CHAPITRE m
Pronom.
La richesse considérable en formations pronominales dont il a été question au tome II p. 73-104 et 415-422, rend quelque peu difficile la syntaxe de cette partie du discours. En effet d'une part on a beaucoup de synonymes qui ont chacun une valeur spéciale, d'autre part de petites différences de forme ont eu pour conséquence de grandes différences dans l'emploi, enfin plusieurs de ces mots ne sont usités qu'à un cas ou à un nombre déterminé. 1) Avant tout il est important de distinguer les pronoms substantifs et les pronoms adjectifs. En outre il existe des pronoms formés tout-à-fait comme des adjectifs, qui ont cela de particulier qu'ils ne peuvent être placés devant aucun substantif, parce qu'ils contiennent déjà en eux-mêmes une idée de substantif ou qu'ils renvoient à une idée de ce genre. La grammaire française les nomme absolus pour les opposer aux pronoms purement adjectifs qu'elle nomme conjonctifs ; cette distinction a été introduite aussi pour le pronom personnel. — 2) Les pronoms substantifs sont soit personnels, soit neutres ; les premiers sont souvent produits par l'union d'un pronom adjectif aTec homo ou persoutty les seconds de même avec causa ou res : ital. ciascun uomo, ogni uomo, franc, chaque homme, toute personne, de m. ital. questa cosa, che cosa, fr. celte chose, autre chose, prov. mia res, nulla res, on emploie moins una causa, nulla causa. — 3) Plusieurs féminins d'une signification personnelle et neutre qui jouent le rôle de pronoms substantifs sont employés dans quelques langues comme masculins, on dit : v.ital. nulla cosa è tanto gravoso PPS. I, 82; v.port. algun rem FSant. 545 ; prov. ren que hom sia Choix III, 330 ; re nascut GRoss. 4087 ; fr. personne ne sera assez hardi ; rien n'est bon ; on m'a dit quelque chose qui est très-plaisant. — 4) En italien on supprime souvent cosa, par ex. questa
ver ameute è graziosay et de là nuUa pour l'ancien nulla cosa *. Nous constaterons plus bas que le daco-roman aussi emploie des féminins dans le sens neutre ; de plus il exprime le neutre pluriel du latin par le féminin du même nombre, par ex. toate sunt gâta [oynnia sunt pay^ata), vorhî multe {multa loqui); les autres langues ne peuvent pas arriver à ce résultat sans adjoindre un substantif au pronom ; ainsi en provençal c'est par totas causas qu'on doit remplacer le lat. or}mia,\oy. G0.22b^. — 5) Les pronoms substantifs italiens colui, costui et cotestui peuvent se passer au singulier et au pluriel de la caractéristique du génitif; lui, lei et loro procèdent de même pour la marque du datif, cui et altri pour la marque des deux cas : per lo colui consiglio ; amor mi py^ese del costui piacer (del placer di costui) Inf. 5, 103 ; per lo costoro amore ; io dissi lui, io risposi lei (T^oét); quella il cui helV occhio tutto vede; aima gentil cui tante carte ver go ; hanno poienza di far altrui maie. Altrui, autrui jouit de la même liberté en provençal, en français ancien et moderne, cui en provençal et en V. français seulement.