‹ Grammaire des langues romanesChapitre 6 sur 141 · Un nombre cardinal qui retire une partie à un nombre · texte numérisé non relu

Un nombre cardinal qui retire une partie à un nombre

énoncé ou sous-entendu est généralement pourvu de l'article défini. Ital. délie sette volte le sei Dec. 3, 1 ; le due parti asevuole tenere e'iterzo è délia gente PPS. I, 16. Esp. très colpes le avie dado, los dos le fallen è cl uno ha tomado PC. 768 ; seis cristianos, los quatro para el remo y dos muchachos Nov. 2. Prov. dos regismes ten e per l'un non es pros Choix IV, QQ ; de cinc ducatz los très ibid. Y, 94 ; V. franc, de ses sept rois li ont ocis les dous AgoL, voy. Fer. p. 184^; quatre manières del mal d'idropisie, des dous puet l'um guarir, des dous altres ne mie TCant. p. 170 ; des sénateurs sui l'un TFr. 533 ; franç.mod. des trois les deux sont morts Corn. Hor.\ Numa est l'un des sept rois de Rome. Des langues étrangères qui possèdent l'article se conforment à cet usage. Gr. twv xévxs xàç Buo [xoipaç véi;.ovTat Thuc. 1, 10 ; grec mod. àirb xà léaaapa à-KiBia èTTYJpav to êva David Gramm. gr. mod.\ aùioç xà léaaapa l^ça^e, Twv Sub Çwyîv yji.^'(C,zi MùUer Volksl. I, 106 ; m.h.all. driu dinc, diu zwei sint ère und varnde guot, daz dritte ist gotes hulde Walth. p. 8. On traduirait en allemand les exemples grecs par : von den vier Birnen nahmen sic eine ; mer davon todteté er, den beiden andern schenkte er das Leben. On trouve de même en m. h. allemand déjà sans l'article siben sper, der verstach er driu und ich viemu Ulrich v. L. p. 74.

21. Qu'arrive-t-il à l'article lorsqu'il se rencontre avec un pronom'? Celui-ci le supprime-t-il, ou peuvent-ils tous deux subsister l'un à côté de l'autre? Tout dépend de la nature, de la forme et de la place du pronom ; on ne peut pas s'attendre à ce que tous les dialectes procèdent de la même manière. 1) Le possessif ïièiRii autrefois nullement gêné par l'article, qui, plus tard, dut céder dans quelques dialectes; voy. pour plus de détails le chapitre suivant. — 2) Le démonstratif ne s'accommode avec l'article qu'en valaque, et seulement lorsqu'un nom précède : on dit ou bien acest om ou bien omul acesta, comme gr. 6 àv/;p outoç, mais non pas acest omul, comme gr. ouioç ô àv/jp. — 3) L'article est nécessaire au relatif qualis, et dans cet emploi il rappelle immédiatement le démonstratif (ille qui); l'it. che et l'esp. que le prennent aussi, sous certaines conditions, ce dont il sera question dans la proposition relative. Qualis comme intey^rogatif ne l'appelle qu'en français et seulement lorsqu'il se rapporte à plusieurs objets déjà nommés, autrement non : lequel aimezvous mieux de ces deux tableaux-là^ v. franc, a ses clers prist conseil, H quels dirreit sa cause TCant. p. 41 ; or me dites, li quel ce est ; rarement en prov. comme la quai tenriatz per meillor d'una domna etc. Choix IV, 30 ; comp. val. carele dintru acestia (lequel parmi ceux-ci?). L'article a ici sa valeur déterminative et distinctive et ne se comporte pas tout-à-fait comme le gr. 6 toÎcç. — 4) Quant au pronom indéfini, l'article indéfini n'ajouterait rien à sa signification et le défini la détruirait. Cependant il peut se présenter des cas où on l'admet, soit pour établir une distinction de sens, soit comme véritable pléonasme, a) Alter s'emploie en italien avec l'article indéfini, et aussi, avec élégance, sans cet article : un' altra volta, altra volta ; non trovo altro rimedio ; lorsque alter est pris substantivement il s'adjoint l'article : un altro (uomo), un' altra {donna) ; les formes altri et altrui s'en passent. Il est plus rigoureusement exclu en espagnol et en portugais où l'on ne dit que otro caballo, otro nombre, outro dia, 0 reino que outro pede. Prov., dans Boèce 127 altre (se. hom), mais un' autra (se. domna) LR. I, 497. Fr. avec l'article : c'est un autre homme ; c'est bien une autre affaire; V. franc, quelquefois sans l'article : ne me feres autre conforf? Ccy 271. Yal. sluge altuia (esclave d'un autre). Le v.h. allemand se passe très-habituellement de l'article , on trouve même ander pour ander man, comme esp. otro, b) Certus est employé en italien avec l'article indéfini, en espagnol, portugais

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et provençal sans cet article, le français connaît les deux procédés : un certo signore, en cierta ocasion, en certo dia, certain argent, {un) certain homme. L'article n'est pas usité avec les expressions spécialement espagnoles fulano et zutano : mi senora fulana me envia; port, fulano, hum fulano. Dans le latin unus quidam et dans le gothique ains sums les deux mots doivent être regardés comme des pronoms, c) En italien qualche, en provençal et en v. français chascun peuvent s'adjoindre pléonastiquement l'article, Régnier et Molière disent encore un chacun, et cet usage persiste dans les patois, surtout dans ceux du midi de la France. Le v.fr. auquant est volontiers muni de l'article : ço dient H alquant TCant. p. 19 ; des moines H alquant p. 146, de même dans la Pass. du Christ 123 alcans en cruz fai soslevar et los alquanz faiescorcer, on trouve aussi li aucun Ccij. 1846 et li quels que soit p. ex. GVian. 471. — 5) Talis lorsqu'il remplit l'office d attribut ne se fait pas escorter de l'article indéfini, lorsqu'il a la valeur d'une épithète il ne le prend nécessairement qu'en français. Ex. it. taie è il mio stato ; io gli son tal vicino ; in cotai guisa. Esp. mi desgracia es tal ; tal cahallero andante ; port. nunca se vio tal desventura. Prov. tal ieu soi e tal serai; us tais prezicœ LR. I, 457. Fr. tel était l'état des affaires; il faisait un tel bruit ; v. français généralement sans article. Neutre : ital. a taie io son venuto ; esp. nunca tal creyera ; ivanç.je ne vis jamais rien de tel. Lorsque talis renvoie à un objet déjà connu il peut être accompagné de Tarticle au moins en espagnol et en portugais : los taies escritores ; o tal conselho; gr. c tûiojtcç àv/jp; v.h.all. der solîhher. Il lui arrive souvent aussi d'être précédé d'un démonstratif : ital. tra questi cotali ; quei tali cittadini; esp. esta tal senora ; port, estas palavras taes; lat. hic talis, ille talis. Sur l'emploi de l'article avec talis pris dans le sens de quidam, voy. le chapitre suivant. — Tantus n'a pas besoin de l'article indéfini : ital. tanto uomo, travagli tanti, esp. tanto amor etc.

22. Article partitif. — Un emploi spécial de l'article défini s'est particulièrement développé en français. Si l'on veut désigner non pas un tout ni une pluralité d'individus, mais une partie d'une façon indéterminée, sous la dépendance d'un verbe transitif, au lieu de mettre le régime sans article à l'accusatif, on se sert de la préposition de qu'on fait suivre du nom accompagné de l'article ; la préposition et l'article se confondent avec l'expression du génitif. On dit ainsi donnez-moi du vin ;

prêtez-moi des livres ; j'ai trouvé des amis ; et de même avec des abstraits : il me témoigne de V amitié. En latin de s'emploie dans ce sens après des verbes pour représenter la soustraction d'une partie d'un tout matériel, comme en grec àr.ô, en allemand von (voy. chap. 6, prép. de)\ le français a fini par reporter cette pratique sur des idées abstraites et des objets pris dans un sens tout-à-fait général, où la valeur locale de de se fait encore à peine sentira Le nom affecté de l'article partitif peut passer au rapport du datif, en se faisant précéder, selon la règle du français, par à : qui voudrait confier cela à des traîtres'^ et même d'autres prépositions peuvent prendre cette place, comme dans avec de l'argent, dans du vin ; de qui ferait pléonasme est naturellement excepté (on ne dit pas se nourrir de de viande, mais bien se nourrir de viande). Enfin rien n'empêche de donner aussi à la locution partitive la place du sujet et de dire par ex. du pain me suffit, de l'eàu vaut mieux que du vin. A ce propos il faut encore observer qu'un adjectif précédant le substantif exclut l'article et ne tolère que la préposition de : j'ai hu de (et non pas du) don vin ; j'ai vu de belles maisons, d'assez belles maisons; dat. à de bon vi^i, à de belles maisons. Mais si les deux noms expriment une seule idée ils sont traités conjointement comme un substantif : il a des belles lettres, c'est-à-dire il a de la littérature ^ Quelque profondes que soient les racines qu'a jetées cette manière de parler, elle n'en demeure pas moins bannie de beaucoup de phrases consacrées par l'usage (voy. § 9). Cet article se présente déjà en V. français, mais beaucoup plus rarement, et il reste plus fidèle à la signification primitive, comme dans les Liv. d. rois 213 pristrent del ewe (d'après le lat. hauserunt aquam)\ au reste on disait encore boire vin, savoir nouvelles, envoyer gens.

1. H. Etienne, Traictè de la conformité du lang. fr. avec le grec p. 4 (1569), compare à ce propos le franc, manger du pain avec le grec çayelv Tou àpTou, manger le pain avec «payeiv tov àpxov, manger pain avec çayeiv âpxov.

2. Pourquoi l'adjectif n'admet-il pas l'article? Peut-être parce que dans les cas dont il s'agit l'article se rapporte à un total dont on retire une partie, hoire du vin c'est «prendre pour boisson le vin». L'adjectif, en vertu de la propriété qu'il a d'individualiser, supprime cette idée de totalité : hoire de bon vtn c'est «< boire un bon vin (d'une bonne espèce) ». L'adjectif, lorsqu'il suit, ne contrarie pas l'article, car alors il n'individualise que postérieurement, comme apposition : j'ai bu du vin rouge, du vin gui est rouge. En m.h.allemand on trouve les deux procédés : ich irinke des guoten wînes; ich trinke guotes wines.

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saisir armes, doner gages, il y avoit sages hommes, on voit venir chevaliers, en ce bon val sont plaisirs excellens Mar.; on trouve plus souvent la préposition seule sans article : ne manga de paiyi ne but de vin Saœ. II, 157 (exemple dans lequel une négation fait sentir son influence, voy. Génitif § 3); pourveez moy de papier (fr.mod. procurez-moi du papier) TFr. 513. — En provençal il semble se présenter plus rarement et de préférence avec des adjectifs : trobaran de Verba GRoss. 598 ; demanden de l'aigua 199 ; ai ieu de bons pensamens Choix IV, 5 ; el n'ac de grayis bens e de grans mais V, 45 ; n'ai sofertz de grans mais Guir. Rorn. Ms. ; far an de grans assais Choix III, 263 ; ieu sai de tais IV, 94 ; ab las espazas et ab d'autres feramens GO. 311. — En italien l'usage de l'article partitif s'est également beaucoup étendu, sans être toutefois aussi rigoureusement obligatoire qu'en français : on dit aussi bien sono anni que sono degli anni che ci conosciamo. Les grammairiens donnent la règle, qui est peut-être une distinction trop fine, qu'on doit employer l'article partitif lorsqu'il peut être échangé contre alcuno ou alquanto : datemi pa7ie signifie du pain en général, datemi delpane quelque peu de pain (alquanto di pane), les deux formules répondent au fr. donnez-raoi du pain. L'article partitif est également usité avec des abstraits : ella ha délia tenerezza per me ; esso ha dello spirito ; et il se présente aussi dans les rapports du datif et du nominatif : parlare a degli sciocchi ; si trovano degli esempiK Devant des adjectifs l'usage est hésitant, l'article peut être toléré : si sentono di belle cose ; vi aveva di valenti uomini Dec. 10, 4'; gV insegnavano di buone orazioni 7, 1 ; vi ha di ciechi uomini ; ho délie buone nuove. Ici aussi Tu sage remonte très -haut : un poète antérieur à Dante dit sostene di gran pêne PPS. I, 224, et l'on connaît assez l'expression de Dante dimandar delpane Inf. 33. — La grammaire espagnole et portugaise rejette absolument cette application de l'article, et en fait on n'en trouve presque d'exemples que chez les plus anciens poètes : ainsi dans le P. del Cid nos dardn del pan 681 ; cogiô del agua 2811 ; casar con de aquestos mios vassallos 1773 ; dans Ruiz fallards de las chu fêtas 989 ; dans Santillana f,zo debuenas canciones Sanch.

1. « fla ddla tenerezza, dello spirito. Neologismi, che fanno contra al genio clella lingua. Parlare a degli sciocchi si trova, ma è assolutamente da fuggire (Mussafia). »

I, p. LXi; ovo de senalados homhres lvi; dans Gil Vicente dalde pan con del ayo 83^; corner de las viandas danosas Calil, é L. 37^ ; dans la poésie populaire : dar del vino, dar del pan S Rom. p. 8; port, hi ha de homens ruis GYic; emprestae-me do azeite ibid. III, 271 ; arrancam das espadas Lus. 3, 131. — Le valaque ne connaît pas l'article partitif.

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