‹ Grammaire des langues romanesChapitre 70 sur 141 · TEMPS. FUTUR · texte numérisé non relu

TEMPS. FUTUR

parfait (ital. trapassato imper fetto, fr. antérieur : aveva amato, j'avais aimé, pass. era stato amato, f avais été aimé) ; la seconde avec le parfait (ital. trapassato perfetto, fr. antéyHeur défini : ebbi amato, feus aiîné, pass. fui stato amato, feus été aimé). Comme le plus-que-parfait exprime un passé accompli par rapport à un autre passé, il appartient à la proposition composée. — 2) A côté de ces périphrases la forme simple du latin subsiste encore en espagnol et en portugais (ama7^a), mais elle sert en même temps, et en provençal exclusivement, à l'expression du temps nommé conditionnel. Ce plus-que-parfait est resté jusqu'à nos jours un ornement de la langue portugaise, où il sied surtout au style élevé ; il est maintenant vieilli en espagnol, mais les deux langues l'emploient très-bien comme conditionnel. Ex. esp. alegre era, que dios le ayudara (l'avait aidé) PC. 1166 ; el caso como passara d todos yva d contar SRom. 80; port. Sancho que em sua vida jd se eœprimentdra Lus. 3, 85. En outre il se présente aussi avec le sens du premier parfait : esp. muy cerca fuera d llegar (il s'approcha) SRom. Çi>2\ luegoperdiera elsentido 62; port. agasalhados foram juntamente o Gama e Portuguezes Lus. 7, (5Q ; cinco vezes a lua se escondêra, quando a cidade se rendêra (se rendit) 3, 59. On trouve rarement cette forme de temps dans le Cid, et seulement dans l'acception primitive. Sur l'existence de ce plus-que-parfait en provençal et en vieux français, voy. t. II, p. 183. 209.

6. La formation du futur a été expliquée au fome II, p. 108. Amare haheo, d'où sont sorties par contraction les formes romanes amerô, amaré, j'aimerai etc., était déjà une expression connue en latin, mais elle a passé du sens de la possibilité à celui de la réalité {amabo) , que peut aussi exprimer le gothique frijon haba. La haute ancienneté de cette expression dans le sens roman est attestée par des passages de chartes comme qui sedent vel sedere habebunt = sedebunt Bréq. 162^ (ann. 635) ; si interrogatus fueris, quomodo dicere hahes ? = dices Brun. 441 (ann. 715) ; non- sis tristis, domni pater, quia deus satisfacere tibi habet, etc. Vita S. Euphros. éd. A. Boucherie (viiiMx® s.). Le futur de la nécessité a été rendu au contraire, comme en v. h. allemand, au moyen d'une préposition intercalée entre les deux verbes : ital. ho da s criver e, ih haben zi scribanne, scribendum mihi est (voy. plus haut p. 217). Il faut rappeler à propos de ce temps, et aussi du conditionnel (amarià), que leurs éléments peuvent être séparés DiEz m i7

de nouveau en espagnol et en portugais par le pronom personnel (voy. t. II, p. 155. 171) : esp. (arch.) casar me hé, ou en un seul mot casarmehé (= me casar é), estar le ha [le estard), parecermeia {me pareceria), port, ir-m-hei, dar-mo-ha , ohrigd-la-heis, mandar-nolo-hâo, espantar-me-hia ; et les formes du v. espagnol où les éléments sont plus étroitement unis encore : pesarmd [me pesard), consejartia pour consejartehia {te consejaria) ; avec la suppression de 1> de l'infinitif : port, sadèloedes Trov. Vat. p. 123, ohrigd-laheis. Y.cat. revelar-s'an, complir-hi-em, dir-vos-n'em. La même construction peut s'effectuer en provençal, sans modification de sens; ainsi increpahit me est traduit par malmenar m'a GO. 193^; metr'er l'etz équivaut à er lo metretz Choix II, 266, et deslivrar los ai à los deslivrarai Jfr. ôS''. Voyez pour plus de détails P. Meyer, Guillamne de la Barre p. 36, et Bartsch, Jahrb. YII, 191. Le v. français ne semble pas fournir d'exemples de cette construction, et en italien on ne pourrait pas non plus risquer un amar l'ho, amar Vaveva. En valaque, surtout dans l'écriture cyrillique, le futur composé avec voiu (lat. volo), lorsque cet auxiliaire suit le verbe principal, est en général traité comme un mot simple, ainsi luavoiu (voiu luvà, ital. voglio levare, lèvera), sculaseva {se va sculà). — La syntaxe de la proposition simple appelle à propos de ce temps les observations suivantes : 1) Le latin emploie aussi le futur comme impératif adouci : assimulabis tuam amicam hujus esse, dit par ex. un esclave à son maître dans Térence, Heaut. 2, 2. Il en est de même dans les langues modernes : ital. questa fatica ti serberai in altra volta, dit quelqu'un à son ami Dec. 1,2; esp. mio huesped seredes (soyez mon hôte) PC. 2059 ; vos iredes comigo 3075; prov. chansos, tu m' iras outra mar Choix III, 83. De même qu'ici le futur exprime un conseil ou un souhait, il peut aussi, suivant les circonstances, exprimer un ordre énergique, et servir ainsi d'équivalent au futur de l'impératif du latin. La Vulgate déjà se sert de ce temps pour rendre les commandements de Dieu : non habebis de os alienos coram me ; non occides ; non moechaberis ; non furtum fades ; esp. no tendras dioses agenos delante de mi ; no matards\ Ir. tu ne feras point adultère ; pr. no portaras fais testimoni GO. 40^. Des traductions italiennes présentent en ce cas l'infinitif ou l'impératif, mais on commande tout aussi bien avec le futur, p. ex. tu dirai il vero = ver a dicito ; prenderai quel cuor di cignale e fa che tu ne facci una vivandetta

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