom, comme un membre déterminatif, par l'intermédiaire de la particule de. Exemples. 1) Avec le verbe être et des adjectifs : difficile est tacere ; laudari jucundum est. Ital. licito m'è andare ; è necessario cominciarlo ; non è giusto aver ciô ch'uom si toglie Inf. 13, 105 ; è buon pensar di bel sog-

giorno Pg. 7, 45; è qui ricercargli intempestivo P. Son. 232. Esp. es necesario ir a casa ; es bueno huyr de las ocasiones ; no era posible detenerlos ; es util pasear ; no le sera forzoso rogar. Prov. viure ra*es greu ; non era bon comensar negun gran faich Choiœ V, 89 ; bel m'es de far chanson plazen lîl, 443. Franc, il est agréable, aisé, bon, dangey^euœ, difficile, doux, honteux, nécessaire, utile de le faire; mais il fait beau voir. Val. par ex. è usor a traduce (facile de traduire). A ces locutions se rattache aussi l'emploi de esse avec des pronoms : lat. vim hoc est afferre ; ital. questo è far violenza ad un uomo ; esp. esto fué poner fuego d la colera ; franc, c'est faire violence. — 2) Avec le verbe être et des substantifs : vitium fugere virtus est. Ital. non gli fu onore ferir me di saetta P. Son. 2 ; quanta gloria ii fia dir Cz. 6, 7 ; piii non fè uopo aprirmil tuo talento Inf. 2, 81 ; de même aussi non fa mestiere ricordar quella cosa. Esp. es error darle d él la carta ; séria temeridad poner se en camino ; es costumbre mostrar su riqueza ; es menester morir ; v.esp. era uebos buscar Bc. Mill. 339 ; port, he vaidade ter lembrança do perdido ; he fraqueza entre ovelhas ser leào Lus. 1, 68. V'QQis . peccat es port ar lauzengas GO. 183^; veiaire es amiescrieure \.h^\ obs m'es A faire ChoixYy 25; me sembla pesanza viure 61. En franc, on dit force m'est de 7ne taire ; il n'est pas besoin de le 7'épéter ; mais si la phrase commence par c'est l'infinitif est d'ordinaire muni de que de au lieu du simple de : cette expression était déjà connue de l'ancienne langue : c'est un songe que d'y penser Ch. d'Orl. 48 ; c'est une merveille que de vous voir ; c'est une belle chose que de garder le secret ; il verra ce que c'est que de n'obéir pas. — Dans les deux cas l'infinitif peut être accompagné de l'article, c'est-à-dire se présenter avec évidence comme substantif : ainsi ital. l'avermi priva fu picciol maie Ger. 4,72; esp. 7io es cosa fdcil el conocer à los hombres ; v.fr. li combatres à Karle ser oit folois Sax. I, 104. L'allemand se passe presque aussi difficilement de la préposition que le français; le v.h. allemand déjà dit lang ist iz zi sagenne ; imo ist ernest ze tuonne ; mais le gothique se contente de l'infinitif pur (Grimm IV, 109. 102).

2. A cet usage participent ensuite les impersonnels simples qui se fo^t généralement suivre de l'infinitif pur. Ital. basta saperlo ; bisogna farlo ; qui si convien lasciar ogni sospetto Inf. 3, 14 ; che giova nelle fat a dar di cozzo ? 9, 97 ; non Vincresca restar qui ; tornar gli lece ; non occorre andarvi ;

mi parea lor veder fender U fianchi Inf. 33, 36 ; a voi non place mirar si hasso P. Son. 19 ; mi preme riirovarlo ; mi sovviene averlo veduto ; valse esser costante. On trouve souvent di : mi diletta di pianger Pg. 14, 124 ; di rimembrar mi giova e dole P. Son. 123; mi semhra d' averlo Ger. 7, 43 ; parmi d'udirla P. Son. 143 ; parendo a lei d' esser sicura Orl. 1, 36 ; piacque di mosirarmi Inf. 34, 17; spiaccia d'ascoltarme Orl. 13, 81; mipreme di favellargli\ di saper ti cal Inf. 19, 67 ; avec quelques verbes on emploie aussi a : a me tocca a hère ; rimane a dire ; vale a dire (cela veut dire); mi resta a fare. Esp. hasta decirlo ; hahlar no me cale (arch.) ; conviene hacerlo ; os cumple saher ; d vos esta hacerlo (c'est à vous de) ; no hay dudar en eso ; importa hahlarle ; pareceme rogarle ; d èl toca disponer ; mas vale callar. Aussi avec des prépositions : me cale de facer CLuc.\ me cumple de facer ibid.; conviene d saher\ me duele de oir ; olviddbaseme de decir ; me pesaria de verle ; placeme de decir os etc. Pr. nom besogna dir GProv. 18 ; far m' aven chanso ; no'l cal tondre ni raire ; no vos quai dezesperar\ no letz aver GO. 206; mi plai suffrir ; vos tanh a far ; coven généralement avec a : me cove a nadar Choix IV, 44. III, 468. Y, 8 ; aussi aven a membrar III, 159. Le français ne choisit l'infinitif pur que dans un petit nombre de cas : il me semble le voir ; il faut venir ; il vaut mieux s'accommoder que de plaider (le second verbe exige de) ; dans les autres on se sert de de : il m' arrive de songer à cela ; il ne vous convient pas de parler ; il lui fâche de me quitter ; il lui importe de le faire ; il plût à dieu de l'affliger ; il vous sied bien de réformer les autres ; il me souvient d'avoir lu ; il suffit de vous dire ; il ïne tarde d'y être ; m^ii^ il reste K prouver . Le v. français se comporte comme le provençal, ainsi : ne vos chaut desmaier GVian. 417 ; mius nous vient la terre guerpir (il vaut mieux que) Brut I, p. 294 ; H covient mustrer TCant. 100 ; moi i covent aler Charl. V. 71 ; aler vus en estoet Roi. p. 10; les estuverat mûrir 49 ; lut au vant baloier (licuit) Sax. I, 111 ; H loist A reperier FC. III, 348. — Parère, simulare (pour videri) employés comme verbes personnels se font également accompagner de l'infinitif pur : ital. eglino pajon esser leggieri ; sembra maravigliarsi ; esp. parece haberle sucedj^o algun desastre ; pr. non par aver razo ; fr . il paraît être content ; la vie semble fuir.

3. Infinitif pur avec les auxiliaires du mode vouloir, devoir.

pouvoir (et savoir), oser et avoir coutume : it. voler e, dovere, potere, sapere, osare, solere; esp. querer, deher, poder, saber, osar, soler ; fr. vouloir, devoir, pouvoir, savoir, oser, anc. querre, souloir; en valaque au moins vreà, puteà, sti, cutezà (oser), mais ces verbes admettent aussi la construction, citée p. 199, avec le mode défini, par ex. el voieste ca se petreace (il veut qu'il apporte = il veut apporter) ; poate vreun um se stie toate ? (quelqu'un peut-il qu'il sache tout = quelqu'un peut-il tout savoir?); comme gr.mod. OéXw va tov owaw 10 Ypa[xjj-a (je veux que je lui donne la lettre = je veux lui donner la lettre). L'étroite relation de sens qui existe entre ces verbes et l'infinitif n'a pas permis à une préposition de s'insérer entre deux. On dit néanmoins it. oso di fare, port, ouso de cuidar GVic; ouso a ver Lus. 5, 86. En espagnol deher attire volontiers la préposition de, lorsque ce verbe exprime une présomption : dehe de estar perdida (est probablement perdue) ; mais il s'en passe aussi : debiera acordarme (j'aurais dû me rappeler); port, deves de ir Lus. I, 80; deve de fazer CGer. III, 616. Un vieux poète portugais construit même ce verbe avec a : devo a morrer, a temer Trov. n. 52. 56 ^ A ces verbes se rattachent encore quelques synonymes qui tolèrent généralement après eux l'infinitif pur. Dignari, synonyme de velle, prend toujours l'infinitif pur : ainsi ital. ella degnô mirarmi ; esp. dena enviarme ; prov. denhetz perdonar ; v.fr. de gnet prêter dans Eulalie; fr.mod. daignez ordonner; lat. dignatv^ est loqui. Amare, dont le sens est également

1. La signification de ces mots auxiliaires, aussi bien que celle des formes modales elles-mêmes, a quelque chose d'hésitant. L'ital. dovere par ex. exprime aussi bien la possibilité, il est parfois intraduisible : per dover gli muovere una quistione (pour pouvoir lui attirer une querelle) Dec; che cosa deve esser mai questo? (qu'est-ce que cela peut être?); la indusse a doversene seco andare (à aller avec lui); il pregà, che gli dovesse piacere (qu'il lui plût). En b. latin ce verbe est souvent employé pour indiquer une possibilité subjective, par ex. eum invitât, ut deberet accipere (qu'il voulût accepter) Gr. Tur. 3, 9 ; deprecans ut eum debeam recipere 5, 50 ; non est credibile, ut pater filiam contra rationem cuiquam homini dare debeat Luitpr. Leg. 2, 6 ; unde me redimere debeam Form. Bal. min. Le v.franç. povoir sert souvent à l'expression du vouloir ou de la tendance : moll me puis merveillier ; Raoul apele que il pot molt amer RCam. 23; très-souvent dieus puist Vaidier! fr.mod. puisse le juste ciel dignement te payer! Hac; aussi esp. pueda el cielo prolongar vuestra vida! prov. fuecs las puesca cremar ! (puisse le feu les consumer î ) Choix IV, 44.

apparenté à celui de velle (faire qqch. volontiers), se construit de différentes manières : ital. donne innamof^ate amano averne e seni e tempie fornate Orl. 1, 42 ; aussi io amo di udirti parlare\ esp. amô acer servicio Bc. Mil. 462; no âmes condenar S. Prov. 146 ; prov. lo coms ama far so que deus en grat prenda Choix V, 59 ; amava sofrir III, 400, comp. 273, IV, 94; franc, /aimerais savoir, mais aussi aimer à jouer {aimer mieux avec l'infinitif pur) ; lat. amo hibere, gr. çtXw Œi^av, goth. frijo bidjan. Yalere, synonyme dieposse: ital. se vaglio servirla; lat. valeo avertere. Ardire ital., ATREVERSE esp., synonymes de os are, suivent les deux constructions : ardisco venire, di far motto, a parlare ; me atrevo hacer et d hacer\ pr. enardisc d'enviar. En portugais au lieu de l'arch. soler on emploie costumar, par ex. ella costuma mentir (costumo de rezar GVic. II, 497); en frànç. souloir, encore usité au xvf siècle, a été remplacé par avoir COUTUME, par ex. de faire qqch. etc. Usare, autre synonyme de solere, veut l'infinitif avec de: ital. usava di fare qc.\ esp. usaba de venir .

4. Avec les verbes faire et laisser : ital. fo vedere, lascio venire ; esp. hago saber, dexo ver ; pr. fauc entrar, laissi faire ; franc, je fais peindre, je laisse prendre. F acer e avec l'infinitif ne répond pas exactement à jubere, ce verbe désigne l'effet immédiat d'une action, de même qu'en latin aussi : m.e cerner e fecisti = it. mi facesti vedere. Déjà les écrivains du plus ancien moyen âge emploient extrêmement souvent facere dans ce sens, mais ils l'accompagnent, suivant la règle, de l'accusatif avec l'infinitif; les plus anciennes chartes se servent soit de cette dernière construction, soit de la construction romane, par ex. quam restaurare fecimus = ital. la quale facemmo ristorare Bréq. 345^ (ann. 696). L'emploi de laxare pour sinere est fort ancien ; ce verbe s'unissait à l'origine au gérondif : sibi caesariem ad crescendum laxare Gr. Tur. 2, 41. Il faut encore noter comme exemples très-anciens ceux qui se trouvent dans Eulalie : voldrent la faire diaule servir et nos laist venir. Un synonyme de facere est le verbe MANDAR fort usité en espagnol et en portugais : mandaba traer una cosa ; manda prender ' el ladron ; mandava chegar d terra as naos ; puis le v. franc, rover : li roveret tolir lo chief (lui fit couper la tête) aussi dans Eulalie. D'autres synonymes de lasciare sont esp. dar, prov. donar, fr. donner^ ils se construisent aussi avec l'infinitif pur : dios al

hombre diô hàbitar la tierra ; dieus nom do viure lonjamen Choix III, 219 ; vus duinst cu7nencer Charl. 529 ; dieu luy donna user sa vie Mar. III, 263.

5. Avec les verbes voir, entendre et sentir. Ital. lo vedo venire, l'udiva cantare, sentiva parlare, mi sento morire. Esp. avec ver, mirar, oir, sentir. Prov. vezer, auzir, sentir; avec auzir aussi dans le sens de « apprendre » : non auzim pueis l'emperador creisser (non audivimus postea imperatorem crevisse) Choix IV, 106. Fr. voir, ouïr, entendre, sentir (et je sens refroidir ce bouillant mouvement Corn. Cinn.)\ v.fr. aussi avec choisir (il choisi venir Agol. 420). Un verbe d'une signification analogue, trouver, se construit également avec l'infinitif pur : ital. il trovô desinare Lee. 1, 6; egli trovô la giovane stare nascosa 2, 7; prov. toz SOS fidels seder trovet Pass. du Christ 30 ; fr. elle se ti^ouva être Française ; m.h.allem. ich vant sie slâfen, vant sic lachen. Yoy. au Gérondif.

6. Avec la plupart des verbes qui expriment un sentiment, surtout avec ceux qui ont le sens de penser, croire, espérer, craindre, appréhender, désirer. Mais il faut observer ici que l'infinitif pur n'accompagne ces verbes que lorsque la phrase ne contient pas plus à! un sujet (logique). Spero me venturum esse peut être rendu en italien par spero venire, en français par j'espère venir ; mais spe7^o te venturum esse ne peut pas l'être par spero venirti, j'espère te venir. Le roman credo errare répond donc au gr. oToixa'. àp^apiaveiv, mais non plus au lat. credo me errasse. L'italien est la langue qui procède sur ce point le plus librement. Des verbes comme ceux qui suivent peuvent se faire accompagner de l'infinitif pur ou de l'infinitif muni de la particule di : pensare, credere, stimare, giudicare, avoisare, immaginare , fingere, supporre, sperare, aspettare, temere, curare, procurare , studiare, disegnare, intendere, desiderare, bramare. L'espagnol construit d'ordinaire avec l'infinitif pur pensar, créer, estimar, juzgar, imaginar, fingir, esperar, confiar, temer, rezelar, cuidar, procurar, entender, desear, intentar, codiciar, pretender, trazar et d'autres analogues. Le portugais se comporte de même. La grammaire française prescrit rigoureusement la construction avec l'infinitif pur pour les verbes penser, croire, s'imaginer, compter, prétendre, espérer, désirer, souhaiter, apercevoir, considérer, observer, regarder, et la construction avec l'infinitif précédé de de pour

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méditer, craindre, redouter, appréhender, soupçonner, feindre, regretter, plaindre, haïr etc. ; désirer et souhaiter prennent part aux deux constructions, songer veut la particule à, penser peut la prendre. Pour plus de détails il faut consulter la grammaire française, qui reconnaît beaucoup de nuances délicates entre l'emploi de l'infinitif pur et prépositionnel. Mais le V. français et le provençal jouissaient presque de la même liberté que l'italien. Le valaque emploie de a, par ex. après sperà et teame. Plusieurs verbes qui expriment le sens de dire prennent également l'infinitif pur (voy. plus bas à l'Infinitif avec de § 2). 7. Avec aller et venir : esp. va besar, vamos ver, te vinieron adorar, déjà dans les plus anciens textes; port, irpassear, va cahir, vem ver ; prov. se van gitar, anet servir, venc menar ; fr. allez lui dire, je viens vous faire mes adieux. L'italien emploie a : vado a vedere, vengo a farlo, et cette construction n'est point inconnue aux autres langues (la phrase de Dante venite a noi parlar Inf. 5, 81 est une transposition de venite a parlar [a] noi). Val., avec le supin : me duc la dormit (eo cuhitum). Le parfait de esse, en tant qu'il est pris dans le sens de « aller » (le lat. fui s'employait aussi pour ivi ou veni)y est encore traité de la même manière : esp. fué ferir; fuestes entender = entendisteis Rhn. de pal. 690 ; franc. j'ai été le voir ; il fut jusques à Rome implorer le Sénat Corn. Souvent aller est détourné de son sens propre et s'emploie, surtout en français, pour indiquer le commencement d'une action : je vais sortir [exiturus sum, je suis sur le point de sortir), j'allais sortir {exiturus eram) etc. En espagnol et en portugais ce verbe forme presque pléonasme dans ir morir JEnz. 12^ ; vào chamar CGer. II, 509 ; fop ordenar 79^ ; ital. va a leggere (il se met, il commence à lire). — La même construction est appliquée dans d'autres langues : lat. it viser e, venit speculari à côté de la formule plus usitée it visum, venit speculatum ; dans la Vulgate, qui copie le texte original : vade reconciliare, exiit seminare, missus sum evangelizare, gr. ^vj S' lévai; ^XOov lâstv ce, goth. iddjêdun gamotjan, qvam skaidan ; allem. er geht schlafen. — D'autres verbes encore qui expriment un mouvement se construisent dans les dialectes romans avec l'infinitif pur, par ex. prov. se corregon armar (coururent s'armer) G A. 1752 ; cochem vezer (se hâtaient de regarder) GO. 65^; mena dbeurar 113^; tramezon prezicar G A. 41; franc, il courut m' embrasser ; il envoya chercher. Ici aussi l'infinitif est susceptible de prendre le sens

MODE. INFINITIF PUR. 2i\

passif : esp. estaba condenado ahorcar (ser ahorcado) Nov. 5; prov. sel c'om porta hatejar [esser hatejatz) M. 941 ; fr. on le mène pendre ; comp. plus haut p. 190.

8. Avec des particules interrogatives et des pronoms relatifs l'infinitif peut aussi remplacer le mode fini : ce procédé est inconnu au latin. 1) Avec des particules interrogatives, surtout après le verbe savoir: ital. non so che fare [nescio quid agam)\ non so corne dire {quomodo dicam)\ non so dove andare (quo eam)\ non sapeva ove ricoverarmi, a chi attenermi; per vedere che si fare e dove andarsi Dec. 9, 1. Esp. no se adonde andar ; sin saber que hacerse ; no sabia como consolay^se ; de même en portugais et en provençal. Franc, je ne sais quel parti prendre ; il ne sait que faire ni que dire. — 2) Avec des pronoms relatifs ^ surtout a) après le verbe avoir : ital. non ho che dire [non habeo quod dicam) ; non ebbi che scrivere ; non hanno donde vivere. Esp. no he que hacer ; no tengo con quien hablar ] no hay que tener temor (non est quod metum habeas)\ bien tengo que non as porque me falescer Fern. Gonz. 397 ; port, he muito que temer ; nào tem que fazer. Prov. non ha que manjar ; pro y aura que dir ; no han plus on gandir; franc, je n'ai que faire de lui] y.ît. ni ai plus que targer. Val. n'am ce face (ital. non ho che fare). b) Après d'autres verbes : ital. egli impara donde dur cominciamento aile suo indaghii. Esp. le daba que pensar ; procuremos donde alojar esta noche ; buscaba que comer ; sacô con que limpiarse ; queda que dudar. Prov. troba que lauzar ; laissa que plorar ; franc, il trouva à qui parler ; la terre fournit de quoi nourrir ses habitants. Dans ces phrases le relatif est complexif, il se rattache immédiatement à la particule interrogative, mais il peut aussi se rapporter à un objet déterminé. C'est ce qui a souvent lieu en espagnol : teneis dineros que gastar ; buscais mentiras que decir ; dios me concéda estos dones con que vivir en paz ; comp. prov. ja que no y fos motz en cui esmendar B. Zorgi Mal aia ms. — L'infinitif dépend d'un verbe fini et entre les deux vient se placer, suivant que la construction est interrogative ou relative, le pronom ou l'adverbe : non so che fare par ex. ne se distingue que par l'ordre des mots de non so fare questa cosa. Il ne peut donc pas être question ici de l'ellipse d'un verbe à un mode fini dont dépendrait l'infinitif ^ Cette construction se présente

1. Mais une ellipse tout à fait populaire est celle de l'infinitif lui-

2f2 PROPOSITION SIMPLE.

de très-bonne heure en b.latin : non habent quid respondere Augustin. Hymn. adv. Don.; non habent per quos regnare ibid. ; quid agere, quid facere nesciebat Gr. Tur. 4, 34 (un ms. donne agerei, faceret) ; habueritis quod opponere Form. M. 1, 29 ; non inveni per quo me convertere Mur. V, 1007 (ann. 754) ; nullatenus habuit quod dicere nec opponere Form. Bal. n. 6 ; non habeant que dare Lup. 646 (ann. 806); non habebam unde implere illo SRos. I, 341^ (ann. 943) ; non habuit ille unde pariare Esp. sagr. XXXyi, p. XXXIX i( ann. 1032); substitution du gérondif à l'infinitif : non habebat unde componendum ibid. p. xxiii (ann. 1016). Voyez des exemples de constructions semblables avec l'infinitif tirés des lois lombardes dans Pott, Zeitschr. f. vergl. Sprachf. XIII, 98, comp. aussi le mémoire de ce savant intitulé Doppelung p. 260 ss. L'infinitif pur après des particules interrogatives est appliqué aussi par l'ancien allemand : er enwiste waz tuon, wie gebâren, war entrinnen, mais à peine par l'allemand moderne.

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